9 août 2011

Carbone modifié : un polar cyberpunk très couillu


Pour moi, cyberpunk rime avec Gibson pour les livres et Shirow pour les mangas. Je suis assez difficile à satisfaire dans ce domaine. Richard Morgan signe avec Carbone modifié un foutu bon bouquin qui reprend les bases du genre, y ajoute une dose de SF tendance Space Opera et le tout servi par une histoire policière très bien ficelée. Alors tenté ?

L'homme digital

Premier roman de Morgan écrit en 2002 et salué par la critique, Carbone modifié se base sur un concept novateur : dans un futur (26ème siècle) où l'humanité ne se limite plus à pourrir la surface de la terre, la technologie permet d'être digitalisé. Il est possible de copier et sauvegarder la mémoire et la personnalité d'une personne dans une pile corticale. En cas de décès, on peut être réinjecté dans une enveloppe. On peut aussi faire des copies à distance avec des clones de sécurité pour devenir virtuellement immortel, à condition bien sûr d'avoir les finances.

Avec cette allongement de la vie et la possibilité de changer de corps - devenue une simple enveloppe - le système carcéral a évolué. En cas d'infraction, on peut écoper de plusieurs dizaines ou centaines d'années d'emprisonnement virtuel avec une confiscation de son corps. Là encore, pour le récupérer, il faut de l'argent. Beaucoup d'argent.


L'enquête piégée

Carbone modifié est le premier tome d'une trilogie narrant les aventures de Takeshi Kovacs. Ancien du Corps diplomatique (des troupes d'élites d'intervention et de renseignement), Kovacs est tué de façon brutale dans une intervention à la légalité douteuse. Il se trouve alors ré-enveloppé sur Terre, planète où il n'a jamais mis les pieds.
Il a pour obligation de jouer les détectives pour un notable richissime. Ce dernier, ré-enveloppé après son suicide, souhaite que Kovacs enquête sur les conditions de sa mort. Il ne croit pas à la thèse officielle et pense avoir été tué. Le hic : sa mémoire de la funeste journée a été définitivement perdue. L'affaire pue la manipulation et le chantage... D'ailleurs, tout dégénère très vite.

Si la mise en place est parfois un peu téléphonée et malhabile, très vite la narration prend ses marques. Comme il s'agit du premier tome de la série, certains éléments ne prendront leur dimension que dans les volumes suivants. Le style, raide au départ, s'assouplit vite, prend les atours craspecs et gluants qui siéent si bien au genre. Et bientôt l'intrigue captive le lecteur.

Carbone modifié est avant tout un excellent polar. Morgan n'utilise pas la technologie pour faire joli et futuriste. Elle est le moteur de l'histoire, sans elle, rien ne serait possible. Par contre, une fois les concepts posés, Morgan se concentre sur l'humain, ses doutes, ses vicissitudes.
Pas de mélo mais une ambiance sombre et violente. Kovacs n'est pas un protagoniste aussi simple et amoral qu'il n'y parait. Les personnages secondaires sont également bien travaillés. L'auteur se joue des stéréotypes avec talent. Il raconte une bonne histoire avec une écriture plus que correct et une narration bien menée. Ni temps mort et ni accumulation fatiguante de scène d'actions interminables. Le rythme captivant amène le lecteur dans les méandres d'un futur où l'humanité cède à ses penchants les moins glorieux.


Baston !

Attention, le bouquin est assez trash. Personnellement, j'ai eu beaucoup de plaisir à sa lecture mais certaines critiques mentionnent sa violence omniprésente. Elle ne m'a pas dérangée, elle accompagne le récit de sa nécessaire présence dans un univers franchement pas youpi-yop.
Cependant, j'avoue que certains passages explicites peuvent déranger. Bref, âmes sensibles s'abstenir.

On retrouve avec Carbone modifié les poncifs du cyberpunk. Les vices et dérives du capitalisme sont poussés à leur paroxysme (qui a dit qu'il suffirait juste d'une pichenette ?) avec une élite qui détiennent des corporations surpuissante et la masse du peuple abêtie, écrasée. Kovacs, pris entre le marteau et l'enclume, se dépatouille avec les moyens du bord. Ses actions et sa morale laissent souvent un goût de cendre. Il se retrouve dans des situations intenables avec des dilemmes moraux pas piqués des hannetons. Il n'y a pas de "bon" choix. Juste de la survie en limitant les dégâts. En final, ces interrogations sont très contemporaines.

L'équilibre entre réflexion et action donne au lecteur sa dose de baston jouissive et de cogitation. Sans atteindre les capacités visionnaires d'un Brunner où la poésie d'un Gibson, Richard Morgan se taille une place dans la cour des grands, certes avec un couteau commando et quelques litres d'hémoglobine versés sur le passage. Mais on lui pardonne :)

Carbone Modifié réussi le pari d'être un bon polar et un bon bouquin de SF. Il ne me reste qu'à attaquer le second tome, Anges Déchus, tout aussi prometteur.

Le site officiel de Richard Morgan :
http://www.richardkmorgan.com

4 commentaires:

  1. D'ordinaire je me retrouve assez bien dans tes billets sur des livres et mangas que j'ai déjà lus mais, cette fois, j'ai un ressenti radicalement différent du tien. Je l'ai lu il y a 2-3 ans et je n'avais pas accroché du tout. Pas à cause de la violence, qui est bien présente, c'est vrai. J'aimais bien l'idée de base, mais je n'ai aimé ni l'ambiance ni les personnages.

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  2. Matthias : ^^ comme ça tu me donneras ton avis !

    Marie : C'est vraiment un bouquin pour amateur de cyberpunk ou de polar noir. On peut aimer la SF et le fantastique sans apprécier le cyberpunk. C'est un genre qui "gratte" et qui ne sent pas la rose :) En plus le bouquin de Morgan est quand même un beau pavé.

    J'espère juste que ma chronique est assez claire pour ne pas insister à la lecture des personnes qui ne l'apprécieront pas.
    Perso, cela m'arrive souvent de lire des articles élogieux sur un livre ou une BD, voire totalement dithyrambique, et de me dire "certainement bon, mais pas pour moi".

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  3. Effectivement, il m'avait beaucoup évoqué le polar noir, et c'est un genre dont je ne raffole pas en général. Moi en tout cas je trouve que ta chronique reflète bien le contenu du livre. Si j'avais pu te lire à l'époque, je ne l'aurais pas acheté. :-)

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Marianne