De Paris à Tôkyô, un message commun : Non au nucléaire !





C'était décidé !
Le mois de novembre était pour moi. Juste pour écrire et me concentrer sur le NaNoWriMo. Sauf que le Japon est en moi et qu'il suffit d'un mot, d'une image pour que tout resurgisse.
Alors, dimanche 11 novembre, je suis allée à la Bastille. 

Pour un compte rendu sensible et intelligent agrémentés de magnifiques photos, je vous invite à lire l'article d'Okasan sur son blog.
Pour savoir ce qui s'est passé à Tokyô, c'est chez Pierre Fetet que ça se passe.



Dire Non !

Le temps de quelques heures, une partie de la place de la Bastille a été redécorée par des slogans pédagogiques et informatifs. Nous ne sommes pas là pour faire peur, la situation est déjà bien assez inquiétante. Il ne sert à rien de paniquer, c'est stérile. Par contre, il faut se mobiliser pour trouver des solutions et surtout, surtout arrêter d'utiliser cette énergie mortifère.
 


Pénélope Rouillon, une étudiante engagée  : http://sanurezo.org/spip.php?article97

Expliquer sans relâche !

J'ai une grande admiration pour ceux qui, sans jamais se fatiguer, avec calme explique patiemment les risques et les dangers du nucléaire, dans un langage simple. Révèlent les mensonges et les aberrations, sans colère ni haine. Expliquer, éduquer.





Ce que l'on lègue nous concerne tous, ce n'est pas à la futur génération de nettoyer après nous...

 Par sa présence, affirmer son soutien au Japon et à la vie !

Dans la foule, les japonais, les couple franco-japonais et les métis sont nombreux. L'ambiance est à la fois studieuse et bon enfant, familiale même. Pas d'intégriste, pas de violence, juste des humains qui ont envie de protéger la vie et qui en ont marre des mensonges et de l'inaction.

En France aussi nous sommes concernés. Même si nous n'avons pas eu d'accident nucléaire nos centrales sont vieillissantes, et nous ne sommes toujours pas capable de les démanteler totalement.




La contestation des mères japonaises s'exprime par la danse. Et même si elle n'est pas joyeuse, j'ai été touchée par l’énergie de vie de tout ceux venus manifester. La situation est terrible. Des enfants sont malades. Des enfants vont mourir.


Mais, les émotions qui bouillonnaient ce dimanche étaient positives. Une envie de changement, une envie de prendre en charge notre avenir.

Sous ce ciel gris de novembre, j'ai trouvé de la chaleur humaine. Des sourires.





Mon regret : nous n'étions pas très nombreux. Je trouve aussi qu'il y a assez peu de jeunes. Quand je pense à tous ces lecteurs de manga, ces fans de Japon qui sont fiers d'assumer et d'affirmer leur passion, je suis triste de voir qu'ils ne se sentent pas plus concernés par l'avenir de ce pays et du monde. J'aimerai bien les voir avec nous !


Alors, la prochaine fois, je compte sur vous pour venir !

Edit : prochaine manif le 8 décembre !

Pour aider le Japon, je vous rappelle aussi que l'association Kibô-Promesse a lancer un appel aux créateurs pour sa vente de Noël.
La vente commencera le 7/12 et tout les dons récoltés sont envoyés à des associations japonaises locales de Fukushima qui œuvre pour la radio-protection des populations.

Duo de choc

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Le Bureau des Chats de Miyazawa Kenji


Voici un court recueil de contes, imprégné de philosophie bouddhiste et de culture japonaise traditionnelle. Miyazawa Kenji est un des auteurs les plus lus au Japon et j'avais très envie de le découvrir.

Merveilleux bestiaire

Ce livre rassemble cinq histoires écrites pour amuser les enfants mais surtout avec une vocation très universelle. Elles mettent en scène beaucoup d'animaux et d'éléments naturels avec cette poésie absurde, cette magie à la fois innocente et cruelle comme seuls les vrais conteurs savent la manier.

On suit ainsi les aventures de frères jumeaux vivants dans le ciel aux prises avec les coups tordus de la constellation du Scorpion.
Avec l'Araignée, la Limace et le Blaireau, le ton devient plus dur car ces trois bestioles peu fréquentables se livrent à une compétition qui les conduit droit en enfer.

Le Bureau des chats dépeint le quotidien d'une administration pas comme les autres où les tensions entre les employés poilus se multiplient. Probablement le texte le plus drôle, surtout quand on connaît un peu le monde du travail au Japon avec sa division des tâches à l'extrême et son système hiérarchique sclérosé.

La vigne sauvage et l'arc-en-ciel est un dialogue subtil et d'une grande poésie avec une nostalgie douce-amère qui me touche beaucoup.
Le dernier conte est dans la même veine avec un oiseau qui prend une décision drastique pour changer sa vie.

Un peu de philosophie

Miyazawa est un écrivain du début du XXème siècle, qui ne sera pas reconnu de son vivant. Son style est, pour l'époque, assez assez novateur, avec beaucoup de jeux de mots, et un travail sur les onomatopées afin de rendre à la fois la poésie du monde et son ironie.

Bouddhiste très pratiquant, il n'était pas retiré du monde, au contraire. Il s'inscrit dans l'actualité de ses contemporains avec une grande curiosité, il a même inséré des mots d'espéranto dans ses écrits. Très marqué par Iwate, sa région de naissance où il a presque toujours vécu, ses contes laissent une grande place à la nature et aux animaux.

J'avoue que cette lecture m'a tour à tour amusée, déroutée et même déboussolée. J'ai un goût d'inachevé, la sensation d'être passée un peu à coté du sens. La dimension philosophique très présente donne un ton particulier. Si le texte est simple, aisé, on se rend bien compte que sa porté dépasse le récit.

Sans être hermétique, j'ai eu des difficultés à saisir les messages, d'ailleurs, je crois que j'ai envie de le lire une nouvelle fois. J'ai aussi très envie de m'acheter Train de nuit dans la voie-lactée, une autre des œuvres de Miyazawa traduite en français et un véritable classique au Japon.
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La formule préférée du professeur par Yoko Ogawa : lire sans compter !


Des mathématiques et du base-ball. Deux sujets dont je me contre-fiche totalement. Et pourtant, avec son talent discret, son style fluide, sa retenue, Yoko Ogawa m'a captivée avec La formule préférée du professeur. Un livre un peu différent de ce qu'elle écrit d'habitude, plus léger.

D'étranges amis

Une aide ménagère, mère célibataire, se retrouve engagée auprès d'un professeur de mathématiques d'une soixantaine d'années. Cet homme vit seul, reclus dans une petite maison construite à l'écart sur la propriété de sa belle-sœur, une veuve élégante mais très distante. Elle explique que l'homme, suite à un accident, à une mémoire immédiate limitée à 80 minutes. Pour lui, le temps s'est arrêté en 1975.

L'ouvrage raconte les interactions entre la femme de ménage, son fils de dix ans surnommé Root (de racine carré) et cet homme à l'esprit vif. Une relation étrange se tisse entre ses trois personnages qui tentent de survivre aux aléas de la vie.
Le professeur d'une pédagogie douce et aimable considère les nombres comme ses amis, et il a pour les enfants la plus grande affection. Alors, même si au bout de 80 minutes la bande de sa mémoire est effacée et rembobinée, quelque chose perdure.
Une étrange amitié, une entraide, une solidarité qui défie la loi d'un oubli inéluctable naissent peu à peu.

Ogawa nous compte avec son style inimitable à la fois minimaliste et exhaustif sur les sujets cruciaux, le quotidien de ces êtres qui trouvent un équilibre malgré les fêlures. Mathématiques et base-ball deviennent des raisons de vivre, de communiquer. S'y intéresser est un pas vers l'autre. Un moyen d'aimer.

La poésie de l'obsession

Là où Haruki Murakami excelle dans l'irruption du fantastique ou de l'onirique dans le réel, Ogawa, elle, confère au quotidien une dimension obsessionnelle et pourtant, très poétique. Elle manie le non-dit dans l'étrange et même parfois la perversion avec virtuosité. Souvent ses personnages développent aussi des manies de collection plus ou moins bizarres. Elle délaisse les descriptions des lieux pour se concentrer sur l'essentiel, les sentiments et surtout le fonctionnement de la psyché.

Pourtant, elle ne tombe jamais ni dans le mélo ni dans l’excès d'émotion. Il y a toujours une distance polie, comme si ses protagonistes étaient un peu anesthésiés, un peu perdus. Ce sont les objets ou les concepts qui les rapprochent et les ancres dans la vie. C'est par les cartes de base-ball que Root montre au professeur à quel point il est important pour lui. Et malgré sa mémoire défaillante, le message est compris. Quand aux nombres, ils révèlent entre ces pages une vie joyeuse et belle, loin de l’aridité redoutée et de l'aura de poussière que l'on associe souvent aux mathématiques.

Traduit avec brio par Rose-Marie Makino-Fayolle, pour les éditions Actes-Sud, La formule préférée du professeur est un roman émouvant, surprenant par sa capacité à nous happer sur un sujet pointu et, pour moi vraiment pas sexy. On retrouve entre les lignes la complexité de la culture japonaise, ses contrastes et sa finesse.
Un livre de plus qui ne quittera mes étagères que pour être prêté ou relu !
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Protection, une fanfic sur la série Sherlock : chapitre 13 & 14 / 24



Liste des chapitres : 01 - 02 - 03 - 04 - 05 - 06 - 07&08 - 09 - 10&11 - 12 - 13&14 - 15 - 16 - 17 - 18&19 - 20 - 21 - 22&23 - 24 - bonus - épilogue

Cette semaine, vous avez droit à deux chapitres ! 
Si vous ne connaissez pas Sherlock, voici un article pour commencer.


Chapitre 13


L'iris gris-vert des yeux de Sherlock sont translucides, figés dans le blanc scintillant qui s'échappe de l'écran de l'ordinateur portable. Mon ordinateur. La seule lumière de la pièce. Il a trouvé le temps d'acheter et de faire livrer un fauteuil neuf – ou plutôt une vieillerie design d'antiquaire, kitsch à souhait – mais par contre, il n'a pas investi dans sa propre machine. Cela ne me surprend pas. Ses longs doigts de pianiste volent sur le clavier avec célérité. Dire qu'après presque cinq ans à bloguer, je tape toujours avec mes deux index...

J'allume la liseuse, puis la lampe sur le bord de la cheminée. Le cône de clarté donne au crâne un air sinistre, dangereux même. Je passe sans un mot en direction de la cuisine. J'ai la dalle. J'attrape une pomme en guise d'appétitif. Je crois que je vais ignorer le truc. Oui, cette solution me plaît bien. Oublier que Sherlock m'a embrassé. Sur les lèvres. Pour l'instant, carpe diem. J'étire mes muscles douloureux. L'adrénaline, merveilleuse amie pour se vider la tête, a reflué et demain, je paierai ma séance intensive avec quelques courbatures.

Sherlock est soudain derrière moi, l'air encore absorbé dans ses pensées. Il s'est changé. Il a mis un des ses vieux pyjamas et enfilé sa robe de chambre en satin bleu qui lui donne un air d'aristocrate décadent. Machinalement, je débarrasse un peu et sort deux assiettes. Je mets le couvert et réchauffe deux des plats mitonnés par Mrs Hudson. Quand il s'attable avec moi, je suis surpris.
— Tu as terminé ?
— Hum ?!
À son regard distant, je comprends qu'il est encore en train d'échafauder son plan pour son grand come-back.
— Les documents que tu veux donner.
— Ha, non. Pas encore. J'ai presque fini celui pour ta copine – et l'acidité du mot m'arrache un sourire – et je voudrais vraiment que tu le corriges. Tes capacités rédactionnelles semblent plaire plus que les miennes. La section de ton blog sur les inepties dans les séries TV, j'avoue, est assez cocasse.
Il détourne le regard et se concentre avec trop de sérieux sur son ragoût de mouton et ses haricots. J'attends une remarque moqueuse, en vain. C'est vrai que j'ai pris l'habitude de démonter les diagnostiques médicaux souvent ridicules – quel patient à TOUS les symptômes d'une maladie quand il débarque aux urgences ? – et j'ai pris un malin plaisir à chiffrer, à la louche, la quantité délirante d'analyses en tout genre menées par la police scientifique. Un seul épisode suffirait en général pour cramer le budget annuel de fonctionnement de tout un service.

— Tu as continué de suivre mon blog ?
— C'était un moyen simple et efficace d'avoir de tes nouvelles...
— Je pensais que tu étais en contact avec Molly. Et Mycroft.
— Pas vraiment. Molly m'a envoyé des mails te concernant, mais j'avais besoin d'informations objectives.
Je retiens le commentaire désagréable. Il lui aurait suffit de me contacter directement. Mais je sais que, dans la tête de Sherlock, ce n'était pas une option. On continue de manger dans un silence bizarre. Plusieurs fois, mes yeux glissent sur ses lèvres. Ma main gauche fourmille, sans y penser, je serre et desserre le poing. J'ai l'impression d'être une souris de labo. Je sens l'attention démesurée dont je suis l'objet.
— J'aimerai que tu me racontes. Toi.
Un sursaut que je masque en me grattant le haut du crâne. De que quoi parle-t-il ?
— Quoi ? Te raconter quoi ?
Une respiration et il se jette à l'eau :
— Ce qui s'est passé après. Après mon suicide fictif. Molly a filtré ses propos, pour m'épargner probablement. Je lui ai dit clairement que j'avais besoin de données factuelles, neutres. Elle ne comprends pas que je fonctionne sans empathie.
L'agacement dans sa voix détend l'atmosphère. Il a cette expression, cette mimique irritée. Je le retrouve soudain et tout est plus facile.
— Tu veux que je te raconte ma vie sur ces trois dernières années ? En détails ? D'abord ça va me prendre des heures et ensuite, ça va être assez pénible pour moi.
— N'exagérons rien, un résumé me suffira. Juste les points les plus marquants. Et comment tu allais. Comment tu vas aujourd'hui... J'ai besoin d'éléments pour comprendre John...
Je ne lui demande pas ce qu'il a besoin de comprendre. Surtout pas.
— Ok. Mais après le repas. Et avec un thé.
Avec un mug de thé noir et un nuage de lait, même les histoires tristes s'adoucissent. Merde. J'ai oublié le lait. Tant pis...

Sherlock est avachi dans le sofa, allongé en diagonale, ses pieds nonchalamment posés sur la table basse. Voilà bien deux heures que je parle, assis confortablement dans le nouveau fauteuil. Il est vraiment agréable, moelleux avec un dossier bien droit. Idéal pour la lecture.
Sherlock ne remue pas d'un poil. Je discerne juste sa cage thoracique qui se soulève avec un rythme d'horloge suisse. Je suis étonné par son écoute, tant que je ne peux m'empêcher de faire des pauses, pour vérifier qu'il ne dort pas. Il m'encourage alors d'un son, d'un geste. Parfois, il m'arrête, me fait préciser mon récit. Sa patience m'apaise.
Bien sûr, j'ai fortement résumé, retiré les éléments trop intimes et passé sous silence la profondeur de ma... douleur. Je lui ai parlé de la thérapeute incapable. Il s'est alors agité en me traitant d'imbécile, que si j'avais suivi le conseil de son frère lors de notre première rencontre j'aurai, premièrement, économiser de l'argent, deuxièmement, retrouver un équilibre plus rapidement. Je le remercie de sa sollicitude. Après coup, je me demande quand même comment il sait ce que Mycroft m’avait dit dans ce parking glauque...

C'est dur.
Lui dire à lui, à quel point j'ai eu du mal. À quel point je me suis senti paumé et seul. Perdu en route à essayer en vain de retrouver quelque chose que je savais disparu à jamais. Alors, je ne le dis pas. Je parle des faits. Comment j'ai essayé de faire comme les autres, vivre dans une banlieue miteuse, bosser dans un cabinet de médecine générale. Je ne lui dit pas que revenir à Baker Street était au dessus de mes force. Que d’aller à Barts, de voir ce bout de trottoir, était insupportable. Alors, j’ai essayé une autre vie. Aider les gens et pourtant, m'ennuyer. Me faire chier à en crever.
Admettre que je me suis mis dedans comme un grand – il est trop aisé de charger tout sur la tête de la psy. Admettre que sans Mycroft, et sans ceux que j'ai ignoré pendant un an, je n'aurai pas remonter la pente, voilà le plus difficile. Le plus honteux. Mais il ne dit rien. Alors je continue. Et la suite vient, naturellement. Et mes yeux cessent de piquer.
À un moment, il me demande juste :
— Donc, tu es revenu ici en août, il y a deux ans.
Quand je confirme, il jure dans sa barbe, visiblement irrité. Il me fait signe de reprendre. Je continue encore jusqu'à rattraper le présent et ma colère, momentanément ravivée. Remuer tout ça n'est pas une sinécure.
Enfin, je me tais, et laisse entre nous retomber trois longues années de deuil, ou de tentative de deuil. inutile. Un gâchis d'énergie, des angoisses stériles...

Quand je porte la tasse à mes lèvres, le thé froid, astringent et amer, me ramène dans le réel. Sherlock m'observe :
— Tu veux que je fasse chauffer de l'eau ?
— Non. J'ai besoin de quelque chose de plus fort.
La bouteille de Gin me paraît la bonne ordonnance. Je me lève, ankylosé. Je mets la fatigue sur le dos de la boxe. Une bonne rasade. Sherlock acquiesce quand je désigne la bouteille du menton. Je le sers aussi. J'hésite et en final, je m'approche pour lui donner le verre, plutôt que le poser sur la table. Anonyme. Il s'extirpe du sofa en grognant.
— T'as repris des médocs ?
Il me désigne le liquide transparent :
— Prescription du docteur. Après tout, c'est à base de plantes.
Je glisse le verre dans sa main tendue alors qu'il change de position et s'assoit de façon orthodoxe. Je prends la place à ses côtés. Ne pas réfléchir. Saisir l'opportunité. Décoder les indices à la volée.
— Je savais que tu avais mal réagi à mon décès. Attends, écoute moi. C'est mon tour.
J'étouffe l'accès de rage qui vient de torde mon estomac. Mal réagi ? Mal réagi !!!
— Tu m'as demandé pourquoi j'avais mis tant de temps pour revenir... C'est confus.
Il fronce les sourcils, visiblement désemparé par sa propre incapacité à s'exprimer. Puis, il se tortille un peu et sort de la poche de sa robe de chambre une enveloppe de papier kraft pliée.
— Par contre, reprend-il d'une voix très douce, je peux t'expliquer exactement pourquoi je suis revenu.
Il me tend l'enveloppe, et curieux, je l'ouvre avec hâte. Dedans, une lettre, un mot plutôt, manuscrit. Je reconnais tout de suite l'écriture. Pas besoin de lire. Les mots ressurgissent, clairs et tranchants. J'en suis l'auteur. Pas de date. Un bon état de conservation. Il a dû comprendre que c'était du passé. Que je vais bien. Pourtant, je vois sur le visage de Sherlock la raison de son retour, toutes ses craintes, tout son désarroi... Dans ses yeux, l'ombre de la panique qu'il a dû ressentir à la lecture.
— Bon sang ! Sherlock, ça va maintenant. Je vais bien.

Damage control, illustration de Anne Jacques


C'est instinctif, je ne réfléchis pas. Je l'enlace et l'attire d'un mouvement maladroit contre moi. Contre moi. Je réalise qu'il retient son souffle. Qu'il se laisse guider. Je le garde ainsi, tout contre moi, plusieurs secondes. Plusieurs dizaines de secondes. Il a vraiment maigri.
— Sherlock, j'ai écrit cette lettre quand... Ça faisait un peu plus d'un an. Je t'ai dit que c'était difficile. J'étais pas mal perturbé. Et je prenais des antidépresseurs. Des saloperies. Tu sais bien que ça dérègle. Même un cerveau comme le mien.
Il étouffe un juron dans mon t-shirt. Inspire. Je m'attends à ce qu'il s'écarte. Mais il love sa tête dans le creux de ma clavicule. Ses cheveux me chatouillent le cou. Il murmure :
— Je n'ai pas fait tout ça pour que tu te fasses sauter le caisson ! Je me suis planté. Avec Moriarty. Je pensais m'en sortir. Quand j'ai compris le piège, il était trop tard. Je ne voulais pas ça. Pas disparaître. Et quand j'ai lu ta lettre...
— Je sais tout ça.
J'ai vraiment envie d'en coller une à Mycroft. Le résultat a été immédiat. Mais à quel prix. Je me racle la gorge, et d'une voix que j'espère posée, j'ajoute :
— J'imagine qu'il t'a mis un mot. Une explication du genre « Watson a pété une durite et Sig Sauer est devenu son meilleur pote. Il veut même lui rouler un patin ».
Un spasme agite Sherlock, un instant je crains le pire, mais non. Il hoquette, se redresse, du rire plein les yeux.
— Pas en ces termes. Plus « tes enfantillages et tes tergiversations vont te coûter ce que tu as de plus cher ». La morale habituelle. Je suis immunisé. S'il n'y avait pas eu la lettre, avec ton écriture...
Sa chaleur me quitte. Je ramène mon bras qui était toujours enrouler autour de son épaule. Le mouvement me semble terriblement inadéquat. Je ne sais que faire de mes mains. Je me penche et attrape mon verre de gin. Je bois une bonne gorgée que je conclue, d'un ton péremptoire :
— Ton frère est un crétin.
— C'est rassurant. D'habitude c'est moi que tu traites de crétin.
— Non, toi tu es un idiot. C'est différent. Je suis juste heureux que tu sois revenu. Même si c'est pour une mauvaise raison. Une crainte infondée.
— Moi aussi.
Il se saisit de mon verre, visiblement plus accessible et le vide d'une traite.
— À la tienne...

* * *

Chapitre 14

Je me cale tout au fond du sofa en essayant de mettre un peu de distance entre nous. Sa proximité devient dérangeante. J'ai juste terriblement envie de l'avoir encore contre moi. C'est tellement concret. Tellement rassurant. Le silence me pèse. Pourtant, il a toujours été là, entre nous. Un mode de fonctionnement qui oscille entre les monologues brillants ou les jérémiades pénibles de Sherlock et de longues heures tranquilles. Moi qui lis, ou écris. Lui qui déambule dans les couloirs de son palais mémoriel. Parfois, qui joue du violon. Je ne suis pas mélomane – juste quelques cours de solfège et de clarinette qui m’ont donné des bases –mais j'ai toujours apprécié l'écouter. Je crois que tout notre mode de communication fonctionne par les silences. Et jamais je ne les ai trouvés lourds, encombrants. Sauf quand j'attendais, souvent en vain, des excuses pour un comportement particulièrement choquant. Ou blessant.
Là, je ressens le silence autrement. Comme une distance à franchir.
— Où sont tes affaires ?
— En France. À Montpellier. Elles devraient arriver dans deux ou trois jours. Je n'ai pas grand chose.
Il attrape la bouteille de gin et en verse deux doigts dans le verre qu'il m'a piqué. Il me le tend et prend le sien qui attend sagement sur la table basse. Cette fois, il trinque vraiment. Le tintement clair sonne joyeux. Je me décide :
— Pourquoi, tout à l'heu...
— Carmine et toi, c'était sérieux ?

Nos voix se télescopent et sa question me coupe dans ma lancée kamikaze. Il me regarde de biais. Un rictus au coin de la lèvre j'acquiesce. Le sujet de la journaliste ne me plaît pas trop. Au demeurant, il est moins casse-gueule que celui que j'avais en tête. Carmine n'est pas du genre à user de ses charmes pour obtenir des renseignements. Avec moi, c'était différent. Je plais aux femmes. C'est un grand mystère que je n'ai jamais résolu. Si je savais pourquoi, je serais peut-être capable d'avoir des flirts qui durent plus de trois mois. Capable aussi d'éviter les nanas qui jouent hors de ma catégorie avec le ridicule que cela engendre. Pas de relation. Juste un plan fesse, tellement plus simple, tellement plus... anonyme et solitaire aussi.
Après une hésitation, le génie se lance :
— Elle a l'air d'être toujours intéressée... J'ai entendu, l'invitation. Pas très discret si tu veux mon avis...
— Sherlock...
Il reconnaît une menace mais se trompe sur sa signification. Je suis certain que Molly a dirigé de son propre chef les opérations de sabotage systématiques de ma vie amoureuse. Je ne peux quand même pas être mauvais à ce point ! Je ne lui en veux pas. Mais il est quand même temps que je me débrouille tout seul.
Après tout je sais ce dont j'ai besoin. Le vouloir m'effraye.
J'ajoute, plus gentiment :
— C'est une jeune femme brillante. Très compétente et elle a une expérience de reporter dans des contrées difficiles, notamment au Proche Orient. C'est une source d'informations précieuses et je compte rester ami avec elle.
— Ami ? Juste ami?
— Oui, ami. Le reste, c'est derrière nous. Je n'ai pas envie d'y revenir.
— Ha ! Bon...
Au ton, je reconnais sa satisfaction. Il me paraît judicieux de préciser :
— Mais tu te souviens, je t'ai demandé de respecter mon intimité, et mes relations...
— Je partage ton intimité John. Quant à « tes relations », si tu veux parler de ta collection de petites amies qui défilent si vite que personne ne peut retenir leur biographie – pourtant résumable en dix lignes – je crois que j'ai trouvé la solution.
Je n'ai pas le temps de rétorquer une réflexion bien sentie. Un truc méchant. Pas le temps de reculer. Pas le temps. C'est fulgurant.
Il se tourne vers moi. M'embrasse.
Encore.
Pas de doute hein. C'est franc, viril, totalement incontrôlé. Ses mains sur mes pectoraux me poussent. Ma tête cogne l'accoudoir. Nos dents s'entrechoquent. Un des pires baisers de ma vie. Un des meilleurs. À se noyer.
Suite : chapitre 15
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Japonisme : 祈り - inori - prière

Petite séance de rattrapage sur un thème qui a été un peu délicat à aborder :祈り, inori, prière.

Je ne priais jamais.
J'ai eu une éducation résolument athé.
La prière était pour les grenouilles de bénitier.
La prière était pour les faibles.
La prière était inutile.

Et puis, j'ai été au Japon.


J'ai marché dans les jardins des temples et des sanctuaires. Je me suis purifiée la bouche, et les mains. S'incliner. Frapper deux fois dans ses mains pour attirer l'attention du Kami du lieu. Faire un veux. Encore, s'incliner humblement, et lancer une pièce dans la boite à offrande. Souvent, une pièce jaune trouée de 5 yen, pour plus de chance.

Un vœux pour soi, et surtout un vœux pour ceux qu'on aime.

Et j'ai compris l'essence de la prière. Pas besoin d'avoir une croyance spécifique, une religion avec un joli label dessus. Les souvenirs surgissent et les émotions sont là, toujours aussi vives.



Je dis souvent que là-bas, j'ai eu un choc spirituel. Je n'ai pas d'autres mots pour qualifier mon expérience. Le vocabulaire me fait défaut pour expliquer la profondeur du changement, la clarté que j'ai perçu.

Alors parfois, je prie.
Ma prière ne rentre pas dans les clous. Ne s'adressent pas à un dieu comme le conçoivent beaucoup d'autres. Ma prière n'a pas besoin d'écoute, pas besoin de système ou de structure pour s'envoler.
Je prie. Il faut juste que le lieu soit habité, sinon, je n'y songe même pas.



Je me souviens, enfant et adolescente, d'heures passées à contempler la mer. D'heures passées seule en forêt, dans un terrain vague, sur des chemins de campagne. Je réalise alors que la prière n'est pas si étrangère à mon existence. Je n'avais pas compris. Le Japon m'a permis de retrouver quelque chose que j'ai toujours eu.

À Tôkyô, ses jardins et ses lieux de cultes, ses quartiers résidentiels arborés étaient des invitations constantes à la prière. À Paris, c'est plus délicat. L'agressivité et la violence de la société n'ont pas de filtre. Mais parfois, lors de mes marches solitaires, je trouve un jardin, une église vide d'humain.



 Et j'adresse une prière...


Japonisme est une projet réalisé en collaboration avec Anne (trouveuse de mots magiques) et Virginie.  
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Defi lecture Images du Japon : les lectures d'octobre



Comme je l'avais annoncé fin septembre, le défi lecture "Images du Japon" continue. Voici donc le récap pour les lectures d'autonme. Nous ne sommes que deux participantes :

Marie avec sa lecture de L'imaginaire érotique au Japon, par Agnès Giard qui nous propose une excellente critique et analyse de l'ouvrage. Je vous encourage vraiment à aller sur son blog.

Dans l'étang, un article sur Hiroshige, Cent vues d'Edo.


Bonne lecture à tous, et surtout venez-nous rejoindre pour partager vos découvertes !


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En novembre, disparition annoncée d'une grenouille : NaNoWrimo Time !

Les bons outils !


Le NaNoWriMo (national Novel Writing Month) est un concours, plus un défi personnel, qui consiste à écrire 50 000 mots en un mois, soit un court roman d'environ 180 pages. Si au départ c'est une initiative américaine lancée en 1999, il existe en France une communauté active. Cette année, je me lance !


Se jeter dans le grand bain !

Voilà plusieurs semaines que j'ai annoncé à mes proches une disparition totale ou presque pour le mois de novembre. J'ai donc essayé - et presque réussi - de boucler mes projets en cours pour me libérer la tête.
Pas de panique, visiteurs adorés ! Je tiendrais mon blog à jour ! Photos, fanfic sur Sherlock, défi "Images du Japon" et quelques articles agrémenteront les premiers frimas. Cependant, l'essentiel de mon cerveau de batracien sera concentré sur mon roman.

Je traîne depuis une dizaine d'années une histoire entièrement construite avec un résumé de tout les chapitres (une trentaine...) et le premier a même été rédigé il y a... trois ans. Depuis cet été que je suis passée maître dans l'art de clouer ma procrastination sur une porte puis de l'immoler au Napalm, participer au NaNoWriMo était une nécessité.

Le bon geste

La bonne zic !
L'objectif premier du concours est de produire en masse, d'écrire au kilomètre. Une façon de travailler très éloignée de la mienne, plus lente mais aussi plus réfléchie. Je ne peux pas délaisser la qualité. Reprendre un mauvais texte, mal branlé et à la construction vaseuse, peux prendre plus de temps que de l'écrire correctement du premier jet.

Je ne sais pas si j'atteindrais le seul fatidique des 50 000 mots mais en tout cas, j'ai envie d'écrire et surtout, de terminer cette histoire qui m'habite depuis trop longtemps. Surtout que derrière, il y a en a d'autres qui poussent pour être couche sur le papier.

J'ajouterai enfin qu'à la date du 22 novembre, un autre très gros projet auquel je collabore va devenir très très concret. Alors, stay tuned !


Au boulot !
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