La semeuse au petit pois
Ses installations colorées et ludiques avec des pois qui reflètent leur parfaite rondeur dans des miroirs, des jeux de lumières guillerets, séduisent et amusent.
Si le pois est la signature de Kusama, elle s'exprime aussi par son travail de plasticienne. Elle recouvre des objets du quotidien et meubles par des boudins de tissus monochromes.
Des sortes de phallus qui envahissent ainsi fauteuils, tabourets, et même vêtements... Des créations qui rappellent le passé sulfureux de l'artiste qui, entre orgies et consommation effrénée de drogues diverses, a mené une jeunesse radicale dans ses passions et son expression artistique.
| Les premières peintures |
Spirale d'une vie en folie
La rétrospective au Centre Pompidou à Paris, présente de façon chronologique les œuvres de Kusama. La visite commence par ses premières peintures au début des années 50. Ces toiles m'ont fascinée par leur surréalisme organique, leur vision à la fois magique et dérangeante.
Partie au Etats-Unis en 57, Kusama surprend rapidement la scène New-yorkaise avec le minimalisme de ses oeuvres : un travail de grands formats monochromes blanc où le pois apparaît, tel la maille d'un filet infini. La révolution sexuelle et la curiosité d'une période, ou tous les excès sont possibles au nom de la liberté, font sortir la peinture de la surface plane de la toile.
Kusama s'exprime alors comme plasticienne avec des objets de récupération. Elle les accumule, les agence, les détourne. Elle s'essaye aussi à l'art vivant dans des happening où la peinture et corps se mêlent, toujours avec des pois. Une série de photos et un film témoignent de cette période extravagante.
Après son retour au Japon, la plasticienne s'exprime
Descente à vide
De retour au Japon en 73, une série de drames personnels menacent son équilibre psychique, déjà fragile. Depuis 1977 elle vit dans un institut qui utilise l'art-thérapie. Elle a réalisé de nombreuses installations où miroirs et lumière plongent le visiteur au cœur d'une vision psychédélique, où la réalité et l'illusion se surimposent et brouillent la donne.
Ses derniers tableaux, des grands formats aux couleurs violentes m'ont un peu déçus. Je ne retrouve pas la finesse du début ou l'énergie provocatrice et féminine de sa démarche de plasticienne. En voyant les derniers tableaux de Picasso, exposés dans les collections permanentes du musée, j'ai eu la même sensation. Une impressionne de grossièreté dans le trait, de facilité.
Alors, une fois achevée la visite, je suis revenue encore pour admirer les premiers tableaux. On trouve déjà toutes les graines fertiles de l'univers de Kusama.
Et atterrissage réussi !
La scénographie de l'exposition est remarquable. Les oeuvres sont mises en valeur avec simplicité et intelligence. La circulation est aisée. J'aurai aimé qu'il n'y ait pas plus de texte, cependant le prospecteur distribué à l'entrée est très informatif. Un regret quand même, il n'y a que deux salles d'installation de type “all-over” et elles sont de de taille assez réduites.
La seconde surtout, dans la pénombre, avec des myriades de diodes multicolores, est totalement inadaptée s'il y a trop de monde. Difficile de profiter pleinement de la magie du lieu quand on tente de ne pas écraser son voisin. D'autant que l'oeuvre est conçue pour nous faire perdre nos repères visuels, une peu comme un palais des glaces en visite nocturne.
L'expérience m'a quand même énormément plu.
Voyage magique au pays des pois
L'art contemporain est parfois assez déroutant. Il arrive que ce ne soit pas l'oeuvre en elle même, mais l'idée, la démarche, qui justifie qu'une oeuvre soit exposée. Si couvrir de gommettes une pièce paraît à la portée de n'importe qui, y consacrer une vie de recherche et se dédier entièrement à cette obsession transcende l'acte.
La vie de Yayoi Kusama, depuis sa plus tendre enfance, a cette ligne pure et directe. Elle est vouée à son art. Une expression profonde est nécessaire de son ego, qui peu à peu se dilue dans ses productions jusqu'à ce que l'artiste et son œuvre fusionne dans un feu d'artifice chatoyant de pois et de phallus !
| Les pois sont partout ! |
Quelques liens pour les curieux
Le site officiel (avec une petite vidéo)
Chez Ogijima, deux articles sur l'artiste :
- La visite de l'exposition
- Lacitrouille jaune de Naoshima


merci pour ton décryptage et le partage de ta vision de l'oeuvre de cette artiste.
RépondreSupprimerCa donne encore plus envie d'aller faire un tour à l'expo ^-^!!
J'y vais cet aprèm'!
RépondreSupprimerL'expo est notée sur mon agenda, ta rétro me donne encore plus envie d'y aller!!
RépondreSupprimerMerci les filles :) J'espère que vous profiterez bien de l'expo. Comme c'est ouvert assez tard, je vous conseille d'y aller le soir, il y a moins de monde. Il faut compter une bonne heure, voire 1h30 pour être tranquille.
RépondreSupprimerje me suis rendu hier à cette exposition avec un 'blog-ollègue' et j'ai bien apprécié les œuvres des chambres à miroirs et des 'tentacules' - presque art-déco - la chambre noire luminescente est très réussie, dommage que les entrées ne fussent pas calfeutrées de rideaux pour augmenter l'effet...
RépondreSupprimerIonah : je crois si la pénombre avait été complète, les gens se serait franchement marché dessus :P
RépondreSupprimerune rétrospective Yayoi Kusama va se tenir à Londres,
RépondreSupprimerun diaporama préparé par la BBC
http://www.bbc.co.uk/news/entertainment-arts-16944302
une vidéo de son interview, puisqu'elle se déplace pour l'occasion
http://www.huffingtonpost.com/2012/02/10/yayoi-kusamas-retrospecti_n_1269398.html
Whaaa merci beaucoup pour l'info :)
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