19 juillet 2017

Le meurtre d'Alice de Yasumi Kobayashi : Lewis Carroll revisité en un polar horrifique



La jeune maison d'édition d'Est en Ouest propose des œuvres contemporaines japonaises inédites. J'ai découvert leurs ouvrages à Japan Expo et j'ai été séduite par la qualité de la fabrication des livres (choix du format, papier, maquette...) Leur première collection se compose de policiers, un genre que je n'apprécie guère. Cependant, je me suis laissée séduire Le meurtre d'Alice, un titre hommage à Lewis Carroll. C'est une de mes meilleurs découvertes de la Japan Expo 2017 !


Back to Wonderland


L'histoire s'ouvre au Pays des Merveilles avec un dialogue délicieusement incongru. On apprend qu'Humpty Dumpty, le personnage ressemblant à un œuf, est tombé de son mur et a rendu son dernier souffle. Accident ? Non, quelqu'un s'est acharné sur sa coquille. Aucun doute, il s'agit d'un assassinat... Et voilà que le Lapin Blanc jure avoir vu Alice s'enfuir du lieu du crime. La jeune fille, immédiatement suspectée, se retrouve donc menacée de la sempiternelle décapitation. Le Chapelier Fou et le Lièvre de Mars, auto-proclamés enquêteurs, ne semblent pas désireux de prouver son innocence.

Au Japon, une étudiante, Ari, rêve du Pays des Merveilles. Quand un professeur meurt dans des conditions bizarres, semblables à celles du décès d'Humpty Dumpty, elle comprend qu'un lien étroit se tisse entre la réalité et le monde onirique. Que risque-t-elle si Alice est injustement accusée et exécutée ? Avec Imori, un autre étudiant partageant les souvenirs de ses aventures nocturnes, elle décide de mener l'enquête. Ils veulent découvrir quels êtres du Pays des Merveilles se cachent derrière les personnes qu'ils côtoient dans leur quotidien. Autour d'Ari, les cadavres s'accumulent dans des circonstances abracadabrantes et bientôt une véritable épidémie meurtrière fait rage au Pays des Merveilles.

Ari et Imori vont-ils résoudre l'énigme avec qu'Alice ne perde la tête, au sens propre ?


Lewis Carroll revisité avec brio


Le meurtre d'Alice est un hommage maitrisé à l’œuvre de Lewis Carroll. Non seulement l'auteur reprend les personnages et les codes de son univers, mais surtout, il réussit à retrouver le ton à la fois drôle, étrange et parfois déroutant de son style. La narration, principalement composée de dialogue, se révèle d'une grande finesse. La construction souffre, à mon avis, d'un petit travers de résolution très japonais (les amateurs de manga ou de drama de détectives reconnaitront la tendance à la mise en scène caricaturale). Cependant, si un passage m'a agacé, il s'avère rétrospectivement très malin. En effet, le récit enchâssé des deux mondes ne se contente pas d'une alternance simple et j'avoue avoir était surprise par les rebondissements.

Par goût, je n'aime pas les policiers minus les sempiternelle Agatha Christie poussiéreux de mon enfance, par pure nostalgie. Je n'aime pas non plus les récits d'horreurs (Lovecraft et compères exceptés). Le gore tend à me filer la nausée. Le meurtre d'Alice, flirte joyeusement avec ces deux genres tout en y ajoutant une dimension fantastique surréaliste. Si, le livre ne correspond donc pas à mes goûts, il est objectivement d'une grande qualité, tant pour l'histoire, sa narration et son style d'écriture, loufoque et concis. Son originalité indéniable dans le sujet et son traitement m'ont donné un autre regard sur la littérature japonaise.
Et puis, j'ai trouvé la fin brillante !

La traduction d'Alice Hureau, très fluide, est agrémentée de quelques notes de contextes précieuses et d'une post-face sur l'intertextualité pour qui connaitrait mal Lewis Carroll. La maison d'édition fait donc un travail indéniable pour rendre les subtilités du texte accessibles à un large public. Une démarche volontaire que je salue ! Outre les amoureux de polars et d'ovnis littéraires, tout ceux sensibles au surréalisme et la déliquescence des notions de réalité, qui aiment qu'un texte les déroutent, apprécieront l’exercice.

Le site de l'éditeur : 

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Marianne