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Nouvelle exposition pour la Grenouille : venez nombreux !

 


Du 19 décembre au 7 janvier je participe à une exposition collective Un seul grain de riz  à la Galerie Metanoïa, à Paris, sur le thème "Ange". Si vous passez par là, vous pourrez voir une série composée d'une photo et trois collages photo réalisée pour l'occasion.


Démarche artistique


Le mot "ange" vient du grec àggelos (ἄγγελος) qui signifie messager, un intermédiaire entre les hommes et le divin ou le spirituel. J'ai choisi de traiter cette contrainte thématique en partant de cet angle étymologique.

Mon approche consiste à s'interroger sur la nature possible à la fois du message et du messager : transcendance spirituelle, incarnation inscrite dans nos gènes comme une sorte de mémoire collective propre à l'Humain, une provenance encore plus mystérieuse et lointaine... Après tout, nos connaissances de la complexité de l'univers restent parcellaires et laissent la place aux spéculations les plus folles.

Mon caractère indépendant et ma soif de liberté s’accommodent mal d'un système de représentation du monde avec la foi ou la croyance comme seul fondement. Si je suis ouverte à l'inconnu, à l'ombre, à ce qui échappe au tangible illusoire et restreint de nos perceptions, je reste allergique à toute tentative de suivre une doctrine. Surtout quand d'autres humains s'arrogent le droit de juger de la bonne obéissance de la-dite doctrine.

J'ai donc délaissé le divin et la signification religieuse de l'ange pour une approche plus pragmatique, sans exclure une part d'inconnu. Je considère l'ange comme un trait d'union, un pointillé chargé d'un propos qui parfois nous échappe car codé ou brouillé, entre notre conscient et notre inconscient. Savoir l'écouter nous donne accès à une part souterraine et bouillonnante de notre être, une part de notre être capable elle-même, de saisir d'autre messages, encore moins accessibles, encore plus cryptiques, dont on ignore l'origine.




Mon travail ne porte pas tant sur la source du message - une part de nous même qui existe même si on la nie - que sur notre capacité à l'écouter, l'apprivoiser, le comprendre parfois, l’interpréter si nécessaire et surtout, à l'exprimer. Le messager se nomme alors intuition, inspiration. 
J'ai souhaité représenter des instantanés de l'évolution d'un sujet qui passe de la surdité à l'apprentissage de l'écoute, du décryptage et enfin à la compréhension du message. Le temps, dans la série, est volontairement suspendu, comme la fulgurance d'une révélation qui se niche entre les secondes. De l'extérieur, rien n'a changé. Le sujet est le même. De l'intérieur, sa perception de soi et du monde est ébranlée.

Pour représenter le paradoxe du message, à la fois simple et complexe, j'ai travaillé à la fois avec des couleurs froides et chaudes, des éléments figuratifs linéaires très nets et des éléments plus abstraits, flous. Les fragments de photo avec des branches m'évoquent une calligraphie d'un alphabet étrange.
Pour le dernier collage, la juxtaposition de bandes d'ambiance très différentes - urbaines et sauvages - traduit une harmonie momentanée, lorsque le message est reçu.



 

La tambouille de la grenouille


Je travaille à partir de tirages de mes photos que je sélectionne surtout en fonction des ambiances de couleurs et lumières plus que du sujet. En fonction de ce que je veux exprimer, j'affine encore ma sélection et me limite volontairement à un nombre restreint de clichés. 

L'acte - découpage, agencement, collage - par sa tangibilité me renvoie au moment exact de la prise de vue, son instantanéité et surtout son impossibilité à être reproduite. Si une photo numérique peut être tirée à l'infini, le moment où elle est prise, tout comme le collage, est unique, terminé. L'acte du collage contient une mort, une finalité. Ce qui j'exprime avec les collages est différent, peut-être pour moi, plus concret, que ce que je peux exprimer avec la photo. Pour cette série, j'ai mêlé photo et collage photo car justement, j'avais besoin de ces deux médiums pour réussir à transmettre le changement et une certaine nécessité.




Liste des œuvres présentées :
               
Silence - photographie, tirage sur papier lustré
Ouverture - collage de tirages photographiques
Dissonance - collage de tirages photographiques
Accord - collage de tirages photographiques

Travail réalisé en septembre 2016
Format avec cadre inclus : 15 x 20 cm
Tarif : 150 euro, encadré
Contact à la galerie : marc.higonnet@galerie-metanoia.fr

Le vernissage aura lieu le mercredi 21 décembre à 18h à la galerie Métanoïa : 56 rue Quincampoix, Paris


 
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Les 10 fanzines de dessins à ne pas louper à Japan Expo !



Il est souvent reproché à Japan Expo d'être un super marché où on paye l'entrée et où les boutiques qui vendent du contenu pirate ont pignons sur rue. J'ai moi-même dénoncer le problème lors de mes comptes rendus des années passées. Pourtant, résumer l'évènement à ce triste fait occulte son incroyable richesse créative. En effet, Japan Expo rassemble des centaines d'artistes de France mais aussi d'Europe, qui viennent présenter leur travaux.


Petit préambule


Voici une sélection personnelle des stands d'artistes (illustrateurs et dessinateurs) qui sont pour moi incontournable et méritent même d'aller à Japan Expo juste pour les rencontrer. Mon choix se fonde sur :
- une qualité graphique professionnelle
- un style personnel affirmé (même si parfois encore empreint de l'influence de l'école d'art où ils étudient, pour les plus jeune)
- un soin apporter à la fabrication des objets (reproduction, fanzine, badge...) avec la encore des visées professionnelles.
Ensuite, mes autres critères sont eux totalement subjectifs et assumés : des thèmes qui me parlent et correspondent à mes gouts (donc rien d'humoriste ou de parodique) et un style graphique souvent éloigné des codes du manga commercial de type shôjo et shonen. Après, il y a aussi la dimension humaine qui rentre en compte. Outre le talent, j'apprécie aussi certains artistes pour ce qu'il sont, en plus de leur capacité à manier crayon, feutre et pinceaux avec technique et talent.


Deux collectifs où le talent n'attend pas le nombre des année

Nombreux sont les nouveaux fanzines collectifs qui apparaissent, survivent quelques numéros avant de s'évanouir dans la nature. J'ai découvert il y a quelques années deux titres qui m'ont particulièrement séduits par la maturité de leur graphisme, leur originalité mais aussi l'alchimie particulière du groupe, une association des artistes aux univers qui se répondent sans se confondre.

1 Nocturne E209 H5
Le collectif, créé par Estelle Hocquet, une jeune étudiante des Gobelins aussi talentueuse que motivée, regroupe plusieurs artistes qui proposent BD, sketchbooks, quelques goodies et aussi dessins originaux. Tout les projets sont personnels et les quelques fan-arts sont des interprétations d'inspirations où la sensibilité et le style de l'auteur insuffle une autre vie à l’œuvre d'autrui.

Estelle Hocquet (Mariposa Nocturna) : http://mariposa-nocturna.tumblr.com
Cette année, des nouvelles têtes rejoignent l'équipe :




2 Matryoshka N692 H6
Collectif de trois jeunes femmes bourrées de talent et d'une grande sensibilité graphique, elles signent des artbooks à couper le souffle. Je suis particulièrement touchée par le travail de Elk, aux aquarelles très lâchées et aux traits presque sauvages. Sur le stand, vous trouverez des fanzines d'illustration et probablement des originaux.


 

 Les fées du fantastiques


Pour beaucoup, Japan Expo rime à avec kimono. Pourtant, certains artistes présents ont surtout comme dénominateur commun le fantastique, qui brouille les frontières et se fiche pas mal des notions d'orient et d'occident.

3 Chane E211 H5
Chane fait partie de cette génération où les sources d'inspirations multiples rejaillissent dans une œuvre qui rentre mal dans une case aussi étriquée que « convention manga ». Après Angkor , son second livre Eluvitie nous dépayse sans nous faire voyager bien loin, puisqu'elle puise dans les paysages bucoliques et les mythes de la Suisse. Une BD auto-éditée dont la qualité équivaut largement celle des livres sortis dans le circuit conventionnel. Pour tout les amoureux de fantastique, de dessins généreux et tendres.



4 Laurence Péguy D203 H5
Longtemps inspirée par la saga Harry Potter, puis les vampire et l'univers gothique et flamboyant de Tim Burton, Laurence Péguy propose des livres là aussi d'une qualité pro. Fantastique, steam-punk, ses influences multiples nourrissent un univers graphique riche et cohérent. Elle réalise aussi sur son stand des portaits « burtonnien » de grande qualité qui font la pige au caricature SD souvent bâclées que certains n'hésitent pas à proposé à bas prix !

Laurence Péguy

 

Les fanzine à poils, exclusivement masculins

Oui, il y a à Japan Expo, beaucoup de fanzine yaoi (manga mettant en scène des personnages homosexuels avec la particularité qu'ils sont stéréotypés et souvent très efféminé et d'ailleurs, à destination d'un public au départ féminin). Il y a aussi des vrais fanzine gay aux histoires matures et assumées. Le lectorat est d'ailleurs sensiblement différent ! La cause LGBT étant chère à mes yeux, impossible de ne pas parler ici des deux incontournables du salon :

5 The Gardener (E 201, hall 5)
Un webcomics (disponible aussi en anglais) romantique mais pas gnangnan qui connait une version papier. Dessiné et scénarisé par Marc G, un pilier du fanzinat connu pour la série très fleur bleue « Rêve de lumière ». The gardener nous raconte, comme son titre l'indique, le quotidien d'un jardinier qui travaille pour un jeune homme aussi riche que naïf. Drôle et attachant.
Attention, The Gardener est invité sur le stand de Mxm Bookmark et Marc sera présent uniquement le week-end




6 Dokkun (M682 H6)
Là, nous changeons de catégorie. Bienvenu aux bears (ours). Il s'agit d'un fanzine qui assume totalement son propos gay, fier et surtout surtout poilu. Le contenu est interdit au mineur. Nous sommes aux antipodes des minets androgynes du yaoi traditionnel. Les BD proposée dans Dokkun évoluent plus dans la digne lignée d'un Tom of Finland. Le fanzine est traduit en anglais, en italien, en japonais et en coréen. 
Plusieurs artistes récurrents s'expriment dans ses pages (attention, interdit aux mineurs) :
- Fabrissou : fabrissou.tumblr.com


 

 

Les incroyables inclassable


7 Kokoro, le fanzine carritatif (C215 H5)

Kokoro (cœur, en japonais) est un fanzine qui a comme objectif, à chaque numéro, de lever des fond pour une associations caritative préalablement choisie. Cette année, il s'agit de « Maison Chance ». Les dessinateurs participants sont bénévoles, tous de grands talents (souvent des professionnels du milieu de l'édition ou de l'animation). Ils travaillent sur un thème en relation avec l’engament du bénéficiaire. Kokoro met la passion du fanzinat au service d'autrui et donne de la profondeur, du lien solidaire et du sens à un milieu souvent pourri par la soif de reconnaissance personnelle ou la cupidité. Une magnifique initiative servie par une équipe très pro, très sympathique. Le résultat finale est toujours un superbe recueil qui permet, outre la bonne action, de découvrir des artistes.





8 Jon Lankry (C215 H5)
Dessinateur au style reconnaissable comme un coup de poing en pleine tronche, vif et marquant, Jon Lankry sera présent sur le stand du fanzine Kororo (sauf le samedi). Garçon timide au talent incroyable, il signe « Zombi » la BD dont vous être le héros, ainsi que plusieurs recueil d'illustration inspirée de multiples univers. Il fait parti de ces personnes que j'ai le grand plaisir de retrouver à chaque convention. Cette fois, il propose un 48 pages couleurs de format A4.

Jon Lankry



9 Mageek (N672 H)

Attention, je vous parle d'un fanzine façon... magazine famine. Yep. Avec de la mode dedans. Yep. Et il est bon. Vraiment bon. Articles fun, intelligents, maniant avec finesse le second degrés sans basculer dans le potache ou la facilité. Mageek tient d'ailleurs plus du pro-zine avec une qualité de rédaction et de fabrication largement supérieur à certains titres vendus en kiosque. Il fonctionne avec des thèmes (j'ai lu et aimé le numéro 2 sur Docteur Who sans avoir vu un seul épisode de la série). Un hors série spécial Japon et Corée est disponible sur le salon.


 

10 Moemai, du manga à la française D201 H5


Aucun des fanzine précédents n'étaient dans la veine de ce qu'on s'attend à voir dans une convention manga, je vous en présente donc une artiste qui évolue avec talent dans ce milieu. Moemai, illustratrice et coloriste, a sorti de nombreux fanzines mais aussi des BD façon « french manga ». Son trait délicat reprend les codes graphiques du Japon où elle a séjourné, sans tomber dans la copie maladroite et facile. J'apprécie particulièrement la finesse de son travail, l'originalité de ses traitements et la grande sensualité de ses dessins.

Moemai


Et les autres ?


Comme je suis une grande malade, j'ai épluché toute la liste des exposants (plusieurs centaines) et regardé les sites lorsqu'ils étaient indiqués. Une journée a été nécessaire à cet exercice un tantinet fatiguant. Voici un liste des fanzines et artistes que je ne connais pas ou mal mais qui me paraissent mériter une visite. Certains sont très bon mais ne correspondent pas à ce que j'apprécie, cependant, je reconnais leur qualité !


Anna Karen N677 H6
Brown Rabbit B216 H5
Dragibuz P653 6 (style graphique très Disney, un des meilleurs du genre)
Dzaka B210 H5
Fanélia E 203 H5 (Fantastique proche de Chane, plus léché, très bon)
Hiraeth C 204 H5
Orpheelin C210 H5 (BD Fantastique, ligne claire, parfaitement maitrisé)
Niddheg D216 H5
Occuria Trigger S681 H6Lorigami R687 H6
Pulsart studio B195 H5
Sea Turtle M699 H6
Senri E213 H5
Tpui M676 H6
Yumyum studio D210 H5 (Fanart SD, le pionnier dans le domaine, existe depuis 15 ans!)

En conclusion


Du côté amateur, Japan expo regorge aussi de fanzines d'écriture, de stand de bijoux et d'accessoires faits par des petits créateurs. Si certains se contentent d'assembler des breloques made in china, d'autres les fabriquent de A à Z, avec leurs petits doigts de fées. Je n'ai ni la motivation ni les compétences pour vous parler des perles qui se cachent dans ces domaines-là. Mais je peux vous garantir qu'elles existent et méritent vraiment de prendre au moins plusieurs heures pour arpenter les allées à la fois de l'espace « jeune créateurs » du hall 5 mais aussi de l'espace dans le Hall 6 dédié aux fanzines. Trop de visiteurs l'évitent, sachant qu'il est le repère des boutiques à conneries contre-faites. 
Vous passez aussi à côté d'un des trésors du salon : ces passionnées, artistes en herbes, volontaires motivés qui font que depuis des années, les conventions manga restent un lieu d'échange, fun, léger mais aussi un vrai bouillon de créativité. C'est dans les allées de Japan Expo, sur les stands amateurs qu'on trouve les graines de la BD de demain, qui permettront à des milliers de lecteurs de rêver, de voyager, d'être émus.
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Estampe Japonaise : découvrir ses secrets de fabrication à Japan Expo !



La Japan Expo, l'évènement à ne pas rater pour tous les curieux de cette culture, se tiendra la semaine prochaine du 7 au 10 juillet 2016. A cette occasion, vous pourrez découvrir comment se réalise une estampe de façon simple et concrète. Un amateur éclairé, Fred Miane, fera des démonstrations sur le stand de l'association Pigments et arts du monde (U200, Hall 5 A) qui promeut les arts et les technique picturales asiatiques traditionnelles tels que le nihonga, etegami...


Petite définition de l'estampe


L'estampe est une image imprimée par xylographie : résultant d'un travail de gravure sur bois. Le mode reproduction laisse la place au hasard et ne permet pas une duplication parfaite de l'image, ce qui en fait sa richesse et son charme. Deux estampes ne sont jamais totalement identiques.

Une estampe c'est :
- une image qu'on veut reproduire
- plusieurs plaques (matrices) en bois tendre (cerisier ou catalpa), qui seront gravées en fonction de l'image de départ
- de l'encre qui sera appliquée (une couleur par matrice)
- une impression sur papier successive de chaque matrice en prenant garde de bien caler la feuille.

Les outils pour graver, en provenance du Japon
 
Les encres pour l'impression


C'est en regardant travailler le graveur que j'ai saisi toute la technicité mais aussi le savoir-faire et l'intuition artistique nécessaire à transformer un dessin ou une photographie en estampe. Au départ, il y a une image qui va être reproduite. Fred n'est ni peintre, ni dessinateur. Il travaille donc à partir de l’œuvre d'autrui. Il se qualifie plus d’artisan qu'artiste. Pourtant, ses choix ont une influence capitale sur ce qui va devenir un nouvelle interprétation de l'image originale.
En effet, le graveur détermine plusieurs choses cruciales : d'abord le nombre de couleurs qui détermine le nombre de plaque qu'il va graver, quel contour va-t-il tracer, leur épaisseur... Le graveur propose ainsi sa vision de l'image, en fonction de sa sensibilité et de son talent.

La naissance d'une estampe

L'année passée, sur les quatre jours de Japan Expo, j'ai pu voir des estampes être créées de A à Z. Une expérience enrichissante ! D'abord, la peintre Valérie Eguchi a dessiné plusieurs etegami, comme base. Ensuite, Fred a commencé son travail de gravure. Cela nécessite à la fois de la force physique, de la minutie ainsi que beaucoup de patience car il faut plusieurs heures pour évider les plaques et ne laisser en relief que la partie qui sera imprimée sur le papier. En cas d'erreur ou de geste malheureux, tout est refaire. À la force du poignet, petit à petit, j'ai vu apparaître en relief des courbes et un motif souvent difficile à rattacher avec l'image de départ. Seule la planche de trait, qui sert au contours du sujet, est aisée à reconnaître.


Le graveur à l’œuvre


Minutie et rigueur !


La plaque de trait encrée

Résultat de l'impression


Une fois les plaques de bois prêtes, Fred passe à l'impression. Il enduit de couleur avant d'appuyer fortement la matrice sur le papier, en s'aidant d'une espèce de gros tampon, le baren (mot japonais). Il permet que le transfert de couleur soit le plus homogène possible. La encore, il faut une certaine force ! J'ai tenté l’exercice et avec mes muscles de grenouille, le résultat fut assez pitoyable !



Fred Miane encre et imprime la planche de trait


Si vous aussi, vous souhaitez assister "en vrai" à la naissance d'une estampe, venez donc sur le stand U200, Hall 5, à Japan Expo. Plusieurs démonstrations d'estampe auront lieu durant le salon. Vous verrez aussi les outils nécessaires à la gravure et à l'impression.
J'avais déjà, lors d'exposition au Musée Guimet ou à la MCJP, vu des documentaires ou même des matrices. Cependant, assister au spectacle du graveur qui taille et cisèle le bois à la main avec ses outils puis imprimer ensuite sur papier le résultat de son labeur, est une expérience inoubliable. On prend alors la mesure de l'effort, de sa dimension physique, de son énergie et de sa concentration. On porte un regard différent sur l’œuvre finale, qui devient plus qu'une simple reproduction. Si l'estampe vous intéresse, je vous encourage vraiment à passer !

Le résultat final !


Un très bon article qui détaille la fabrication de l'estampe japonaise :
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David Vong, le dompteur d'arbres


David Vong en action : https://vimeo.com/123281701



Au hasard des rues de Paris, j'ai découvert une galerie qui expose pour une courte période (jusqu'au 19 juin) les œuvres de David Vong, jeune artiste dessinateur, peintre et aussi plasticien. En vitrine, des peintures et sculptures d'arbres. Un sujet qui me fascine toujours.

Les racines de l'émotion


David Vong devant "Duel"
En poussant la porte de la galerie Gare de Marlon j'ai été saisie par la force de cette multitude de dessins soigneusement alignés sur le mur. Durant un an, entre 2012 et 2013, chaque jour, David a croquer un arbre ou plus exactement, sa vision d'un arbre. Une représentation souvent abstraite mêlant inspiration, humeur du moment, et contexte. Il se dégage de ce classement chronologique des séries non intentionnelles, révélatrices d'instants marquant de la vie du jeune homme. 

Autant d'images qui renferment ses souvenirs et ses émotions. Un dessin très particulier a été retiré pour être affiché à part, dans une autre salle. Ce blanc, ce trou dans l'assemblage a une signification : ce jour-là David a appris que sa compagne était enceinte. Alors, l'arbre née de cette nouvelle est tout petit, tout rond, un peu perdu au centre de sa feuille. Une promesse de vie à venir et aussi un constat : face à cette annonce, l'artiste se sent minuscule.
Si l'observateur, lui, lit d'autres histoires, d'autres inspirations, d'autres émotions aussi, quelque chose se transmet dans la sincérité du travail et aussi dans la grande force de la constance de l'acte. Dessiner, chaque jour, une année durant, sans jamais faillir, demande une motivation impressionnante. 



David Vong : Harmonie

 

La forêt infinie


Si des récurrences apparaissent, j'ai été époustouflée par la diversité de l'approche. David explore toute les dimensions, tout les thèmes : il y a des arbres fleuve, des arbres fleurs, des arbres oiseaux en lévitation, des arbres méduses, des arbres architectures, des arbres design... Toutes les formes possibles et impossibles se côtoient, l'une contre l'autre, en un grand panneaux immense. Une proposition où humour, poésie et surréalisme dialoguent, se chamaillent et se réconcilient. 

David dessine et trace avec des traits précis l'infinie diversité des arbres de son imaginaire. Il peint aussi des grands formats à l'huile ou l'acrylique. Toujours des arbres mais cette fois, avec un travail de couleur merveilleux et doux.

Alors, vous aussi, vous souhaitez adopter un arbre de papier ?
Galerie Gare de Marlon : 19 rue de la Verrerie, Paris


Site de David Vong :
http://www.davidvong.com
http://arbredujour.tumblr.com



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Etegami to change the world (a little)!

La version française de l'article est déjà paru ici
English translation : Stephanie Daneels

This year, during the Japan Expo, at the Pigment et Art du Monde association booth, you will see etegami (image-message) with a strong intent: to change the world! The theme for the exhibition is “I’m doing what I can, for a better world” is directly inspired by the documentary Demain and the Colibri movement.
You wish to use your brush and heart for a radiant future? Now you can!

Send your contributions!


Etegami by Valerie Eguchi
To participate in the exposition, you only need to send your contribution to the association before June 30th 2016. Participating is very easy: send your etegami in the correct format (10 x 15 cm) before the due date and stick to the topic! Etegami, by nature, allow enthusiasts, who are not necessarily gifted in drawing and painting, to experience the joy of creating, drawing, sharing and most of all, to spread a message of life and hope..
If you wish to know more about etegami, I urge you to read this article (in French): http://etang-de-kaeru.blogspot.fr/2015/06/etegami-call-pour-etre-expose-lors-du.html
Here is the call to participation website (in French, Japanese and English): https://etegamicall2.wordpress.com/
You can send your contributions to this address:
Pigments et Arts du Monde/CO Valérie Eguchi
144 ter av de Verdun
92130 Issy les Moulineaux
FRANCE

One small step can change the world...


Deeply moved by the movie Demain, which offers practical solutions so our future is not the much heralded catastrophe it could be, Valérie Eguchi, artist and president of the Pigments et Arts du Monde association, has committed to this way of life and change. Besides teaching painting (nihonga, etegami...), Valérie works with autistic and handicapped people. She is fully aware of human diversity, the difficulties encountered by those who are different and discouragement with a social system that is often too inflexible and wants us to believe in our own powerlessness. Yet, at our own level, in our lives, it is possible to initiate something great to influence our future and give it a positive trajectory.
Etegami, through its simplicity and accessibility, sets up a virtuous path to express and communicate our own hopes, often with humour and tenderness. To express one’s creativity, even if we think we have no talent or skill, even when we think we have nothing to say or contribute, is satisfying! It also reminds us that action and movement start small, with a single gesture or intention. Doubting and accepting this world we resent as inevitable, that is a major source of sadness and frustration. In response, you too can dare to take up the brush and write!
Last year, many of our readers sent etegami. As I am volunteering at the association’s booth again this year, I will take great pleasure in seeing your creations in person!
As a matter of fact, as a teaser, here are some of last year’s etegami, based on the theme “welcoming summer”. Some were created by Virginie Blancher (graphic designer for l'étang) and by Céci, Hibi no Yorokobi’s always enthusiastic blogger.

To learn more about etegami and start practising:
http://eguchi.over-blog.com/2016/05/l-etegami-avec-koike-kunio.html


Au dessus : Virginie Blancher, en dessous Morgane Quemper

Ceci Rado

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Des etegami pour changer (un peu) le monde !


Cette année, à Japan Expo, sur le stand de l'association Pigment et Art du monde, vous pourrez voir des etegami (image-message) avec une intention forte : celle de changer le monde ! Le thème de l'exposition est "Je fais ma part, pour un monde meilleur", directement inspiré du film documentaire Demain et du mouvement Colibri.
Alors, si vous souhaitez mettre vos pinceaux et votre cœur au service d'un avenir radieux ? C'est possible !

Envoyer vos contributions !


Etegami de Valerie Eguchi
Pour participer à l'exposition, il suffit d'envoyer votre contribution à l'association avant le 30 juin 2016. Les modalités de participation sont simplissimes : envoyez votre etegami au bon format (10 x 15 cm) avant la date limite, en respectant le sujet ! Le principe même de l'etegami permet aux amateurs, pas forcément doués en dessin et peinture, d'avoir le plaisir de créer, de tracer, de partager et surtout, d'inscrire un message porteur de vie et d'espoir.
Pour en découvrir l'etegami, je vous encourage à cet article explicatif  : http://etang-de-kaeru.blogspot.fr/2015/06/etegami-call-pour-etre-expose-lors-du.html
Voici le site de l'appel à participation (en français, en japonais et en anglais) : https://etegamicall2.wordpress.com/
L'adresse où envoyer vos contributions :
Pigments et Arts du Monde/CO Valérie Eguchi
144 ter av de Verdun
92130 Issy les Moulineaux
FRANCE

Petit à petit, l'oiseau fait son nid...


Bouleversée par le film Demain qui propose des solutions concrètes pour que notre avenir ne soit plus la catastrophe tant annoncée, Valérie Eguchi, artiste et présidente de l'association Pigments et Arts du Monde, a souhaité elle aussi s'inscrire dans ce courant de vie et de changement. Au quotidien, outre son activité d'enseignement de la peinture (nihonga, etegami...) Valérie travaille aussi  avec des autistes et des personnes handicapées. Elle connait bien la diversité des humains, les difficultés de ceux qui sont différents et les découragements face à un système social souvent trop rigide qui tend à nous faire croire à notre propre impuissance. Pourtant, à notre échelle, dans nos vies, il est possible de d'amorcer quelque chose de plus grand, pour infléchir le futur et lui donner une courbe joyeuse.
L'etegami, par sa simplicité et sa grande accessibilité, s'inscrit dans un mouvement vertueux d'expression et de communication de ses espoirs, souvent avec humour et tendresse. Exprimé sa créativité, même lorsqu'on pense ne pas avoir de talent ou de compétence, même lorsqu'on croit n'avoir rien à dire ou à apporter, fait du bien ! Cela nous rappelle aussi que l'action et le mouvement commence tout petit, par un geste, une intention. Douter et accepter que ce monde qui nous déplait est inéluctable, voici une des une grande source de tristesse et de frustration. Alors, vous aussi, n'hésitez pas à tenter l'aventure du pinceau et du mot !
L'année dernière, vous avez été nombreux, parmi les lecteurs de l'étang, à envoyer vos etegami. Comme je serai cette année encore, bénévole sur le stand de l'association lors de Japan Expo, et j'aurai plaisir à admirer "en vrai" vos créations !
D'ailleurs, pour le plaisir des yeux voici quelques etegami exposés l'an passé, sur le thème "accueillons l'été". Certains ont été réalisés par Virginie Blancher (qui s'occupe du design graphique de l'étang) et par Céci, du blog Hibi no Yorokobi, toujours très motivée.

Pour en savoir plus sur l'etegami et commencer à pratiquer :
http://eguchi.over-blog.com/2016/05/l-etegami-avec-koike-kunio.html


Au dessus : Virginie Blancher, en dessous Morgane Quemper

Ceci Rado

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Petit retour sur Japan Expo 2015 : se réconcilier avec la pop-culture en occultant son aspect mercantile, c'est possible !


Matcha dégusté sur le stand de la ville de Takamatsu (merci Julia !)


Attention, en préambule, je vous préviens, cet article risque d'être 1) bordélique 2) indigeste 3) totalement subjectif. Et en plus, je n'ai quasiment pas pris de photo donc si vous êtes là pour les cosplayeuses à poils, passer votre chemin avant d'être déçu ! Je regrette, j'aurai au moins dû photographier les cosplayeurs torse nu...

Je n'ai jamais été de ceux qui considèrent ce pays avec angélisme. Cependant, le déni révoltant post-Fukushima et la politique mise en place pour redorer l'image du Japon en ignorant la situation sanitaire et la détresse d'une partie de sa population a suscité en moi une immense colère. Au fil des mois et des années, elle s'est muée en rejet et distance, avec des conséquences concrètes dans mon quotidien. J'ai totalement arrêté de mater des animés et quasiment cesser de lire des mangas. Mon intérêt pour l'art contemporain est le seul intact de ce repositionnement. L'année dernière, j'avais eu le grand plaisir d'être bénévole à Japan Expo sur le stand d'une association de promotion des techniques picturales traditionnelles « Pigments et arts du monde », sous la houlette de Valérie Eguchi, peintre et animatrice d'atelier. Outre le plaisir d'être avec des amis et de rencontrer des personnes curieuses, pour qui le Japon ne rime pas avec manga, samouraï et sakura, je me suis petit à petit reconnectée avec sa pop-culture et l'aspect consumériste débridé que j'avais mis férocement mise de côté.

Forte de cette expérience, j'ai joyeusement rempilée sur le stand de l'association. Comme l'an passé, le programme était résolument artistique avec une exposition de tableaux, des ateliers gratuits et ouverts à tous (étegami, nihonga et origami) et en plus, une démonstration d'estampe absolument fascisante (je vous prépare un article dédié !). Etait aussi présent sur le stand les membres de Kokoro qui organisent des rencontres culturelles et linguistiques franco-japonaises sur Paris avec un réel objectif d'échange et non de drague déguisée !


Fanzine et droit d'auteur, quand certains confondent création et contre-façon


Bien sûr, j'ai aussi profité de ces quatre jours pour voir les copains, saluer les artistes que j'apprécie et faire quelques emplettes : principalement des ouvrages déjà précommandés avant le salon et surtout, des dessins orignaux. Avec plus de 250 fanzines présents, sans compter la zone des jeunes créateurs - où j'avoue se trouvent la majorité de mes potes - il est devenu difficile d'arriver à s'y retrouver.
Trop d'images, trop de sollicitations visuelles.
Le fan-art ne m’intéresse pas, la parodie non plus, ce qui supprime une majorité des stands présents. Je recherche des artistes en herbe capables d'affirmer un style original, talentueux et surtout, travailleurs. Aujourd'hui, n'importe qui peut imprimer un fanzine avec un dos carré collé, une maquette lisible et une jolie couverture. Cependant, si nombreux font illusion, le contenu est souvent au hétérogène voire décevant.
La difficulté est d'avoir l’énergie et la motivation d'aller chercher la perle rare dans cette jungle où on est vite noyé par le nombre, la foison de dessins et aussi, les pseudo-goodies où on trouve à la pelle Totoro et Hello Kitty.

Parce que Japan Expo est, pour beaucoup, l'occasion de se remplir les poches en espérant vider celles des visiteurs. Pour certains, le droit d'auteur et le droit des marques ne s'applique pas. Je ne parle même pas de la contre-façon professionnelle, mais juste des stands amateurs, qui se contentent d'acheter des bricoles en Chine et de les agencer pour en faire des bijoux ou autres conneries à pas cher, sans une once de créativité.
Cette tendance du « fric facile » est particulièrement présente dans l'espace soi-disant dédié à la mode où les quelques vrais créateurs, qui créent les modèles et fabriquent à la main leur produits, sont perdus entre les étales dignes d'un marché d'été avec des vêtements à bas coût et à la qualité douteuse. Difficile de faire le tri donc, fatiguant aussi. Japan Expo est devenu une machine gigantesque, bruyante, qui carbure au fric plus qu'à la passion.

J'ai encore plus d’admiration pour les irréductibles fanzineux qui se décarcassent, refusent la facilité et trouvent un équilibre entre la nécessité de rentabilisé leur stand et proposer des œuvres personnelles.
Découvrir des nouveaux artistes reste une excellente raison d'aller affronter la foule à Japan Expo.


Le stand du studio Mirage avec Morgil http://obsidiurne.com et Vyrelle

Et la culture bordel ?


Ma diatribe sur la contre-façon reste gentille car, cette année, un effort réel a été fait par l'organisation. Leur engagement était même inscrit noir sur blanc sur tous les panneaux d'information. A priori, la présence depuis plusieurs années des ayant-droits Japonais, toujours horrifiés de voir l'étendu des dégâts et l'absence d'action légale des organisateurs, est devenue plus problématique que les bénéfices engrenés en vendant de l'espace aux stands de piratage.
Cependant, tout est loin d'être rose. Aujourd'hui, les produits contre-faits tendent à être mélangés avec d'autres et sont moins visibles, plus dissimulés.

Tant que Japan Expo sera principalement un lieu de débauche financière où les gamins de la France entière (voire d'Europe) viennent pour claquer leur argent amassé depuis des mois et compenser leur frustration de ne pas aller au Japon, ce pays de leurs rêves, la culture restera un prétexte, une caution vaguement éducative d'ouverture sur le monde, qui justifie une soif avide de dépenser, de consommer.

Œuvre ou produit ?


Avaler son dernier manga ou son dernier épisode en râlant quand les auteurs ne vont pas dans la direction souhaiter par les fans, gueuler quand le temps d'attente est jugé trop long.
Bref, beaucoup oublient que les auteurs sont avant tous des humains. Nombreux sont les mangas (mais le constat est le même avec le comic et même la bd) qui ne sont pas des œuvres mais de simples produits commerciaux de divertissements où le lecteur exige un taux d'amusement suffisant.
J'aime lire, dévorer parfois quand l'ouvrage me tient en haleine, mais jamais me bâfrer jusqu'à la nausée. Là où le salon du livre décuple mon envie de lire, Japan Expo et son brouhaha assourdissant tend à avoir l'effet inverse. Pourtant, j'y retourne, et mieux (ou pire) j'arrive à occulter assez cette débauche afin de profiter sincèrement des personnes que je rencontre et, plus difficilement je l'avoue, des images, objet artisanats et autres que je découvre.

L'espace Wabi-Sabi : cette grosse blague...


Heureusement, pour la promotion de la culture japonaise, il y a l'espace « wabi-sabi ». Cette zone mise en place pour promouvoir avant tout l'artisanat traditionnel est devenu, avec les années, une zone fourre-tout avec comme dénominateur commun des prix délirants (le mini balais à 300 euros) ou le pire du kitch côtoie des objets fait main de très haute qualité (et technicité) ainsi que les horreurs des loisirs créatifs fait par des mamies japonaise.
C'est beau parce que c'est japonais ?!
Le résultat est un lieu sans cohérence, mal pensée, labyrinthique, avec une scène au milieu histoire que la foule s'amasse et empêche toute circulation. Après m'être faite avoir deux fois, j'ai fini par simplement contourner l'espace plutôt que de tenter en vain de le traverser. Bref, ce qui avait été il y a quelques années ma zone favorite du salon, un espace de respiration calme, de découverte sincère, et lui aussi devenu mercantile et surtout, sans âme.
D'autres stands indépendants commencent à prendre le relais et à montrer artisanat et art contemporain en provenance du Japon sans être confiné entre ces murs devenus prisons.

L'autel de cauchemars...


Fifille... où la présence douteuse de jeunette pour assurer la promotion d'un Japon vieillissant


Alors, oui, j'ai zappé les images qui m'ont dérangée, zappé les produit estampillés Ghibli à quelques euros, zappé les katanas en plastique et les produits alimentaires douteux, zappé l'artisanat tantôt magnifique et onéreux, tantôt d'un goût douteux et toujours aussi onéreux, par contre, il était impossible de mettre mes oreilles hors service.

Le volume sonore de certains stands, comme Bandai, était proprement assourdissant, heureusement, l'espace réservé aux associations culturelles est excentré. Nous étions relativement protégés. Cependant, nous avons quand même subi une partie des dommages. Mon amie Julia, sur le stand de promotion touristique de la ville de Takamatsu, était en face d'une scène qui, durant quatre jours, a été constamment active.
Le menu du spectacle : des idoru à peine pubère et, devant elles, hurlant, gesticulant, deux rangées de "chauffeurs" de salle, des français payés pour mettre l'ambiance et transformer ces gamines anonymes venue du fond de leur cambrousse en star internationale. La taille des jupe était inversement promotionnelle au volume sonore et à la qualité musique. J'ai eu envie de revoir Perfect Blue et Dolls pour me laver de cette étalage sans pudeur d'une vacuité artistique totale et surtout, glauque à souhait.
Que des cosplayeuses (pas toujours majeures) minaudent avec des photographes (à 90 % masculins) en âge d'être leur père ou leur grand père est déjà limite. Mais là, l’importation de ces gamines comme de la viande qu'on pose sous les spots light et à qui on demande de secouer les fesses frise le vomitif ou l'appel assumé à la pédophilie.

Je ne sais pas quelle était la qualité des scènes qui étaient hors des deux halls, je ne parlerai que des spectacles que j'ai entraperçu en vadrouillant dans les allées. Avec un plafond immense et de multiples installations sonores qui se font la guerre, tout devient bruit. Alors, les micro à fond, la musique devient bouillie immonde. Les démonstrations de kimono, calligraphie, ou autre tradition demandant solennité et attention semblent un cirque ridicule. Quand au taiko, à part un supplice régulier pour nos tympans, je ne comprends même pas leur présence systématique chaque année, à moins que ce soit comme une épreuve initiatique : tu vas à Japan Expo, tu dois le mériter, tu dois saigner des oreilles.


Détail de "Enchanté" œuvre de Tsun



Consommation débridée de Japon, jusqu'à indigestion


Il me semble que l'écrasante majorité des visiteurs n'est pas là pour découvrir un pays mais pour acheter des produits estampillés Japon, comme si cela pouvait assouvir leur soif d'ailleurs, calmer leurs angoisses ou leur sentiment d'inadéquation. Des ado et des jeunes en recherche de tribu, d'appartenance à un groupe, tentent par leur présence, leurs costumes ou leur habillement de revendiquer leur singularité, leur passion. Sauf que leur sincérité et leur amour sont manipulés, dévoyés avec un seul objectif : consommer. Tant d'intérêts, d'envies de découverte qui s'échouent face aux sirènes du marketing, aux produits facile à avaler, avec assez de sucre pour faire passer l'amertume du poison.
Qui peut lutter face au marketing débridé des sociétés dont l'objectif est simple : amasser de l'argent ? La proposition de découverte n'est qu'un prétexte, et dont certains ne s'embarrassent même plus ?
J'ai conscience que ces constatations pourraient me qualifier de cynique. Cependant, à mon avis, le vrai cynisme vient de ceux qui se gavent sans respect pour l'acheteur, et aussi, probablement, d'une partie de l'organisation. Heureusement, il reste encore des espaces qui proposent des activités gratuites et des passionnés qui ne viennent que pour échanger (nope, je ne rentre pas dans cette catégorie, je ne suis pas assez altruiste pour ça. Par contre, les « vraies » membres de l'asso le sont !)

J'observe aussi un glissement parmi les participants. Il y a dix ou quinze ans, la raison principale des amateurs présents en convention était le plaisir, tenter de se faire un nom en partageant une passion avec leurs pairs, et aussi, pour les plus ambitieux, ou le plus talentueux, se professionnaliser sans jamais rechigner à l'effort.

Même si je suis hors-circuit sur les mangas et animes actuels, même si je n'apprécie pas le fan-art, je continue de croire que les passionnés ont leur place. Cependant, la monétarisation des loisirs brouille la donne. Il suffit de constater la perméabilité entre blogueur et journaliste. La confusion entre gagner de l'argent facile en parlant d'un sujet qu'on aime, et rédiger sérieusement un article avec un point de vue et une analyse, se retrouve dans tous les milieux. Dans un cas, il s'agit d'un loisir qu'on espère rentabiliser, dans l'autre, il s'agit d'un métier avec des compétences professionnelles, qu'il y ait ou non rémunération. Ce travers envahit aussi aussi le fanzinat, les petits créateurs d'accessoires ou de textile...
La difficulté est de connaître la valeur réelle des choses à la fois pécuniaire et créative : comment faire la différence entre un bijou fait main avec des matériaux de qualité et un bijou qui est juste un agrégat de plastique Made in China copié sur un modèle à succès ? Comment faire la différence entre un magnifique dessin qui n'est qu'un bidouillage photoshop pompé sur une œuvre connue et une version revisitée avec un style personnel ? Le prix n'est même plus un indicateur fiable. Des petits créateurs vendent à bas prix des chose de qualité alors qu'on trouve à prix d'or des trucs qui ne valent pas un kopeck...

Tant que beaucoup de visiteurs viendront à Japan Expo avec la fièvre acheteuse, il y aura en face des personnes pour leur refourguer de la merde. Triste constat.


Les créations de Rara Avis : http://fr.dawanda.com/shop/mezurashiitori

Une nécessaire vision sélective


Le Japon, depuis l'après guerre, tend à devenir un pays de contradictions franches plus que de contrastes. Parfois, je doute que ses aspects les plus antinomiques arrivent à conserver leur équilibre fragile. Je reste passionnée par certains pans de sa culture, sa spiritualité, son architecture, ses paysages, sa société névrosée voir parfois, franchement psychotique. Peu à peu, je me réconcilie avec sa pop-culture, de nouveau, je me replonge dans des mangas (J.P. Nishi, Asano...), je retrouve l'envie de regarder des animés. L'année prochaine, je sais que je retournerai là-bas, avec un projet photo sous le bras et aussi l'envie d'assister au festival d'art contemporain de Setouchi.
Japan Expo reste, avant tout, le lieu où je retrouve de nombreux copains, où je rencontre de nouvelles personnes. Un lieu d'échange où je tente d'ignorer ce qui m'agace voire me met en rogne. Je ne suis pas maso, j'y retourne car j'y trouve mon compte.

Depuis deux ans, à Japan Expo, pour moi, l'humain a pris le pas sur le reste. Je découvre, avec surprise, qu'on peut être lucide sans devenir blasée.
Encourageant, non ?



Sur le même sujet :
Un compte rendu plus nuancé sur le Journal du Japon :
- Mon p'tit article de l'année passé, axé principalement sur le stand de l'association :
- Voici une série d'articles que j'avais fait sur la convention en 2011 :Japan Expo : c'était mieux avant
- Je vous renvoie enfin à un article grandiose de l'Odieux Connard qui date aussi de 2011 :

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