22 avril 2020

Le jour de la Terre où elle eut (un peu) la paix


Plus de 4 milliards d’humain se serait trouvé confinés, à la louche, plus de la moitié de la population mondiale selon un média environnemental. Check news de Libération, en décompte 2 milliards au 30 mars.

La planète souffle.

Économie en suspens, activités polluantes et grouillantes soudain à l’arrêt ; alors que l’humanité semble en apnée, les autres espèces, elles, profitent de la tranquillité. Si la pollution atmosphérique a connu une baisse drastique, la réalité reste moins youpi-yop avec notamment la multiplication de décharge sauvage. Sans personne pour surveiller, il est facile de vider sa merde dans les rivières, dans champs, dans les forets.
Cependant, on peut mesurer durant cette période extraordinaire les impacts de nos vies, y compris dans des domaines surprenants comme l’activité sismique. Les scientifiques collectent des données assez incroyables. Après, nous sommes balèzes pour ne pas les écouter lorsque les conséquences de nos actions impliquent de changer de façon de vivre, de « perdre » du confort, d’abandonner un mode de consommation mais aussi de penser. Trop difficile ; trop pénible. 
On verra plus tard. 
Les prochains se débrouilleront.

Le jour de la Terre, comme la « journée de la femme », me laisse dubitative ; l’existence même de l’évènement donne la dimension du problème. Pour la moitié de l’humanité, une fois par an, on tâche de rappeler qu’elles ont les même droit et que cette égalité est un combat encore difficile. Pour la planète, une fois par an, on pense à ce qui se trouve sous nos pieds, à ce qui passe au-dessus de notre tête. 
Le sol, pas toujours solide, l’air, par toujours transparent.
Menacés par l’infiniment petit, obligés de nous terrer, cette commémoration prend des atours insolites voire franchement ironiques. L’environnement revient sur le devant de la scène, rentré par une porte microscopique, pour nous prouver que nos actions ont des conséquences, souvent très complexes.



Le ciel est dégagé en cette soirée douce du 22 avril.
Pas de nuages. Comme depuis six semaines, je me réjouis d’observer ce morceau quadrillé par les immeubles du 20e, sans qu’il soit haché par les trainés des avions. Les bruits sont limités aux conversations, rires et hurlements d’autres parisiens. Pas de vrombissement lointain. Pas de sirène. Aucun klaxon. Et le crétin en scooter qui fait des tours de quartier se limite à un seul, probablement de crainte de se manger un coup de pelle. 

Sur la terrasse, un pigeon gonfle ses plumes. Il a raté son atterrissage il y a une heure et s’est presque assommé. On le laisse tranquille, en attendant qu’il recouvre assez ses esprits. 

Le crépuscule force les ombres et les arêtes de béton tranche le bleu roi. La température baisse. Bientôt, à la fenêtre, certains applaudiront. Le jour de la Terre s’achèvera, discret 50e anniversaire dans les médias. Le pigeon me regarde et se rapproche de la baie vitrée ouverte. Tant qu’il n’ouvre pas le frigo pour prendre une bière, je le laisse tranquille.

Dans mon pot de compost, les bactéries et les insectes s’en donnent à cœur joie. Si je ne peux pas faire grand chose pour l’état de la Terre, au moins, je peux contribuer à en renouveler, sans majuscule.


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Marianne