Séisme - où je sors de deux mois de silence ici [Journal#6]


Tout tremble.

Je ne parle pas des résultats effrayants du premier tour des élections présidentielles qui nous renvoie quinze ans en arrière. A l'époque, j'avais constaté que l'impossible prenait corps, que des humains pouvaient volontairement se tourner vers un parti de haine et de peur afin d'être gouverné. Hitler a été élu au pouvoir. Éternelle boucle, recommencement. Short memory, comme dans la chanson de Midnight Oil.
Non, je ne parle pas de ce séisme-là.

Celui qui m'agite, fissure mon intérieur a commencé avant, le 24 janvier de cette année. Ou peut-être même beaucoup, beaucoup plus tôt. Toute petite.
Si je raconte l’histoire en commençant par le début, elle sera longue, ennuyeuse pour vous, douloureuse pour moi. Pas le courage. Pas l'envie. Et puis, ce n'est pas ressasser qui aide à inviter la joie et à lâcher la merde.
Ce séisme est d'ordre familial. Une bombe. Un truc qui secoue, mais après la première déflagration, nous ne sommes pas en mesure de réaliser les conséquences. Je suis en vie. Je compte mes membres. Mes doigts, mes orteil. OK. Tout le monde répond présent à l'appel. Je continue.
Ça va aller. Çà va passer. J'y crois.

Puis, il y a les répliques, la poussière qui retombe. Le tissus même qui me compose, mon sang, mes tripes, mes souvenirs, mes os (surtout ma hernie discale), mes nerfs, continuent d'être agités de spasmes, de soubresauts. Ils tremblent encore.
Après, je suis changé.
De nouvelles perspectives s'ouvrent sur le paysage alentour, sur moi-même, sur l'enfant que j'ai été, qui vit toujours en moi, et surtout, sur celle que je veux devenir.


Inutile de s’entêter à construire au dessus de la faille.
Je ne suis pas le Japon.
Je n'ai pas envie de vivre sur un moi qui redoute la venue du Big One. Hop. Je vais planter mes racines ailleurs. Je suis humaine. Vivante. Mobile. Mouvante.
L'exposition prolongée à l'amour destructeur, aux relations toxiques et dysfonctionnelles, même parée des atours de l'affection parentale - m'use et m'abime, me blesse.
Parce que je suis vulnérable, peut-être plus que d'autres. Je ne sais pas. Par contre, après 40 ans de crash test, les conclusions sont sans appel : je ne suis pas résistante à ce que mes parent me donnent. J'ai du mal à qualifier d'amour le mélange de culpabilité, attentes frustrées, incapacité à accepter mes choix et celles que je suis, accusation, déceptions, violence verbale, sabotage...

Depuis plusieurs années, j'ai compris que mon père était ce qu'on appelle, en langage psychanalytique, un pervers ; j'ai fait mon deuil de la relation que j'aurai désiré avoir avec lui et douloureusement accepté la réalité. J'ai trouvé des solutions pour interagir un peu, qu'il soit présent à distance, sans y perdre des plumes.
Je n'avais pas compris l'étendu des dégâts.
Pas compris que ma mère, elle aussi, cette autre partie, jouait un rôle tout aussi tordu.
Je n'avais pas compris leur fonctionnement de couple, la dépendance affective, et leur jeu de massacre qui a commencé probablement dès leur rencontre, peu avant ma naissance.

L'amour ne suffit pas.
Surtout pas quand, en son nom, on justifie les insultes, les destructions, l'agressivité systématique face à la personne saine qui, naïvement, par son existence même, dénonce l'absurdité et la perversion. Ce n'est pas la faute du lion s'il bouffe la gazelle. Sa nature profonde, sa survie même demande qu'il la chasse et la croque.
Je ne suis pas une gazelle. Libre arbitre, cerveau fonctionnel et tout le tintouin. Comprendre ce que je suis, ce qu'est ma mère, ce qu'est mon père, comprendre que leur seule proximité, leur seul contact me détruit.
Certains vivent très bien avec des armures. Pas moi.
Moi, je ne suis pas une gazelle, mais une grenouille, pas des masse de carapace. La flemme d'être aux aguets, en hyper vigilance, toujours à se calmer, à ne pas nourrir la violence, à relativiser, à se protéger sans attaquer, à plier jusqu'au point de rupture.
Épuisant.

Le 24 janvier, j'ai dû intervenir dans la vie de mes parents, sur demande express de ma mère. Plus une exigence d'ailleurs qu'une sollicitation d'aide. Je pensais qu'une première opération commando ouvrait à la voie pour un retour à la normale, au rationnel. Lourde erreur. Après deux mois, une seconde a été planifié, malgré mes réticences. Toujours sur demande de mes géniteurs. Avec le soutient de la Moustache et la grande réticence de certaines de mes amies, inquiets pour ma santé psychique.
Une deuxième opération pour sauver les meubles, littéralement.
Une dernier voyage vers celle que j'étais...
Ou pas.
Un nouveau séisme.
Tout explose à nouveau.

Maintenant, je refuse les rapports de force, les jeux de pouvoirs, je refuse que ma mère m'impose la violence comme seule issue quand les mots ne sont plus entendus.
Alors, j'opte pour le silence, la distance, l'abandon. Mes derniers espoirs d'une résolution intelligente des problèmes se sont évaporés.

Je m'aime trop pour continuer de subir.
Je me respecte trop.
Cet amour-là, je n'en veux plus.

Je profite de l'énergie cinétique du séisme, je m'élance ailleurs. Je transforme, je fabrique, je bidouille, je crée. Ça secoue encore. Heureusement, l'épicentre bouge moins vite que moi. Sur un sol stable, un socle, je pose la première pierre alors que j’entends encore au loin le fracas des falaises qui sombrent dans l'océan.
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Haïkus du temps présent de Mayuzumi Madoka : la tradition dépoussiérée sans altérer le charme !


 

Des poèmes et des bribes d'une vie japonaise



Voici un ouvrage qui réunit 80 haïkus contemporains issus de plusieurs recueils de l'auteur, hélas disponible qu'en japonais. Cette anthologie, proposée en version bilingue, ajoute à chaque haïku un texte de contextualisation, parfois écrit spécialement pour cette édition française sortie chez Philippe Picquier. L'auteur explique pourquoi elle a écrit le poème, donne les spécificités de sa culture, ou partage avec nous un souvenir touchant.
La mise en page, avec à droite le haïku et à gauche la version originale du poème avec son commentaire, permet à la fois d’apprécier la poésie brute, sans rien connaître de plus, et pour les curieux, de découvrir le haïku en japonais avec des éléments sur sa naissance, des anecdotes sur la culture, les expressions. Ainsi, le livre propose une double approche, en fonction des gouts et des envies.

De nombreux livres de haïkus sont d'ailleurs bilingues (avec écriture en japonais et transcription en romanji) permettant ainsi d'avoir accès à la musicalité de la langue, même si on ne la comprends pas. Le Japonais étant d'une grande richesse en onomatopée, je trouve cela agréable d'avoir le texte original pour en découvrir la sonorité des mots.

Haïku du temps présent bénéficie aussi d'une excellente introduction par Corine Atlan qui rappelle les règles formelles du haïku. En effet, cette forme d'expression poétique intègre de nombreuses contraintes : métrique, mot de saison, césure.... Pourtant, à la lecture, on les devine à peine, tant la légèreté des phrases nous séduit, tant leur profondeur nous touche. Corine Atlan, outre la traduction, a également choisit les haïku qu'elle a agrémenté de nombreuses notes explicatives.


Trois lignes pour croquer le Japon d'aujourd'hui



Mayuzumi est une haijin extraordinaire. Avec pudeur, elle crée une résonance entre les émois de l'âme et l'état de la nature. Nous sommes loin des haïkus classiques au charme suranné d'un Japon aujourd'hui disparu, certes toujours très présent dans la culture traditionnelle et l'imaginaire mais bien figé dans le temps, sous cloche. Les haïkus de Mayuzumi eux sont vivants, contemporains.
Ils respectent justement l'essence du haïku (ancrage dans le quotidien, les petite choses de la vie, impermanence, l'attachement à la saison...) sans copier ceux classiques dont le caractère intemporel est une illusion. Il suffit de relire Basho avec ses routes boueuses, son manteau de paille, ses sandales et son mode de vie nomade pour saisir que le Japon décrit dans ses textes est bien révolu.

Chez Mayuzumi, on sent le souffle de notre époque, la présence de la ville, la modernité, et pourtant, la nature, les éléments sont toujours là, des étoiles aux fleurs, aux sentiments humains. En lisant cet ouvrage, on a une vision pleine de justesse du Japon d'aujourd'hui par la lorgnette de la poésie : merveilleux, parfois nostalgique, souvent émouvant.


Un autre avis sur le blog "Lire le Japon"


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"Nous sommes légion et nous sommes mignons"



"Nous sommes légion et nous sommes mignons.

Colorés, chatoyants, caquetants, pépiants. Dans la jungle moite, à l'abri des feuillages vernissées, sur les fleurs, au pied des immenses arbres, nous restons immobiles. Nous sommes partout, même au plafond. La pièce est petite, juste une lucarne haute. Ici, ceux qui viennent font leurs affaires puis s'en vont. Certains restent plus longtemps, avec de la lecture, d'autres font des grimaces, ou marmonnent leur liste de course. La durée des visites en général est brève et toujours utilitaire.
Rien de passionnant.
Juste les besoins naturels de ces cousins lointains qui oublient qu'eux aussi, ils sont des animaux.

En été, plusieurs années de suite, il y a cette petite qui change la routine. Le visage mangé par des lunettes trop grandes en plastique rose pâle aux verres épais, les cheveux avec les boucles légères qu'ont les enfants, toujours vagues et mouvantes, comme le vent.
Elle nous fait la conversation.
Tous les jours, plusieurs fois par jours, parfois durant plus d'une heure, jusqu'à l'intervention d'un tiers.

Elle arrive, s'installe sur le trône avec l'agilité propre à son âge, ne doutant pas de sa place dans le monde. Elle ferme la porte, pour plus d'intimité, mais sans jamais tourner le verrou. Et là, de sa voix fluette, elle prend de nos nouvelles, nous raconte ses vacances, la pêche aux coquillages, les rouleaux d'écume piquants, les hortensias en bas du jardin, les araignées et les langoustes chassées par son papa, les glaces à l'eau au citron offerte par sa maman, le sous-sol de la maison de Michel et Josette avec la salle de jeu où elle apprend des masses et des masses sur la vie. Les grandes qui la chouchoutent, lui font peindre des galets, lui monte le grand train électrique avec un circuit compliqué.
Une fois, elle a passé la frontière pour aller en Espagne et a mangà une tortilla directement avec les mains, il n'y avait pas de couverts, juste un grand plat commun pour tout le monde ! Parfois, ils sortent tous sur le voilier. Ce qu'elle préfère, c'est la promenade du soir, après manger (surtout si c'est des moules) sur la grande avenue d'Hendaye que sa maman appelle « Les Champs Élysées ». Il y a plusieurs glaciers...

Puis elle nous raconte aussi la jungle, la vie de monsieur Toucan, celle des Aras bavards et si jolis... Elle caresse du bout des doigts le serpent, les lianes et les troncs. Elle ne s'arrête jamais de blaguer, de rigoler et parfois, de chuchoter un secret jusqu'à ce que, dans la pièce voisine, soudain, la voix de sa mère retentisse :
— Marianne, ma chérie, tu es encore aux cabinets?
— Oui...
— Tu fais pipi ou tu joues ?
— Les deux.
— Ça fait plus d'une demi-heure maintenant. Il faut que tu sortes, nous allons à la plage.
— D'accord.
La petite descend de son perchoir et nous souhaite un bon après-midi. Quand elle reviendra tout à l'heure, elle nous abreuvera encore de ses aventures incroyables. Par la porte entre-baillée, nous entendons encore :
— Maman, maman, tu sais ce que le perroquet m'a dis ? Va-y, devine !"



Ce texte est un exercice pour un MOOC sur l'écriture de fiction. La contrainte était de raconter un souvenir d'enfance selon un point de vu autre que le sien. Le texte devait être rédigé en 30 minutes.
Photo prise au Naturospace de Honfleur 
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2017, et hop !

Bonne année !


Voilà, elle est arrivée, neuve et pimpante, fraiche, avec un parfum d'inédit, de découverte ; après tout, elle ressemble dans sa virginité à toutes les autres, même à tout les fragments d'instants. Pour l’accueillir, je l'ai joué à la japonaise : ménage et tri à la maison, mais aussi dans ma tête.
Petit coup dans le rétroviseur sur les résolutions de l'an passé, par la lorgnette de l'accompli, et non de l'échec ; je suis plutôt satisfaite, d'autant que j'ai achevé 2016 sur une expo photo.

Pour 2017, je vous épargne ma liste des « résolutions ». Elles sont là, réelles, listées dans mon agenda lui aussi tout neuf, déjà décoré d'autocollants kerori et orné de post-it. J'ai aussi changé mon cahier de travail où je liste mes projets, leur avancée et les différentes idées. Je le trainais depuis des lustre et le temps est venu de repartir à zéro.

J'ai l'intuition qu'à ma porte, dans mon cœur, pour mes proches, 2017 sera une grande année. 2016 était déjà très chouette. Oui, les célébrités tombent comme des mouches, et de l'autre côté de la méditerranée, liberté et même vie s'évaporent.
Je n'ai pas de prise sur le monde, alors autant éviter qu'il en ait trop sur moi.

Je vous souhaite à tous une bonne année, avec mes souhaits sincères de joie et de santé. Après, c'est à vous qu'il incombe de cultiver votre jardin, même si je suis toujours ravie d'échanger graines et recettes !



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J'ai été modèle pour « Souvenirs de Paris » : la série photo de Chloé Vollmer-Lo !



Non, malgré mon physique de rêve et ma fraicheur, je ne vais pas entamer une carrière mondiale de batracien top-modèle. Par contre, pour la première fois, j'ai été prise en photo par une pro, Chloé Vollmer-Lo. Elle travaille sur une série intitulée Souvenirs de Paris où elle associe un lieu de la capitale à une personne qui a vécu ou ressenti quelque choses de fort, à un moment précis. Je partage avec vous cette expérience originale et intime.

Le premier janvier 2010


Je ne me rappelle plus du temps. L'almanach atteste qu'il faisait froid, gris. Pourtant, avec La Moustache, nous sommes parti en balade, main dans la main. C'est notre anniversaire, nous sommes en couple depuis onze ans. Nous déambulons dans Paris et nos pas nous amènent dans le quatrième, là où je vivais quand j'étais étudiante, quand nous nous sommes rencontrés. Nous passons derrières l’église Saint-Gervais, dans une petite allée pavée que j'affectionne. La rue des Barres.
Entre les immeubles se serre un petit square avec un cerisier du Japon que je viens admirer au printemps. Ce premier jour de l'année, la surprise est là, rose, incroyable ; dans ma main glacée, celle de Franck, chaude et vivante. Sous nos yeux ébahis, l'arbre, en fleur. En fleur un premier janvier !
Je n'en reviens pas.
Comme un miracle, un pied de nez de la végétation à la saison, à la ville. À la norme. À ce qu'on attend d'elle.
Je pense au Japon où je me suis rendue l'an passé pour la première fois et où je dois retourner encore, dans quelques mois pour un séjour plus long...
Il est vieux, ce cerisier au tronc noueux et aux branches tordus. Vieux et encore vert. Gracieux. Je regrette de ne pas avoir pris mon appareil photo pour capturer ce moment. Je le stocke dans mon cœur, précieusement.


Le 2 mars 2011


Je suis en vadrouille, seule, dans le centre de paris. Et me voilà, de nouveaux pas loin de la rue des Barres. Je fais le détour et il est toujours là. Moins en avance que l'an passé, mais toujours là. En fleur, encore une fois. Tout me revient. Le moment avec Franck, et le mois à Tokyo en été. L'impression d'immensité du monde, l'envie de découvrir, doucement, avec lenteur et précaution. L'envie de contempler jusqu'à user mes yeux, jusqu'à ce que les mots débordent, que les émotions se transforment en histoires, en poèmes. J'ai cette envie presque féroce de retourner au Japon, encore. Cette envie aussi de partager le voyage avec Franck, réticent sur le sujet.
Et puis, quelques jours plus tard, tout bascule, tout se fissure.

Les mois et les années s'écoulent. Les pavés toujours là. L'église et le monastère toujours là.
Comme un écho funeste, le vieux cerisier est abattu.

Le 8 juin 2016


Je rencontre Chloé pour la première fois en vrai. J'aime beaucoup son travail photographique. Sa sensibilité me parle, son regard m'intrigue, à la fois par sa proximité et sa différence. Je suis heureuse de prendre part à son nouveau projet artistique Souvenirs de Paris.
Je vis à Paris depuis plus de vingt ans. Nombreux sont les endroits rangés dans ma mémoires. Mais, quand je lui propose ma participation, je sais celui que je vais choisir. Une évidence. Cette année, un souhait s'est réalisé.
Un souhait que j'avais noué à un bambou, le 7 juillet 2010, au crépuscule, dans un temple à Tokyo, au Zenkoku-ji.
Retourner au Japon, et cette fois, être accompagnée de Franck.
Après le 11 mars, rien n'est plus pareil. Pourtant, avec le recul, ce souhait lui a perduré, intact dans la douleur et le désenchantement.

Le fantôme du cerisier me salue, une présence bienveillante dans mes souvenirs. Dans le square, aucune trace. Les émotions passent, furtives, pourtant, l'après est subtilement différent de l'avant. Petit à petit, invisibles, elles nous modèlent, s’imprègnent dans les lieux et j'aime à croire qu'elles les teintent doucement de nos espoirs et de nos rêves.


Je vous invite à regarder Paris sous l'angle de la mémoire d'inconnu, d'un moment capturé par l’œil vif de Chloé : http://chloevollmerlo.net/photo/perso/souvenirs-de-paris/
Je vous conseille aussi vivement de regarder le reste de travail perso :

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Nouvelle exposition pour la Grenouille : venez nombreux !

 


Du 19 décembre au 7 janvier je participe à une exposition collective Un seul grain de riz  à la Galerie Metanoïa, à Paris, sur le thème "Ange". Si vous passez par là, vous pourrez voir une série composée d'une photo et trois collages photo réalisée pour l'occasion.


Démarche artistique


Le mot "ange" vient du grec àggelos (ἄγγελος) qui signifie messager, un intermédiaire entre les hommes et le divin ou le spirituel. J'ai choisi de traiter cette contrainte thématique en partant de cet angle étymologique.

Mon approche consiste à s'interroger sur la nature possible à la fois du message et du messager : transcendance spirituelle, incarnation inscrite dans nos gènes comme une sorte de mémoire collective propre à l'Humain, une provenance encore plus mystérieuse et lointaine... Après tout, nos connaissances de la complexité de l'univers restent parcellaires et laissent la place aux spéculations les plus folles.

Mon caractère indépendant et ma soif de liberté s’accommodent mal d'un système de représentation du monde avec la foi ou la croyance comme seul fondement. Si je suis ouverte à l'inconnu, à l'ombre, à ce qui échappe au tangible illusoire et restreint de nos perceptions, je reste allergique à toute tentative de suivre une doctrine. Surtout quand d'autres humains s'arrogent le droit de juger de la bonne obéissance de la-dite doctrine.

J'ai donc délaissé le divin et la signification religieuse de l'ange pour une approche plus pragmatique, sans exclure une part d'inconnu. Je considère l'ange comme un trait d'union, un pointillé chargé d'un propos qui parfois nous échappe car codé ou brouillé, entre notre conscient et notre inconscient. Savoir l'écouter nous donne accès à une part souterraine et bouillonnante de notre être, une part de notre être capable elle-même, de saisir d'autre messages, encore moins accessibles, encore plus cryptiques, dont on ignore l'origine.




Mon travail ne porte pas tant sur la source du message - une part de nous même qui existe même si on la nie - que sur notre capacité à l'écouter, l'apprivoiser, le comprendre parfois, l’interpréter si nécessaire et surtout, à l'exprimer. Le messager se nomme alors intuition, inspiration. 
J'ai souhaité représenter des instantanés de l'évolution d'un sujet qui passe de la surdité à l'apprentissage de l'écoute, du décryptage et enfin à la compréhension du message. Le temps, dans la série, est volontairement suspendu, comme la fulgurance d'une révélation qui se niche entre les secondes. De l'extérieur, rien n'a changé. Le sujet est le même. De l'intérieur, sa perception de soi et du monde est ébranlée.

Pour représenter le paradoxe du message, à la fois simple et complexe, j'ai travaillé à la fois avec des couleurs froides et chaudes, des éléments figuratifs linéaires très nets et des éléments plus abstraits, flous. Les fragments de photo avec des branches m'évoquent une calligraphie d'un alphabet étrange.
Pour le dernier collage, la juxtaposition de bandes d'ambiance très différentes - urbaines et sauvages - traduit une harmonie momentanée, lorsque le message est reçu.



 

La tambouille de la grenouille


Je travaille à partir de tirages de mes photos que je sélectionne surtout en fonction des ambiances de couleurs et lumières plus que du sujet. En fonction de ce que je veux exprimer, j'affine encore ma sélection et me limite volontairement à un nombre restreint de clichés. 

L'acte - découpage, agencement, collage - par sa tangibilité me renvoie au moment exact de la prise de vue, son instantanéité et surtout son impossibilité à être reproduite. Si une photo numérique peut être tirée à l'infini, le moment où elle est prise, tout comme le collage, est unique, terminé. L'acte du collage contient une mort, une finalité. Ce qui j'exprime avec les collages est différent, peut-être pour moi, plus concret, que ce que je peux exprimer avec la photo. Pour cette série, j'ai mêlé photo et collage photo car justement, j'avais besoin de ces deux médiums pour réussir à transmettre le changement et une certaine nécessité.




Liste des œuvres présentées :
               
Silence - photographie, tirage sur papier lustré
Ouverture - collage de tirages photographiques
Dissonance - collage de tirages photographiques
Accord - collage de tirages photographiques

Travail réalisé en septembre 2016
Format avec cadre inclus : 15 x 20 cm
Tarif : 150 euro, encadré
Contact à la galerie : marc.higonnet@galerie-metanoia.fr

Le vernissage aura lieu le mercredi 21 décembre à 18h à la galerie Métanoïa : 56 rue Quincampoix, Paris


 
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La fourmi [Poème]

Petit poème pour suivre le défi d'Agnes Domergue, lancé sur son blog
Les règles :
- Écrire un souvenir avec un insecte de votre choix
- Que vous évoque le mot murmurer ?
- Utiliser La brise fraîche 



Elles préparent la conquête...
Cimes des parasols ajourés,
Je flâne, ivre d'été
Jaunie, tassée, douceur de l'aiguille émoussée
Tapis moelleux sous mes pied nus

Elles préparent la conquête...
Parfum d'eucalyptus
Son bouquet de plumes bleuté
Tombé du ciel, vire à l'ambre
Feuilles cassantes sous mes pieds nus

Elles préparent la conquête...
Myrte entêtante dans le maquis
De part et d'autre du sentier
Fleur d'or et d'artifice
Sables brûlants sous la plante

Devant, lointain, embruns et brise fraiche
Le chant de la mer et ses promesses
Hâter le pas vers la dune

Elles lancent l'offensive...
De leur tertre, elles jaillissent
Sur les aiguilles, se pressent
Entre les feuilles, se glissent
Aïe !
Au bout de mon gros orteil
La fourmi noire
À capturer une proie
Bien trop grosse pour son estomac !


Pour la petite histoire, il y a des années, gamine, en vacance en Corse, je me suis fait "mordre" à sang par une grosse fourmis noire. La demoiselle, pas du tout dérangée par mes gesticulations a refusé de lâcher mon gros orteil, à priori très gouteux. J'ai dû l'enlever à la main (sans la tuer, parce que j'aimais bien les fourmis jusqu'à ce jour). 
Je me suis toujours dit qu'elle avait probablement crâner au près de ses copine.


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