22 décembre 2020

|Journal] Passer l'hiver

 

 Après le solstice, un équilibre étrange fige la nuit. Au premier janvier, la lumière n’aura grignoté que cinq minutes. Dix jours pour cinq minutes. Un funambule sur la ligne d’horizon, avance à pas feutré, étouffant ses désirs de cabriole, dans la crainte de retomber dans les ténèbres. L’année agonise doucement, traînant son lot de chagrins et de chocs, de naissances et de joies. Certains l’ont qualifiée, à tort, de pireannée de l’humanité.

Je n’ai perdu personne de la pandémie, j’ai perdu d’autre chose, et surtout d’autres personnes. Je ne regretterai pas 2020. Regretter n’est pas dans ma nature. Et je m’astreins à en arracher les racines de mes veines, une hygiène souvent douloureuse mais salutaire.


La nuit s’étire. Si j’aime son calme, sa tranquille torpeur, son cocon de mystère, elle noie le paysage, grise et floute les plans, brouille l’essentiel, ombre les émotions, tamise l’enthousiasme en une poudre soluble dans la peur et l’angoisse. La longue nuit use les âmes.

L’hiver, trop doux, lui aussi manque de vitalité et son pouvoir de réduire au silence les nuisibles s’amenuise avec les années. Tout le monde s’épuise. Même les saisons.


Autour de moi, tant d’amis souffrent, s’inquiètent d’un avenir branlant, de revenus qui s’évaporent, de l’impossibilité de se nourrir de ces choses non-essentielles qui séparent la survie de la vie. Ces choses et ces expériences qui nous lient, nous subliment, nous apaisent, nous violentent aussi parfois, nous secouent, nous agacent, nous transforment, nous emplissent de joie, d’amour, nous enchantent.

Autour de moi, le monde me rebute, et je m’y cogne toujours, avec de moins en moins de force, de moins en moins d’envie. Je limite les contacts, les sollicitations, je tisse une toile de taille plus modeste mais à la maille plus fine, plus solide, chaude et moelleuse.


Paris, bruyante, dense, sous les illuminations des fêtes, se précipitent dans les heures du jour avec la pression sourde du couvre-feu, des contrôles, et du risque invisible. La campagne boueuse me manque. Crépuscule de feu, bleu glacé des matins, givre et nuée, odeur d’humus et de fumée, tout me manque ici. Les rires du foyer et les pépiements dans les cimes raisonnent encore dans le silence feutré d’un appartement trop grand. Vide.


Passer l’hiver, dit le dicton populaire. Passer l’hiver, dit le recueil de nouvelles douces-amères d’Olivier Adam. Passer l’hiver, cette année, me paraît l’unique résolution possible pour l’année en gestation.

Pas à pas, heure par heure, cœur à cœur, passer l’hiver.

 





 


2 décembre 2020

NaNoWriMo 2020 : bilan en demi-teinte



En déclarant ma participation au NaNoWriMo cetteannée, j’espérais trouver l’énergie pour écrire 50 K mot sur plusieurs fronts : d’abord des articles de blog, ensuite, un texte de non fiction, très personnel. Le défi sur ce plan m’aura permis de m’apaiser, même si le résultat ressemble plus à un champ de mines qu’à un quelconque texte vaguement publiable. Même pas un brouillon, juste un truc vomi, à la granulométrie variable, à la dureté fluctuante et à la viscosité pâteuse. L’introspection souvent pénible imposée par l’exercice m’a laissé plusieurs fois exsangue, dans un contexte d’absence de repère particulier, ou plus exactement, un contexte de repères qui n’étaient pas les miens.

Durant tout le mois, j’ai partagé le quotidien et le rythme d’une famille avec un emploi du temps chargé, alors que de mon côté, ma vie tient du pont suspendu au-dessus du vide, dans un paysage nimbé de brouillard. Je ne vois plus d’où je viens et je ne sais plus trop où je vais. Je me contente d’avancer, pas à pas, sur des planches parfois vermoulues, souvent je suis prise de panique par les interstices vertigineux. Les mains agrippées au cordage usé, une prière sans conviction pour garder de l’espoir. Avancer. Mais je pourrais tout aussi bien poser mon cul et balancer mes jambes, un temps infini, jusqu’à ce que les muscles fondent, que mes membres s’atrophient et que j’en perde mes chaussures.

Je vis mal cet échec. Il s’amoncelle sur le tas toujours plus haut des déceptions alors que je tourne résolument le dos à celui des accomplissements et de réussites, refusant de comptabiliser le positif. Crétin de cerveau.

Joyeux biais de focalisation sur les trucs ratés, pourris, qui font mal. Je le sais, mais pour l’instant, je le laisse planter ses crocs dans mes mollets. Essayer d’avancer sur un foutu pont brinquebalant avec des kilos de tristesse et de désillusions, quel exercice à la con !

Alors, la quantité de mot n’est pas au rendez-vous cette année. Pourtant j’ai pissé de la ligne, tous types d’écriture confondus, sans trop me relire ni corriger. Malgré cela, je n’ai pas tenu la distance.

 


 

Si je regarde le chemin accompli, j’ai mis à jour mon blog avec quelques articles perso et surtout, l’un assez conséquent, au sujet de l’apprentissage du japonais. D’ailleurs, une partie de la raison de mon échec du NaNoWriMo cette année tient au temps passé à dépoussiérer de façon compulsive mes connaissances, surtout pour les kanji. En un mois, j’en ai réappris bien 150 et si j’intègre ceux en cours, je monte à plus de 200. Pour le vocabulaire, il y a encore du boulot. Je n’ai pas non plus pris le temps de réviser la grammaire, avec de l’écoute quotidienne de 30 min à deux heures de podcast en japonais, certaines structures reviennent doucement. Je ne pensais pas m’impliquer autant, j’avais prévu d’autres activité manuelles pour ce mois de novembre, dans


la campagne belge : apprendre les bases du crochet qui s’est avéré problématique en raison de la laine conseillée par la vendeuse de la mercerie (il est impossible de défaire mes ouvrages), et dessiner. Une activité qui demande trop de concentration et laisse trop d’espace de silence dans mon crâne. Mes pensées et mes ruminations gambadent alors et jouent à saute-mouton.

Oui, j’avais un peu chargé le programme de novembre, surtout avec un moral au plus bas et une procédure de divorce en cours. Cependant, je croyais sincèrement réussir, cette année, à produire cette quantité de mots, à atteindre les 50 K. En travaillant sur soi, sans écrire une histoire, mais son histoire, en imaginant et s’imprégnant non d’une ambiance mais de son état intérieur, le flux a été irrégulier et souvent, malgré l’envie et l’attente, un maigre filet de mot a jailli, à peine un pissouillou, pas de quoi remplir une citerne. Ce texte-ci compose en quantité les 2/3 de ce que j’ai pondu, à savoir 44 K mots.

Et je ne sais que faire avec, à part continuer le travail.

 


 

La bonne surprise du NaNoWriMo s’est produit sur les derniers jours. Un auteur que j’apprécie beaucoup, Nicolas Pages, a partagé un appel à texte de son éditeur lyonnais – une incitation forte vu mon souhait de relocation – réservé uniquement à des autrices. J’ai gardé l’info dans un coin de mon crâne, et un bout d’idée s’est agrégé à un autre, à des réflexions et inquiétudes, et hop, un bout de machin qui pourrait être un nouveau texte a pointé son nez. Obéissant à la loi du NaNoWriMo qui consiste à balancer pêle-mêle les phrases qui te passe par la tête, je me suis lancé, encore une fois sans filet, dans une fiction. J’ai des projets qui attendent que je passe à l’acte. Ils sont structurés, documenté, bien rangés. Et, aussi, ancré dans le naufrage de mon ancienne vie. Trop teintés de perte pour l’instant. Alors voilà, je m’embarque dans un machin sans rien connaître, j’ai une vague trame, une idée de fin et deux personnages. Je verrai où ce truc me conduit, que se soit un court roman qui rentrerait dans les clous de l’appel à texte, ou une nouvelle ou novella, qui ira grossir le tiroir des machins finis et non publiés.

Cette année, le NaNoWriMo est un échec puisque je n’ai pas franchi la ligne d’arrivée visée. Le défi m’aura aidé à écrire, au quotidien, et par mon implication sur le blog, à partager mon expérience sur l’apprentissage du Japonais. J’ai à ce sujet un second article en préparation.

Par rapport au deux dernières années, novembre aura été un mois relativement productif et épanouissant sur le plan créatif et surtout, pour ma remise en cause perso, qui tient plus de l’intervention d’une garnison armée de pelleteuse que d’un d’un travail méticuleuse, réfléchis et constructif. À force de tout foutre en l’air, je suis au moins dans l’air du temps, de la déconstruction du moi et de la culture acquise, hétéro cisgenre, colonialiste, patriarcale et tutti quanti. Émancipation me voilà (ou juste chaos et destruction).

23 novembre 2020

Et si on apprenait le japonais pour de vrai ?


 

Ces dernières années, les méthodes d’apprentissage ont beaucoup évolué. Applications sur smartphone, podcasts, chaînes de vidéo à la demande comme Netflix où on peut mettre les sous-titres dans la langue de son choix… L’accès aux langues étrangères devient plus aisé et surtout moins onéreux. Il est temps pour moi de dépoussiérer ma façon d’apprendre !

 

Bloquée à un niveau débutant depuis trop longtemps !

J’ai commencé mon apprentissage du japonais il y a des lustres par un semestre à la fac de Jussieu, alors que je travaillais à plein temps. J’ai validé un semestre puis, j’ai lâché l’affaire, incapable de mener de front boulot et études. Plusieurs fois, j’ai repris et même retrouvé mon niveau, progressé, avant d’arrêter, et tout oublier ou presque. L’évaluation de mes connaissances est déjà un problème en soi.

Il y a un an, avant mon voyage au Japon, je me suis remise à dépoussiérer mon japonais dans l’optique de me débrouiller sur place. Nous allions dans un coin pas très touristique. J’ai découvert avec l’application Duolingo (qui ne propose pour l’instant que des cours de japonais pour les anglophones) une approche ludique novatrice, bien éloignée de mon expérience très scolaire. Le chaos de ces derniers mois a mis en pause mon implication et mon envie. J’ai aujourd’hui du temps, beaucoup de temps, mais peu de concentration. Je cherche donc des moyens de recouvrer le goût de l’effort sans m’épuiser ni me décourager. En plus, parler japonais me paraît un atout utile si je veux y rester quelques semaines ou mois.

Que vous soyez grands débutants, que vous aussi ayez connu des tentatives d’apprentissage malheureuse ou intermittente, voici quelques réflexions, liens et outils qui peuvent vous aider si vous souhaitez parler et lire le japonais.


Avant toute chose : pourquoi voulez-vous apprendre la langue ?

Cette raison détermine en partie quel type d’enseignement mais aussi d’investissement (temps, financier, énergie) vous êtes prêt à mettre. Voulez-vous étudier la langue pour vivre au Japon ? Si oui, avez-vous d’autres compétences professionnelles ? Voulez-vous étudier la langue pour l’enseigner ? Pour être bilingue ou juste vous débrouiller ? Êtes-vous curieux de la culture et de l’histoire ou juste fan de pop culture ? Connaître les raisons et aussi les motivations nous aide à évaluer leur force et leur priorité dans notre vie. Cela a une conséquence directe dans le choix de la méthode d’apprentissage.

Souvent, on ne prend pas le temps de se demander « pourquoi » et on passe directement au « comment ».

Attention, le Japon a la cote et en naviguant sur le web, j’ai repéré des trucs douteux qui jouent sur la soi-disant très grande difficulté de l’apprentissage de la langue, de l’impossible mémorisation des kanji à moins d’avoir THE méthode inventée par le super formateur… Quand quelqu’un dit révolutionner l’apprentissage d’une langue qui est pourtant maîtrisée depuis un siècle et demi, je me méfie. Donc avant de casser votre tirelire, vérifiez le sérieux de l’école, du prof ou du bouquin. Et surtout, essayez déjà ce qui est gratuit ou très abordable.

Pour ceux qui souhaitent consacrer leurs études aux Japonais, les universités françaises ou l’INALCO, ou  restent les solutions évidentes. L’apprentissage de l’histoire, de la culture, de la linguistique sont compris dans le cursus, pas toujours funky mais à la qualité éprouvée. De plus, depuis mon passage sur les bancs de la fac, l’enseignement a évolué avec par exemple des cours de culture populaire du XX ème siècle. L’image d’austère et d’élitisme qui  perdure ne correspond donc plus à la réalité. Les débouchés sont cependant restreints à certains champs, si vous n’avez pas d’autres compétences : enseignement, recherche, traduction, interprétariat… Il s’agit d’apprendre un Japonais parlé mais aussi littéraire.

Il existe aussi des cours du soir diplômant dispensés par l’université de Paris, accessibles pour ceux ayant une activité professionnelle. Avec quatre heures de langue par semaine et une heure et demie de civilisation, cela demande de l’implication. Je n’ai pas fait les calculs, mais si vous êtes sérieux et engagé, le coût sera très probablement nettement inférieur à celui des écoles privées.

Si vous voulez apprendre le japonais pour « parler » simplement avec des gens, ou que seule la culture pop vous branche, un cursus académique avec une progression assez lente risque de vous décourager. Il existe d’autres méthodes d’apprentissage peut-être plus en adéquation avec vos besoins et vos objectifs. Une fois que vous avez déterminé « pourquoi » vous voulez apprendre le japonais, il sera aisé de trouver « comment ».

Dans mon cas, l’apprentissage de la langue, outre l’intérêt de communiquer, et aussi de mieux appréhender la culture du Japon. En effet, la structure même de la langue influe sur notre rapport aux autres et au monde.

 

Un parcours d'apprentissage très chaotique

Dans mon cas, la motivation première venait de mon boulot de pigiste manga et puis, parce que des copains s’étaient inscrits à l’université, je les ai suivis !

J’ai commencé à la fac, avec une méthode adulée par certains et mise au feu par d’autres, le Minna no nihongo. A priori, elle fonctionne bien à condition d’être dans un cadre d’un cours et pas en autodidacte. J’ai ainsi appris les bases de la grammaire, un socle qui me reste toujours. J’ai aussi fait des stages intensifs chez Tenri (avec plusieurs heures de cours de soir durant quelques semaines). Pour commencer, si vous êtes très motivé, et que vous avez un peu de temps de cerveau disponible (par exemple durant les vacances) cela peut être un moyen de commencer sur des chapeaux de roue et d’être très vite capable de vous débrouiller. J’ai aussi suivi les cours de la Mairie de Paris, pas cher mais avec des profs japonais pas toujours très qualifiés pour enseigner, et surtout avec une progression très lente.

Attention (bis) un natif qui donne des cours n’a pas toujours les compétences pour enseigner. En France, si on veut donner des cours de français à des étrangers, il existe une formation (FLE) avec une pédagogie adéquate. Beaucoup de Japonaises (ce sont souvent des femmes) donnent des cours alors qu’elles parlent très mal notre langue, sont incapables de répondre à des questions précises de grammaire… Les répétitrices engagées dans les universités doivent avoir obtenu le Japanese Language Teaching Competency Test. 

Une personne qui a appris la langue adulte et parfois mieux à même de l’enseigner que celle qui l’a intégrée doucement en étant enfant. Cependant, les cours de conversation avec un ou une native sont parfaits pour pratiquer. Aujourd’hui, il est possible de trouver des solutions gratuites via des applications, notamment Tandem (que je n’ai pas testé).

D’ailleurs, j’ai moi aussi suivi des cours avec une prof japonaise qui intégrait à nos échanges les notions de grammaire que je connaissais déjà, tout en en ajoutant des nouvelles au fil des semaines. Hélas, elle est subitement repartie au Japon. Cela avait coupé mon élan car j’avais eu de réelles difficultés à trouver une personne prête à me « remettre à niveau » sans me faire acheter un énième manuel, et à un tarif tout à fait raisonnable.

Après mon voyage de l’automne dernier – dans une autre vie – j’ai de nouveau lâché pendant quelques mois. Cette fois, m’y remettre me semble plus facile. Comme préconisé plus haut, je travaille tous les jours. J’ai du temps, j’y consacre donc plusieurs heures, mais sans « bachoter » et en multipliant les approches (révision par répétition espacée, lecture de la grammaire, écoute, visionnage de vidéo et toujours, des séances de lignes).


Quelques pistes pour commencer, reprendre où se perfectionner

En préambule, le conseil le plus important : en faire TOUS les jours.

D’abord, si vous voulez parler la langue, il faut se retrouver en immersion. Sans être dans le pays, il y a aujourd’hui des solutions grâce aux outils numériques. L’important est de ne pas se décourager et de tenir sur la durée. Pour cela, l’économie de sa volonté facilite grandement les choses. Plutôt que de procrastiner, de se dire « qu’il faut s’y mettre » et négocier chaque fois âprement avec soi-même quand on flanche, il existe un truc simple : faire de l’apprentissage de la langue une habitude aussi solide que se lever le matin. Cela implique de travailler tous les jours, au moins 30 minutes. Tout le monde peut le faire avec les podcasts et les applications : dans les transports, en marchant (à moins d’un km de chez soi et avec son attestation en poche), en nettoyant son foyer… Si le japonais est une priorité pour vous, vous trouverez le moyen de gagner du temps.

Encore une fois, savoir pourquoi on veut apprendre donne la motivation, après il faut déterminer quelle méthode nous convient pour ne pas se décourager.


Conseil numéro 1 

Apprendre en intensif hiragana et katakana  rapidement afin de ne PAS PASSER par le rômaji (alphabet latin). Il est absurde d’apprendre le japonais sans son système d’écriture. Deux à quatre semaines est la durée idéale, définie par l’université et aussi préconisée par d’autres enseignants. Si des appli gratuites peuvent vous aider, je vous déconseille d’investir dans cette étape basique. Elle demande un réel effort et permet de mesurer votre motivation à apprendre la langue.

Pour les débutants qui aiment les applications ludiques, Duolingo reste pour l’apprentissage du vocabulaire de base et la révision des kana un outil fun. Après, je trouve qu’elle est rapidement limitée lorsqu’on veut progresser rapidement.

Je n’ai pas essayé, mais les vidéos de Julien Fontanier plaisent beaucoup. Ses cours sont gratuits, très structurés. Par choix de vulgarisation, il utilise ses propres termes pour expliquer la grammaire qui peuvent être différents de ceux qu’on trouve dans les manuels.

Pour ceux qui ont besoin d’un support papier ou qui ont envie de progresser à leur rythme (et non à celui imposé par la vidéo) j’ai beaucoup utilisé Le Japonais en manga (ne faites pas attention aux dessins tout moches). Les nombreux tableaux récapitulatifs pour la grammaire et la conjugaison sont des aides précieuses. Seul bémol : la présence de rômaji, que je trouve désagréable, et pire, ne vous motivera pas à apprendre les syllabaires rapidement.


Conseil numéro 2

Apprendre en parallèle les bases de la grammaire et les kanji (surtout ne pas laisser les kanji à plus tard. Il y a beaucoup d’homophones en japonais).

J’ai commencé comme beaucoup à apprendre avec le Kanji to Kana. Les kanji dans la tête  est une référence récente souvent citée : plutôt que de classer les idéogrammes par ordre de fréquence, il fonctionne par clef et par regroupement visuel. Cependant il n’y a pas les lectures (prononciation), ce qui est pour moi rédhibitoire.. Dans le même style, le Manuel de Kanji Usuel, chez l’Asiathèque est bien meilleur, mais hélas épuisé. Ce type d’ouvrage coûte assez cher, une quarantaine d’euros. Attention, vous pouvez trouver des manuels moins chers comme Kanji Kakitai ! Cependant il ne compte que 600 des 2 141 kanji officiels.

Pour le début, vous commencerez en apprenant par exemple tous les kanji listés à la fin du manuel le Japonais en manga. Cependant, investir dans un manuel de kanji sera nécessaire. Je vous conseille aussi l’application kanji study (en français malgré son nom). Non seulement elle est très complète mais permet d’adapter l’ordre d’apprentissage en fonction de la méthode que vous suivez.

En effet, apprendre les kanji au fur et à mesure de leur introduction reste le plus simple et le plus facile pour les associer à du vocabulaire et surtout, les utiliser ! Si vous êtes autodidacte, comme repère de temps, en première année de fac, il y avait 370 kanji à apprendre sur 22 leçons (une par semaine), ce qui est raisonnable en masse de travail.


Conseil numéro 3

En faire TOUS les jours (oui, c’est le même que le conseil de préambule). Il est facile d’utiliser Duolingo chaque jour puisque l’application est conçue ainsi, avec des défis, une ligue, des bidules à débloquer. Si on commence ainsi, on prend l’habitude d’étudier un peu chaque jour. Par contre, rapidement, vous allez sentir ses limites.

L’écoute est importante. J’ai commencé par des animés et des films. Cependant, aujourd’hui, j’ai besoin d’une écoute plus dense. Je suis donc passée au podcast, entièrement en langue japonaise. Les scripts sont en général disponibles sur un site, ou il peut y avoir des vidéos du texte. Essayez de trouver un podcast avec un sujet et une voix qui vous plaît.

Une langue est faite pour communiquer, comprendre l’autre. C’est con, mais quand on étudie, parfois on oublie cette évidence. Si on a envie de comprendre ce qui est raconté, l’attention nous coûtera moins d’effort et à la fin, le plaisir l’emportera. Ce sera plus facile de mettre en place une habitude si on éprouve la fierté d’avoir compris, la saine frustration d’avoir raté un truc qu’on sent juste à porter, la curiosité et la joie de découvrir la culture, ou même de suivre un podcast avec du suspens !

Pour l’apprentissage des kanji et du vocabulaire, la technique de répétition espacée a fait ses preuves. L’application Anki (libre sous Android, payante sous iPhone) est la solution idéale. Elle n’est pas super intuitive (pour moi en tout cas), mais des tutoriels sur YouTube vous expliquent son utilisation. Pour ceux qui utilisent la méthode Minna no Nihongo, l’application Minna no Flashcards propose une révision rapide et simple. Je pense d’ailleurs qu’elle peut aider tous les débutants, car le vocabulaire est basique et utile.

Si vous regardez le temps passer sur les réseaux sociaux, dégager une demi-heure ou même une heure par jour pour bosser le japonais est raisonnable. En combinant par exemple Duolingo le matin durant dix minutes, Anki à midi durant vingt minutes, et un podcast ou un animé de 20 à 30 min, vous varierez les plaisirs. Il faut aussi se caler des sessions plus costaudes, au moins une ou deux fois par semaine, pour apprendre la grammaire et la conjugaison.

Dès que vous vous sentez vaguement prêt à baragouiner, il est possible de trouver des correspondants pour des échanges de langue. Je n’ai pas encore testé l’application Tandem, mais elle est plébiscitée.


Conseil numéro 4  

Tenez bon, mais si vous abandonnez, comme moi, sachez qu’il est plus facile d’apprendre une seconde fois ce qu’on a déjà appris et oublié. Cela permet de « lâcher » un peu la pression. Même si, dans mon cas, je suis lasse de toujours tenter de retrouver un niveau intermédiaire que je n’ai, pour l’instant, pas réussi à récupérer. On verra si, mi-décembre, j’ai réussi à tenir mon défi.

Bon courage à tous et surtout, n’hésitez-pas à laisser en commentaire les livres que vous appréciez, ou ceux qui vous ont déçu. Je vais dans un prochain article vous donnerais une recommandation de podcast que j’apprécie.


Conseil numéro 5  

Excepté pour Duolinguo, je ne vous donne que des références en français. À moins d’être bilingue ou d’avoir une connaissance approfondie de la grammaire, conjugaison et syntaxe d’une autre langue, il me paraît important d’apprendre le japonais à partir de sa langue maternelle. De la même manière qu’une personne native sans compétence adéquate n’est pas la mieux placée pour enseigner la structure du japonais, passer par une langue tierce, comme l’anglais, risque de rendre les choses plus difficiles et pire, d’induire des erreurs. Par contre pour les kanji et le vocabulaire qui demandent de la mémorisation plus que de la compréhension, le passage par l’anglais ne me paraît pas problématique.


Récapitulatif des applis utiles :


  • Duolingo(version gratuite avec nombre de vie limitée, ou abonnement mensuel)
Je vous conseille comme mot clef pour chercher le pour les decks « Japonais » « JLPT ».
  •  Kanji Study (version gratuite avec 80 kanji, la version complète coûte 10 €, très raisonnable à mon avis, traduite partiellement en français)
  •  Tandem : pour trouver des correspondants et faire de l’échange de langue


D’autres ressources :

  • Lire les news avec un Japonais accessible et des furiganas (qui indiquent la prononciation des kanji) :
https://www3.nhk.or.jp/news/easy

  • Manuel de kanji “The New Nelson Japanese-English Character Dictionary, conseillé par un ami prof de japonais. Pour lui, les manuels de grammaire en anglais ont une pédagogie hélas inégalée dans les manuels disponibles en français. 

  • Les kanjis dans la tête, de Yves Maniette. Les avis sont mitigés, le livre ne propose pas les prononciations et la mémorisation subjective ne fonctionne pour tous.

 

Des articles sur l’apprentissage :


Liens sur l’intérêt de l’apprentissage au quotidien :

Add-on "Rikachan" ou "Rikaichamp" traduction des kanjis dans votre navigateur :

    https://addons.mozilla.org/fr/firefox/addon/rikaichamp


19 novembre 2020

[Journal] La Sablière




Du sable sous mes chaussures de rando.

Comme en mars, à Quiberon, juste avant le coup de semonce, rentrez-chez vous, nous sommes en guerre, enfermez-vous, nous sommes en guerre, pas besoin de masque, et bah, le gel hydro-alcoolique, on fera sans… Mais nous sommes en guerre.

Je n’ai pas vu passer l’été, le cœur congelé.

 

 

Du sable comme à Deauville, du sable comme à Dinard et à Dinan, pour nos vingt-ans. Du sable d’escapade, des bribes de vacances et de week-end prolongés, rares. Du sable sous mes chaussures qui résistent. Elles ont pris l’eau après avoir marché dans la prairie détrempée. Un coup de bombe imperméabilisante pour finir de bousiller la couche d’ozone et prolonger un peu la survie du nubuck. Les semelles tiendront encore longtemps. Plus que nous après nos vingt-ans.

Ce sable-là, tu ne le fouleras jamais.

Cet endroit-là, tu ne le connaîtras pas.

Juste une sablière, peut-être encore exploitée, un terrain de jeu pour ados en VTT, chiens en manque de course et bestioles sauvages en manque de terrain pour se dépenser. Novembre aime les jaunes souffreteux et les rouilles résistants, il tolère aussi les cramoisis à la fougue arrogante. Éventrées par les hommes avides, les strates exposent leurs surprenants dégradés colorés et leurs entrailles coulent en ravines. Canyon miniature entre des prairies où paissent des moutons. Au loin, deux ânes braient dans le couchant.

 

 

Sur le sentier, je fixe mes pieds. Je songe à avant. Le sable d’avant toi. Celui du Portugal, de la Corse. Celui de la Baie de fourmis et de Passable porte ta marque. Mémoires souillées, salées. Pas envie d’emporter partout le poids du vide dans ma poitrine. La Corse. Quiberon. Mieux, simplement ce lieu. La Sablière. Bioul-sur-Plage. Au bout du chemin, un petit lac où nagent les arbres, silhouettes déjà presque nues. Une souche rongée se dresse, phallique et sculpturale, architecture étrange ou création contemporaine in-situ pour palier à la mort lente des musées ?

Je flanche, scindée, dissociée.

Éparpillée en grain, je coule, asséchée. Mouillée, je reprends ma cohérence, hélas toujours friable.

Marcher, dans le sable, dans l’herbe, dans la gadoue, sur les feuilles glissantes, dans le sous-bois dévasté par les engins forestiers. J’entasse les grains de souvenirs, les odeurs, les impressions de couchant, les halètements de la chienne, la tension dans les muscles après une grimpette, l’oppression dans la poitrine quand la vie d’avant m’assaille, le japonais qui noie mes oreilles et le vent, distant.

 


S’accrocher. Se remplir.

Il est temps de retourner le sablier.

10 novembre 2020

Pourquoi j’écris ?


 

Il y le bruit de la rivière et puis les pieds qui marchent et qui écrasent des feuilles, derrière au loin un moteur, peut-être la route ou une tronçonneuse, enfin, il y a la présence sonore de la forêt avec le pépiement des oiseaux, des petits craquements, la boue, et ce bruit habité rappelle que je ne suis pas seule. Je suis seule à marcher, mais je ne suis pas seule. Déjà parce qu’il y a dans ma main ce bijou de technologie qui s’appelle smartphone avec son GPS. Même si je ne connais pas cette forêt, que je n’ai pas de carte, je sais qu’elle n’est pas très grande, que je ne peux pas vraiment m’y perdre, je peux téléphoner, parler, chatter et en même temps, je suis seule parce lors de ma promenade quotidienne que je tâche d’effectuer par beau temps, depuis que je suis ici. 

Mettre les jambes en mouvement, mettre le corps en mouvement, c’est une autre façon de mettre la tête en mouvement et éveiller cette partie un peu magique qui fait qu’on écrit.


Dimanche matin, j’ai assisté à une réunion, une rencontre informelle sur le web d’un groupe qui s’appelle Écrire à Tokyo et qui a été initiée par deux Français qui habitent à Tokyo, Julien Bielka, qui réside dans la ville depuis 2006 et Lionel Dersot, depuis 1985. En 35 ans il a constaté les évolutions de la perception du Japon, arrivé à une époque où le pays n’était pas du tout à la mode, ni comme il l’a justement dit "un produit marketing". Écrire à Tokyo regroupe des personnes d'horizons différents avec en commun un intérêt pour l’écriture, quel que soit sa forme. Lors de la dernière réunion était présent trois Français de Tokyo dont les deux concierges fidèles, un autre compatriote vivant à Takamatsu, que j’ai eu le plaisir de rencontrer par hasard lors de mon dernier voyage et un Japonais vivant à Paris. Quant à moi, j'ai assisté depuis mon exil belge.

Nous avons discuté du « pourquoi d’écrire ». Ce sujet me touche tellement que j’ai été incapable de prendre la parole. J’ai écouté soigneusement les paroles de chaque participant détaillants leurs motivations et je me suis retrouvées dans certaines, notamment dans celle de Julien « pour ne pas devenir fou ». Dans mon cas, le glissement vers la folie est une de mes plus grandes peurs et l’entendre ainsi énoncée, avec une simplicité abrupte, m’a énormément ému et retournée. Je n’étais pas en état de prendre la parole. 

 

J’ai beaucoup réfléchi. 

J’écris pour ne pas devenir dingue, pour sortir de moi certaines émotions, parfois, des choses très mesquines et des choses très moches que je n’ai pas envie de conserver ni de cultiver.

Cette écriture prend place dans mon journal. Elle n’est pas destinée à être lu. Je documente aussi de façon factuelle l’épreuve que je traverse depuis la rupture avec mon compagnon, parce que ma mémoire est très défaillante. J’oublie les choses désagréables sauf si sont associées à des épisodes ou j’ai ressenti une vive honte, dans ce cas, je n’arrive pas à m’en débarrasser. C’est marqué au fer rouge dans mon esprit. J’y repense souvent et la honte se double d’une culpabilité terrible et protéiforme : de ne pas avoir su agir correctement, ne pas avoir su dire les choses, ne pas avoir écouté l’autre…

Cette écriture qui n’a pas pour objection d’être divulguée.


Pourtant, de ce travail cathartique, une partie qui atterrit sur mon blog. Ma motivation première reste « ne pas devenir dingue », cependant, des bouts de texte subissent un travail de sublimation. Je peux donc les divulguer. On est dans le deuxième effet kiss cool de la catharsis qui consiste à purifier, et livrer au monde quelque chose de beau, une fois qu’on s’est débarrassé du caca intérieur. À moins qu’il ne s’agisse du stade ultime de la décomposition : de la pourriture qui permet de nourrir des jeunes pousses. Actuellement, mon projet de texte dans le cadre du NaNoWriMo aborde ce thème.


 

 

L’autre type d’écriture est fictionnelle.

Mes motivations diffèrent pour celle-ci. Cette écriture demande par ailleurs d’être bien, car je dois réfléchir, structurer. Je suis plus architecte que jardinier, même si mon mode d’élaboration devenait de plus en plus chaotique avec l’expérience. J’écris de la fiction pour partager. Pour moi, l’histoire est presque secondaire. Ce que je veux transmettre est plus de l’ordre d’une ambiance et d’émotions.

Un des participants a parlé de son désir de transmission en lien au fait qu’il n’avait pas d’enfant. Dans mon cas, n'en voulant pas, cela ne me dérange pas. Cependant, je pensais finir ma vie avec mon compagnon, ce qui ne sera pas le cas. J'ai aussi ce souhait de transmettre, de laisser quelque chose derrière moi. Même si mon manque de confiance me souffle que déjà, ce n'est pas hyper intéressant, et en plus que la notion de postérité est très narcissique. Je fais ce que je peux, en fonction de mes capacités.

En fait, j'écris, car je n'ai pas le choix. Si je n'écris pas, je vais très très mal. Les périodes sans écriture me transforme en une personne que je n'approuve pas, qui n'est pas agréable et surtout, je n'ai pas de plaisir de vivre.


Pour résumer, j’écris pour ne pas devenir folle, j’écris pour me faire plaisir, j’écris pour transmettre, et peut-être – c’est mon côté mégalo – parce que ce que je n’écris pas moi, personne d’autre ne l’écrira. Même si mes mots ne sont ni originaux ni novateurs, cela reste mes mots, ma singularité. Même si l’intérêt ne dépasse pas celui d’un cercle restreint, j’ai choisi de m’exprimer en public sur mon blog, depuis 2010. Les circonstances actuelles font que j'ai passé en privé ma présence sur les réseaux sociaux. Je souhaitais me soustraire au regard de mon ex-compagnon et pouvoir m’exprimer sans trop d’auto-censure. Cependant, ce retrait est probablement temporaire, j’assume ce que je raconte, même lorsque la qualité n’est pas au rendez-vous, même lorsque mon avis évolue.

Enfin, j’écris aussi probablement pour avoir des retours, pour combler mon grand besoin de reconnaissance, pour avoir ces petits coups de pouce, cette empathie, ce lien avec des parfaits inconnus qui me disent « moi aussi, je te comprends ». Le plus beaucoup compliment que je puisse avoir c’est lorsqu’une personne vient me dire que j’ai exprimé qu’elle ressent et qu'elle-même n'arrivait pas à verbaliser. Ces instants rares balayent les doutes qui surgissent à intervalle trop régulier.
Et vous, pourquoi écrivez-vous ? Ou, pourquoi n’écrivez-vous pas ?


Si le groupe Écrire à Tokyo a piqué votre curiosité, les informations sont disponibles ici :  

https://www.ecrirea.tokyo