La peinture de Claire Basler : la nature apprivoisée !


Claire Basler est une magicienne de la peinture, une fée qui fige le mystère et la sérénité de la flore sur la toile et le papier, sans perdre la fugacité de la vie et la beauté à couper le souffle d'une nature sauvage. J'ai eu la chance de voir « en vrai » ses tableaux, et je suis toujours imprégnée d'une émotion intense.


Le plein de Nature au cœur de Paris

Dimanche, j'ai été à l'espace Commines (Paris) avec une amie qui souhaitait me faire découvrir les travaux de Claire Basler (Merci Sylvie !!!). Depuis le temps qu'elle me montre des reproductions, j'étais curieuse de voir les œuvres. Comme souvent, la peinture à l'huile supporte mal la photo et rien ne vaut la l'émotion qui se dégage quand on contemple le tableau original.

Déjà, le lieu se prêtait parfaitement à l'exposition, aéré, avec un plafond très haut, une magnifique mezzanine. Claire Basler alterne les formats de la taille d'un A4 à des immenses toiles. La scénographie originale mettait parfaitement en avant le caractère végétal et graphique de son travail.
Immédiatement, j'ai ressentis quelque chose de très fort, à la fois serein et en même temps très violent, comme face à l'océan.


La pièce que j'ai préférée, une forêt printanière et joyeuse !

Je me suis sentie littéralement happée par ses paysages.
Devant ses tableaux d'étangs et ses mangroves, j'ai entendu le bruissement des feuilles sous le vent, l'eau qui glisse entre les racines. Le clapotis soudain d'un poisson ou d'un batracien.
Devant ses forêts, l'odeur de l'humus et la fraîcheurs des fleurs de sous bois vint chatouiller mes narines.

Il y a une magie, la force de la Nature qui s'échappe de ses toiles. Ses fleurs semblent ondulées, les tiges gorgées de sève s'inclinent doucement sous le poids des têtes lourdes des pivoines, ou alors, au contraire, fière et légère, se dressent vers le ciel sous une corole de pétales fins.



Le savoir-faire et l'émotion

Claire Basler n'est pas une novice.
Pour manier la peinture à l'huile avec tant de légèreté il faut une technique irréprochable. D'ailleurs, j'ai été particulièrement fascinée par ses compositions très équilibrées. Ses constructions sont précises, minutieuses et absorbent totalement le spectateur. Souvent, elle poste comme un voile, une brume légère et donne ainsi une aspect impressionniste tout en restant résolument dans le figuratif. La lumière est douce, tamisée, presque irréelle.

Outre les paysages, elle peint aussi des fleurs sur des fonds dorés ou argentés, préparés avec des carré juxtaposés et un peu inclinés, comme une dorure à la feuille d'or. Le rendu, miraculeusement, n'est ni kitsch ni cliquant. Au contraire, j'y retrouve toute la délicatesse de la peinture chinoise ou japonaise. D'ailleurs, Claire Basler peint aussi sur des grands paravents.

Détail

Détail
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Détail

En voyant ses tableaux, je pense aux jardins japonais dont l'apparence de désordre est en réalité préparée et scénarisée avec une minutie extrême. On a l'impression d'une nature sauvage indomptable, pourtant, elle est totalement artificielle.

Cette artiste arrive à une harmonie entre la reproduction du réelle et une spontanéité fraiche. En aucun cas ses toiles ont le charme suranné des composition florale anglaise à la Laura Ashley. On sent la maîtrise sans qu'elle devienne un carcan. On sent la technique sans qu'elle devienne systématique et stérile. Malgré son travail en série, il n'y a pas de répétition mécanique.
Chaque tableau, chaque dessin a une âme intacte. Pure.

Une partie plus traditionnelle de son travail


L'art de Claire Basler est vivant.
D'ailleurs, elle réalise aussi des fresque, ainsi, elle fait entrer l'art dans des lieux d'habitation qu'elle transforme en jardin et forêt merveilleuse. Un art quotidien, accessible, à condition d'avoir les moyens financiers. Je crois que ce qu'il m'a le plus séduit, outre la force et la tranquillité de cette nature sublimée, c'est qu'on sent le regard de la peintre, authentique et humble

Je n'ai qu'un regret : ne pas avoir laissé de mot sur le livre d'Or et surtout, ne pas avoir oser lui parlé. Beaucoup des personnes présentes étaient des acheteurs et je ne voulais pas l'embêter. À sa prochaine exposition, j'irai lui dire tout le bien et la joie que ses tableaux me donnent !

En attendant, il me reste à faire un tour à sa galerie à Paris (22 rue des Quatre Fils, 75003, du mardi au samedi du 11h à 19h)


Le site de Claire Basler : http://clairebasler.com
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La BD "Dans la forêt" : la lumière des profondeurs

Il existe un manoir à l'orée d'un bois profond où réside une petite fille aussi jolie qu'une poupée. À l'abris dans ce domaine calme, elle contemple par la fenêtre l'étrangeté du monde sauvage, juste à portée. Et si, un jour, par un stratagème grossier, les êtres de la forêt réussissaient à la faire échapper à la surveillance de sa mère...

Une Alice aux pays des monstres presque gentils


Dans la forêt est un projet de longue haleine dont j'attends la sortie en librairie depuis des mois ! J'ai suivi avec curiosité sa conception sur le blog de l'auteur, Lionel Richerand. Époustouflée par ses dessins, je ne savais pas que son histoire allait tant me remuer. Voici un conte, un vrai, dans l'esprit de ceux des frères Grimm, du roman d'Angela Carter La Compagnie des Loups ou de l'oeuvre cinématographique de Guillermo Del Toro. Encore une belle preuve de l'originalité et de la qualité des bouquins qui sortent dans la collection Métamorphose.


Le récit s'ouvre sur l'arrivée d'un nouveau régisseur pour un domaine aristocratique, dans une ambiance victorienne. On y rencontre les différents personnages avec une présentation classique et précise. Rapidement, l'attention se focalise sur Anna, le stéréotype de l'héroïne sage et douce. Mais quand une nuit, des crapauds lui piquent sa poupée fétiche, Rose, et l'amènent en forêt, Anna prend son courage à deux mains et s'enfonce dans le sous-bois. Elle y trouve la tête de Rose mais son corps a disparu, et surtout, Anna est attendue par un comité d'accueil de batraciens forts démonstratifs. Le kidnapping du jouet n'était qu'un prétexte pour attirer l'enfant dans la forêt...

Une quête initiatique débute alors.
Anna va y découvrir les secrets du lieu mais aussi les secrets de sa naissance. La première transgression - sortir du cocon douillet de son foyer - la plonge dans un monde différent, étrange et de plus en plus inquiètant.
La réalité glisse d'un quotidien connu et maîtrisé à une aventure où des forces surnaturelles entre en jeux et semblent manipuler la fillette. Cette dernière pourtant s'accroche à son objectif : retrouver le corps de Rose et rentrer à la maison. Mais en chemin, elle change, évolue et surtout passe d'un état de poupée vivante, enfantine, à celui d'une jeune fille où l'on décrypte les prémices de la puberté et d'une féminité sauvage.


Plongé en apnée sous la canopée nocturne


Dans la forêt est un ouvrage dense : avec 72 pages de récit en bande-dessinée et une trentaine de pages de bestiaires illustrées. La partie BD débute avec de façon très traditionnelle mais qui s'adapte au récit pour laisser des pleines pages d'illustration et des découpages plus fantaisistes. Un travail qui me rappelle celui de François Amoretti. D'ailleurs, on retrouve aussi le même type de mise en couleur avec une études des gammes très poussées et du ton sur ton subtil qui n'écrase jamais le trait, fin et proche de la gravure.

La version N&B montre le travail impressionnant de l'auteur !

Sur le plan technique, cette BD est d'une virtuosité sans paillette. Le style graphique de l'auteur n'est pas dans l'esbroufe mais dans la finesse et la précision, tout en gardant une narration claire. Si chaque case est construite avec minutie et un soucis du détail souvent avec une pointe humoristique, Lionel n'effectue pas un remplissage obsessionnel. Il garde les fioritures pour les bords, encadre son action avec moultes décors proches des enluminures sans jamais brouiller le centre. La lisibilité prime toujours.
Les textes sont aussi de très bonne facture avec d'un langage soutenu au départ pour nous plonger dans l'ambiance victorienne romantique. Ils s'amenuisent à mesure que le récit progresse vers le merveilleux. Le rythme ne faiblit jamais et les explications de la fin évitent les bavardages stériles.
Le glissement dans l'ambiance de plus en plus sombre et charnelle est mené d'une main de maitre, tant par l'image que les mots.



Des richesses insoupçonnées


Attention, ce paragraphe dévoile une partie de l'intrigue. Si vous aimez lire une BD sans rien connaître de son déroulement, je vous conseille de vous arrêter ici !


Dans la forêt est un conte qui intègre des références multiples. En vrac, on trouve une image de la nature animiste digne de l'oeuvre de Miyazaki, il y a d'ailleurs des kodama (sylvains) perchés dans les arbres. Une pointe de mythologique celtique, avec les cerfs et le Dieu cornu, et puis, des références judéo-chrétiennes avec une Lilith sorcière et mère nourricière de cette forêt habitée et vivante. Pour la fin du livre, le carnet de croquis est un clin d'oeil aux naturalistes botanistes, à la fois scientifiques et artistes, capable de saisir avec leur crayon la poésie du vivant.

L'érudition de l'auteur n'écrase pas son histoire, elle se glisse en clin d'oeil drôle et piquant. On sent la masse de travail colossal que ce projet a représenté et pourtant, tout est fluide, cohérent. Lionel a pris le temps d'assimiler les références pour se les approprier et les fusionner avec son univers, très personnel.

Il représente la nature très organique, charnelle même. Champignons, humus se mêlent pour brouiller la frontière entre végétale et animale. Tout devient une masse liée, symbiotique, avec comme maîtresse des lieux, la Grande Boueuse. Une figure féminine quasi archétypale, sauvage et libre, insoumise.
Un autre élément original est le détournement de stéréotype du conte : le loup présenté au départ comme un prédateur et même comme le méchant de l'histoire, puisqu'il a volé la poupée, se révèle être une louve, protectrice et nourricière.

D'ailleurs, les femmes sont au cœur de ce récit, dont la dimension très sexualisée qui apparaît en filigrane m'a totalement fascinée. La féminité est présente sous ses trois âges : on trouve la fillette innocente, la mère séduisante et la vieille femme décharnée. Anna est peu à peu happée dans le monde des adultes où chacun veut se l'approprier : d'un baiser quémandé par des crapauds joyeux, elle devient la poupée vivante, objet du désir d'un enfant sauvage, puis enfin, l'héritière porteuse de tous les espoirs de renouveau.
Avec beaucoup de franchise « Dans la forêt » propose une conception saine de la sexualité, dégagée des oripeaux et des carcans culturels qui en font un acte culpabilisant et sale. Nous échappons aussi à une morale fataliste par l'introduction rusée de l'importance du choix et surtout en libérant Anna de sa gangue de passivité.

Trop balèzes les crapauds !!!

Si le conte ne présente pas de "méchant", évitant avec brio un manichéisme basique, mon seul bémol est la représentation de l'élément masculin. Entre un régisseur libidineux et machiavélique, une image paternelle salie, la seule figure positive est un jeune garçon animal, gentil et simplet.
C'est mon seul regret car, vous l'avez certainement compris, cette lecture m'a non seulement plu mais elle a aussi activé mes p'tits méninges de grenouille. Tout dans cette histoire nous fait passer de la normalité facile, de l'immédiat édulcoré à une complexité profonde, où vie et mort s'imbriquent, où les petites filles sont aussi des femmes en devenir avec des ovaires et une sexualité prête à éclore.
Les contes sont avant tout des récits initiatiques, des adjuvants pour la vie et surtout le long chemin vers la maturité.

Lionel Richerand nous livre une histoire à la fois belle, tendre et touchante. Il choisit l'humour qui allègent le récit. Il choisit l'ironie de la nature, plutôt que de la cruauté. Bref, courrez chez votre libraire !

Le blog de l'auteur :
http://richerand-yoyo.blogspot.fr/

Une interview à écouter de Lionel Richerand
http://expressbd.fr/2013/01/18/lionel-richerand-auteur-de-dans-la-foret/
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Les résolutions d'une grenouille pour 2013 !



Le début d'une nouvelle année est le moment idéal pour faire un peu de ménage au sens propre comme au figuré. Se fixer des objectifs est un coup de boost au moral, à condition qu'ils soient atteignables, sinon on obtient l'effet inverse. On est découragé avant même d'avoir commencé, c'est couillon !

Alors, ma résolution pour 2013 est simple : Finir les projets encore dans les tuyaux, ceux qui sont bien avancés où ceux qui me font plaisir. Son corollaire : abandonner les trucs que je traîne et qui me pèsent !!! J'avais commencé l'année dernière à combattre efficacement la procrastination, cette année, c'est la mise à mort !

Concrètement, j'ai terminé ma fanfic sur Sherlock, et mes projets photos Japonisme et Abécédaire.



Pour cette année je veux :
- commencer un nouveau projet photo, plus personnel, alliant texte et image. J'ai envie de rester dans le mouvement du travail amorcé par le projet Japonisme mais avec une dimension plus spirituelle et plus abstraite. C'est confus, mais ça se précise ^__^ .

- terminer le conte fantastique Kamikakushi qui parle du Japon et de ma tristesse après le 11/03. Achever ce texte signifie aussi mettre fin à ma période de deuil sur ce Japon qui n'existe plus. J'ai besoin de me tourner vers la vie

- continuer et même finir (dans mes rêves les plus fous) mon roman Écharpe d'Iris, débloqué grâce à l'effet du Nanowrimo, le concours d'écriture de novembre dernier.

- être plus régulière sur mon blog et continuer d'écrire des articles ! J'ai envie de partager non seulement mes découverts de bouquins, BD... mais aussi mes réflexions, mes doutes et mes accès de colères.



J'ai décidé d'abandonner l'organisation du défi lecture Image du Japon. Je ne suis une quiche pour ce genre d’exercice et il est temps de reconnaître mon incompétence crasse dans ce domaine. Je vais donc me contenter de participer à des challenges chez les autres :)
Je ferai quand même un dernier message de récap, histoire de remercier les joyeux participants motivés

Sur le plan purement perso, j'ai aussi pris juste trois résolutions  :
- m'occuper plus de ma santé. Je suis du genre à laisser traîner des mois avant de prendre un rendez-vous de routine avec un toubib ou toute personne du corps médical.
- me trouver un chouette salon de thé dans mon quartier pour écrire en dehors de la maison.
- et consacrer du temps à l'association Kibô-promesse !

Et vous, quelles sont vos résolutions pour cette nouvelle année ?


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Z comme zébré, et c'est la fin de l'alphabet !

Zébré, d'après le wikitionnaire : adjectif. Qui est marqué de raies semblables à celles du zèbre.

Étrangement, ce mot m'évoque plus le touché que la vue. Une sensation sous la paume de la main. Des stries, des rayures gravées dans une surface, encastrées, qui modèlent et donnent une originalité, une individualité.
Je pense à la rugosité de l’écorce, vivante et belle.





J'achève ce projet comme il a commencé, en vous montrant encore une fois des arbres, sans préméditation.



Pour la seconde année consécutive, je clos des projets photo sur un rythme plus ou moins hebdomadaire. En 2013, j'ai envie de quelque chose d'un peu différent, plus personnel et avec plus de sens.

Si mes tâtonnements au pays des images vous intéressent, vous aurez des nouvelles prochainement !
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Y comme yin

Yin, d'après le Wikitionnaire : nom masculin. Une des deux forces de la réalité dans la philosophie chinoise, associée à l’ombre, à la passivité et à la lune.

Perçu souvent par les occidentaux comme la force négative, le yin n'est ni le mal ni la noirceur destructrice.



 Le yin est le nuage qui occulte le soleil, le yin est le versant nord d'une vallée profonde, le yin est l'ombre propre de la vague qui déferle sur les rochers.




Le yin est la lune.

Il n'émet pas de lumière mais reflète celle des autres et peut nous guider sur les chemins nocturnes. Quand le soleil se couche et que les ombres s'étirent sur la ville, il grandit, grippe sur les façades et nous enveloppe.



Et, dans un parc, quand sa présence recouvre le paysage de sa ténébreuse magie, on sent, intangible, l’inertie du monde, qui nous entraîne dans sa course.


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Japonisme : 閉じ込められる - tojikomerareru - confiné. Panique sur le Rainbow Bridge !



Pour le dernier thème du projet japonisme, je vais vous raconter une petite anecdote dont je ne suis pas très fière. Le mot est 閉じ込められる, tojikomerareru, confiné.

Parfois, à la tombée de la nuit, j'oublie des éléments cruciaux de ma vie.

Ce soir là, à Tôkyô, la fatigue de la journée s'évapore quand la magie nocturne baigne la baie de couleurs si vives qu'elles semblent irréelles. J'ai passé des heures sur la presqu’île d'Odaiba. Il est temps de rentrer.
Le majestueux Rainbow Bridge qui enjambe la baie est là, sa courbe gracieuse qui s'allonge sur presque 800 mètres. J'ai envie de marcher. Envie de continuer à admirer le spectacle des bateaux, des néons et de leurs reflets joueurs. Alors, j'opte pour une des voies piétonnes qui permet la traversée. Je m'engage sur celle du nord
Durant mon séjour à Tôkyô, je marche beaucoup. Plusieurs heures par jours. Plusieurs kilomètres. La longueur n'est rien. Je me laisse guider par la pente douce, tranquille, détendue. Et puis, progressivement, je me souviens. C'est con.
J'ai le vertige.






Le pont est haut, avec plusieurs étages de circulation. Le pont est souple, en métal. Les chocs des camions et des trains font vibrer la structure. Le pont est grillagé. La voix piétonne est une prison, suspendue dans le vide, suspendue dans un océan de nuit et de bruit.
La nausée monte. Dans une demi-heure, l'accès sera fermé pour la nuit.
Personne.
Je croise juste un employé de ménage.
Enfermée. Confinée, le vide juste à portée.
Dans mon ventre, la nausée, jusqu'à la gorge. Dans ma poitrine, la panique et le martèlement excité de mon cœur. Mon cœur au bord des lèvres, palpitant à en crever. La transpiration qui coule le long de la colonne vertébrale, entre mes fesses. Les aisselles poisseuses. Et le bruit, le bruit et l'odeur des véhicules, sans discontinuer.
Je voudrais m'arrêter.





M’asseoir, me recroqueviller. Attendre. Par ma seule volonté, me transporter ailleurs. Au calme. Sur la terre. Au sol. Ferme, stable, rassurant.
J'ai chaud. Je suis glacée.
Tout commence à dérailler.

Un goût de bile dans la bouche. Le sang qui bat dans les oreilles, tellement fort, jusqu'à assourdir l'agression des moteurs, le grincement du métal, les cris du vent. Le monde vacille. Devient trop bleu. Puis gris. Tout gris.
Tenir.
Tenir sur ces putains de 800 mètres. Tenir parce que je suis seule ici. Tenir parce qu'il faut être d'une débilité sans borne pour OUBLIER qu'on a le vertige. Tenir parce que céder à la panique ne servira à rien.
Personne pour m'aider.
Et puis, c'est mon corps. Je suis maître à bord. Ou presque. Au moins jusqu'à l'arrivée. Après, après, je pourrais péter un câble, vomir sur mes chaussures, pleurer de peur et de rage.
Plus tard. Je pourrais être ridicule, me plaindre, abandonner toute retenue. Craquer.

Enfin, la traversée s'achève.
La route se termine par une grille. Pour sortir, il faut descendre dans la gigantesque pile du pont. S'enfoncer dans les entrailles de la construction. Toujours des vibrations. Le vrombissement de la clim qui brasse un air vicié. Une lumière malade de néon fatigué ; et pas d'indication. Descendre, s'enfoncer, sans savoir se situer. Tourner. Tourner et perdre le peu de repères qu'il me rester dehors. Avec le vent, l'eau de la baie.
Au vertige s'ajoute le tournis. Je me retrouve sans une salle immense, plongée dans la pénombre, juste quelques loupiotes de sécurité verdâtres. Sortie de secours.
J'ai besoin de secours. Mais je suis seule. Seule et totalement responsable de cette situation. J'en rirai après. Là, j'ai les yeux qui piquent.
Un mur de verre. La vue sur la baie. Un mur de vide, un mur aimanté et je tombe à genoux. Le monde tourne ; sans haut ni bas, juste une aspiration. Je ne peux plus lutter. Pourtant, se relever, en final soulagée d'être seule, sans témoin.

Je ferme les yeux, tente d'oublier là où je suis, respire à fond. Un autre escalier. Descendre encore, sans repère, juste un objectif en tête : sortir. Retrouver la terre ferme. Et promis, promis, plus jamais je n'oublierai que j'ai le vertige et que visiblement, la volonté ne suffit pas à le soigner. Je me sens au bord d'un abysse grouillant et absurde, ma confiance et mon estime descendent à mesure que je m'enfonce, le cœur affolé, la sueur qui ruisselle, dans cette autre pile de pont, avec cet escalier qui ne termine jamais, sans indication d'étage, juste avec des plans d’évacuation... tout en japonais.
Enfin, une porte.
De l'air frais.
Libération !
Libération ?
Non...

Devant moi, 800 m de pont. J'ai traversé et ce n'est pas la sortie. C'est la route du sud. 800 m à côtoyer le vide de nouveau, un océan d'angoisse. 800 m de cauchemar éveillé avec un corps qui trahit et refuse de fonctionner. Et le cerveau qui menace de céder. De toute part, la panique submerge. Devant moi, dans la nuit, une silhouette qui s'éloigne. Un humain.
Je pique un sprint, et j'accoste un salary-man tout surpris. Je lui explique, avec précipitation, dans un japonais plus qu'approximatif, que ça ne va pas du tout. Qu'il faut que je sorte. Que j'ai le vertige. Que je ne trouve pas la sortie...
Enfin, enfin, quelques minutes plus tard, la terre, la vraie, certes sous le bitume, mais quand même la vraie terre est sous mes pieds. Le corps raidi par la peur, le ventre tordu de spasme, je m'incline profondément pour remercier mon sauveur.

Plus jamais je n'oublierai.
J'ai le vertige. Une touche de claustrophobie.
Le combo hauteur et confiné est à éviter.
Vraiment.

Une autre ambiance confinée qui tend à m’angoisser : les parking sous-terrain. Heureusement, avec eux je n'ai jamais eu de mésaventure...

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Protection, épilogue ! La fin de la fanfic sur Sherlock BBC


Liste des chapitres : 01 - 02 - 03 - 04 - 05 - 06 - 07&08 - 09 - 10&11 - 12 - 13&14 - 15 - 16 - 17 - 18&19 - 20 - 21 - 22&23 - 24 - bonus - épilogue

Cette fois-ci, c'est bien terminé !
Voici la fin d'un travail d'écriture qui m'aura occupé plusieurs semaines. J'ai pris énormément de plaisir à m'immerger dans l'univers de la série Sherlock, à apprivoiser John, à arpenter les rues d'un Londres fantasmé, regarder encore et encore la série de la BBC pour connaitre les décors et les sentir prendre tangible sous mes doigts.

J'attends, avec tant d'autres fans, la troisième saison avec beaucoup d'impatience. Merci d'avoir suivie cette histoire jusqu'à son terme !

Cet épilogue a été inspiré par une vidéo sur la chanson "The scientist" de Coldplay, que je trouve merveilleusement à propos.





Épilogue


Rien ne vaut la routine. La tranquillité du foyer. Installé dans mon fauteuil, je lis le journal. Le mug de thé fumant à portée de main. Un réconfort à ce mois de novembre froid et pluvieux. Un milieu de matinée tranquille, sans cadavre ni échantillon. Sherlock squatte (encore) mon ordinateur. Je ne comprends pas.
Pourtant, sa machine toute flambant neuve l'attend sur la table basse. À priori, la mienne exerce une attraction bien plus forte. J'ai bien tenté d'utiliser la sienne, mais son système d'exploitation alternatif me déroute. J'ai lâché l'affaire. Je suis loin d'être un handicapé de l'ère numérique, mais de là à me retrouver sur une interface dépouillée, sans icône ni barre des tâches....

De toute façon, je n'ai rien à raconter sur mon blog aujourd'hui. Et je préfère lire la presse sur papier plutôt que sur écran. Le bruit de la feuille qui craque, l'odeur de l'encre. Je parcours la une du Times. C'est rarement là que je trouve de quoi lui mettre sous la dent avide du génial détective consultant. Et si je ne lui trouve pas rapidement un truc pour occuper sa cervelle emballée, il va devenir pénible... Déjà hier soir, il a fait assez de raffut pour que Mrs Hudson me fasse une réflexion – polie et gentille certes mais une remarque quand même – au réveil.
J'entoure un article qui attire mon attention.
— Tu as entendu parlé du double meurtre des femmes de chambres ? Sherlock ?
L'absence de réponse de sa part est une habitude. Je lève les yeux. Il a un casque audio sur les oreilles. Un gros. On dirait un de ces casques qu'ont les DJ.
— Sherlock ?!
Immobile, une parfaite statue. Il est assis dans une position incongrue, presque en boule, avec les jambes repliées, les talons sur le siège de la chaise. Son menton sur les genoux. Il écoute.
Je me lève, pose le journal.

Aucun des mouvements n'attire son attention. Je regarde donc l'écran. Un navigateur internet est ouvert. Je lui tapote l'épaule, soucieux de ne pas le surprendre ni de lire par dessous son épaule. Sherlock a un problème avec la notion d'intimité, j'espère bien l'éduquer en lui montrant l'exemple.
— Hein ?
— Qu'est ce que tu écoutes ?
Ça m'a l'air d'être plus passionnant que mon histoire de caméristes trucidées...
— Coldplay. C'est un groupe de rock, britannique.
— Oui, je sais. Et tu t'es soudain découvert un intérêt pour leur musique ?
— Non. Molly m'a dit un jour qu'une de leur chanson, The scientist, lui faisait penser à moi.
— Tu l'as donc trouvé sur le net et tu as décidé de l'écouter en boucle ? C'est ce que tu fais depuis deux heures ?!
Là, j'avoue je suis totalement incrédule. Sherlock retire la prise jack et le son se déverse soudain dans le salon. Malgré la piètre qualité des enceintes, je reconnais le morceau. Je crois l'avoir entendu dans un film, ou peut-être à la radio. S'il l'écoute avec autant d'attention, c'est que les paroles de Molly ont fait mouche. Je doute fort qu'il me les rapporte avec justesse. Je tends l'oreille, espérant saisir dans le texte un peu du mystère...
— C'est triste comme morceau...
Sherlock se targue d'être capable de se dissocier des sentiments, d'être capable de contrôler ses émotions. Je ne suis pas un champion de l'empathie mais lui tente désespérément de ne rien ressentir. Son apparence est impeccable. Lisse, froide. Totalement impossible à escalader. Mais je connais sa face Nord...

Il a les yeux brillants, les lèvres entre-ouvertes, comme s'il était à l'orée d'une révélation. Il remet le morceau au début. Encore une fois. Pourtant, les paroles sont claires non ? Une histoire d'amour qui capote, et un des amants qui voudrait rembobiner. Revenir au début de l'histoire. Un amant qui n'écoute pas son cœur, un scientifique... Et la mort s'invite. Peut-être que ce n'est pas un amant, jusque une personne qui en aime une autre et qui l'a perdue.
Définitivement.
Ouch.
Ok. Molly est plus subtile d'habitude. Aux vues des interrogations qui dansent dans les pupilles dilatées d'excitation de Sherlock, la subtilité n'était pas nécessaire. Il n'a pas saisi le sens... Moi, j'ai compris. Une émotion m'étreint le cœur, un pâle écho du choc et de l'abandon que j'ai ressenti, quand j'ai cru l'avoir perdu en cette journée de juin.
Ma thérapeute me rabâchait sans cesse que j'avais une incapacité à accorder ma confiance, à exprimer mes émotions. Que ma relation avec Sherlock était un leurre, un confort facile avec une personne encore plus anesthésiée que moi. Qu'il fallait que je m'ouvre, que je parle, mette des mots. Des conneries. Un monceau de conneries.
Pas besoin de savoir ce qu'on ressent si on le ressent. Pas besoin de le dire pour le communiquer. Agir fonctionne bien, mieux même pour moi, et pour lui aussi.
Molly a vu juste. Toujours aussi fine.

Je me penche vers l'écran pour lire les paroles. Je laisse mes mains se poser naturellement sur ses épaules osseuses. Je sens les muscles sous le tissu mince de la chemise. Il ne fait pas très chaud dans l'appartement. Il a probablement froid, sans s'en rendre compte. Comme pour les repas, qu'il saute allègrement. Je suis obligé de vérifier qu'il ne se néglige pas.
Il ne dit rien. Il ne dit jamais rien quand je le touche. Imperceptiblement, il décale sa tête vers la mienne jusqu'à ce que nos joues s'effleurent.
— Et c'est cette chanson qui t'obnubile ?
— Je ne comprends pas le titre, et les références cartésiennes...
— C'est de la poésie Sherlock. Ce n'est pas fait pour être compris littéralement, mais pour faire ressentir des émotions...
— …
Je laisse mes mains glisser sur son torse et l'attire contre moi.
— Ce n'est pas avec la tête qu'on comprend ce genre de texte.
Je dépose un baiser sur sa joue et lui prend la main.
— Viens, je te montre.
Curieux, il se lève.
Je pose un bras au creux de ses reins et l'autre autour de ses épaules.
— Tu veux danser ?! John, je ne vois pas en quoi...
— Schhh. C'est une question de rythme. Écoute.
Les premiers pas sont laborieux, timides. Rapidement, il suit, son corps est félin presque. Façonné par des années de pratique suivie de Judo. Tout en souplesse. La grâce, elle, je pense qu'elle est innée. Ou alors, c'est mon entraînement militaire qui fait que j'ai toujours été privé de cet atout, malgré l'apprentissage intensif d'art martiaux.
Dans son sourire en coin, je reconnais l'amusement quand il découvre un truc fortuit qui lui plaît. Je ne suis pas bon danseur. Je n'aime même pas particulièrement ça. Je ne sais vraiment pas pourquoi j'ai initié le mouvement.

Sherlock se prend au jeu, son étreinte se resserre, son regard ne me quitte plus et je me sens sourire bêtement. Je n'ai jamais été amoureux. Je n'ai jamais ressenti ce magnifique élan du cœur que décrive les comédies romantiques. Je suis patriote. Je suis un soldat. Je sais ce que l'engagement implique, surtout quand on risque sa vie. Mes relations avec les femmes, et même les hommes, ont toujours été confortables, pratiques. Du désir oui, mais jamais une confiance absolue. Quand à la passion... Je suis trop flegmatique.
Sherlock lui, est passionné. Malgré son discours sur l'absence d'émotion. Jamais je n'ai vu quelqu'un réagir avec autant d'effervescence quand il est contrarié, heureux, ou plus drôle, juste mort d'ennui.
Je n'ai jamais été amoureux et je ne comprends pas ce qui se passe entre nous. Je sais juste avec une certitude absolue que je suis fichtrement heureux. Qu'il l'est aussi. Et ça me suffit.
Son expression se teinte d'une touche plus grave.
— Tu as raison. Elle est triste cette chanson. La fin ne me plaît pas.
— Change la. Inventes-en une autre ! Après tout, c'est toi le génie. Soit créatif.
Une moue dubitative.
— Bah, ce n'est qu'une chanson...
Sa mine redevient joyeuse, joueuse même et ses lèvres effleurent les miennes. Je ferme les yeux. Je sais que les siens restent grands ouverts, à observer. Je m'en fous. Au moment où je sens sa langue pointer, mon téléphone vibre. Pas le temps de le couper que Sherlock l'a déjà pêché du fond de ma poche et coller à son oreille.
— Non, il n'est pas disponible. Il m'explique le sens de The scientist grâce à une leçon de danse.
— Sherlock ! Je manque de m'étrangler de gêne. À l'autre bout du combiné, je reconnais la voix de Greg. Le pauvre, il doit encore se demander ce qu'il a interrompu...
— Non. Il n'est vraiment pas disponible.
Il détache lentement chaque syllabe, comme pour parler à un jeune enfant ou à un adulte un peu idiot.
Son bras gauche m'écrase contre son torse. Je le laisse faire. J'attends l'argument qui le fera céder. Pour passer le temps, j'inhale contre lui, je respire son odeur. Et cette fois, c'est son téléphone posé sur la table basse qui vibre. Sherlock se redresse, son visage parfait se fend d'un sourire de maniaque. Voilà. Il me relâche, fait un bon de côté. Tourne sur lui même.
— Au moins cinq ? Vous êtes certain ? Peux-être six ?! Merveilleux ! On arrive tout de suite.
Il raccroche et m'embrasse vivement, à pleine bouche.
Je le laisse à sa joie enfantine. Je tâcherai de modérer son enthousiasme quand on sera devant les macchabées. J'attrape son smartphone et lit le texto. Mycroft qui veut nous voir. Parfait. Déjà, il se précipite dans le hall.
— John, dépêche toi ! Donne moi mon mobile, mets ta parka, vite, on a du travail !
La journée s'annonce excellente.

The end !

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