19 octobre 2018

Place des Abbesses, ciment armé et mosaïque



Sur la place, il y a l'église Saint-Jean de Montmartre. Je la connais bien pour avoir vécu à proximité, dans le 18e. Je la connais aussi pour avoir assisté au mariage de la sœur d'une amie, alors que j'étais ado. Ma première rencontre avec cet étrange édifice de brique rouge qui dissimule une structure en béton armée. 

La première construite de cette façon, entre 1894 et 1904, par l'architecte Anatole de Baudot. Une fracture architecturale à la charnière des siècles. Aujourd'hui encore, elle intrigue, tant par sa physionomie que sa localisation, à cheval sur la butte, en gradin et escaliers. Je serai curieuse d'en visiter les entrailles, sous la partie ouverte au public, celle qu'on aperçoit en contournant le bâtiment.

Toujours dans le cadre des cours des Ateliers des Beaux Arts, j'ai réalisés photos et croquis. Une promenade dans mes souvenirs, de la sortie de la station Abbesse jusqu'à la nef.













Pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Jean_de_Montmartre


12 octobre 2018

Soudain j'ai entendu la voie de l'eau de Kawakami Hiromi




Un roman est presque irracontable en raison de son ton particulier. Il s'agit de l'histoire d'un frère et d'une sœur mais aussi d'une fille et de sa mère, construit avec des allers-retours temporels entre des dates clefs notamment 1996, l'année suivant l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo et 2013 où plane le fantôme prégnant de la triple catastrophe de 2011.


Écrire l'indicible


J'ai eu le grand plaisir de rencontrer l'auteur Kawakami Hiromi lors d'une conférence au Centre Pompidou. Je n'avais lu que « Nos années douces » qui m'avait profondément ému. Elle a décrit comment, pour chaque roman, elle mêle un fait social à l'histoire intime de ses personnages, jusqu'à ce qu'il soit totalement incorporé à sa vie. Une façon de parler de la grande Histoire par le prisme de l'humain et de l'individu. Elle a aussi expliqué avoir passé ses jeunes années à l'étranger et s’être senti en inadéquation avec le Japon lors de son retour. Sa scolarisation fut pénible avec une ostracisation. Ce décalage avec la société, ce sentiment d'être un élément exogène se ressent fortement dans ses romans. Elle ose aborder ce qu'on ne dit pas, elle ose transgresser.

Une plume douce


Avec Soudain j'ai entendu la voie de l'eau Kawakami viole d'un des tabous fondateurs de presque toutes les sociétés humaines et pourtant, elle l'aborde avec le choix de l’implicite et de la douceur. Je crois que c'est pour ces raisons que je me retrouve tant dans son œuvre : un chamboulement, une remis en cause profonde et pourtant, la violence est feutrée, étouffée. Elle se focalise sur la beauté du quotidien, les petits choses qui rendent la vie précieuse et riche.
J'ai été emmenée par le texte, secouée parfois, et il perdure une sensation de grand courage mais aussi de fatalisme face à ses évènements qui nous dépassent et façonnent nos vie, contre notre grès. Ce n'est pas un texte facile dans la mesure où sa structure et sa dimension contemplative demande d'être en phase avec la sensibilité de l'auteure pour ne pas passer à coté. 
Mais, si vous lisez cette chronique, si vous appréciez ce blog, il est très probable que ce roman vous parlera et vous touchera.


D'autres articles :


9 octobre 2018

Visite au Petit Palais 2/2



Un espace tropical incongru cerné d'une rangée de colonnes néoclassiques bien sous tout rapport. Une originalité, un contraste architectural et paysager sous un rayon de soleil automnal. Je pourrais vous parler de la séduction du bananier, de la grâce des graminée, de l’aérienne esthétique des fleurs de yucca. Je préfère vous y inviter en quelques clichés choisis. 

Le mystère de l'eau verte fluo reste entier. 
Si vous avez une explication, je suis preneuse !












Article sur le même sujet, avec mes gribouilles : http://etang-de-kaeru.blogspot.com/2018/10/visite-au-petit-palais-12.html

5 octobre 2018

Visite au Petit Palais 1/2



Cette semaine, j'ai été voir la magnifique exposition du peintre Jakuchu (jusqu'au 14 octobre) qui était au programme de mon cours de dessin. Je vous la conseille vivement ainsi que le catalogue. Voici les dessins réalisés dans le joli jardin de la cours intérieure. Le professeur souhaitait que l'on s'inspire du travail et de la vision du monde de Jakuchu. Je n'avais ni le matériel, ni le temps ni les compétences pour me prêter à l’excise que j'ai donc adapté à mes possibilités (restreintes). Dans le prochain article, je vous mettrai quelques photos de ce lieu que j'apprécie beaucoup et donc l'ambiance presque sauvage contraste avec l'architecture académique de style Napoléon III.

Bananier et cerisier



Brouhaha dans le dos,
vent frais sur la nuque
Les reins froids. Les fesses gelées. Parfois une apparition éclair du soleil.
Brouhaha encore, presque celui joyeux d'une cours d'école
Mais pour les vieux
Indisciplinés et heureux, attablés à la cafétéria
Bruits de mastication, tintement des couverts
Le jardin du Petit Palais, un havre pour les affamés

Difficile de se concentrer le ventre vide
De raviver la magie du peintre médiéval observateur de la vie.
Incapable d'adopter son point de vue, j'assouplis la contrainte.




Encrier d'automne

Quand les pauvres feuilles, plus malades que fatiguées de la saison hésitante, jonchent l'herbe en un tapis brunâtre et craquent, desséchées, sous les affres de leur agonie écourtée par la semelle, le salut réside dans le duvet tendre d'une plume.
Bogues éclatées et marrons lisses, fiers et luisant de bruine, ils surveillent l’hécatombe. Les arbres des contre-allées, bien mal en point, racontent l'été trop chaud, la sécheresse, la pollution.
Personne ne prend la plume pour conter leur vicissitudes.




4 octobre 2018

Appelez-moi Nathan, une BD d'utilité publique




Lila a douze ans. Garçon manqué depuis toujours, ça se corse quand la puberté se pointe. Parce qu'à l'intérieur de Lila, à l'intérieur de ce corps de jeune fille, vit Nathan. Les seins qui poussent, les règles « ça va pas être possible »...

Une fille dehors, un garçon dedans


Ce récit intimiste nous invite à partager un moment de vie fort d'un ado souffrant de dysphorie du genre. Le trait faussement hésitant, doux et pudique de Quentin Zuitton accompagne le scénario de Catherine Castro, journaliste reporter, d'une incroyable justesse. Ado en souffrance, incapable d'exprimer un mal être qui dépasse celui habituel de cette période de transformation, Lila / Nathan est en proie aux railleries, aux incompréhensions, aux craintes de ses parent qui s’inquiètent d'avoir une fille lesbienne. Lila aime les filles, mais comme un garçon. Le chemin de Lila vers Nathan s'effectue par saut, par franchissement de seuil, comme un iceberg qui craque et lentement, de fissure en faille, se détache de la banquise, avant de voguer peinard.

Nathan et les autres : un récit intimiste et pourtant universel


On suit son quotidien de Nathan, avec des flash back sur l'enfance, mais surtout on voit les impacts de ses souffrances sur autrui. La grande force et l'intelligence de ce livre est de ne pas se limiter au point de vu de Nathan. On comprend ainsi la confusion des parents, désemparés face à l'attitude et aux comportements de leur fille. Ils l'aiment, voudraient alléger sa peine, mais il / elle ne dit rien, murée dans sa douleur. La crainte des réactions, la pression sociale, le monde vaste et effrayant. En prenant ce parti de s'extraire du point de vue de Nathan, les auteurs abordent la question de la trans-identité d'un cas singulier dans toute sa complexité et touchent à l'universalité de l'humain.

Les parents de Nathan vont devoir faire le deuil d'une fille pour gagner un fils.
Montrer la douleur, la violence de la situation mais aussi la détermination, le courage et l'amour, voilà un défi réussi avec succès : la trans-identité est une souffrance mais aussi une joie, une libération. Il n'y a pas de solution simple et miraculeuse, mais il y a des possibilités. Le simple fait de parler, d'aborder le sujet sans tergiverser et de se confronter à la différence est un premier pas vers d'autres possibles, vers une autre vie.
Nathan s'apprivoise, pour lui et ses proches. Cette BD raconte une tranche de vie sans dispenser de leçon, pourtant, elle dissipe une illusion qui a la vie dure : La binarité.

 

Un souhait un peu fou

 

J'aimerai qu'Appelez-moi Nathan soit dans les bibliothèques, qu'on en parlent dans les collèges et les lycées ; qu'elle soit accessible à tous les ado. Cette BD est d'utilité publique : elle permet aux cisgenres, aux hétéros, à ceux qui se sentent « normaux » parce qu'ils appartiennent à une majorité, de mieux appréhender les différences, de comprendre la diversité du monde, de cultiver son empathie, de s'enrichir de cette variété. Pour les ado et enfants trans, ce livre est une main tendue, un silence brisé, une promesse de devenir soi-même, quelque ce soit « ce soit-même » dont on est besoin. J'espère sincèrement que cette BD va remporter des prix, qu'elle va être largement diffusée et connue, elle est un outil de communication et de pédagogie formidable.

Si certains chouinent en arguant que les auteurs ne sont pas transgenres, et donc qu'ils ne peuvent pas « comprendre », je répondrai qu'un auteur (illustrateur, scénariste, écrivain...) travaille avec, premièrement, de la documentation et deuxièmement, son humanité qu'il cultive grâce à l'empathie. Écrire sur ce qu'on n'est pas est le propre de la fiction. A mon avis, c'est aussi la plus belle façon de proposer une ouverture sur le monde. Appelez-moi Nathan est inspiré d'une histoire vraie, celle de Lucas. Catherine Castro estime la part de fiction dans cette BD à 60 % (cf lien vidéo ci-dessous).
Une BD à mettre entre toutes les mains.

Interview de Catherine Castro et de Lucas :
https://www.tf1.fr/tmc/quotidien-avec-yann-barthes/videos/invites-lucas-catherine-castro-repondent-appelez-moi-nathan.html

Le blog du dessinateur Quentin Zuttion :
http://petitsmensonges.canalblog.com

Je vous parle de sa première BD Sous le lit:
http://etang-de-kaeru.blogspot.com/2016/02/sous-le-lit-une-bd-sensible-et.html