6 août 2020

Le jardin de Monet à Giverny : entrer dans un tableau


La semaine passée, je suis retournée voir les magnifiques jardins de Claude Monet avec mon amie artiste Fanny Ruelle. Avant, elle habitait Vernon, une petite ville du Vexin, situé à proximité de Giverny. J’ai eu le plaisir de visiter le lieu plusieurs fois en sa compagnie et c’est avec stupéfaction que je réalise ne jamais en avoir parlé ici.

Histoire succincte et conseils pratiques


La maison où s’installe Claude Monet en location quand il avait une quarantaine d’année, en 1883, était bien différente de la merveille actuelle, deuxième lieux touristique de Normandie par sa fréquentation, après le Mont Saint-Michel. Rachat d’un terrain, aménagement complet du jardin avec creusement et détournement d’un bras de l’Epte pour créer un étang… Claude Monet a transformé l’existant en un coin paradisiaque. Le Japon infuse le lieu, des estampes accrochées sur les murs jusqu’au pont en demi-lune et au choix de végétation avec bambou et ginkgo. Au fil des années, avec la renommée, le peintre a acquis l’aisance financière pour achever son projet ambitieux. Le jardin devient une source inépuisable d’inspiration et de sujets. Après le décès du peintre en 1926, le bien périclite, jusqu’à être quasiment abandonné en 47. En 66, après le décès du dernier héritier, il devient la propriété de l’Académie des beaux-arts. Une rénovation très couteuse est nécessaire pour remettre dans l’état jardin et maison. Il faudra attendre 1980 avec la création de la Fondation Claude Monet pour l’ouverture du lieu au public, restauré à peu près à l’identique, même si certaines variétés de plantes ont hélas disparues.



La particularité de ce jardin, pour le visiteur qui y vient la première fois, est l’impression immédiate de familiarité. Monet l’a si souvent représenté qu’il est impossible de ne pas s’y sentir en terrain connu. Quant aux reproductions de Monet qui ornent mugs, torchons et tous objets avec un vague potentiel commercial, il est impossible d’y échapper. Cette foison d’images ne rend d’ailleurs pas justice, à mon avis, à la magie des tableaux, pire, la surexploitation avec les années les ont dévoyé avec arrière goût cheap. Rien ne remplace une visite à Marmottant ou à l’Orangerie pour s’imprégner de l’ambiance des immenses toiles et leurs vibrantes couleurs, de leur flou magique, des traces de pinceau tantôt en épaisseur tantôt si sèches qu’on discerne le passage de chaque poil. En général, après chaque visite à Giverny, j’ai très envie de retourner dans les musées.




Le printemps et l’automne demeurent à mon avis les meilleures saisons pour se rendre au jardin. Les floraisons et les couleurs de l’été me paraissent plus ternes et moins variés, cependant, c’est le moment idéal pour profiter de la vue des fameux nénuphars. Si vous le pouvez, je vous conseille vivement de venir en dehors des week-ends et des vacances scolaires. N’hésitez pas à arriver dès l’ouverture et à prévoir d’y rester la journée pour profiter du village. En ce moment, l’absence des touristes venus de loin est compensée par de nombreux visiteurs locaux et européens. En plus, la réservation est obligatoire et le circuit est à sens unique et les chemins ont été fermés. Notez qu’il est actuellement interdit de dessiner dans les jardins afin d’éviter qu’on y stationne trop longtemps. Nous avons eu droit à une remarque à ce sujet par le personnel alors que nous finissions une aquarelle. Autre détail pratique, la boutique regorge de ces produits de piètre qualités made in China que je mentionnais plus haut. Vous pouvez aussi trouver du matériel de dessin, probablement plus cher que dans des boutiques spécialisées. Si vous avez envie d’un souvenir de qualité, je vous conseille plutôt de vous rendre au musée des Impressionnistes, à quelques minutes à pied. Là, vous trouverez des beaux livres, de la papeterie de qualité, et des bricoles à des prix raisonnables d’un goût plus délicat. Si vous avez la flemme de le visiter, ne ratez par ses jardins (accès gratuit) et le joli bassin aux poissons rouges.



« Mon » Giverny...


Le jardin d’eau et son lac miroir, entouré d’immense arbres comme le saule pleureur ou l’érable du Japon, suscite toujours surprise et admiration. Je les retrouve, de vieux amis hors du temps, que seules les saisons embellissent. La magie s’opère, comme dans Rêve de Kurosawa, j’entre dans la peinture, je me promène dans un lieu si célèbre qu’il est comme teinté par la perception du peintre, pourtant j’oublie la surexploitation des icônes, je laisse derrière les images usées, et je regarde le présent. Je ressens le tremblement les couleurs, leurs vibrations subtiles. Les formes fusent, les teintes se mêlent, coulent, se marient et se choquent. Les fleurs deviennent des points et des tâches, perdent leurs contours pour être une représentation sensible, le regard d’un autre altère le paysage. Si je ferme les yeux, les salles courbes du musée de l’Orangerie se surimposent, les œuvres de Marmottant se fondent et bientôt, une autre réalité m’emporte, douce et silencieuse, faite d’huile et d’eau, de pigments et de végétation. Je bascule dans un rêve éveillé, l’attirance pour la distorsion apportée par la représentation s’affirme, et je sens une envie de prendre mes crayons, de gribouiller maladroitement la scène. Si je suis incapable de tracer et donner forme à ma vision du monde, mes mains malhabiles se débrouillent dans un acte amateur réjouissant. Le résultat me convient car il englobe le plaisir de l’observation, la concentration de l’œil pour tenter de comprendre la structure et l’agencement du paysage.



Giverny, enfant, était un toponyme paradoxal, à la fois source de fantasme mais aussi de disputes parentales. Souvent ma mère en parlait à mon père, lui reprochant que nous ne l’avions vu. Giverny sonnait à mes oreilles comme une promesse de luxe et de joie, un peu amère aussi, inaccessible. Très jeune, comme beaucoup d’enfants qu’on initie à la peinture, je suis tombée amoureuse des tableaux de Monet. L’approche du flou correspondait aussi à ma vision du monde sans lunette, une réalité tangible et aussi solide que celle perçue au travers de mes verres épais. Le monde net était certes plus pratique, moins difficile à naviguer, moins piéger, mais il perdait en poésie, en merveilleux et surtout, en opportunité de cachette. Pré-ado, les parents d’une amie m’ont proposé de les accompagner pour la visite. J’ai un souvenir ému du pique nique sur les bords de Seine dans un lieu sauvage et désert, de la visite d’habitations troglodytes et bien sur, du Jardin de Monet. Rétrospectivement, je crois que la collection d’estampes japonaises a influencé ma sensibilité et l’a courbé, façonné afin d’accueillir des années plus tard la culture de ce pays qui n’était jusqu’alors la terre d’origine de dessins animés que je jugeais violents ou stupides.


En compagnie de Fanny, j’ai redécouvert Giverny avec un regard d’adulte. L’étonnement et la joie ressentie plus jeune sont toujours intacts à chaque visite, même si en vieillissant, la foule me dérange de plus en plus. Cela ne m’empêche pas d’y retourner dès que l’occasion se présente, sans jamais m’en lasser. J’espère que l’article vous aura donner l’envie d’une visite !

Le site de la Fondation Claude Monet : https://fondation-monet.com


28 juillet 2020

Ne plus rien ranger grâce à Marie Kondo




Impossible d’avoir échappé à la méthode de rangement miracle de la Japonaise zinzin qui vous propose de jeter la majorité du contenu de vos intérieurs. Même sans la TV, même en vivant en ermite, vous avez très probablement entendu parler de son best-seller planétaire La magie du rangement.

Le principe : ne gardez que ce qui vous met en joie

La base de cette méthode consiste à considérer chaque objet, à le prendre, à le toucher, et à se poser la question suivante : est-ce qu’il m’apporte de la joie ? OK, ça fait sourire, je l’admets. Sauf que l’exercice n’est pas si facile. Beaucoup d’objets sont chargés de souvenirs et d’émotions complexes parfois contrastés voire antinomiques. L’opération semble longue et fastidieuse d’autant que Marie Kondo recommande de la faire en une fois, ou sur quelques jours rapprochés afin de créer un « choc » et de changer en profondeur l’apparence du logement. 
En gros, une fois la décision prise de vous engager à suivre ses conseils, vous visualisez votre mode de vie idéal avec un intérieur rêvé. Vous passez ensuite à la phase de tri qui va permettre de vous désencombrer. Vous réunissez alors toutes vos possessions par catégories (vêtements, livres, papiers, objets divers, les photos et les souvenirs), puis vous les regroupez tous ensemble à même le sol. Un par un, vous les prenez dans vos mains et quête de « l’étincelle de joie ». En son absence, hop, direction le sac poubelle. Évidement, quand on tient un presse-ail, un chausse-pied ou une babiole moche offert par la tante bidule, l’exercice paraît abscons. Cependant, conserver le premier si on n’aime pas l’ail, le second si on n’en a pas besoin, et le troisième si on a un sens de l’esthétique même timide apparaît comme absurde. Il s’agit donc, à travers de son rapport à l’objet, de s’interroger sur soi. Ensuite, une fois qu’on a fait un grand vide, on peut s’attaquer au rangement.

Des bons conseils mais la forme laisse à désirer

Pour ce qui est de l’ouvrage, ne vous attendez pas à de la grande littérature, ni même à un essai clair et concis. Les aller-retours et les redites sont légions. La traduction m’a laissé parfois dubitative. Ensuite, la nana est particulière. Voire complètement fada.
Autre chose, si vous être un tantinet féministe, l’évocation de références pour être une parfaite ménagère risque de vous filer de l’urticaire. Passez outre, ça vaut quand même le coup. D’autant que le livre est dispo en poche et trouvable aussi en occasion. Si vous trainez ici et que vous connaissez un peu le Japon, les biais induits par cette culture parfois impossible à appliquer ne vous surprendront pas. Non, en France, on ne jette pas ses fiches de payes et on ne dispose pas dans nos logements de placards gigantesques pour ranger les futons à plat.
La Magie du rangement s’adresse à ceux qui se sentent débordés par le bazar, mais aussi qui réfléchissent à la notion même d’objet et de possession. Qui possède qui ? Parfois, notre attachement aux choses est tel qu’il devient difficile de discerner ce qui importe vraiment dans nos vies. En cela, la méthode de l’étincelle de joie, qui prête à sourire, s’avère assez efficace.
La structure du texte est la suivante, d’abord les causes du désordre, ensuite la nécessité de faire du vide, après, une approche pragmatique du tri par catégorie, puis quelques conseils pratiques accompagnés d’un panégyrique du changement induit par la méthode. Quelques trucs sont simples et efficaces à appliquer comme favoriser le rangement vertical afin de bien voir les objets, ne pas stocker ni garder « au cas où » (maintenant que le confinement est passé par là, certains douteront).
Faire le vide permet de discerner ce qui est réellement important pour soi, le rangement n’est pas un objectif en soi, à moins, comme Marie Kondo que cela soit votre passion. Vous trouverez alors toujours des personnes chez qui ranger ou vous deviendrait coach dans le domaine...




Pourquoi donc ai-je lu ce bouquin ?

Ma première rencontre avec sa méthode s’est faite dans une certaine stupeur lors d’une énième polémique sur les réseaux sociaux où quelqu’un s’indignait – activité principal des-dits réseaux – qu’elle appelait à jeter ses livres et à libérer le bois opprimé de nos étagères. L’idée de balancer mes bouquins m’avait alors révulsée, même si, j’ai dans un second temps exploré la virulence de ma réaction. Finalement, étant une adepte du tri et du don, j’ai songé « pourquoi pas ? ». En vacances chez mon amie Nadia, je remarque que son intérieur s’est considérablement allégé, que son bureau a gagné en fonctionnalité et rationalité, sans perdre de son ambiance geek gothique med-fan (oui, tout ça dans la même pièce). Elle me sort alors la version illustrée en manga de cette bible contemporaine et m’en chante les louanges tout en y ajoutant certaines nuances. Curieuse, je la lis et trouve qu’il y a quelques concepts intéressants.
Il y a peu, en allant chez une autre amie, L, je note là encore que son intérieur – quoi que toujours désordonné – est devenu nettement plus praticable, surtout sa chambre et son vestibule. Là encore, je trouve l’ambiance plus légère. Elle me sort le bouquin de Marie Kondo en me disant : « Elle est complètement dingue. Je ne suis pas d’accord avec tout mais c’est génial pour elle de pouvoir gagner sa vie avec ses névroses. J’ai appliqué sa méthode pour mes vêtements, et cela m’a bien aidé ». Suite à mon séjour chez Nadia, j’avais parlé à L. de ma lecture et elle m’avait alors rétorqué qu’il était impossible pour elle de mettre tous ses vêtements par terre en tas, comme préconisé par Marie Kondo. Cette façon de traiter les objets l’avait choquée, elle avait refermé le livre. Mais, quelque temps plus tard, la situation devenue critique l’avait motivé à tenter une nouvelle lecture.
L. a beaucoup de fringues. BEAUCOUP. Elle m’ouvre son armoire arrangée avec des tiroirs en plastique transparents. Rien ne dépasse, elle sait où tout est rangé. Un choc pour moi qui me souviens très bien de l’état de l’armoire d’avant (je me suis battue plusieurs fois pour en fermer la porte et ne suis pas toujours sortie vainqueur de la bataille). L. m’explique qu’elle a adapté le truc en étalant ses habits sur une couverture, à même le sol. Elle a aussi demandé assistance à une amie dynamique pour l’opération. Il est nécessaire d’être avec un personne motivée, qui va abonder dans le sens du tri sans vous conforter dans votre désir conservation.

Impressionnée, je suis repartie avec son exemplaire du bouquin que j’ai lu avec circonspection. Ce bouquin tombait à pic alors que j’entamais une réflexion sur mon mode de vie actuel et un désir profond de changement, de m’alléger. Marie Kondo ne propose pas de ranger mais de faire en sorte de modifier nos façons de vivre pour ne plus avoir à ranger. Je vois vos yeux s’illuminer ! J’avoue que c’est ce qui m’a le plus séduite dans son approche.

Alors, est-ce que ça vaut le coup de tester ?

Marie Kondo dit que les résultats de sa méthode sont garantis si on la suit à la lettre, il n’y a pas de « test », on le fait ou on ne le fait pas. Cela implique de jeter une bonne partie du contenu de ses affaires. Là, c’est problématique pour des raisons d’éthiques, d’écologie… Sauf que vendre ou donner peut demander un temps et une énergie considérable et en final, nous couper dans notre élan.
Si j’ai trouvé la lecture utile, je conseille néanmoins la version manga, plus concise, plus claire aussi. Je pense aussi qu’il faut l’aborder avec souplesse. La méthode de Marie Kondo est très rigide voire extrême pour certaines personnes attachées aux objets. On peut avoir un sentiment de gâcher ou polluer en jetant ainsi des dizaines de sacs. L’autrice veut à tout prix éviter l’effet rebond par cet technique radical sur un laps de temps très court, mais cela peut vous malmener ou vous décourager.
Des copines l’ont appliqué en l’adaptant à leur limite et à leurs conditions familiales (célibataire ou maman, le logement n’a pas la même tronche) et les retours sont positifs, elles se sentent mieux, motivée pour persévérer. Quant à moi, ma situation perso de nouvelle célibataire avec déménagement à moyen terme ne me permet pas d’aborder un rangement « une fois pour toutes » dans un lieu que je vais quitter. Par contre, jeter (ou donner, solution que je préfère), me soulage au quotidien.
À la différence de ce que nous vend Marie Kondo, sa méthode n’est pas miraculeuse, simplement parce qu’il est impossible d’unifier et généraliser notre rapport aux objets et à nos intérieurs. Par contre, elle accompagne dans un chemin de vie et dans une prise de conscience d’un mal être, souvent causé par une surabondance d’objet, qui alourdissent et compliquent nos existences. Le foutoir dans le logement reflète souvent celui dans notre tête et notre cœur. Parfois, il stigmatise un mal être plus profond, et là, le livre de Marie Kondo atteint ses limites. Ranger n’est pas une thérapie magique mais un élément vertueux s’il s’accompagne d’une prise de conscience plus globale.


Table des matières et résumé du bouquin : 



10 juillet 2020

Promenade dans les jardins de Versailles, désert royal




La parenthèse s’étiole. On nous rebat les oreilles sur le monde d’après, tout pareil que celui d’avant, en pas mieux. Fatiguée, je me contente d’écouter une autre musique, celle du vent et des oiseaux, de nouveau assourdie par le retour des bouchons sur le périph. Les frontières sont fermées et le tourisme de masse laisse encore tranquille la capitale ; festive, elle, rattrape avec frénésie les semaines de frustrations. Des masques dans le caniveau, des terrasses bondées et dans les restaurants, une distance de sécurité. Une table sur deux, voilà qui rend les repas plus tranquilles à mon goût. Les musées commencent à rouvrir, sur réservation. Voilà donc une occasion de profiter avec calme de lieux à l’accoutumée si bondé que leur accès est pénible lorsque, comme moi, une foule trop dense, gâche le plaisir jusqu’à l’angoisse. Et puis, je vais quitter Paris.




Comme chacun, j’accumule les « un jour ». Je le visiterai bien « un jour ». J’irai « un jour »… Le décompte est lancé et le sac à « un jour » qu’on aspire tous sans fond, s’amaigrit. Alors, avec une amie, nous avons décidé d’un programme de rattrapage, de faire ces promenades sans cesse repoussées. Nous avons commencé par le Château de Versailles, lieux bling bling où je ne me suis rendue que quelques fois, pour voir de l’art contemporain (comme l’expo Murakami en 2010) ou des spectacles en plein air. Si l’architecture ostentatoire et surchargée me laisse impassible, déambuler dans la galerie des glaces avec une poignée de visiteurs m’a impressionnée. Le faste du lieu prend, dans le calme, une autre ampleur. Les contraintes sociales de la cours et la nécessité d’un décorum rigide me paraissent un carcan bien insupportable. Nous nous arrêtons pour observer les détails de tentures, des tapisseries, les dorures des meubles, les poignées de portes, les pieds des fauteuils. Personne pour nous bousculer ou nous houspiller. Le Grand Trianon, encore moins animé, est un réel plaisir. Là, fini les fresques au plafond et l’omniprésence de l’or. Le contraste entre l’architecture et le mobilier me séduit.








Mais la vraie joie se trouve au jardin.
Certaines parties ne sont pas ouvertes et partout les jardiniers s’affairent, surpris presque de voir déambuler les visiteurs. Lorsque nous nous enfonçons dans le parc, nous marchons, seules dans les allées proprettes d’arbres au carré. Le hameau de la Reine, charmant, et sa ferme de poupée, abrite une basse-cours exotique où poils et plumes resplendissent. Les bestioles nous observent placides. Les chèvres viennent se faire gratte. Les poules se coursent. Les lapins mastiquent. Il existe un parcours recensent les arbres remarquables. Vieux gardiens du parc, ils ont dû voir défiler de sacrés loustics, entendre complots et remarques idiotes, en toutes les langues sans compter l’activité dans les bosquets.






Marcher, observer écorces et fleurs ; se poser pour gribouiller et boire un jus d’orange fraîchement pressé. Quelques familles, quelques personnes âgées, quelques Anglais. Nous sommes arrivées à 10 h et nous partons à 17 h, fourbues mais joyeuses. De l’or et du vert au fond des prunelles, l’écho de nos échanges tantôt philosophiques tantôt stupides mais si drôles, gonfle nos cœurs. Une plume dans le sac, deux dessins dans mon carnet. C’était une belle journée.

Pour voir des photos de l’intérieur du château, c’est sur en public sur facebook


23 juin 2020

« Maneki-neko et autres histoires d’objets japonais » de Joranne, pour découvrir une culture par l’insolite et l’humour





Depuis plusieurs années, le Japon a le vent en poupe chez les éditeurs. Récits, carnets de voyage, et adaptations de blog BD fleurissent dans les rayons des libraires. Je reste souvent dubitative sur leur intérêt réel, outre l’exotisme de façade. Entre stéréotypes et ambiance « kikoulolbisous » sans analyse ni poésie, le Japon présenté me paraît bien simpliste et caricatural, très éloigné du pays qui me fascine.
Cet a priori négatif m’a tenu à distance du livre de Joranne jusqu’à ce qu’Alice, du blog Lire le Japon m’incite à le lire. Et je lui suis grandement reconnaissante !


Nonobstant la qualité des illustrations et du travail graphique de Joranne que je connaissais déjà, l’humour n’est pas ma tasse de thé. Je me suis donc plongée dans cette lecture avec circonspection. Quelques pages plus tard, happée par les différentes légendes plus ou moins farfelues sur les origines des maneki-neko, j’étais conquise. L’ouvrage présente un panel d’objets emblématiques du Japon, certains très connus, d’autres plus confidentiels (comme les kiuso qui m’ont ému).

Que vous soyez féru de Japon ou ignorant mais curieux, vous trouverez votre bonheur. Cet album mêle photos documentaires, textes rigolos et informatifs, illustrations réalistes et adorables, ainsi que dessins dérisoires de la narratrice qui y va de ses commentaires un peu débiles et plein d’entrain. Avec une franchise rafraichissante, parfois crue, jamais vulgaire, Joranne raconte la vie de ces objets incontournables du Japon, des grandes aux petites histoires sans se limiter au folklore. Elle incorpore les évolutions récentes, les fausses rumeurs (comme le lien entre kokeshi et enfants morts) et expose le talent incommensurable des Japonais, capables de vendre des objets même quand leur fonction première n’existe plus (par exemple protéger de la variole pour les daruma). Tous ceux liés à la religion ont l’avantage d’être détruit par le feu lors de rites annuels, et donc d’être remplacés, contre monnaie sonnante et trébuchantes. Ils sont forts ces Japonais !
J’ajouterai pour ceux qui, comme moi, sont des adeptes des washlets, les fameuses toilettes japonaises, que le livre de Joranne m’a rappelé un passage très drôle du recueil de poésie Tokyo infra-ordinaire de Jacques Roubaud dont je vous conseille vivement la lecture.



La particularité de Maneki-neko et autres histoires d’objets japonais est de livrer au lecteur, par le prisme des objets choisis, la richesse et la complexité du pays. À l’heure où Mari Kondo est la star de Netflix et où on associe souvent Japon avec minimalisme et élégance, Joranne nous rappelle le poids et l’importance des objets qui allient une tradition parfois plus récente qu’on pourrait le croire, à une dichotomie très japonaise : conservation et impermanence.
Point d’entrée dans le quotidien du plus trivial au plus spirituel, voilà un album idéal pour découvrir le Japon ou approfondir ses connaissances. De bel facture, cet ouvrage assez inclassable bénéficie d’une très grande lisibilité de maquette. Un peu foutraque quand on le feuillette rapidement, j’ai été surprise à sa lecture par son ingéniosité et sa rigueur. La densité d’informations, le sérieux des recherches, et l’humour bien dosé le rend très accessible. Au travers de ces objets, Joranne parle d’humains, et au-delà des différences culturelles, nous sommes bien semblables dans nos corps et nos aspirations.

Liste des objets abordés : Maneki-neko, Sarubobo, Kokeshi, Shisâ, Daruma, Noren, Kotatsu, Washlet, Fûrin, Katori buta, Kiuso, Osechi-ryôri, Inu hariko, Marimo.

Si vous êtes curieux :
Un autre avis chez Le Japon en papier relié

19 juin 2020

L’amie en bois d’érable, un album jeunesse sur les transmissions invisibles et bénéfiques




Voici un nouvel album écrit par Delphine Roux et illustré par Pascal Moteki, une association de deux sensibilités japonisantes avec une alchimie parfaite. Cette fois, en quelques pages, elles racontent à la fois le destin de Tomoko, une petite fille, et de sa kokeshi, poupée traditionnelle en bois.


 

L’amitié d’une kokeshi


Tomoko reçoit en cadeau de sa tante Nami une jolie poupée en bois d’érable, ornée d’Iris. Très vite, elle partage le quotidien de l’enfant mouvementé et joyeux jusqu’à une après-midi fatidique. Un jour de pluie, Tomoko et sa maman se réfugient dans un salon de thé où elles admirent les jolies céramiques. Mais en chemin, la kokeshi est tombée du sac. La perte affecte la petite fille même si sa tante la réconforte en lui expliquant qu’elle aura été trouvée. Tomoko, grâce à un cours d’initiation à la poterie, découvre sa vocation. 
Les années passent, devenue céramiste, la vie met de nouveau sur son chemin la précieuse kokeshi.


Pascale Moteki et Delphine Roux, le duo de choc !


Les dessins de Pascale Moteki au graphisme à la fois simple, réaliste et élégant, illustrent à la perfection cette histoire. Ils dressent un décor exotique pour ceux qui ignorent tout du Japon et pour ceux qui connaissent le pays, les transportent directement là-bas. Loin des clichés, Pascale Moteki a la justesse de croquer les détails moins glamours comme une dentition imparfaite, de présenter la multitude chaotique des outils de l’artisan, les pâtisseries à l’influence française à la fois familière et étrange. Elle arrive avec des aplats et des formes faussement lisses à donner toute la complexité de la vie. Le texte de Delphine Roux, poétique et facile d’accès pour les enfants, propose un récit d’une grande profondeur. Elle manie l’ellipse temporelle avec talent et réussit le tour de force dans ce court album à parler à la fois d’enfance mais aussi d’avenir, de transmission qu’elle soit par la présence de l’objet kokeshi ou de la rencontre avec un potier.






La vie apportée par l’objet inanimé


Porteuse de l’amour de l’enfant, réalisée en bois et peinte avec soin, la poupée kokeshi devient un objet relais, un lien chaleureux entre des humains. L’objet circule, fabriqué, acheté, donné, perdu, trouvé, transmis. Il se charge d’une force et d’une symbolique de vie, complexe et contradictoire, incorporant à la fois amour, tristesse, joie et espoir. Il porte les souvenirs et prend, à la fin du livre, une dimension de signe providentiel ouvert sur l’avenir.

Cet album est arrivé dans ma boîte aux lettres à une période très particulière pour moi (cf mon précédent article du blog). En transition, ballotée entre l’arrachement d’une perte et le désir d’avancer dans ma vie, j'essaie de surnager. Les rencontres nous façonnent et cette rencontre avec L’amie en bois d’érable m’apporte confiance et espoir. Elle m’aide à clore doucement la porte, à ranger dans mon cœur les souvenirs précieux, tout en me tournant vers l’avenir, et à lâcher prise sur la perte.

Nous avons tous une ou plusieurs choses à faire tant qu’on vit. Personne d’autre que nous peut les faire à notre place, mais les rencontres – avec d’autres humains ou des objets dont les livres – nous aident les découvrir et à grandir. 
Même adulte, même parents ou grand-parents peut-être pour certains d’entre vous, les albums jeunesses nourrissent et apaisent notre enfant intérieur. 

Merci à Pascal et Delphine pour ce précieux cadeau. 




Le site de l'éditeur HongFei


À lire aussi :
- Critique de Télérama


1 juin 2020

2010-2020 - Rupture




Ce blog a dix ans aujourd'hui. Il vivote, avec des hauts et des bas, en fonction de mon aspiration et mon inconstance. Pourtant, il existe toujours, comme moi.

Certains qui me suivent sur les réseaux sociaux savent que ma vie perso tremble et se fissure. Mon compagnon et époux me quitte, après une belle histoire de 21 ans. L’amour et la volonté ne suffisent pas. Les dysfonctionnements virent au toxique et une collègue prend la relève.

Je perds mon amour, je perds le foyer idyllique acheté il y a deux ans.
Je perds un avenir que je pensais solide.
Patatras.
Je perds aussi un cocon devenu prison.

Mon égo se prend un coup de pelle. La personne qu’il décrit me paraît bien peu aimable, pour ne pas dire abominable. Je ne suis pas une nana facile. J’oscille entre hypersensibilité avec empathie débordante à froideur extrême avec zéro émotion et analyse purement factuelle d’une situation. Invivable. Ces deux pôles contradictoires tendent à s’affirmer avec le temps. Je navigue dans ces eaux étranges sans connaitre les courants et parfois, je m’échoue un temps, oublie le monde, avant de sortir la tête de l’écume, étonné de voir autour de moi d’autres humains.



Dix ans de blog.
Une rupture, une déchirure, un arrachement.

Je vais quitter Paris.
Le territoire trop chargé ne me laissera pas m’envoler. Je ne peux plus contempler la ville sans risquer d’être prise en embuscade par une tristesse trop grande. À chaque coin de rue, autant de souvenirs heureux soudain virent au aigre ou l’amer, autant de marque sur le cœur. Je vis à Paris depuis l’été de mes 18 ans. J’aurai 45 ans à l’automne.




Une amie m’a dit « ho, une deuxième vie ! »
Une autre me dit « 10 ans, les noces d’étain. Tu éteins ton ancienne vie pour en allumer une nouvelle, si possible dans la ville qui fête ses lumières » (Coucou Leslie)
Je prévois en effet de partir pour Lyon.
J’ai tellement de chance d’avoir vécu un bel amour. J’ai tellement de chance d’avoir autant d’humains qui veillent, parfois de très loin. C’est si difficile d’encaisser, de lâcher. Mais, au milieu de ce bordel, j’ai la certitude de savoir ce que je fous sur cette terre, pourquoi je suis là. Écrire. Même maladroitement. Même si vous êtes une poignée à me lire ici. Même si cela ne va pas me faire bouffer (bon, en ce moment, je ne graille pas des masses).


Ça va aller.




Photos prise le 9 novembre 2019, au Japon, au temple Kôzen-ji, Komagane
Merci à EM pour votre présence et votre amitié


22 mai 2020

Lignes brisées et courbes






J’ai franchi le périph dans un RER.

Pour la première fois depuis deux mois, j’ai remis les mis dans les transports en commun. Le jeudi matin de l’ascension, les couloirs déserts de Nation avec leur marquage au sol prennent une allure de voyage exotique ou d’un monde d’un œuvre de SF. Il fait chaud. Trente degrés annoncés. Je sais qu’une fois la frontière du tourniquet derrière moi, j’ôterai mon masque. Derrière la vitre, du vert flou, du gris béton et de la pierre de meulière. La banlieue défile et déjà, j’arrive à destination : Le parc de St Maur.







Marcher sur les bords de Marne, observer les mouvements de l’eau. Croiser un chat pas farouche, observer les plantes sauvages qui rivalisent de couleurs, sentir le vent et discuter, en vrai, pas par téléphone. Un échange humain juste réduit à la voix perd en richesse, et deux mois de régime sec ont attisé ma soif, tant pour un peu de campagne, que pour une rencontre tangible, « en vrai ». Je n’ai pas ouvert un livre durant deux mois, et très peu travailler. Tenir un journal, écrire des micro poèmes ne suffit pas. J’ai besoin de plus.





Je regarde le paysage. Je note les piliers, les lignes verticales franches, plantées dans l’eau ou dans la terre. Ces lignes qui tiennent droits, sans soutien, qui ne fléchissent pas. Je regarde les lignes courbes, avec la souplesse et la fluidité du cours de la rivière, ces lignes qui s’adaptent.

Je regarde les lignes brisées, cassées, ruinées ou volontairement interrompues.






Et puis, il y a les escaliers. Parfois à peine un ou deux degrés, parfois une volée de marche. Monter, descendre, changer d’altitude, varier les angles de vues, varier les points de vue. Je sens qu’un message crypté me chatouille l’inconscient sans pour autant le saisir. Le sentiment d’enfermement, de blocage, perdure encore, même une fois l’autorisation de « dé-confinement » officielle donné. Mais, en ce jeudi ensoleillé, il faiblit, amorce un retrait.





11 mai 2020

Après l'orage...





Derrière la baie vitrée, un cimetière de pétales blanc et rosée est apparu en une nuit. Les dépouilles gisent par dizaine sur les lattes encore mouillées du bois grisé de la terrasse. Au soleil du matin, tout brille. En contrebas, dans l’impasse, les détritus repoussés par les bourrasques de la nuit s’amoncellent. Les pavés, blasés, ont l’habitude. À chaque coup de vent, c’est la même ritournelle. Les saletés du monde s’entassent ici, sans personne pour oser les ramasser. Je me houspille intérieurement, culpabilise, et pourtant, je n’ai jamais le courage de descendre avec un sac pour collecter. La consolation cependant vient des flaques d’eau sur les pavés. Plus loin, dans la rue où les voitures reprennent le pouvoir, l’orage aura lavé l’odeur d’urine rance. Dans les caniveaux, masques en papier et gants en plastique prennent le relais des mégots, espèce en voie d’extinction depuis plus de cinquante jours.




En attentant que leurs voisins humains ne s’agglutinent au comptoir pour le même rituel, les oiseaux viennent boire leur coup à l’eau débordante des coupelles des jardinières. Pauvres ignorants, bientôt, la ville ne sera plus à vous. Vos concerts journaliers s’éteindront, étouffés dans les klaxons et les pétarade des scooters. Les autres habitants des parcs perdront leur quiétude et l’amour sera, comme à chaque printemps, furtif et risqué. Les nuisibles, comme on les qualifie, retourneront à la nuit et aux interstices.






Après l’orage, le mois de mai jolie s’autorise une grande inspiration.


L’air soudain frais s’alourdit à mesure que le silence s’évapore. De la buée sur mes lentilles de contact et une démangeaison derrière mes oreilles. Je songe aux forêts. Aux déserts. À la liberté de la plume.


J’entame un nouveau cahier, un nouveau projet.



8 mai 2020

L’etegami, quand le dessin maladroit devient une expression artistique épanouissante



Comme je vous le confiais il y a peu, je n’ai pas fait grand-chose de créatif durant ces longues semaines de confinement. L’échappée légère est venue du dessin et de la peinture. Je me suis mise tardivement à suivre les séances d’etegami, littéralement « image message » en japonais, organisée par la peintre Valérie Eguchi.

J’ai déjà parlé de cette pratique très simple sur le blog, notamment dans cet article.

En gros, l’etegami consiste à peindre maladroitement sur un format carte postale le contenu du bac à légume (ou pour les plus chanceux, celui du jardin) et d’y ajouter une phase drôle ou d’encouragement puis de l’envoyer à un proche ou même un inconnu. Cette pratique peut être adaptée assez facilement en fonction du matériel que vous avez sous la patte et elle ne demande qu’une seule capacité : l’observation. Pas besoin de savoir dessiner, pas besoin d’être poète, il suffit de sortir un légume de son frigo et de le regarder. 




L’etegami est avant tout une pratique de la lenteur avec un trait volontairement maladroit, enfantin ; parfait lorsqu’ on ne maîtrise plus rien ou, qu’au contraire, on tend à trop vouloir contrôler sa vie. La séance de deux heures débute par une vingtaine de minutes d’exercices d’échauffement, semblables à ceux d’une séance de calligraphie avec cependant un objectif opposé : trembloter, vibrer dans son trait au lieu d’atteindre la parfaite rectitude. D’abord on trace très lentement des lignes pour faire une grille, et enfin, une spirale. Le pinceau doit être perpendiculaire à la feuille et le bras reste horizontal. La position, fatigante, à moins d’être un assidu de la salle de gym, épuise rapidement les muscles. Naturellement, notre membre va se mettre à trembler sous l’effort.




Ensuite, on se concentre sur son légume ou sa fleur. La particularité est qu’on doit faire sortir le sujet de la feuille. On commence toujours très lentement par tracer les contours, de préférence à l’encre de chine. Ensuite, on met de la couleur, en tache, sans chercher à tout remplir. Enfin, on écrit un message et on appose son sceau ou sa signature.

J’ai la chance d’avoir du matériel adéquat (encre de chine, facilement trouvable, et encre couleur japonaise gansai) mais il est aussi possible de travailler à la gouache ou au feutre. Le seul point important est de veiller à ce que le média utiliser pour le contour ne bave pas. Pour le papier, j’ai utilisé un bloc de brouillon pour sumi-e très (trop absorbant). Résultat : le papier a bu toute l’encre et mon pinceau était presque sec à la fin. J’avoue ne pas être très satisfaite du résultat, mes traits sont trop raides, trop linéaires, je trouve que les angles choisis pour les sujets ne sont pas assez dynamiques. Cependant, j’ai passé un moment de concentration salutaire lors de deux séances auxquelles j’ai participé.



L’etegami a, selon moi, une certaine proximité, avec le haïku. Il s’agit d’une pratique à la fois simple mais avec un cadre contraignant, qui apprend l’observation, se focalise sur la saison, sur l’instant présent. Elle est accessible à tous, assez facile car ne demande pas de matériel onéreux ou spécifique, mais elle apprend la rigueur et aide à développer son attention, à s’extraire du bazar extérieur. Elle nous offre un autre regard sur le monde (ou plus modestement, le contenu du frigo ou du panier à fruit).
Et puis, elle se partage.

D’ailleurs, je vais envoyer mes etegami à ceux qui le souhaitent, il suffit de me laisser un commentaire. Merci de préciser si vous avez un sujet de prédilection (radis, asperges ou muguet) et envoyer moi par mail votre adresse : marianne@etang-de-karu.net

La prochaine séance est demain, samedi 9 mai à 17h, si vous êtes intéressé, vous pouvez contacter Valérie : valerie.eguchi@sfr.fr. Les créations de l'atelier sont visibles ici (mais il faut un compte facebook).