Sur le chemin de 2019


Tardivement, avec ma procrastination légendaire, je vous souhaite une très bonne et heureuse année 2019 !

Nous sommes encore en janvier, alors je m'autorise ce délais.

Ces derniers mois, dans du coton, j'avance à tâtons, un jour après l'autre. J'écris peu, juste dans un journal, et je dessine régulièrement, pour les cours des ateliers des beaux arts. Rien d'extraordinaire. C'est assez difficile de se confronter à ses limites, à ses ambitions et à ses possibilités. 
Frustrant mais aussi heureux, lorsqu'on lâche ladite ambition pour se concentrer sur le plaisir simple du trait. Qu'on abadonne le fantasme pour le "faire". Qu'on sort de sa tête pour être ses mains, ses doigts.

J'apprends à regarder. 
A écouter aussi.
A me forcer, quand ma torpeur grandit et que l'envie de fuite dépasse ma capacité à anticiper le plaisir. 

Je profite de ce nouveau lieu, chaud et lumineux. J'ai jeté à la poubelle la majorité de mes objectifs. Les résolutions de cette année se résument à prendre soin de moi, et de mes proches. Me centrer. Tenir sur mes deux jambes. Tenir sans me dissoudre dans les chagrins et névroses d'autrui. Tendre encore la main, mais uniquement si j'en ai l'énergie. 

Je vais être très égoïste en 2019. Cela tient de la survie psychique.

Cela ne m'empêche pas de zieuter et suivre ce que font les copains, mais de plus loin.

Je vous souhaite à tous, assidus ou visiteurs de passage, de prendre bien soin de vous pour cette année. Et si vous avez l'impression d'être happé dans le rythme endiablé du quotidien, accro aux infos, aux réseaux, aux regards, aux demandes, aux attentes, aux retours, aux encouragements et approbations, j'espère que vous aurez la fortitude de faire un petit pas de coté. 
Sortir du flot. 
Toucher la rive. 
Peut-être même vous extraire du courant, pour souffler un peu sur la berge.

Qui-sais, vous m'y retrouverez peut-être, gribouillant (et pestant en termes fleuris sur mes maigres compétences). 



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La nuit la plus longue...




Le solstice d'hiver. L'amoureux des ombres. Les vieilles peurs qui entravent et la fragile lumière d'une bougie pour conjuguer les mystères, le trop grand, l'incompréhensible, ou simplement, le bizarre et le dérangeant.

Cette nuit de décembre exacerbe le besoin de lumière, de chaleur. De contacts aussi. Elle ravive les absences et rend les présences et leur continuité plus précieuse.

Bientôt l'année nouvelle et sa cohorte joyeuse de résolutions, d'absolutions, de vent frais. Vider, trier, créer l'espace physique et mental pour accueillir la p'tite jeunette. J'ai envie d'un grand ménage, comme la tradition japonaise qui consiste à briquer la maison et purifier notre lieu de vie sur les derniers jours de décembre.
Nettoyer du sol au plafond et surtout, se séparer des choses inutiles et cassées, à moins que leur esthétique de l'usure ou leur importante affective ne mérite d'être élevée au rang d'objet précieux.
Envie de vide et d'un plein choisi.



Cette année j'ai déménagé.
J'ai gagné en lumière. J'ai gagné en chaleur.
J'ai perdu en ombre et en humidité.



J'ai gagné de la confiance en moi.
J'ai perdu ma capacité à m'adapter aux autres au détriment de moi.
J'ai perdu une amie.

J'ai gagné de l'équilibre, ou plus exactement, en capacité de récupération dans mes déséquilibres.
J'ai gagné des mots, des dessins, des odeurs.
J'ai perdu des rancœurs.
J'ai retrouvé l'espoir pour une relation que je pensais perdu.

J'ai retrouvé mon envie de dessiner.
J'ai perdu le courage pour remplir des puis sans fond.
J'ai gagné en légèreté, en richesse, en diversité.
J'ai perdu mes réticences à dessiner. J'ai lâché prise sur ma créativité, mes tentatives de la mettre dans des cases étiquetées. J'ai lâché la bride. Parfois, elle se barre. Alors j'attends son retour.

J'ai gagné en discipline. J'ai gagné en liberté. J'ai gagné en souplesse.
J'ai perdu des illusions. J'ai perdu l'illusion qu'on a un impact sur les autres, qu'on peut montrer un chemin clair dans une forêt d'ombres.
Je me suis perdu dans la foret.
J'ai apprivoisé des ombres. Les miennes.
J'ai laissé les autres.
J'ai gagné un peu en sagesse, perdu un peu en innocence, en croyance de puissance, de contrôle.

J'ai perdu un kilo.
J'ai gagné un kilo.

J'ai gagné un cœur gros.
J'ai perdu quelques litres.

J'ai gagné en amplitude, en racines, en étoiles, en silence, en filaments étranges. En possibilité. En connexions neuronales. En amour.


Bilan neutre ? Ça dépend des dimensions, des perceptions.
Après cette nuit, il y aura une pause, une hésitation. Puis, encore une fois, la nuit refluera. Un nouveau cycle. Une nouvelle saison qui pourrait sembler figée pourtant, elle est une préparation sourde et tranquille à la fête à venir.

Je vous souhaite une belle nuit, une belle fin d'année. 


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Rouillée





Rouillée
Les doigts gourds
Le cerveau boueux
Fausses excuses. Pas dupe.
Pas vraiment.
La peur au commande. Le ventre noué.
Anticiper c'est ne pas vivre au présent. Ne pas vivre.
Pas vraiment.




L'automne tire sur la fin. Langueur de la nuit en quête de toute puissance. Phase d'hibernation ou d’apitoiement ?
Art is the guarantee of sanity Louise Bourgeois



Croquer n'est pas créer. Exercer le regard, affuter ses outils n'est pas créer.
Se disperser, se nourrir, picorer. Revenir au papier, à l'encre.





Dissoudre l'angoisse dans le faire. Dissoudre les doutes dans le présent. Dissoudre un peu de soi dans les mots. Dissoudre la souffrance et ces choses qu'on porte malgré soi. Un bain d'acide. Ronger le métal pour que la forme apparaisse.

Se débarrasser de la gangue. Nettoyer le cerveau.
Attiser le sang. Raviver les nerfs. Réveiller les doigts.
Accepter les excuses. Même les siennes. Même fausses.
Accepter la peur aussi. Repenser à F. Herbert.
Sourire.



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Les accrocs dans la toile... [journal 10]



En janvier dernier, j'avais tout prévu.

Enfin, après des péripéties digne d'une comédie burlesque, nous avions trouvé notre nouveau nid. Un choix raisonnable plus qu'un coup de cœur de mon côté. J'étais fatiguée, usée par les déceptions, usée par la nécessité vitale de quitter la grotte où je manquais d'espace et surtout de lumière. Alors, quand notre proposition d'achat a été acceptée, je me suis posée, j'ai planifié.
D'abord, il y a avait les travaux ; on achetait un bien laissé en vrac. Et puis, j'avais la deadline du concours jeunesse Gallimard début mai en parallèle avec la mise en vente de la grotte. Après j'attaquerai les cartons, la préparation du déménagement. Et enfin, la récompense : les vacances.
J'ai tenu la deadline.
J'ai bouclé la première version de mon texte jeunesse. Certes, il y avait des défauts mais j'en étais satisfaite avec la sensation agréable d'avoir fait de mon mieux. Hélas, je n'ai pas fait partie des trois finalistes.

La deadline pour les travaux, par contre, l'entrepreneur s'est assis dessus. Puis, il l'a mise à la benne avant de lui foutre le feu. Le mec souffre du complexe du « c'est la faute de... » mais jamais la sienne. Jamais sa responsabilité.
Hors, le déménagement était fixé avec une date qu'il nous avait donné. Fin juillet. Le pire moment où TOUT le monde trouve qu'il s'agit du moment idéal pour migrer. Beaucoup de stress, beaucoup de colère, beaucoup d'envies de meurtre. Finalement, on s'est « arrangé ». On a déménagé deux jours avant les vacances dans un appartement inhabitable.

Heureusement, la date du séjour à la montagne, elle, n'avait pas bougé. Une soupape, une joyeuse parenthèse de dix jours à crapahuter, à rire avec les copains, à se déguster de bons repas (merci à La Barbe préposé à la cuisine).
Le retour a été violent.

Les travaux n'étaient pas finis. Les copains nous ont hébergés. Puis, ça a été camping, négociations avec l'entrepreneur, les ouvriers. Vivre dans le bordel. Profiter de la terrasse, de la lumière. Se dire que, tant pis, il faudrait certainement que La Moustache mette la main à la patte et termine les finitions.
Tenir jusqu'aux finitions sans effusion de sang.

J'avais tout prévu.
Dès septembre, je me remettais au travail. Un mois pour retravailler le texte jeunesse et m'occuper des cartons restants.
Mi-septembre, on a dégagé l'entrepreneur. C'était devenu insupportable. On avait payé rubis sur l'ongle des travaux qu'il se refusait à finir... faute d'argent.
Problème de gouttière, pas de chauffage fonctionnel, problèmes sur les velux et tout un tas de machins pas finis. Une salle d'eau, pas de salle de bain. Les week-ends dans les magasins de bricolages. Les coups de fils et la gymnastique mentale pour tenter de trouver des solutions.

On a vendu la grotte.
Une inquiétude de taille qui s'évaporait alors et une situation financière soudain plus tranquille. Bye bye le prêt relais et le banquier incompétent (oui, on fait combo).

Octobre, c'était pour préparer le Nanowrimo.
Choisir le projet, faire un plan.
Se remettre vraiment à bosser sur du neuf. À écrire.

Il y a eu d'autres trucs. Plus douloureux. Affectifs, émotionnels. Des accidents. Des vides. Des accrocs qui ne se réparent pas aisément. Des pans entiers de vie qui s'effilochent. Des fils qu'on pensait solides, incassables même, qui cèdent. Des ourlets défaits, des boutons perdus. Certains retrouvés.

Le nid se construit. Joyeux. Nouveau.
Chaotique parfois mais douillet, soyeux.
Les accrocs restent.
Certains encore béants, impossibles à ravauder. Alors, il faut arrêter les bords, choisir jusqu'où on peut sauver l'affaire, et lentement, délimiter une zone. Une zone d'absence de matière. Le trou reste, mais il ne s'étendra plus. Plus tard, quand j'aurai le courage, je mettrai une pièce. Une pièce jolie, choisie avec soin, non pour dissimuler l'accro et la perte dans le tissu, mais une pièce pour embellir l’étoffe. Comme avec le kintsugi, la réparation rend plus beau. Plus précieux.

J'avais tout prévu. Sauf de mon incapacité à me connecter sur un nouveau projet. Mon incapacité à amorcer les questions d'un nouveau texte. Mon incapacité à écrire autre chose d'une bouillie indigente.
J'avais tout prévu, sauf ma fatigue mentale, mon épuisement émotionnel.
J'avais tout prévu.
Sauf de décider d'abandonner le NaNo au bout d'une semaine.
Sauf d'aller deux fois à Lyon pour des conférences.
Sauf la chaleur humaine et la joie. Les attentions. Les soutiens.
Sauf des trucs qui tombent pile-poil quand on ne les attends pas mais dont on réalise avoir un besoin vital.

Sérendipité.

Parce que l'univers a autre chose à faire que des croche-pieds.
Qu'il a une générosité des inconnus mais aussi des autres, ceux qui ne sont pas encore dans le cercle des « amis » et qui pourtant donnent sans compter, sans attendre de retour. Donnent exactement ce qui soulage, motive, réchauffe. Et qu'il y a les amis, la famille (Les belges !), la sienne et celle de La Moustache. Qu'il y a des petites choses, des fragments de coupons tombés du ciel qu'on incorpore avec soin au grand tissage toujours en cours.
La toile a ses accrocs, son hétérogénéité parfois étrange et aussi, sa cohérence. Des accidents et des ratés nait une beauté fragile et particulière.
Elle grandit.

Je me remets au travail lundi.


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Animal Totem : un puissant récit initiatique condensé dans un album jeunesse



Animal Totem est un album jeunesse que j'attendais depuis longtemps. Connaissant l'autrice du texte, j'ai suivi son élaboration et ses péripéties avant qu'enfin, il prenne corps dans une édition luxueuse. Un grand format avec des dessins à la gouache réalisés par Clémence Pollet.

Le livre s'ouvre sur une danse, à une époque où hommes et animaux partageaient leur langage. Caché dans les fourrés, le narrateur observe une cérémonie : un jeune garçon vient de trouver son animal totem après trois jours solitaire en forêt.

Notre curieux observateur sent lui aussi cet appel mystique : trouver son animal totem.
Il part donc pour un long voyage ponctué de rencontres avec différents animaux. Corbeau, biche, ours... Si aucun ne semble être le totem destiné, ses échanges l'enrichissent et l'interroge aussi.
Quel est donc son animal totem ?

Cette album est d'une puissance rare.
Le texte flirte avec la poésie, peu surprenant de la part d'une haijin confirmée - et il étonne par sa construction intelligente et son cheminement philosophique. Son souffle le rend très adapté à une lecture à voix haute, idéal pour le plus petit. Il est servi par les magnifiques illustrations de Clemence Pollet, faussement simples, faussement brutes.
L'alchimie mots-images fonctionne et nous voilà sur le chemin, se demandant à chaque fois si enfin, cet animal-ci sera le bon. C'est un récit hors norme et un très bel album de part son format et sa qualité de fabrication : un papier épais et une couleur pantone (le vert) qui sert de fil conducteur visuel à chaque page.

Les auteurs seront en dédicaces au salon du livre jeunesse de Montreuil à la fin novembre.




Liens :
Le blog d'Agnès Domergue : http://agdoalto.blogspot.com
Le blog de Clémence Pollet : https://clemencepollet.wordpress.com


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Méditer à l'Unesco avec Ando Tadao


A l'occasion d'un salon autour du Japon, il était possible d'accéder au bâtiment de L’UNESCO et surtout au jardin japonais sans réservation.


Ce dernier date de 1958 et a été conçu par Noguchi Isamu. La fontaine monumentale en granit vaut le détour. Le cailloux pèse 7.8 tonnes ! En 93, Ando a crée une maison de thé temporaire pour une manifestation. J'aurai adoré la visiter. En 95, l'architecte japonais réalise un espace de méditation. La particularité de la construction en béton de forme cylindrique très brute, est d'être implanté au cœur d'un bassin en gratin irradié (mais préalablement décontaminé) provenant d'Hiroshima. Le propos d'Ando est qu'il voulait « exprimer le néant et créer un espace dans lequel, une fois à l'intérieur, les gens perçoivent à quel point il est absurde de se battre les uns contre les autres ».











Je suis sensible à cette architecture minimaliste de béton et de pierre, où la forme d'une grande simplicité et d'un vide absolu nous invite à tourner notre regard vers l'intérieur. Pas l'absence de fioriture et de décoration, chaque strie, chaque objet prend une importance capitale. Juste quelque chaises en métal disposées là.
Le lieu m'a impressionné.
Je suis sensible aux courants tels que Bauhauss et au brutalisme qui s'accorde bien avec mon attirante pour des formes très dépouillées. Le jardin japonais, aux couleurs de l'automne et sous la douceur d'un été indien persistant, était aussi une découverte charmante. De l'eau, des feuilles noyées, de la pierre. Une recette magique pour la contemplation.




Liens :
Actuellement, il y a une exposition sur Ando Tadao au centre Pompidou (jusqu'au 31/12)
https://www.centrepompidou.fr
Sur la maison de thé temporaire de 93 :
http://un-voyage-au-japon.over-blog.fr/article-31372485.html
Sur Isamu Noguchi :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Isamu_Noguchi
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La couleur et la forme : l'atelier Brancusi et la fontaine Stravinsky

Sur l'esplanade du centre Pompidou, en accès libre et gratuit, il y a une reconstitution fidèle du sculpteur Brancusi. Il aura fallut que sa visite figure dans les « devoirs » des mes cours des ateliers des beaux-arts pour qu'enfin, je le visite. Ayant vécu des années juste à proximité, je n'ai vraiment aucune excuse à ce manque de curiosité. Même sans trop apprécier le travail de l'artiste, le lieu mérite de le détour

Rentrer dans l'intimité d'un atelier, dans son organisation, dans son esthétique, révèle beaucoup sur la personnalité et la sensibilité de la personne. Celui de Brancusi surprend pas l'agencement méticuleux de chaque œuvre, le soin apporter l'équilibre des formes. Horizontalité, verticalité et rondeur. Homogénéité de couleur avec juste des rehauts de métal, comme une dorure à la feuille d'or subtile sur une œuvre d'une grande retenue.
Assise dans la tranquillité du lieu, j'ai pris beaucoup de plaisir à y dessiner.




Le second volet de ma promenade m'a conduit à la fontaine Stravinsky et son cirque mouvant. À l'époque où j'habitais rue St-Martin, je la détestais cordialement. Ses couleurs criarde, ses formes obèses, monstrueuses, ses machines mouvantes qui pourtant ne vont nulle part. Puis, j'ai découvert la vie et l’œuvre de Niky de Saint Phalle. Une révélation. Un choc. De la catharsis à la sublimation. Mon regard sur les œuvres de cette femme a radicalement changé. J'y vois une jouissance assumée, une joie de vivre sensuelle, incarnée et une ode lumineuse qui s'émancipe des lois et des préjugés. L'esthétique, la beauté, autant de notion engluées dans des carcans sociaux et culturels dont il est possible de se libérer.









Deux dessins contrastés, selon la contrainte fourni par le prof, qui pourtant raconte la même chose : une cécité, une incompréhension sans aucun fatalisme. Celle que je suis aujourd'hui différent beaucoup de celle que j'étais à dix-ans, lorsque je suis arrivée à Paris.
Dimanche j'aurai quarante-trois ans.
Et je suis assez fière de celle que je deviens. Même si, comme l'atteste mes crobars, j'ai une belle marge de progression !





Liens pour les curieux :

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