3 novembre 2020

[journal] Crépuscules de novembre




Une autre campagne, d’autres cieux, d’autres crépuscules. Une autre maison, un autre couple. Les souvenirs d’un lieu où je me rendais souvent se surimposent au présent. Quand l’impossible s’installe dans ton quotidien, plus rien ne semble stable, sûr. Je regarde les amants en songeant au potentiel d’explosion, de rupture, en songeant aux amertumes et aux naufrages.

 


 Alors, je ferme les yeux, j’inspire le rose des nuages, j’inspire le chant hystérique des oiseaux, j’inspire l’eau accrochée à la falaise du grillage. J’inspire l’ambiance d’un petit village où se nouent drames et solidarités, ou le mesquin côtoie l’abnégation. Complexe, nuancée, la vie vaut l’incroyable paysage, cet horizon marqué au fer rouge de l’empreinte des orages. L’indigo dégorge sur les cœurs solaires et la nuit teinte la vallée. Elle glisse sur les collines et ravage la vue.

Par le rectangle devenu aveugle, juste le reflet de mon visage, creusé.

Il y a un an, j’étais au Japon, bercée d’espoir pour mon manuscrit, tétanisée par l’agressivité de mon compagnon, dévorée de culpabilité, puisque, comme tout humain avec une confiance défaillante, je suis aussi mégalomane : ce qui se passe, ce qui cloche est forcément ma faute. Or, c’est accorder beaucoup d’importance à sa capacité d’action. Comme si les émotions de l’autre étaient de mon ressort. Comme si la vie de l’autre, qu’il soit heureux ou malheureux m’incombait.

Mégalo. God complex. Le paradoxe de l’athée !

La pénombre réconcilie les contraires, noie les incompatibilités bleues et rouges dans son océan pétrole. Quelqu’un m’a dit un jour que les couchers de soleils de novembre étaient les plus beaux. Devant moi, du temps, ailleurs qu’à Paris, ailleurs que chez moi, ailleurs qu’avec les fantômes, pour tester cette affirmation.









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Marianne