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Grammaire de l’imagination de Gianni Rodari – Introduction à l’art d’inventer des histoires.


En ouvrant cet ouvrage, je m’attendais à un livre sur l’écriture et la fabrication d’histoires. Je me suis trompée sur le premier et le second sujet n’y est pas traité sous l’ange que j’espérais. La préface, rédigée par le traducteur français m’a tellement dérouté que je me suis arrêtée. Le livre a été proposé au programme d’un atelier de lecture par la personne qui m’en avait vanté les mérites (merci David). Cette fois, motivée par une possibilité d’échange, je me suis lancée dans la lecture, passionnante et souvent drôle, de ce bouquin inclassable.


Nourrir son imaginaire


Grammaire de l’imagination s’adresse en priorité aux parents et personnes qui travaillent avec des enfants. Une catégorie à laquelle je ne me sens ni légitime ni à l’aise pour revendiquer une quelconque affiliation. Pourtant, nous sommes tous d’ancien (ou moins ancien) enfant. Et l’imagination, la créativité, se nourrit d’un regard sur le monde capable de cultiver l’enthousiasme et la curiosité.

Si vous êtes un peu artiste, si vous aimez les histoires, ou si vous voulez développer votre imaginaire ou celui d’enfants, je vous encourage à ouvrir ce livre, avec moins de préjugés que moi ! Gianni Rodari propose en 45 chapitres une série d’exercices et de réflexions très pragmatiques, illustrées d’exemples pour affûter notre capacité à appréhender le monde tout en s’émancipant de ses règles souvent aliénantes.

Les courts chapitres s’enchaînent et construisent une pensée : l’auteur part souvent de son expérience vécu avec des enfants, donc d’une approche concrète, pour arriver à dégager des mécanismes généraux et des concepts, jusqu’à développer une réflexion philosophique sur l’importance de l’imagination dans notre monde. Paru en 1973 en Italie par un homme ayant connu les affres de la seconde guerre mondiale (il est né en 1920), son contenu reste très actuel.


Un ouvrage éclectique et amusant


Le début aborde des ateliers d’écriture à destination des enfants avec des exemples d’exercices souvent assez savoureux. Ces outils de développement de l’imagination (par association d’images et d’idées et jeu sur les sonorités) évoquent le surréalisme et le dadaïsme avec des textes d’apparence absurde et qui éveillent à une poétique débridée et libre, une base qui permet de s’initier notamment au réalisme magique. Rodari propose différentes constructions pour des textes très courts, de l’historiette au poème, à la devinette.

Ensuite, dans l’auteur travaille sur le conte, une matière très riche qu’il aborde de façon toujours très pratique et ludique en expliquant sa structure. Ce travail d’analyse a comme visée l’appropriation de la fabrication du conte et aussi l’ouverture sur un jeu avec des variations.

L’adulte apprend à l’enfant et si ce dernier est actif, il reste encadré par des propositions créatives. Au fil du texte, Rodari prend du recul et s’interroge sur le dialogue qui se tisse entre l’enfant et l’histoire qu’il fabrique. Il aborde le jeu, de l’imagination et de leurs impacts combinés sur la vision du monde. L’histoire devient un support pour les relations humaines et pour appréhender l’environnement. Il inclut dans son questionnement le tabou et la transgression (sexe et fonctions corporelles) décrits comme nécessités pour apprendre à remettre en cause l’autorité, à réfléchir par soi-même et à éviter l’écueil de l’auto-censure.

Enfin, il prend encore du recul et observe l’enfant dans son appréhension de l’histoire, dans sa façon de se l’approprier, d’interagir, de la poursuivre. L’enfant devient actif à partir d’une narration d’autrui. On passe d’une création imaginative débridé à un travail avec une contrainte forte mais où la créativité a toute sa place.

Le dernier chapitre dévoile enfin l’objectif du livre : enrichir d’expériences stimulantes le milieu où l’enfant évolue afin de développer sa créativité, pour changer le monde. La dimension politique assez idéaliste de l’auteur (et à mon goût très touchant et belle sur sa vision de l’humanité future) s’affirme alors.

Rodari étudie le jeu des enfants avec curiosité et tente de l’analyser pour en comprendre les processus inconscients. Cependant, ses interprétations psychanalytiques me laissent dubitative quant à leur véracité scientifique. Elles demeurent stimulantes sur le plan d’une réflexion intellectuelle. C’est l’unique bémol de ce livre, très riche pour cultiver son imaginaire, même lorsqu’on est adulte et sans enfant.


Lien :

Un autre article sur le sujet par le libraire deCharybde (Ground Control, Paris)



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La Fête des Ombres par l’Atelier Sentô, avis et entretien

 

 Source : https://blog.ateliersento.com

 

Dans un paysage noyé de brume, une jeune femme tient bien serré la main d’une enfant. Quand le vent dissipe les nuées, la fillette a disparu. Le souvenir de cette perte hante Naoko. Il ne s’agissait pas d’une enfant comme les autres, c’était une ombre, la trace amnésique d’un être qui fut vivant. Déjà, une autre ombre prends la place à ses côtés. 

 

Naoko, entre morts et vivants


La BD La Fête des ombres nous raconte l’étrange histoire de Naoko et de son quotidien dans un village reculé du Japon rural où la population décline et le maintien des coutumes est menacé. Les auteurs de l’atelier Sentô, Cécile Brun et Olivier Pinchard, signent un nouveau livre poignant. On reconnaît leur style graphique et leur découpage si particulier qui change notre rapport au temps. Ce récit mystérieux prend un chemin de traverse. Avec lenteur et tranquillité, on suit l’héroïne que l’on découvre par touche, grâce à l’incorporation de scènes de flash-back. L’élément fantastique apparaît comme un poids, une entrave pour la jeune femme. Elle porte le fardeau d’un devoir conséquence d’un don surprenant : elle a toujours pu voir des entités bizarres qui évoluent dans ce village et la campagne environnante. Lors de la fête des ombres, au cœur de l’été, certaines apparaissent à des habitants et ils en ont alors la charge pour une année. Il leur appartient de discuter avec elles, de les aider à se souvenir de leur identité afin qu’elles poursuivent leur voyage.

Mis à part Katsu, un jeune homme compétent en informatique qui aide aux recherches, Naoko est entourée de personnes âgées, de gens qui l’ont connu enfant et ne réalisent pas toujours qu’elle est maintenant une adulte. Sa mère voulait qu’elle parte, qu’elle ne reprenne pas le flambeau de cette mission, et pourtant, elle est toujours là, seule, dans la demeure familiale…

Le récit commence à la fin de l’été. Le passage des saisons, très marquées au Japon, scande les étapes de la vie de Naoko. Elle habite une maison traditionnelle en bois, ce type d’habitation rend le quotidien bien plus perméable aux actions des éléments, vent, pluie, humidité et froid s’immiscent à l’intérieur. Et puis, il y a la douceur du soleil qui chauffe la coursive. La frontière entre le dedans et le dehors, la vie et la mort semble soudain floue. D’autres ombres errent aussi, monstrueuses, elles ont oublié jusqu’à leur humanité. Ces âmes en peine affamées effrayent et bouleversent. Crainte et compassion se partagent ainsi le cœur du lecteur.

Cette BD aborde frontalement la question de la perte, du deuil mais aussi, ce qu’il reste lorsqu’une personne a disparu. Si la mère de Naoko n’est pas revenue comme ombre, sa présence et ses désirs, pèsent toujours sur la jeune femme. La mort rôde, incarnée dans les corps chétif et rabougris des petits vieux, étonnamment vigoureux et pourtant si fragile. Naoko sait qu’elle ne devrait pas s’attacher aux ombres, mais dès la scène d’ouverture, le lecteur comprend que c’est impossible pour elle. Empathique et généreuse, Naoko tisse des liens forts avec ceux qu’elle côtoie. Ce jeune homme dont elle doit retrouver l’identité et qui apparaît incolore, insipide, gagne en substance au fur et à mesure des pages. Qu’adviendra-t-il si ses souvenirs ne reviennent pas ?

Justesse des mots et des ambiances


Si j’ai trouvé la fin attendue, la force du livre vient de son traitement du sujet, de la normalisation de l’élément fantastique, et de ce qui est dit sur le rapport à la mort, son intrication dans le quotidien. Les ombres ne sont pas des fantômes désincarnés mais des êtres avec une action sur le monde, une possibilité de contact physique. Les ombres peuvent sentir, toucher.

La présence des petits vieux, invisibles dans notre société, à mon moins d’être soignant où aidant (ou vivre sur la Côte d’Azur !) saute aux yeux lorsqu’on voyage dans la campagne japonaise. Il s’agit d’un des aspects les plus frappants du Japon : le vieillissement de sa population. La ville dessinée par l’atelier Sentô s’anime : sa galerie commerçante couverte barrée des rideaux de fer des boutiques fermées, le temple perché sur les hauteurs accessibles en grimpant des escaliers raides, le sentô, la maison de Naoko en lisière de forêt…

Le résultat est saisissant de réalisme, avec un choix graphique lâché presque naïf. Le contraste réside dans le décalage entre les personnages, au design flirtant avec la caricature, et le détail minutieux des décors. Cette juxtaposition d’imprécisions et de justesse donne une vie incroyable au dessin dans un style qui m’évoque par sa force d’évocation sensorielle, celui de Florent Chavouet. Le travail de couleur rend les plats appétissants, les joues roses d’émotion, la profondeur de la nuit palpable. La maîtrise de la construction narrative s’accompagne des ambiances de couleurs travaillées, avec une indication claire du passage du temps. La lisibilité du dessin grâce à un encrage efficace conserve aussi l’énergie des croquis. L’atelier Sentô réussit ce tour de force de transcrire avec réalisme et onirisme le Japon rural des petites gens, ce Japon qui agonise doucement, sans se plaindre et pousse même la vie vers les grandes villes, en encourage les jeunes à étudier, à partir. Mais certains et certaines, comme Naoko, restent, parfois sans savoir pourquoi.

Et de belles histoires s’enracinent. Du cœur, des tripes, des cendres et beaucoup de joie et tristesse, côte à côte, main dans la main, sans se lâcher.

 

 Source : https://blog.ateliersento.com


Entretien avec les auteurs de l’Atelier Sento

 

Vous aimez la campagne, au Japon comme en France, et vous aiguisez votre regard sur les petits détails qui nous paraissent insignifiants. Dans ce livre, vous abordez un sujet existentiel qui ne surprendra pas ceux qui ont quelques connaissances des faits sociaux et démographique du Japon de l’envers. L’exode rural continue massivement et le vieillissement de la population s’inscrit dans le paysage. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur la naissance de la Fête des ombres ?

En effet, lors de nos séjours au Japon,  nous avons été sensibles à la vie rurale, au charme des villages qui se désertifient et nous avons partagé le quotidien des personnes âgées qui continuent d’y vivre, entourées de leurs croyances et de leurs rites. Les émotions qu’ont fait surgir en nous ces rencontres nourrissent notre inspiration. La Fête des Ombres est née de l’envie de raconter une histoire émouvante autour de personnages tels que les gens que nous avons côtoyés au Japon


Vous avez choisi d’incarner vos fantômes. Est-ce que vous pouvez parler de ce choix et de ses raisons ?

En habitant au Japon quelque temps, nous avons remarqué que la vie de tous les jours était parfois très imbriquée avec le souvenir des morts qui bénéficient d’offrandes les invitant à participer à la vie quotidienne. Au Japon les morts ont une forme de réalité. Leur présence dans le rituel des vivants les fait exister de manière presque palpable.

 

Les ouvrages édités chez Issekinicho bénéficient toujours d’un grand soin apporté à la maquette mais aussi à la fabrication (reliure, qualité du papier…). Est-ce que vous pouvez nous parler un peu de votre collaboration avec vos éditeurs ? Est-ce que vous êtes associés au procédé de fabrication ?

Oui, Alexandre et Delphine d’Issekinicho sont très impliqués à nos côtés et nous échangeons beaucoup. Ce sont des amoureux du travail bien fait et comme ils pratiquent eux-mêmes le dessin et l’illustration nous nous sentons proches d’eux. C’est très agréable de travailler dans ces conditions. Et nous espérons que les lecteurs apprécient la qualité de leur travail. En ce qui nous concerne, nous sommes ravis de la qualité de La Fête des Ombres en tant qu’objet car le papier que nous avons choisi ensemble permet d’apprécier l’aquarelle et de retranscrire la douceur des teintes. Alexandre a également fait un superbe travail de design sur le titre et le motif à l’arrière du livre qui non seulement mettent en valeur notre travail mais surtout sont porteurs de sens et permettent une meilleure immersion des lecteurs dans cette étrange aventure.

 

Vous avez choisi de travailler de manière traditionnelle. Pouvez-vous nous parler un peu de votre approche du dessin ?

Bien que nous appréciions aussi le travail numérique, nous privilégions la technique manuelle car nous la maîtrisons mieux et nous y trouvons une forme de sobriété. L’idée de pouvoir dessiner n’importe où avec peu de moyens nous est chère. Nous transportons nos boîtes d’aquarelles et nos crayons partout avec nous, en voyage et ce sont les mêmes outils que l’on utilise en BD comme s’il s’agissait de la continuité de nos aventures au Japon. 

 

Merci beaucoup à Cécile et Olivier pour leur gentillesse et leur disponibilité !


 Source : https://blog.ateliersento.com

 

À lire : l'article et entretien très complet par Alice Monard sur Le Journal du Japon

 



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La tendre ménagerie de Satoe Tone

 

Autrice et illustratrice de plus d’une dizaine de livres jeunesse, Satoe Tone séduit les petites et aussi les plus grands par la douceur de ses dessins et par la dimension intime de son travail. Si elle a grandi au Japon, elle vit maintenant à Milan. J’ai eu le plaisir de la rencontrer plusieurs fois sur des salons (vous savez, ce truc qui existait avant). Ses livres m’ont apporté beaucoup d’émotions que j’avais envie de partager avec vous



Trois albums pour rêver

Satoe Tone est publié chez plusieurs éditeurs, notamment Baliverne, une maison indépendante qui apprécie l’imaginaire et la poésie, deux caractéristiques fondatrices de l’œuvre de cette artiste.

 Le livre le plus drôle de ma collection s’intitule La très grande carotte. Une fratrie de six lapins découvre un jour une gigantesque carotte et s’interroge sur les utilisations possibles qui sont d’ailleurs, pour un regard d’adultes rationnels, totalement impossibles ! Les lapins de Satoe Tone, tout en rondeur et douceur, sont une figure récurrente dans ses dessins. Avec une tête à la fois bonhomme et espiègle, je les trouve très attachant. Mon faible pour ces bestioles colore évidemment mon jugement sur cet album.

 

 

 Le plus tendre, Doux rêves de moutons raconte comment ces animaux apportent des rêves aux enfants. Cette caractéristique sera d’ailleurs reprise dans son autre titre Le voyage de Pipo. Le plus jeune frère mouton doit commence son travail pour la première fois, il est en proie aux doutes et craint de ne pas être à la hauteur. Heureusement, il n’est pas seul. Comme dans le livre précédent, on suit l’animal dans une suite de tableaux oniriques aux couleurs pastel, aux formes rondes et mignonnes avec une grande richesse de détails.

Le plus joyeux s’appelle La fanfare des grenouilles et raconte le raz le bol d’un groupe de batraciens alors qu’il pleut sans arrêt. Ils décident de jouer de la musique pour attirer l’attention du soleil et rendre ainsi la météo plus clémente. Des oiseaux viennent leur prêter main forte, en chantant. Le trait caractéristique de l’autrice avec une simplification des animaux stylisés en adorables créatures transmet la joie et l’énergie du récit. Ce titre jouit aussi d’un travail graphique sur la mise en page du texte très dynamique.

Ces trois albums sont assez légers et positifs. Mais Satoe Tone a également écrit et illustrée des histoires avec une palette d’émotion plus complexes et moins joyeuses.

 

Où est mon étoile : appréhender le deuil

Cet album grand format, parut chez Nobi Nobi traite d’un sujet difficile, la perte d’un être cher, avec une approche poétique et très juste. Une petite souris, le cœur lourd cherche son ami disparu, ses proches lui expliquent qu’il n’est pas perdu à tout jamais, mais qu’il est transformé en étoile ; elle se lance alors dans une quête qui pourrait paraître vaine mais qui lui apportera réconfort, compréhension et espoir. Il s’agit du titre le plus bouleversant de j’ai lu de Satoe Tone.

Dans un camaïeu de bleu, on suit la souris, elle grimpe toujours plus haut dans un paysage nocturne, mystérieux et magnifique. Comme dans les autres albums de l’auteur, l’expressivité des animaux, mignons mais jamais mièvres transmet beaucoup d’émotions.

Un autre article sur le sujet :

https://japonpapierrelie.home.blog/2016/04/07/ou-est-mon-etoile



 

 

Le voyage de Pipo

Une grenouille, Pipo a perdu ses rêves. La rencontre avec une brebis, porteuse de songes, est le début d’un grand voyage qui durera plusieurs mois. Au fil de larges doubles pages, on suit les deux comparses, dans des paysages brumeux, du fond des océans aux forêts, les saisons passent. Pipo et la brebis découvrent le monde et une amitié se tisse. Il s’agit de mon titre favori. Un album contemplatif avec une harmonie parfaite entre une impression vaporeuse et des détails soignés. Il a d’ailleurs remporté un prix prestigieux qui aura beaucoup aidé Satoe Tone à gagner en notoriété. Également édité chez Nobi Nobi, comme Où est mon étoile, Le voyage de Pipo bénéficie d’une qualité de fabrication avec un papier épais, mat parfais pour mettre en valeur les illustrations ainsi qu’une sublime couverture avec verni sélectif.

Outre que le protagoniste soit une grenouille, l’ambiance particulière de cet ouvrage m’apaise et en même temps, m’apporte de l’énergie et de l’espoir dans les périodes difficiles. Chaque double page se regarde comme un tableau, avec lenteur et abandon.

 



Une vidéo qui montre le travail de l’artiste sur Le voyage de Pipo :

https://www.youtube.com/watch?v=JCernMAgAsU&feature=emb_logo



 

Cette jeune japonaise née en 1984 qui a fait ses études à Kyoto mais aussi en Angleterre a choisi de vivre en Italie. Elle travaille à la gouache, de façon traditionnelle, avec plusieurs sous-couches qui donne à ses tableaux beaucoup de profondeur. La particularité de son dessin vient de la grande expressivité de son bestiaire qui arrive à transmettre avec peu de mots des émotions fortes. Une nostalgie se dégage de ses livres, elle n’hésite pas à aborder la solitude, le doute, la perte, en filigrane de ses histoires, toujours avec beaucoup de subtilité et d’espoir. Aborder ainsi des expériences perçues comme négative, ou difficile en proposant un voyage pour les sublimer apaise le lecteur. Ses personnages sont souvent un peu perdus, un peu hésitants, parfois, ils se laissent porter, lâche prise et toujours à la fin, ils ont grandi, trouvé du sens, se sont ouverts sur le monde. Satoe Tone est une artiste d’une grande sensibilité, curieuse et avide de découverte. J’espère que cet article vous aura donné envie d’ouvrir ses livres.


Si vous appréciez son travail ou si vous voulez mieux la connaître, la NHK a réalisé une vidéo en 2014. Elle y parle très librement de ses sentiments, de ce qu’elle met dans son travail et de ses raisons intimes de faire des livres.

https://www.youtube.com/watch?v=b56j0l-DHJo





Voici une lecture de Cœur d'étoile faite par Diana, idéal pour découvrir un autre des livres de Satoe Tone :
https://youtu.be/y6Tm0R_sfCg


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L’histoire authentique de Sadako Sasaki et des mille grues

 
 
Savez-vous pourquoi, au Japon, on plie des grues en origami ? Et pourquoi cet animal de papier est devenu après la seconde guerre mondiale un symbole de paix ? Sue DiCicco, sculptrice et autrice américaine raconte la courte vie de Sadako Sasaki, enfant née à Hiroshima, en 1943. Son frère, Masahiro Sasaki toujours vivant, a coécrit l’ouvrage en apportant son témoignage.


En attaquant cette lecture, je savais qu’elle ne serait pas légère. Je connaissais la fin de l’histoire : une fillette qui meurt et laisse une marque d’espoir dans l’Histoire ainsi qu’un poignant message universel. Cependant, j’ignorais tout de sa vie, de son caractère, de sa ténacité. Cette existence recèle une force qui traverse les décennies et inspire, encore aujourd’hui, la défense de la paix.
 



Le livre s’ouvre sur la naissance de Sadako, le 4 janvier 1943 et parle de son quotidien dans un pays dévasté par la guerre mais où les enfants s’adaptent et conservent quand même une certaines insouciance malgré les difficultés. Si le sujet demeure difficile, l’autrice trouve un ton juste, sans misérabilisme. Elle donne de nombreux détails sur la vie de tous les jours qui permettent de comprendre le dénuement de la famille mais aussi les petites joies nichées dans l’énergie d’une reconstruction et d’un avenir qu’on espère plus doux que le présent. Outre la tragédie de la maladie, la situation financière des parents de Sadako rend le récit encore plus poignant. Le coût des soins et les sacrifices qu’ils engendrent résonne avec un écho particulier sous la plume d’une autrice américaine. On suit Sadako dans son combat contre la maladie, un mal encore mystérieux mais que déjà les médecins diagnostiquent comme une conséquence de la bombe atomique. On découvre une enfant charismatique, pleine d’empathie et de ressources, très consciente de ce qui se déroule autour d’elle, alors même qu’elle est de plus en plus confinée à sa chambre d’hôpital. 
 
Lorsqu’elle apprend la signification des guirlandes de grues en origami qu’on offre aux malades, elle décide de se lancer dans le pliage. La légende dit que si on réussit à plier mille grues dans l’année, notre vœu sera exhaussé. Hélas, même si une version populaire sur Internet prétend que Sadako serait décédée avant d’avoir achevé sa tâche, elle est fausse : la fille a non seulement plié ses mille grues sans être guérie, mais elle a persévéré, avec un nouveau vœu, altruiste. À son décès, ses camarades se sont mobilisés. Une statut à son effigie a pu être érigé et le mouvement de solidarité ainsi amorcé perdure encore, liant à tous jamais la vie de cette enfant au terrible drame des irradiés d’Hiroshima et Nagasaki.

 
 
 
L’écriture limpide et illustrée de dessins et photos d’archive s’adresse à un jeune public. La puissance du texte et de son message sur la quête de sens peut aider enfant et adulte à franchir certaines épreuves, surtout en ces temps étranges. D’ailleurs, suite à la rencontre avec l’histoire de Sadako, Sue DiCicco a fondé l’organisation Peace Crane Projet afin de continuer la transmission.
Cependant, je reproche à l’ouvrage son manque de clarté sur l’implication du Japon dans la seconde guerre mondial, sous-entendant une position de victime. Quand on connaît le négationnisme toujours en vigueur aujourd’hui, j’aurais apprécié plus de nuance. Un écueil probablement inévitable, étant donné que l’autrice est elle est américaine et qu’elle a coécrit l’ouvrage avec le frère de la victime. J’émettrai aussi un bémol sur le portrait de Sadako, frôlant parfois le panégyrique. Mais comment écrire la vie d’une môme qui décède à douze ans d’une leucémie en endurant une douleur inimaginable, tout en laissant à ses proches et à ceux qui l’ont croisé sa route un souvenir aussi lumineux ?

Si le ton m’a parfois semblé mélodramatique, c’est l’espoir et la volonté de vivre qui traverse ce texte et se transmettent à son lecteur. L’histoire authentique de Sadako Sasaki et des mille grues a sa place dans les bibliothèques et aussi dans les programmes scolaires, il est un merveilleux outil pour enseigner l’empathie et le courage, en évitant l’écueil du discours moralisateur.

Cet ouvrage a été reçu en service de presse et je remercie l’éditeur Sully Le prunier. 

Sadako, mars 1955
Attention, le contenu de la page wikipedia en français est faux.
  • Interview de Masashiro Sasaki (en anglais) :
https://en.wikipedia.org/wiki/Sadako_Sasakihttps://en.wikipedia.org/wiki/Sadako_Sasaki

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Un long voyage, roman de Claire Duvivier

 


Le roman s’ouvre sur le récit de Liesse qui s’adresse à Gémétous qui a sollicité de connaître la vérité à propos de Malvine, une figure marquante de l’Histoire. Liesse s’excuse, car pour rapporter les faits avec justesse et leur contexte particulier, il doit parler de sa vie et de son passé. Voici le début d’un conte bien construit servi par une écriture fluide et travaillée.

La célébrité par capillarité ?


Ce premier roman Un long voyage nous prend par la main, doucement. Grace à un procédé stylistique maitrisé qui évite l’artifice avec une aisance quasi magique, Claire Duvivier nous livre la vie de Liesse et le destin d’une femme extraordinaire qu’il a côtoyé de longues années. Tout commence dans un archipel perdu, aux confins d’un empire fragilisé, dans un village où le décès du père change le destin d'un petit garçon prénommé Liesse. Devenu enfant indésirable dans une famille très pauvre, il est vendu presque de force par sa mère. Elle le refourgue à l’administration du comptoir impérial de Tanitamo, la capitale de l’Archipel, alors même que l’esclavage a été aboli partout ailleurs dans le reste de l’Empire. Cet acte impliquant un bannissement loin des siens, demeure incompréhensible pour ceux qui le recueillent, et il est sera fondateur dans la vie de Liesse. La prise de conscience du tabou, du décalage, le sentiment d'être un étranger mais aussi un transfuge de classe marque profondément le caractère travailleur, jovial et parfois naïf de Liesse.

Dès le début, Un long voyage parle de choc culturel, de la difficulté de communiquer dans une langue qui n’est pas la sienne. Liesse connait plusieurs déracinements, plusieurs fractures qui le conduisent à suivre Malvine, promise à une brillante carrière. 

Adepte de la découverte totale des livres (souvent sans même lire la 4e de couverture) je te tiens pas à vous dévoiler plus d’éléments sur l’histoire à la fois étonnamment ancrée dans un quotient banal et pourtant jamais ennuyeuse, et avec des retournements très surprenants. On sait, dès le début du récit, en raison du procédé choisi par Claire Duvivier, que le personnage de Liesse survit aux évènements. Pourtant, cela n’enlève en rien le suspens et la tension, jusqu’à la toute fin du récit.

 

 

Une histoire sans flonflon ni paillette


Si la vie dans la vie de Liesse, des circonstances extérieures vont le conduire hors de son village puis de la capitale de l’Archipel ou il pensait y rester toute son existence, son courage, sa volonté et son goût pour l’effort sont également des moteurs très puissants. Liesse n’est pas ni un héros, ni un élu d'une prophétie, juste un homme avec ses vulnérabilités, ses failles mais aussi beaucoup de courage et de ténacité. Il saura respecter le silence de Malvine sur un évènement étrange et fondateur, saura dompter sa curiosité et accepter les changements, même quand il ignore leurs causes.

Sa naïveté, surtout sentimentale, le rend très attachant. Sa position et son métier nous donne des fragments éparses des grands enjeux sur la survie de l’Empire qui se joue à la périphérie. Car Un long voyage, outre la vie de Liesse, raconte par bribe, le délitement d’un Empire et sa chute, avec les conséquences concrètes pour les petites gens qui veulent une vie heureuse sans forcément être habités d’un souffle héroïque et d’idéaux qui les transcendent. La banalité de Liesse mais aussi sa grandeur d’âme par sa fidélité en amitié, son adaptabilité, une certaine nonchalance, en font un personnage que je côtoie plus dans des romans de contemporain littérature générale que dans ceux de fantasy, souvent centrés sur une figure épique qui change le monde, plongée au cœur de l’action. Ici, pas de gloire, pas de grandeur ostentatoire, pourtant, Liesse se verra le seul dépositaire d’un secret incroyable, le seul capable de comprendre et transmettre un événement hors du commun ; l’objet même de son récit.


Livre compagnon de route


Livre hybride comme souvent chez cet éditeur, Aux forges de Vulcain, j’ai été séduite par style littéraire : travaillé mais sans autres effets que ceux demandés par la forme du texte (le narrateur s’adresse à la destinataire, Gemétous, en l’interpellant parfois). Le monde est rapidement campé, avec subtilité et efficacité, et puis, quand le lecteur intégra sa normalité, ses règles, voilà que l’autrice bouleverse la donne ! Cependant, elle a au préalable subtilement balisé le terrain, et enfin, elle change de ton et de genre pour la dernière partie. Si jj’ai littéralement dévoré la première moitié de l’ouvrage, j'ai ralenti sur la seconde en raison de l’ambiance et d’échos particuliers à ma situation perso du moment. Quant à l’extrême fin, je me suis presque arrêtée, non par difficulté ou réticence mais parce que je ne voulais simplement pas l'achever. Je ne voulais pas replacer le livre avec ses congénères sur l’étagère. Je voulais prolonger l’aventure, continuer à croire à la réalité de Liesse, continuer de lire ses mémoires comme une curieuse un peu voyeuse qui aurait piqué un cahier qui ne lui était pas destiné.

Les livres parus aux Forges de Vulcain ont comme dénominateur commun de toujours me surprendre et de m’impressionner par leur qualité littéraire, même quand l’histoire, la thématique ou le genre ne me plaisent pas. Enfin, Un long voyage a deux particularités touchantes, d’abord son titre qu’on croit comprendre et dont on ne saisit le sens qu’à la fin, et enfin, la magnifique couverture en accord parfait avec le ton et le contenu, une invitation au voyage, à la fois merveilleuse et inquiétante, teintée d’un soupçon de nostalgie.


D'autres articles à lire sur ce bouquin :

Un dernier livre

Les chroniques du Chroniqueur

Just an other word

Interview de l'autrice 

Emotions


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L’essentiel et rien d’autre, de Fumio Sasaki : vivre mieux avec moins

 
 
Quand on s’interroge sur notre société de consommation, voire de sur-consommation, on peut légitimement se demander si c’est l’homme qui possède l’objet ou l’inverse. Est-ce que notre tendance naturelle à amasser nous rend heureux ou nous aliène ? Pire, est-ce qu’elle ne contribuait pas à augmenter nos angoisses, notre mal-être, nos jalousies, nos ambitions démesurées, une faim inextinguible qui conduit à bousiller la planète ? 

 

Changer de paradigme 

Depuis plusieurs années, je tente périodiquement de faire du vide. Je me définis bordélique par nature, avec une limite simple : le moment où le désordre engendre la crasse. Là, je range. Quand j’ai déménagé il y a deux ans, malgré un sérieux tri préparatoire,

l’épreuve de tout mettre en carton puis tout déballer a été épuisante. Aujourd’hui, je regarde la masse d’objet que je possède, les miens et ceux en commun avec mon ex, et je me sens littéralement noyée, écrasée par une masse teintée de souvenirs, de possibles qui ne se réaliseront pas. Je ne veux plus de ce mode de vie. J’ai précédemment parlé sur le blog du bouquin de Marie Kondo qui, s’il est une aide précieuse, a quand même des défauts (je recommande la version BD). Voici un autre auteur Japonais, Fumio Sasaki, ancien éditeur de manga, dont l’ouvrage m’accompagne dans un travail d’introspection et de changement de façon de vivre.

 Si vous êtes collectionneurs, bibliophiles, avec une tendance écureuil, le terme de minimalisme risque de vous causer une crise d’apoplexie. J’avoue qu’à l’idée de me séparer d’une bonne partie du contenu de mes étagères, la panique guette. Je n’avais que peu de préjugé avant de lire ce bouquin - à la différence de ma rencontre avec celui de Marie Kondo - et cela m’a aidé à envisager ce qu’il propose avec une relative ouverture d’esprit.

Le préambule se fait avec des photos d’intérieurs minimalistes. L’image montre directement et avec force la réalité du minimaliste, notamment en juxtaposant des clichés avant / après du lieu de vie de l’auteur. Une entrée en matière efficace ! Pour contextualiser, le livre de Marie Kondo est paru au Japon en 2011. Les ravages du tremblement de terre et du tsunami ont été un des déclencheurs dans la démarche de Fumio Sasaki. Les objets du quotidien ont enseveli et parfois tué leurs propriétaires, de nombreuses personnes ont tout perdu. C’est aussi le cas dans la zone proche de la centrale de Fukushima où les objets, même intacts, sont devenus des meurtriers potentiels par leur contamination. Les migrants qui quittent des pays ravagés par la guerre abandonnent leur possession pour tenter de sauver leur vie.

Depuis notre cocon confortable, nous regardons horrifiés ces pertes, parfois en se demandant, que sauverai-je en cas d’incendie ? À ce jeu, ma réponse première a toujours été ordinateur portable et disque dur externe (depuis que je n’ai plus de lapin), et après… je bugge. Littéralement. Que choisir ? Un livre, mais lequel ? Un ouvrage dédicacé, un souvenir de mon enfance ? Ou alors un dessin orignal que j’adore et qui m’apaise ? Tenter de choisir, d’imaginer les flammes dévorer ainsi mes affaires m’angoissent terriblement. Je ne suis pas non plus très douée pour sélectionner les objets à emporter sur une île déserte… Pourtant, l’idée de m’alléger me hante depuis des années. Avec un papa pro dans le stockage irraisonnable (sans être atteint d’un Diogène, comme le fut une de mes anciennes voisine), je sais que la tendance naturelle de nombreux humains est de remplir l’espace à disposition. J’y participe activement.

La structure du texte se compose de cinq parties. La première s’intitule « pourquoi le minimalisme », la seconde aborde les raisons qui nous poussent à accumuler des objets, et la troisième, la plus conséquente, liste 55 conseils pragmatiques pour nous aider à dire adieu à nos affaires, suivie de 15 conseils complémentaires pour aller plus loin dans cette fois, la quatrième liste douze choses qui ont changé depuis que l’auteur a adopté le minimaliste et la dernière traite de l’objectif de la pratique « être heureux » plutôt que devenir heureux.


Résumé assez exhaustif du bouquin

Au début de l’ouvrage explique les raisons de l’auteur pour devenir minimaliste avec des anecdotes sur sa vie, concises et révélatrices, qui dévoilent sont mal-être et ses comportements passés néfastes pour lui. Cette démarche s’inclut dans la culture japonaise ; cela induit un biais pour les lecteurs non familiers, mais cet exotisme peut aussi aider à nourrir la curiosité sur le sujet. Pour ma part, mon attrait pour le Japon a facilité l’appréhension. Fumio Sasaki définit alors les personnes minimalistes comme étant ceux qui savent ce qui est vraiment important pour eux et réduisent la masse de leurs possessions en fonctionne de cette connaissance, en ne conservant que l’essentiel. 
Il n’existe pas de règles strictes prédéfinie puisque le minimalisme est un concept qui s’adapte à la singularité de chacun. Le minimaliste n’est pas un but en soi, il est un prologue à l’écriture de notre propre histoire. L’auteur aborde aussi la question de la surabondance d’information et de la difficulté que notre cerveau a à traité cette masse. Sa position sur la technologique par contre, me semble assez angélique (c’est un fanboy d’Apple). 
 
La seconde partie s’interroge sur les raisons de notre tendance à vouloir toujours plus, à accumuler sans fin. La joie ressentie au moment de l’obtention d’une chose (qu’elle soit matérielle ou non, comme une victoire par exemple) s’estompe avec le temps. L’auteur a constaté qu’il avait assez de possession pour combler ses besoins, pourtant il se sentait toujours malheureux et insatisfait. L’explication biologique du fonctionnement du cerveau est un début de raison à ce désir chronique d’obtenir plus, à cette usure de la joie, au mécanisme d’accoutumance. En plus, on se souvient mieux et plus durablement d’une déception. Nous sommes aussi très mauvais pour prédire le futur et déterminer si un objet va continuer de nous plaire et répondre à nos besoins ou à nos envies. 
 
Autre chose, l’homme est un animal social qui a besoin de l’estime du groupe. Nous tendons à exprimer par l’objet notre valeur personnelle jusqu’à un glissement complet et où l’objet devient alors notre qualité. Cette confusion implique que l’on achète des choses uniquement pour nous valoriser. Outre l’argent, l’objet prend de l’espace, du temps, de l’énergie. Un exemple m’a touché lorsque l’auteur explique qu’il croyait que sa bibliothèque était son identité. J’ai tendance à juger les gens quand je rentre dans leur foyer par l’absence ou la présence de livres, puis par leur titre et les auteurs. Une dérive élitiste pas très glorieuse... La fonction première de l’objet est donc dévoyée pour affirmer notre propre valeur. Or l’homme a besoin de prouver sa valeur à autrui, même pour les plus asociaux et introverti d’entre nous. Nous avons besoin de savoir que notre vie est utile, et qu’autrui reconnaisse sa valeur, cependant, les objets deviennent avec le temps les porteurs de nos valeurs, les détenteurs de notre estime de nous-même. Bref, les objets deviennent nos maîtres. Alors, pourquoi ne pas conserver uniquement ce dont nous avons besoin ? Pourquoi pas prendre des distances avec ces objets devenus bien envahissant et se séparer ces choses qui nous empêche d’avancer, nous aliène à une image souvent fantasmée de nous même ou à un moi ancré dans un passé révolu ? 
 
La troisième partie est une liste de 55 conseils très simples pour dire adieu à ses affaires. Je vais juste vous lister quelque uns de ceux qui m’ont marqué : - Abandonnez l’idée que vous ne pouvez pas jeter vos affaires
  •  Se désencombrer demande un apprentissage et tout commence non par l’acte mais par la prise de décision (conseil crucial qu’on retrouve dans le livre de Marie Kondo)
  •  Il y a plus à gagner qu’à perdre en ce débarrassant de ses affaires : temps, espace, liberté, énergie…
  •  Réfléchissez aux raisons qui vous empêche de jeter
  •  Minimisez est difficile mais pas impossible. Déclarer que c’est impossible signifie qu’on a déjà décidé de ne pas le faire
  •  Éliminez ce que vous conserver pour faire bonne impression, des objets faire-valoir
  •  Distinguer les besoins des désirs avant de faire un achat
  • Organiser et ranger n’est pas minimiser
  •  Laissez de l’espace vide, inutilisé
  •  Renoncez à l’idée que ça servira un jour, ne gardez plus des choses « au cas où »
  •  Dites adieu à la personne que vous étiez, ne gardez que les objets qu’il faut maintenant, pour avancer dans votre vie
  •  Sentir « l’étincelle de joie » d’un objet que l’on conserve aide à être attentif à son ressenti et augmente la concentration
  • Oubliez le prix initial de vos biens
  •  Si vous perdiez cet objet, rachèteriez-vous le même ?
  •  Notre maison n’est pas un musée (bye bye les collections) - Admettez rapidement vos erreurs, elles vous aideront à progresser
  •  Pour les cadeaux qu’on vous a offert, conservez le sentiment de gratitude, pas l’objet

L’auteur ajoute 15 autres conseils supplémentaires pour ceux déjà engagés sur la voie du minimaliste. L’un d’entre eux consiste à rappeler que cette pratique n’est pas une compétition, qu’il n’y a pas de règles applicables à tous. Il est stérile de se vanter d’avoir peu d’objet ou de juger négativement des personnes qui en conservent beaucoup.

Enfin, la dernière partie de l’ouvrage liste les changements personnels qu’il a pu constater dans sa vie. Plus de temps, plus de liberté, profiter plus de la vie, ne plus se comparer aux autres ni se soucier de l’image que les autres ont de vous, se sentir plus impliqué dans le monde, avoir une plus grande capacité de concentration et vivre pleinement les expériences, une meilleure santé, des relations plus profondes, savourer le présent, ressentir de la gratitude, surtout « se sentir heureux » plutôt que « devenir heureux ». L’auteur parle d’une émancipation de certaines normes sociales du bonheur qui ne doit pas être une récompense mais un état sur lequel notre comportement influe.

 

Une lecture à la fois simple et ardue

 
Pour la forme, ce livre se lit aisément. L’écriture est simple, légère et aérée avec des exemples francs sur la vie de l’auteur qui humanisent la méthode sans la rendre trop particulière. Fumio Sasaki décrit la personne qu’il était sans complaisance mais aussi sans honte. J’ai apprécié la souplesse du propos et la structure travaillée, en paragraphes courts et lisibles. C’est donc un bouquin très accessible… Si le minimalisme vous attire, je vous conseille vivement cet ouvrage comme point d’entrée. Je le trouve plus concis et plus ouvert que les ouvrages de Dominique Loreau (intéressant mais avec parfois des affirmations qui tiennent hélas parfois plus de la croyance que du fait ou d’une posture de sachant assez douteuse).
 
Si le propos du livre peut sembler trop simple, même enfantin, avec une dimension presque « magique » pour la dernière partie traitant des bienfaits, l’auteur répète que le minimalisme n’est pas un but mais un moyen. Il ne se pose jamais en gourou où en détenteur d’une vérité absolue. Il n’a rien à vendre (à part son bouquin). Je lis peu (voire pas) d’ouvrage de développement personnel, préférant la rigueur des sciences humaines à des approches souvent fourre-tout, d’un accès plus facile mais avec des solutions souvent très biaisées. J’ai découvert Fumio Sasaki grâce à son second ouvrage, Ces habitudes qui font grandir votre talent chroniqué par Alice Monard sur le blog Lire le Japon.
 
Son article m’a convaincu et ayant besoin de cadre dans ma vie, j’ai investi. Cependant, en avançant dans la lecture, les références à « L’essentiel et rien d’autre » se multiplient, tant que j’ai décidé de commencer par là ! Un choix que je ne regrette pas. Attention, cela représente un investissement puisque les deux ne sont dispo qu’en grands formats. Fumio Sasaki se nourrit de nombreuses lectures dans le domaine des neurosciences qui expliquent le fonctionnement du cerveau. D’ailleurs, j’ai aussi lu le Bug humain de Sébastien Bohler, qui s’appuie sur les mêmes expériences et connaissances, dans une optique plus politique. Il s’agit en gros de comprendre pourquoi l’homme continue de saccager aveuglement la planète pour son confort et en connaissant les risques. Retrouver ainsi les même références et des analyses cohérentes des résultats, malgré une approche différente, m’a conforté sur le sérieux de Fumio Sasaki.

Il m’aura fallu plusieurs semaines pour venir à bout de l’Essentiel et rien d’autre. Lu avec l’intention d’assimiler son contenu et avec une approche réflexive sur mon mode de vie, le contenu m’a profondément bousculé. La décision de me désencombrer, devenue une nécessité, est peut être plus difficile que l’acte en lui-même. Je vous en reparlerai probablement ici ! Et vous, le minimalisme, cela vous tente ? 
 

Pour en savoir plus

- Un article de Libération sur l'auteur  "L'art du vide"

- Un article sur La magie du rangement de Marie Kondo 


 


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Ne plus rien ranger grâce à Marie Kondo




Impossible d’avoir échappé à la méthode de rangement miracle de la Japonaise zinzin qui vous propose de jeter la majorité du contenu de vos intérieurs. Même sans la TV, même en vivant en ermite, vous avez très probablement entendu parler de son best-seller planétaire La magie du rangement.

Le principe : ne gardez que ce qui vous met en joie

La base de cette méthode consiste à considérer chaque objet, à le prendre, à le toucher, et à se poser la question suivante : est-ce qu’il m’apporte de la joie ? OK, ça fait sourire, je l’admets. Sauf que l’exercice n’est pas si facile. Beaucoup d’objets sont chargés de souvenirs et d’émotions complexes parfois contrastés voire antinomiques. L’opération semble longue et fastidieuse d’autant que Marie Kondo recommande de la faire en une fois, ou sur quelques jours rapprochés afin de créer un « choc » et de changer en profondeur l’apparence du logement. 
En gros, une fois la décision prise de vous engager à suivre ses conseils, vous visualisez votre mode de vie idéal avec un intérieur rêvé. Vous passez ensuite à la phase de tri qui va permettre de vous désencombrer. Vous réunissez alors toutes vos possessions par catégories (vêtements, livres, papiers, objets divers, les photos et les souvenirs), puis vous les regroupez tous ensemble à même le sol. Un par un, vous les prenez dans vos mains et quête de « l’étincelle de joie ». En son absence, hop, direction le sac poubelle. Évidement, quand on tient un presse-ail, un chausse-pied ou une babiole moche offert par la tante bidule, l’exercice paraît abscons. Cependant, conserver le premier si on n’aime pas l’ail, le second si on n’en a pas besoin, et le troisième si on a un sens de l’esthétique même timide apparaît comme absurde. Il s’agit donc, à travers de son rapport à l’objet, de s’interroger sur soi. Ensuite, une fois qu’on a fait un grand vide, on peut s’attaquer au rangement.

Des bons conseils mais la forme laisse à désirer

Pour ce qui est de l’ouvrage, ne vous attendez pas à de la grande littérature, ni même à un essai clair et concis. Les aller-retours et les redites sont légions. La traduction m’a laissé parfois dubitative. Ensuite, la nana est particulière. Voire complètement fada.
Autre chose, si vous être un tantinet féministe, l’évocation de références pour être une parfaite ménagère risque de vous filer de l’urticaire. Passez outre, ça vaut quand même le coup. D’autant que le livre est dispo en poche et trouvable aussi en occasion. Si vous trainez ici et que vous connaissez un peu le Japon, les biais induits par cette culture parfois impossible à appliquer ne vous surprendront pas. Non, en France, on ne jette pas ses fiches de payes et on ne dispose pas dans nos logements de placards gigantesques pour ranger les futons à plat.
La Magie du rangement s’adresse à ceux qui se sentent débordés par le bazar, mais aussi qui réfléchissent à la notion même d’objet et de possession. Qui possède qui ? Parfois, notre attachement aux choses est tel qu’il devient difficile de discerner ce qui importe vraiment dans nos vies. En cela, la méthode de l’étincelle de joie, qui prête à sourire, s’avère assez efficace.
La structure du texte est la suivante, d’abord les causes du désordre, ensuite la nécessité de faire du vide, après, une approche pragmatique du tri par catégorie, puis quelques conseils pratiques accompagnés d’un panégyrique du changement induit par la méthode. Quelques trucs sont simples et efficaces à appliquer comme favoriser le rangement vertical afin de bien voir les objets, ne pas stocker ni garder « au cas où » (maintenant que le confinement est passé par là, certains douteront).
Faire le vide permet de discerner ce qui est réellement important pour soi, le rangement n’est pas un objectif en soi, à moins, comme Marie Kondo que cela soit votre passion. Vous trouverez alors toujours des personnes chez qui ranger ou vous deviendrait coach dans le domaine...




Pourquoi donc ai-je lu ce bouquin ?

Ma première rencontre avec sa méthode s’est faite dans une certaine stupeur lors d’une énième polémique sur les réseaux sociaux où quelqu’un s’indignait – activité principal des-dits réseaux – qu’elle appelait à jeter ses livres et à libérer le bois opprimé de nos étagères. L’idée de balancer mes bouquins m’avait alors révulsée, même si, j’ai dans un second temps exploré la virulence de ma réaction. Finalement, étant une adepte du tri et du don, j’ai songé « pourquoi pas ? ». En vacances chez mon amie Nadia, je remarque que son intérieur s’est considérablement allégé, que son bureau a gagné en fonctionnalité et rationalité, sans perdre de son ambiance geek gothique med-fan (oui, tout ça dans la même pièce). Elle me sort alors la version illustrée en manga de cette bible contemporaine et m’en chante les louanges tout en y ajoutant certaines nuances. Curieuse, je la lis et trouve qu’il y a quelques concepts intéressants.
Il y a peu, en allant chez une autre amie, L, je note là encore que son intérieur – quoi que toujours désordonné – est devenu nettement plus praticable, surtout sa chambre et son vestibule. Là encore, je trouve l’ambiance plus légère. Elle me sort le bouquin de Marie Kondo en me disant : « Elle est complètement dingue. Je ne suis pas d’accord avec tout mais c’est génial pour elle de pouvoir gagner sa vie avec ses névroses. J’ai appliqué sa méthode pour mes vêtements, et cela m’a bien aidé ». Suite à mon séjour chez Nadia, j’avais parlé à L. de ma lecture et elle m’avait alors rétorqué qu’il était impossible pour elle de mettre tous ses vêtements par terre en tas, comme préconisé par Marie Kondo. Cette façon de traiter les objets l’avait choquée, elle avait refermé le livre. Mais, quelque temps plus tard, la situation devenue critique l’avait motivé à tenter une nouvelle lecture.
L. a beaucoup de fringues. BEAUCOUP. Elle m’ouvre son armoire arrangée avec des tiroirs en plastique transparents. Rien ne dépasse, elle sait où tout est rangé. Un choc pour moi qui me souviens très bien de l’état de l’armoire d’avant (je me suis battue plusieurs fois pour en fermer la porte et ne suis pas toujours sortie vainqueur de la bataille). L. m’explique qu’elle a adapté le truc en étalant ses habits sur une couverture, à même le sol. Elle a aussi demandé assistance à une amie dynamique pour l’opération. Il est nécessaire d’être avec un personne motivée, qui va abonder dans le sens du tri sans vous conforter dans votre désir conservation.

Impressionnée, je suis repartie avec son exemplaire du bouquin que j’ai lu avec circonspection. Ce bouquin tombait à pic alors que j’entamais une réflexion sur mon mode de vie actuel et un désir profond de changement, de m’alléger. Marie Kondo ne propose pas de ranger mais de faire en sorte de modifier nos façons de vivre pour ne plus avoir à ranger. Je vois vos yeux s’illuminer ! J’avoue que c’est ce qui m’a le plus séduite dans son approche.

Alors, est-ce que ça vaut le coup de tester ?

Marie Kondo dit que les résultats de sa méthode sont garantis si on la suit à la lettre, il n’y a pas de « test », on le fait ou on ne le fait pas. Cela implique de jeter une bonne partie du contenu de ses affaires. Là, c’est problématique pour des raisons d’éthiques, d’écologie… Sauf que vendre ou donner peut demander un temps et une énergie considérable et en final, nous couper dans notre élan.
Si j’ai trouvé la lecture utile, je conseille néanmoins la version manga, plus concise, plus claire aussi. Je pense aussi qu’il faut l’aborder avec souplesse. La méthode de Marie Kondo est très rigide voire extrême pour certaines personnes attachées aux objets. On peut avoir un sentiment de gâcher ou polluer en jetant ainsi des dizaines de sacs. L’autrice veut à tout prix éviter l’effet rebond par cet technique radical sur un laps de temps très court, mais cela peut vous malmener ou vous décourager.
Des copines l’ont appliqué en l’adaptant à leur limite et à leurs conditions familiales (célibataire ou maman, le logement n’a pas la même tronche) et les retours sont positifs, elles se sentent mieux, motivée pour persévérer. Quant à moi, ma situation perso de nouvelle célibataire avec déménagement à moyen terme ne me permet pas d’aborder un rangement « une fois pour toutes » dans un lieu que je vais quitter. Par contre, jeter (ou donner, solution que je préfère), me soulage au quotidien.
À la différence de ce que nous vend Marie Kondo, sa méthode n’est pas miraculeuse, simplement parce qu’il est impossible d’unifier et généraliser notre rapport aux objets et à nos intérieurs. Par contre, elle accompagne dans un chemin de vie et dans une prise de conscience d’un mal être, souvent causé par une surabondance d’objet, qui alourdissent et compliquent nos existences. Le foutoir dans le logement reflète souvent celui dans notre tête et notre cœur. Parfois, il stigmatise un mal être plus profond, et là, le livre de Marie Kondo atteint ses limites. Ranger n’est pas une thérapie magique mais un élément vertueux s’il s’accompagne d’une prise de conscience plus globale.


Table des matières et résumé du bouquin : 



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« Maneki-neko et autres histoires d’objets japonais » de Joranne, pour découvrir une culture par l’insolite et l’humour





Depuis plusieurs années, le Japon a le vent en poupe chez les éditeurs. Récits, carnets de voyage, et adaptations de blog BD fleurissent dans les rayons des libraires. Je reste souvent dubitative sur leur intérêt réel, outre l’exotisme de façade. Entre stéréotypes et ambiance « kikoulolbisous » sans analyse ni poésie, le Japon présenté me paraît bien simpliste et caricatural, très éloigné du pays qui me fascine.
Cet a priori négatif m’a tenu à distance du livre de Joranne jusqu’à ce qu’Alice, du blog Lire le Japon m’incite à le lire. Et je lui suis grandement reconnaissante !


Nonobstant la qualité des illustrations et du travail graphique de Joranne que je connaissais déjà, l’humour n’est pas ma tasse de thé. Je me suis donc plongée dans cette lecture avec circonspection. Quelques pages plus tard, happée par les différentes légendes plus ou moins farfelues sur les origines des maneki-neko, j’étais conquise. L’ouvrage présente un panel d’objets emblématiques du Japon, certains très connus, d’autres plus confidentiels (comme les kiuso qui m’ont ému).

Que vous soyez féru de Japon ou ignorant mais curieux, vous trouverez votre bonheur. Cet album mêle photos documentaires, textes rigolos et informatifs, illustrations réalistes et adorables, ainsi que dessins dérisoires de la narratrice qui y va de ses commentaires un peu débiles et plein d’entrain. Avec une franchise rafraichissante, parfois crue, jamais vulgaire, Joranne raconte la vie de ces objets incontournables du Japon, des grandes aux petites histoires sans se limiter au folklore. Elle incorpore les évolutions récentes, les fausses rumeurs (comme le lien entre kokeshi et enfants morts) et expose le talent incommensurable des Japonais, capables de vendre des objets même quand leur fonction première n’existe plus (par exemple protéger de la variole pour les daruma). Tous ceux liés à la religion ont l’avantage d’être détruit par le feu lors de rites annuels, et donc d’être remplacés, contre monnaie sonnante et trébuchantes. Ils sont forts ces Japonais !
J’ajouterai pour ceux qui, comme moi, sont des adeptes des washlets, les fameuses toilettes japonaises, que le livre de Joranne m’a rappelé un passage très drôle du recueil de poésie Tokyo infra-ordinaire de Jacques Roubaud dont je vous conseille vivement la lecture.



La particularité de Maneki-neko et autres histoires d’objets japonais est de livrer au lecteur, par le prisme des objets choisis, la richesse et la complexité du pays. À l’heure où Mari Kondo est la star de Netflix et où on associe souvent Japon avec minimalisme et élégance, Joranne nous rappelle le poids et l’importance des objets qui allient une tradition parfois plus récente qu’on pourrait le croire, à une dichotomie très japonaise : conservation et impermanence.
Point d’entrée dans le quotidien du plus trivial au plus spirituel, voilà un album idéal pour découvrir le Japon ou approfondir ses connaissances. De bel facture, cet ouvrage assez inclassable bénéficie d’une très grande lisibilité de maquette. Un peu foutraque quand on le feuillette rapidement, j’ai été surprise à sa lecture par son ingéniosité et sa rigueur. La densité d’informations, le sérieux des recherches, et l’humour bien dosé le rend très accessible. Au travers de ces objets, Joranne parle d’humains, et au-delà des différences culturelles, nous sommes bien semblables dans nos corps et nos aspirations.

Liste des objets abordés : Maneki-neko, Sarubobo, Kokeshi, Shisâ, Daruma, Noren, Kotatsu, Washlet, Fûrin, Katori buta, Kiuso, Osechi-ryôri, Inu hariko, Marimo.

Si vous êtes curieux :
Un autre avis chez Le Japon en papier relié

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L’amie en bois d’érable, un album jeunesse sur les transmissions invisibles et bénéfiques




Voici un nouvel album écrit par Delphine Roux et illustré par Pascal Moteki, une association de deux sensibilités japonisantes avec une alchimie parfaite. Cette fois, en quelques pages, elles racontent à la fois le destin de Tomoko, une petite fille, et de sa kokeshi, poupée traditionnelle en bois.


 

L’amitié d’une kokeshi


Tomoko reçoit en cadeau de sa tante Nami une jolie poupée en bois d’érable, ornée d’Iris. Très vite, elle partage le quotidien de l’enfant mouvementé et joyeux jusqu’à une après-midi fatidique. Un jour de pluie, Tomoko et sa maman se réfugient dans un salon de thé où elles admirent les jolies céramiques. Mais en chemin, la kokeshi est tombée du sac. La perte affecte la petite fille même si sa tante la réconforte en lui expliquant qu’elle aura été trouvée. Tomoko, grâce à un cours d’initiation à la poterie, découvre sa vocation. 
Les années passent, devenue céramiste, la vie met de nouveau sur son chemin la précieuse kokeshi.


Pascale Moteki et Delphine Roux, le duo de choc !


Les dessins de Pascale Moteki au graphisme à la fois simple, réaliste et élégant, illustrent à la perfection cette histoire. Ils dressent un décor exotique pour ceux qui ignorent tout du Japon et pour ceux qui connaissent le pays, les transportent directement là-bas. Loin des clichés, Pascale Moteki a la justesse de croquer les détails moins glamours comme une dentition imparfaite, de présenter la multitude chaotique des outils de l’artisan, les pâtisseries à l’influence française à la fois familière et étrange. Elle arrive avec des aplats et des formes faussement lisses à donner toute la complexité de la vie. Le texte de Delphine Roux, poétique et facile d’accès pour les enfants, propose un récit d’une grande profondeur. Elle manie l’ellipse temporelle avec talent et réussit le tour de force dans ce court album à parler à la fois d’enfance mais aussi d’avenir, de transmission qu’elle soit par la présence de l’objet kokeshi ou de la rencontre avec un potier.






La vie apportée par l’objet inanimé


Porteuse de l’amour de l’enfant, réalisée en bois et peinte avec soin, la poupée kokeshi devient un objet relais, un lien chaleureux entre des humains. L’objet circule, fabriqué, acheté, donné, perdu, trouvé, transmis. Il se charge d’une force et d’une symbolique de vie, complexe et contradictoire, incorporant à la fois amour, tristesse, joie et espoir. Il porte les souvenirs et prend, à la fin du livre, une dimension de signe providentiel ouvert sur l’avenir.

Cet album est arrivé dans ma boîte aux lettres à une période très particulière pour moi (cf mon précédent article du blog). En transition, ballotée entre l’arrachement d’une perte et le désir d’avancer dans ma vie, j'essaie de surnager. Les rencontres nous façonnent et cette rencontre avec L’amie en bois d’érable m’apporte confiance et espoir. Elle m’aide à clore doucement la porte, à ranger dans mon cœur les souvenirs précieux, tout en me tournant vers l’avenir, et à lâcher prise sur la perte.

Nous avons tous une ou plusieurs choses à faire tant qu’on vit. Personne d’autre que nous peut les faire à notre place, mais les rencontres – avec d’autres humains ou des objets dont les livres – nous aident les découvrir et à grandir. 
Même adulte, même parents ou grand-parents peut-être pour certains d’entre vous, les albums jeunesses nourrissent et apaisent notre enfant intérieur. 

Merci à Pascal et Delphine pour ce précieux cadeau. 




Le site de l'éditeur HongFei


À lire aussi :
- Critique de Télérama


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