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Ne plus rien ranger grâce à Marie Kondo




Impossible d’avoir échappé à la méthode de rangement miracle de la Japonaise zinzin qui vous propose de jeter la majorité du contenu de vos intérieurs. Même sans la TV, même en vivant en ermite, vous avez très probablement entendu parler de son best-seller planétaire La magie du rangement.

Le principe : ne gardez que ce qui vous met en joie

La base de cette méthode consiste à considérer chaque objet, à le prendre, à le toucher, et à se poser la question suivante : est-ce qu’il m’apporte de la joie ? OK, ça fait sourire, je l’admets. Sauf que l’exercice n’est pas si facile. Beaucoup d’objets sont chargés de souvenirs et d’émotions complexes parfois contrastés voire antinomiques. L’opération semble longue et fastidieuse d’autant que Marie Kondo recommande de la faire en une fois, ou sur quelques jours rapprochés afin de créer un « choc » et de changer en profondeur l’apparence du logement. 
En gros, une fois la décision prise de vous engager à suivre ses conseils, vous visualisez votre mode de vie idéal avec un intérieur rêvé. Vous passez ensuite à la phase de tri qui va permettre de vous désencombrer. Vous réunissez alors toutes vos possessions par catégories (vêtements, livres, papiers, objets divers, les photos et les souvenirs), puis vous les regroupez tous ensemble à même le sol. Un par un, vous les prenez dans vos mains et quête de « l’étincelle de joie ». En son absence, hop, direction le sac poubelle. Évidement, quand on tient un presse-ail, un chausse-pied ou une babiole moche offert par la tante bidule, l’exercice paraît abscons. Cependant, conserver le premier si on n’aime pas l’ail, le second si on n’en a pas besoin, et le troisième si on a un sens de l’esthétique même timide apparaît comme absurde. Il s’agit donc, à travers de son rapport à l’objet, de s’interroger sur soi. Ensuite, une fois qu’on a fait un grand vide, on peut s’attaquer au rangement.

Des bons conseils mais la forme laisse à désirer

Pour ce qui est de l’ouvrage, ne vous attendez pas à de la grande littérature, ni même à un essai clair et concis. Les aller-retours et les redites sont légions. La traduction m’a laissé parfois dubitative. Ensuite, la nana est particulière. Voire complètement fada.
Autre chose, si vous être un tantinet féministe, l’évocation de références pour être une parfaite ménagère risque de vous filer de l’urticaire. Passez outre, ça vaut quand même le coup. D’autant que le livre est dispo en poche et trouvable aussi en occasion. Si vous trainez ici et que vous connaissez un peu le Japon, les biais induits par cette culture parfois impossible à appliquer ne vous surprendront pas. Non, en France, on ne jette pas ses fiches de payes et on ne dispose pas dans nos logements de placards gigantesques pour ranger les futons à plat.
La Magie du rangement s’adresse à ceux qui se sentent débordés par le bazar, mais aussi qui réfléchissent à la notion même d’objet et de possession. Qui possède qui ? Parfois, notre attachement aux choses est tel qu’il devient difficile de discerner ce qui importe vraiment dans nos vies. En cela, la méthode de l’étincelle de joie, qui prête à sourire, s’avère assez efficace.
La structure du texte est la suivante, d’abord les causes du désordre, ensuite la nécessité de faire du vide, après, une approche pragmatique du tri par catégorie, puis quelques conseils pratiques accompagnés d’un panégyrique du changement induit par la méthode. Quelques trucs sont simples et efficaces à appliquer comme favoriser le rangement vertical afin de bien voir les objets, ne pas stocker ni garder « au cas où » (maintenant que le confinement est passé par là, certains douteront).
Faire le vide permet de discerner ce qui est réellement important pour soi, le rangement n’est pas un objectif en soi, à moins, comme Marie Kondo que cela soit votre passion. Vous trouverez alors toujours des personnes chez qui ranger ou vous deviendrait coach dans le domaine...




Pourquoi donc ai-je lu ce bouquin ?

Ma première rencontre avec sa méthode s’est faite dans une certaine stupeur lors d’une énième polémique sur les réseaux sociaux où quelqu’un s’indignait – activité principal des-dits réseaux – qu’elle appelait à jeter ses livres et à libérer le bois opprimé de nos étagères. L’idée de balancer mes bouquins m’avait alors révulsée, même si, j’ai dans un second temps exploré la virulence de ma réaction. Finalement, étant une adepte du tri et du don, j’ai songé « pourquoi pas ? ». En vacances chez mon amie Nadia, je remarque que son intérieur s’est considérablement allégé, que son bureau a gagné en fonctionnalité et rationalité, sans perdre de son ambiance geek gothique med-fan (oui, tout ça dans la même pièce). Elle me sort alors la version illustrée en manga de cette bible contemporaine et m’en chante les louanges tout en y ajoutant certaines nuances. Curieuse, je la lis et trouve qu’il y a quelques concepts intéressants.
Il y a peu, en allant chez une autre amie, L, je note là encore que son intérieur – quoi que toujours désordonné – est devenu nettement plus praticable, surtout sa chambre et son vestibule. Là encore, je trouve l’ambiance plus légère. Elle me sort le bouquin de Marie Kondo en me disant : « Elle est complètement dingue. Je ne suis pas d’accord avec tout mais c’est génial pour elle de pouvoir gagner sa vie avec ses névroses. J’ai appliqué sa méthode pour mes vêtements, et cela m’a bien aidé ». Suite à mon séjour chez Nadia, j’avais parlé à L. de ma lecture et elle m’avait alors rétorqué qu’il était impossible pour elle de mettre tous ses vêtements par terre en tas, comme préconisé par Marie Kondo. Cette façon de traiter les objets l’avait choquée, elle avait refermé le livre. Mais, quelque temps plus tard, la situation devenue critique l’avait motivé à tenter une nouvelle lecture.
L. a beaucoup de fringues. BEAUCOUP. Elle m’ouvre son armoire arrangée avec des tiroirs en plastique transparents. Rien ne dépasse, elle sait où tout est rangé. Un choc pour moi qui me souviens très bien de l’état de l’armoire d’avant (je me suis battue plusieurs fois pour en fermer la porte et ne suis pas toujours sortie vainqueur de la bataille). L. m’explique qu’elle a adapté le truc en étalant ses habits sur une couverture, à même le sol. Elle a aussi demandé assistance à une amie dynamique pour l’opération. Il est nécessaire d’être avec un personne motivée, qui va abonder dans le sens du tri sans vous conforter dans votre désir conservation.

Impressionnée, je suis repartie avec son exemplaire du bouquin que j’ai lu avec circonspection. Ce bouquin tombait à pic alors que j’entamais une réflexion sur mon mode de vie actuel et un désir profond de changement, de m’alléger. Marie Kondo ne propose pas de ranger mais de faire en sorte de modifier nos façons de vivre pour ne plus avoir à ranger. Je vois vos yeux s’illuminer ! J’avoue que c’est ce qui m’a le plus séduite dans son approche.

Alors, est-ce que ça vaut le coup de tester ?

Marie Kondo dit que les résultats de sa méthode sont garantis si on la suit à la lettre, il n’y a pas de « test », on le fait ou on ne le fait pas. Cela implique de jeter une bonne partie du contenu de ses affaires. Là, c’est problématique pour des raisons d’éthiques, d’écologie… Sauf que vendre ou donner peut demander un temps et une énergie considérable et en final, nous couper dans notre élan.
Si j’ai trouvé la lecture utile, je conseille néanmoins la version manga, plus concise, plus claire aussi. Je pense aussi qu’il faut l’aborder avec souplesse. La méthode de Marie Kondo est très rigide voire extrême pour certaines personnes attachées aux objets. On peut avoir un sentiment de gâcher ou polluer en jetant ainsi des dizaines de sacs. L’autrice veut à tout prix éviter l’effet rebond par cet technique radical sur un laps de temps très court, mais cela peut vous malmener ou vous décourager.
Des copines l’ont appliqué en l’adaptant à leur limite et à leurs conditions familiales (célibataire ou maman, le logement n’a pas la même tronche) et les retours sont positifs, elles se sentent mieux, motivée pour persévérer. Quant à moi, ma situation perso de nouvelle célibataire avec déménagement à moyen terme ne me permet pas d’aborder un rangement « une fois pour toutes » dans un lieu que je vais quitter. Par contre, jeter (ou donner, solution que je préfère), me soulage au quotidien.
À la différence de ce que nous vend Marie Kondo, sa méthode n’est pas miraculeuse, simplement parce qu’il est impossible d’unifier et généraliser notre rapport aux objets et à nos intérieurs. Par contre, elle accompagne dans un chemin de vie et dans une prise de conscience d’un mal être, souvent causé par une surabondance d’objet, qui alourdissent et compliquent nos existences. Le foutoir dans le logement reflète souvent celui dans notre tête et notre cœur. Parfois, il stigmatise un mal être plus profond, et là, le livre de Marie Kondo atteint ses limites. Ranger n’est pas une thérapie magique mais un élément vertueux s’il s’accompagne d’une prise de conscience plus globale.


Table des matières et résumé du bouquin : 



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L'ordre d'Avalon : Polar manga au Mont Saint-Michel



Je ne vais pas à la plage : le sable gratte et le soleil me crame. Pourtant, voici une lecture parfaite pour l'été, légère, policière, et qui propose en prime, un voyage au Mont Saint-Michel !

Da Vinci Code au Mont St Michel

Nicolas Quintin, écrivain historien, en séance de dédicace au Mont Saint-Michel, attend en vain son collaborateur, Ryo Tachibana, un archéologue médiatique. Hélas, le corps de se dernier est retrouvé dans une salle de l’abbaye, assassiné. Clotilde Dumont, lieutenante de police au caractère bien trempé, s'immisce dans l’enquête par amitié pour Nicolas et le défunt Ryo. Ce crime se déroule juste avant les élections régionales alors que la tension entre les politiques et notables locaux est à son comble. Or, Ryo s'était lié avec la représentante locale d'un parti écologique. Dumont et Quinquin tentent de démêler l'imbroglio où d'étranges indices donnent à leur enquête une orientation très mystérieuse. Pourquoi sur le cadavre de Ryo a-t-on retrouver un pendentif celtique ? Qu'avait donc découvert l'archéologue pour se faire tuer ?




French touch : pari réussi !


Manga de commande fait en partenariat entre les éditions Glénat et le Centre des monuments nationaux afin de promouvoir le Mont Saint Michel, je m'attendais à une lecture au mieux insipide au pire indigeste ; et le résultat m'a surpris par sa qualité ! L'ordre d'Avalon est un sympathique one-shot, efficace et distrayante.
Les dessins sont réalisés par Morgil, dont j'adore le travail, et qui a pour l'occasion épuré son trait, même si son style très marqué reste reconnaissable. Les décors, très réalistes, offrent une visite étonnante du mont et de ses alentours. Si vous connaissez les lieux, vous n'aurez aucun mal à vous situer dans l'abbaye. 



L'histoire de Izu (Guillaume Dorison) est bien ficelée. Malgré un parti-pris de départ assez capillotracté, on se laisse séduire. Les dialogues percutants, teintés d'un humour intelligents, entrainent rapidement le lecteur dans l'intrigue. Le résultat donne un manga à la française, de bonne facture. Le scénariste réussit à injecter à la fois de la profondeur et une pointe de critique sociale à une histoire assez stéréotypée.
Je regrette quand même le choix du sens de lecture japonais, probablement imposé. Il me parait sacrément aberrant pour une dessinatrice de culture visuelle occidentale qui n'a pas été nourrie exclusivement au manga. Sa première BD Entre Chien et Loup était d'un format classique et elle travaille actuellement sur un excellent comics d'inspiration nordique, Le Dévoreur de Temps.
 
Le résultat est un manga fun, avec un bon suspens et agrémenté d'un supplément passionnant sur l'histoire du mont, signé l'érudit Alex Nikolavitch (dont je vous conseille la lecture hilarante de son blog War Zone). J'ai de nouveau envie de retourner au mont Saint-Michel

Voyage en photos et mots au  Saint-Michel  :
- http://etang-de-kaeru.blogspot.fr/2013/04/le-mont-saint-michel-de-pierre-de-metal.html
- http://etang-de-kaeru.blogspot.fr/2013/04/le-mont-saint-michel-libre-ou-reclu.html

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Les 10 fanzines de dessins à ne pas louper à Japan Expo !



Il est souvent reproché à Japan Expo d'être un super marché où on paye l'entrée et où les boutiques qui vendent du contenu pirate ont pignons sur rue. J'ai moi-même dénoncer le problème lors de mes comptes rendus des années passées. Pourtant, résumer l'évènement à ce triste fait occulte son incroyable richesse créative. En effet, Japan Expo rassemble des centaines d'artistes de France mais aussi d'Europe, qui viennent présenter leur travaux.


Petit préambule


Voici une sélection personnelle des stands d'artistes (illustrateurs et dessinateurs) qui sont pour moi incontournable et méritent même d'aller à Japan Expo juste pour les rencontrer. Mon choix se fonde sur :
- une qualité graphique professionnelle
- un style personnel affirmé (même si parfois encore empreint de l'influence de l'école d'art où ils étudient, pour les plus jeune)
- un soin apporter à la fabrication des objets (reproduction, fanzine, badge...) avec la encore des visées professionnelles.
Ensuite, mes autres critères sont eux totalement subjectifs et assumés : des thèmes qui me parlent et correspondent à mes gouts (donc rien d'humoriste ou de parodique) et un style graphique souvent éloigné des codes du manga commercial de type shôjo et shonen. Après, il y a aussi la dimension humaine qui rentre en compte. Outre le talent, j'apprécie aussi certains artistes pour ce qu'il sont, en plus de leur capacité à manier crayon, feutre et pinceaux avec technique et talent.


Deux collectifs où le talent n'attend pas le nombre des année

Nombreux sont les nouveaux fanzines collectifs qui apparaissent, survivent quelques numéros avant de s'évanouir dans la nature. J'ai découvert il y a quelques années deux titres qui m'ont particulièrement séduits par la maturité de leur graphisme, leur originalité mais aussi l'alchimie particulière du groupe, une association des artistes aux univers qui se répondent sans se confondre.

1 Nocturne E209 H5
Le collectif, créé par Estelle Hocquet, une jeune étudiante des Gobelins aussi talentueuse que motivée, regroupe plusieurs artistes qui proposent BD, sketchbooks, quelques goodies et aussi dessins originaux. Tout les projets sont personnels et les quelques fan-arts sont des interprétations d'inspirations où la sensibilité et le style de l'auteur insuffle une autre vie à l’œuvre d'autrui.

Estelle Hocquet (Mariposa Nocturna) : http://mariposa-nocturna.tumblr.com
Cette année, des nouvelles têtes rejoignent l'équipe :




2 Matryoshka N692 H6
Collectif de trois jeunes femmes bourrées de talent et d'une grande sensibilité graphique, elles signent des artbooks à couper le souffle. Je suis particulièrement touchée par le travail de Elk, aux aquarelles très lâchées et aux traits presque sauvages. Sur le stand, vous trouverez des fanzines d'illustration et probablement des originaux.


 

 Les fées du fantastiques


Pour beaucoup, Japan Expo rime à avec kimono. Pourtant, certains artistes présents ont surtout comme dénominateur commun le fantastique, qui brouille les frontières et se fiche pas mal des notions d'orient et d'occident.

3 Chane E211 H5
Chane fait partie de cette génération où les sources d'inspirations multiples rejaillissent dans une œuvre qui rentre mal dans une case aussi étriquée que « convention manga ». Après Angkor , son second livre Eluvitie nous dépayse sans nous faire voyager bien loin, puisqu'elle puise dans les paysages bucoliques et les mythes de la Suisse. Une BD auto-éditée dont la qualité équivaut largement celle des livres sortis dans le circuit conventionnel. Pour tout les amoureux de fantastique, de dessins généreux et tendres.



4 Laurence Péguy D203 H5
Longtemps inspirée par la saga Harry Potter, puis les vampire et l'univers gothique et flamboyant de Tim Burton, Laurence Péguy propose des livres là aussi d'une qualité pro. Fantastique, steam-punk, ses influences multiples nourrissent un univers graphique riche et cohérent. Elle réalise aussi sur son stand des portaits « burtonnien » de grande qualité qui font la pige au caricature SD souvent bâclées que certains n'hésitent pas à proposé à bas prix !

Laurence Péguy

 

Les fanzine à poils, exclusivement masculins

Oui, il y a à Japan Expo, beaucoup de fanzine yaoi (manga mettant en scène des personnages homosexuels avec la particularité qu'ils sont stéréotypés et souvent très efféminé et d'ailleurs, à destination d'un public au départ féminin). Il y a aussi des vrais fanzine gay aux histoires matures et assumées. Le lectorat est d'ailleurs sensiblement différent ! La cause LGBT étant chère à mes yeux, impossible de ne pas parler ici des deux incontournables du salon :

5 The Gardener (E 201, hall 5)
Un webcomics (disponible aussi en anglais) romantique mais pas gnangnan qui connait une version papier. Dessiné et scénarisé par Marc G, un pilier du fanzinat connu pour la série très fleur bleue « Rêve de lumière ». The gardener nous raconte, comme son titre l'indique, le quotidien d'un jardinier qui travaille pour un jeune homme aussi riche que naïf. Drôle et attachant.
Attention, The Gardener est invité sur le stand de Mxm Bookmark et Marc sera présent uniquement le week-end




6 Dokkun (M682 H6)
Là, nous changeons de catégorie. Bienvenu aux bears (ours). Il s'agit d'un fanzine qui assume totalement son propos gay, fier et surtout surtout poilu. Le contenu est interdit au mineur. Nous sommes aux antipodes des minets androgynes du yaoi traditionnel. Les BD proposée dans Dokkun évoluent plus dans la digne lignée d'un Tom of Finland. Le fanzine est traduit en anglais, en italien, en japonais et en coréen. 
Plusieurs artistes récurrents s'expriment dans ses pages (attention, interdit aux mineurs) :
- Fabrissou : fabrissou.tumblr.com


 

 

Les incroyables inclassable


7 Kokoro, le fanzine carritatif (C215 H5)

Kokoro (cœur, en japonais) est un fanzine qui a comme objectif, à chaque numéro, de lever des fond pour une associations caritative préalablement choisie. Cette année, il s'agit de « Maison Chance ». Les dessinateurs participants sont bénévoles, tous de grands talents (souvent des professionnels du milieu de l'édition ou de l'animation). Ils travaillent sur un thème en relation avec l’engament du bénéficiaire. Kokoro met la passion du fanzinat au service d'autrui et donne de la profondeur, du lien solidaire et du sens à un milieu souvent pourri par la soif de reconnaissance personnelle ou la cupidité. Une magnifique initiative servie par une équipe très pro, très sympathique. Le résultat finale est toujours un superbe recueil qui permet, outre la bonne action, de découvrir des artistes.





8 Jon Lankry (C215 H5)
Dessinateur au style reconnaissable comme un coup de poing en pleine tronche, vif et marquant, Jon Lankry sera présent sur le stand du fanzine Kororo (sauf le samedi). Garçon timide au talent incroyable, il signe « Zombi » la BD dont vous être le héros, ainsi que plusieurs recueil d'illustration inspirée de multiples univers. Il fait parti de ces personnes que j'ai le grand plaisir de retrouver à chaque convention. Cette fois, il propose un 48 pages couleurs de format A4.

Jon Lankry



9 Mageek (N672 H)

Attention, je vous parle d'un fanzine façon... magazine famine. Yep. Avec de la mode dedans. Yep. Et il est bon. Vraiment bon. Articles fun, intelligents, maniant avec finesse le second degrés sans basculer dans le potache ou la facilité. Mageek tient d'ailleurs plus du pro-zine avec une qualité de rédaction et de fabrication largement supérieur à certains titres vendus en kiosque. Il fonctionne avec des thèmes (j'ai lu et aimé le numéro 2 sur Docteur Who sans avoir vu un seul épisode de la série). Un hors série spécial Japon et Corée est disponible sur le salon.


 

10 Moemai, du manga à la française D201 H5


Aucun des fanzine précédents n'étaient dans la veine de ce qu'on s'attend à voir dans une convention manga, je vous en présente donc une artiste qui évolue avec talent dans ce milieu. Moemai, illustratrice et coloriste, a sorti de nombreux fanzines mais aussi des BD façon « french manga ». Son trait délicat reprend les codes graphiques du Japon où elle a séjourné, sans tomber dans la copie maladroite et facile. J'apprécie particulièrement la finesse de son travail, l'originalité de ses traitements et la grande sensualité de ses dessins.

Moemai


Et les autres ?


Comme je suis une grande malade, j'ai épluché toute la liste des exposants (plusieurs centaines) et regardé les sites lorsqu'ils étaient indiqués. Une journée a été nécessaire à cet exercice un tantinet fatiguant. Voici un liste des fanzines et artistes que je ne connais pas ou mal mais qui me paraissent mériter une visite. Certains sont très bon mais ne correspondent pas à ce que j'apprécie, cependant, je reconnais leur qualité !


Anna Karen N677 H6
Brown Rabbit B216 H5
Dragibuz P653 6 (style graphique très Disney, un des meilleurs du genre)
Dzaka B210 H5
Fanélia E 203 H5 (Fantastique proche de Chane, plus léché, très bon)
Hiraeth C 204 H5
Orpheelin C210 H5 (BD Fantastique, ligne claire, parfaitement maitrisé)
Niddheg D216 H5
Occuria Trigger S681 H6Lorigami R687 H6
Pulsart studio B195 H5
Sea Turtle M699 H6
Senri E213 H5
Tpui M676 H6
Yumyum studio D210 H5 (Fanart SD, le pionnier dans le domaine, existe depuis 15 ans!)

En conclusion


Du côté amateur, Japan expo regorge aussi de fanzines d'écriture, de stand de bijoux et d'accessoires faits par des petits créateurs. Si certains se contentent d'assembler des breloques made in china, d'autres les fabriquent de A à Z, avec leurs petits doigts de fées. Je n'ai ni la motivation ni les compétences pour vous parler des perles qui se cachent dans ces domaines-là. Mais je peux vous garantir qu'elles existent et méritent vraiment de prendre au moins plusieurs heures pour arpenter les allées à la fois de l'espace « jeune créateurs » du hall 5 mais aussi de l'espace dans le Hall 6 dédié aux fanzines. Trop de visiteurs l'évitent, sachant qu'il est le repère des boutiques à conneries contre-faites. 
Vous passez aussi à côté d'un des trésors du salon : ces passionnées, artistes en herbes, volontaires motivés qui font que depuis des années, les conventions manga restent un lieu d'échange, fun, léger mais aussi un vrai bouillon de créativité. C'est dans les allées de Japan Expo, sur les stands amateurs qu'on trouve les graines de la BD de demain, qui permettront à des milliers de lecteurs de rêver, de voyager, d'être émus.
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Fatima, déesse de la vie : un manga de sable et d'eau


Dans un monde de désert aride, une ville prospère grâce à Fatima, la déesse enfermée à l'abri dans un somptueux palais. Un jeune garçon, Utarid, est destiné à être son « intendant ». Cette fonction héréditaire demande de veiller sur la créature dont on dit que la proximité tue à petit feu. Alors que l'apprentissage d'Utarid touche à sa fin, l'impensable se produit : la déesse est enlevée.


 

La soif de pouvoir


Ce manga de Raika Mizushima, aux saveurs orientales sucrées et douces, s'inspire des contes des Milles et Unes Nuits. On suit avec curiosité les aventures d'Utarid, adolescent attachant et naïf qui va peu à peu s'interroger sur le rôle qu'il doit remplir et sa moralité. En effet, si l'honneur de la tâche et l'envie de marcher dans les pas de son père, le motivent, il a pleinement conscience que la survie de la ville dépend de la déesse et de sa capacité à trouver de l'eau. Muette, réputée dangereuse, elle fascine et inquiète mais reste avant tout une prisonnière enchaînée.

Sa disparition risque d'engendrer une catastrophe humaine et les tensions entre les royaumes sont mises à jours. En effet, celui qui capture la déesse a le pouvoir sur l'eau, et un moyen facile de faire payer ses voisins s'ils souhaitent accéder à la précieuse ressource. Si Utarid se tient à son rôle d'intendant, il ne peut ignorer les répercussions de ses actions et la complexité de la situation. Il apprend des éléments du passé de Fatima : derrière la déesse mystérieuse se cache une femme victime de son altruisme et une histoire d'amour tragique.



Une courte série dépaysante


Voici un manga en deux tome avec un récit d'aventure mêlant quête initiatique, intrigue politique et dimension sociale et même écologique. Centré sur un personnage qui gagne en maturité à chaque épreuve, le récit est bien mené, rythmé, sans tomber dans l'action trop rapide. Il prend le temps de la poésie et de la réflexion. J'ai particulièrement apprécié le choix de la résolution finale, qui évite à la fois l’écueil de la tragédie et celui de du happy end simpliste.

Les dessins, fins, élégants, sont assez classiques dans leur traits typés manga contemporain. Les corps gracieux, filiformes, vêtus de toge et de tenus d'inspirations persanes, donnent une certaine sensualité dépaysante. Le travail sur l'architecture est soigné : arche, dômes et moucharabiehs campent une ville orientale typique. La narration est efficace, sans fioriture et mériterait peut-être parfois de laisser plus d'espace aux illustrations. 


Fatima, déesse de la vie n'est pas un titre révolutionnaire mais j'ai aimé son graphisme simple et aérien qui n'abuse pas de la trame. Je regrette que le travail sur le motif ne soit pas plus poussé et que le découpage reste aussi timorée dans ses choix.
Le récit, lui, m'a charmé. Comme je connais très mal les mythes et légendes arabes, je suis incapable d'évaluer son originalité. Cependant, j'ai apprécié sa densité et sa structure. Il s'agit d'un manga d'aventure, sans prétention, qui outre sa dimension fantastique, ne cède pas à la facilité en proposant un univers où la rudesse du climat et la cupidité des hommes se conjuguent contre l'inconnu : une femme avec un don magique. Une jolie histoire qui fait rêver et réfléchir. La qualité de l'édition (traduction soignée, belle couverture) est également à noter. 


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Les mangas de J.P. Nishi : un Japonais à Paris



À l'heure où amateurs de culture Japonaise, passionnés de manga et d'animé, et ceux qui subissent l’intérêt de leur conjoint ou de leur progéniture, s'apprêtent à participer au grand rassemblement des nipponophile du début juillet, Japan Expo, il est intéressant de rappeler que la fascination fonctionne dans les deux sens. Sous le pseudonyme de Jean Paul Nishi, le mangaka Nishimura Taku nous raconte ses aventures rocambolesques et drôles de sa vie parisienne.

Le syndrome de Paris : le choc entre réalité et idéal


En trois manga, A nous deux Paris !, Paris le retour ! et Paris toujours !, l'auteur confronte les stéréotypes et les idées reçues, tant côté France que Japon. Quand il arrive à Paris pour vivre son rêve d'artiste, sans parler un mot de la langue de Molière, le choc culturel est violent.

Son projet professionnel consiste à trouver un poste d'assistant auprès d'un auteur de BD. Il découvre alors qu'en France, les dessinateurs ne fonctionnent pas en studio comme au Japon et que le métier d'assistant n'existe simplement pas ! Cette déconvenue ne l'empêche pas de rester.

Timide et pas très à l'aise dans sa peau, Nishi se retrouve alors, comme de nombreux arrivants Japonais, à travailler dans le quartier de l'opéra dans une épicerie de produits nippons. Il vit dans une studette sous les toits et se confronte la dimension très cosmopolite de la capitale. Perdu avec la mixité raciale, il prend même pour des Japonais des personnes qui n'en sont pas.

Ses rencontres et les amitiés qui en découlent sont extrêmement variées : de son copain Thomas, un peu otaku et dragueur, Pat, un homosexuel amoureux de culture japonaise, ses voisins africains, Karen et son caractère bien trempé qui parle très bien Japonais... Il croise aussi des compatriotes, surtout des femmes, qui viennent visiter Paris et de nouveau, la confrontation entre les attentes, les préjugés désarçonne l'auteur qui tente de s'adapter à sa vie française.

Un humour sensible pour une série touchante


Dans les trois volumes de ce manga, Nishi croque avec beaucoup d'humour et de sensibilité ses difficultés quotidiennes et ses efforts pour comprendre notre société et se trouver une place. La collision entre ses idéaux, l'image d’Épinal qu'il chérit de notre pays, et la réalité parfois déroutante, parfois franchement repoussante, est toujours drôle, tendre et d'une fraicheur touchante.

Nishi fait preuve à la fois d'une grande naïveté et en même temps, d'une grande tolérance. Il contemple, dubitatif, certains de nos comportements voire dysfonctionnement de la société, toujours avec un regard curieux, jamais cynique.
Son regard s'attarde sur ces petites choses qui font notre quotidien et que l'on ne voit pas ou plus : démonstration d'affection en publique, difficulté de donné un age (tend à « vieillir » les occidentaux)... On ne peut que sourire - ou même franchement rigolé - lorsqu'il s'étonne de impossibilité d'une clef à tourner correctement dans une serrure (vive les immeubles anciens!) ou du parcours du combattant à la poste.

Un manga surprenant et drôle


Graphiquement, le style humoristique et Nishi est aux antipodes de ce qui me plait. Pourtant, cet apriori négatif a vite était oublié dès que j'ai attaqué la lecture. Le dynamisme de la narration qui fonctionne avec de courtes scènettes nous happent dans le récit.

La vivacité des dialogues, percutants, jamais être verbeux, donne une énergie supplémentaire. Le dessin simple et lisible, est caricatural certes, mais juste. Surtout, on ressent toute la retenu et les doutes de Nishi, ses interrogations et ses surprises sont communicatives.
 Les décors tranchent par rapport aux personnages. En effet, Nishi apporte beaucoup de soin à croquer immeubles et rue de Paris avec un réalisme impeccable.

La juxtaposition entre les styles fonctionne et Nishi arrive à transmettre ses émotions dans une histoire autobiographique qui évite l’écueil de l'égocentrisme. L'auteur est avant tout un candide qui regarde, surpris, tant les français que ses concitoyens qu'il croise à Paris. Un témoignage jamais cynique, jamais acide, qui révèle toute la complexité d'un choc culturel. Parfois, il renforce certains clichés, parfois il dénonce les stéréotype sans jamais tomber dans la morale ou la généralisation à partir d'une anecdote. Une série révélatrice à la fois des différences radicales entre France et Japon mais aussi d'un désir d'aller vers l'autre, de le comprendre.

Jean Paul Nishi a vécu un an en France en 2005 et il est revenu plusieurs fois notamment en 2011 pour Japan Expo. D'ailleurs, la façon qu'il a eu d'aborder l'émouvant hommage fait à Satoshi Kon m'a particulièrement ému. Ses livres se composent d'une suite de tranches de vie, plus ou moins chronologiques, à l'intérieur de chaque tome, mais les volume ne se suivent pas. Même si le premier tome A nous deux Paris ! est actuellement en rupture de stock, vous pouvez lire Paris le retour ! et Paris toujours ! sans aucun problème.
Parus chez les éditions Picquier, grand spécialiste de l'Asie, ces mangas bénéficient d'une traduction est impeccable (Corine Quentin pour le premier tome et Anaïs Koechlin pour les deux autres). Je vous conseille vivement ces ouvrages qui propose un autre regard sur la France et sur les pérégrinations d'un Japonais à Paris.











Le blog de Nishi (en japonais)
http://lostinparis.jugem.jp

Un entretien de J.P. Nishi pour la sortie du premier tome :
http://www.paris.fr/accueil/culture/les-aventures-d-un-japonais-a-paris/rub_9652_actu_117306_port_24330


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Globule, une vie de lapin : un manga mignon et intelligent !




Voilà un manga one-shot qui m'a fait un clin d’œil dans le rayon. Un auteur de manga se retrouve avec une lapine à domicile et dessine ses expérience sous forme de yonkoma (strip humoristique en quatre cases). Totalement ignorant sur les mœurs et habitude de sa bestiole, il apprend à partager son quotidien et découvre une nouvelle vie avec sa boule de poils.

Globule, star internationale (au moins au Japon et en France)


Le personnage central de ce manga est donc Globule, un animal rondouillard au grand yeux hypnotiques. L'auteur, Mamemoyashi, nous raconte les débuts de la cohabitation, les anecdotes et les surprises qu'apporte un lapin dans son appartement. Le traitement est léger, parfois un peu trop verbeux, mais toujours sympathique et émouvant. Si vous ne connaissez rien des lapins, vous apprendrez qu'ils prennent des poses de pin'up, qu'ils ont des fixettes sur certains aliments (la sarriette pour Globule), que leur dents sont des armes de destruction massive.

Ce manga, distrayant et tendre, est une chronique simple d'une vie avec un lapin. L'auteur nous raconte ses inquiétudes, ses désagréments cocasses et un wagon de situations comiques où Globule lui vole systématiquement la vedette. Ayant vécu presque dix ans avec une lapine, ce manga m'a surtout évoqué beaucoup de souvenir heureux. J'avoue, la narration est parfois maladroite, il y a des répétitions dans certaines scènes et quelques maladresses. Globule, une vie de lapin n'est pas un manga très original, mais il propose une vision tendre et douce sur quotidien enrichi d'un lapin à ses côtés.


Le bonheur à quatre pattes


Enfin, j'ajouterai que l'amour de l'auteur pour son animal est communicatif. Il traite Globule avec affection mais aussi respect. Le lapin est souvent un animal qu'on imagine vivre en cage et compatible avec des enfants alors qu'en réalité, ce n'est absolument pas le cas.
Le lapin est grégaire, territorial, il a besoin d'espace, de tranquillité mais aussi d'attention, quand il le désire. Son comportement est plus proche du chat que du chien, avec comme facteur non négligeable d'être en bout de chaine alimentaire donc trouillard et méfiant.
Vivre avec un lapin demande de s'adapter, ce que l'auteur explique parfaitement. Un animal n'est pas jamais un jouet ou un élément de déco. Globule a son petit caractère et elle n'en ait que plus attachante.

Les amoureux des rongeurs seront séduits et les amateurs de bouquin mimi, fun et rafraichissant ne seront pas déçus, d'autant qu'il s'agit d'un tome unique. Une lecture légère, drôle et émouvante.






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Le chien gardien d'étoiles, fable du bord de la route

Voici l'histoire bien singulière et bien triste d'un homme qui perd tout, mais qui garde à ses cotés, jusqu'à la fin, son fidèle toutou. Le point de vu adopté par le mangaka, Takashi Murakami (homonyme de l'artiste contemporain) est celui de l'animal, qui regarde avec ses yeux plein d'amour, son maître changer peu à peu.

Chronique d'une mort annoncée

Ce manga très émouvant, étrangement tendre, témoigne d'un certain Japon, celui des hommes de la génération de nos pères. Ancré dans les habitudes sociales du 20 ème siècle, le héros contemple le monde qui évolue trop vite. Dépassé, il se retire peu à peu de sa propre vie. Devient un spectateur impuissant face aux attentes de son épouse et de sa fille, qui elles, continuent d'avancer dans cet avenir mouvant.

Seul le chien, reste là, au rythme de son maître, joyeux compagnon de promenade, heureux de chaque attention que l'homme lui prodigue. Il est présent jusqu'à la fin inéluctable. Je ne vous révèle rien : le livre s'ouvre sur la macabre découverte des restes humains dans une voiture abandonnée, au milieu d'un champ de tournesol. A ses cotés, il y a aussi le cadavre d'un chien, décédé il y a peu.


Malgré cette macabre entrée en matière, le récit du chien gardien d'étoiles n'a rien d'une descente aux enfers. Au contraire, les choix et surtout l'indolence qui conduisent au renoncement de tout, sont empreints de paix et d'un amour surprenant.
Bien sûr, il y a le chien, choyé et toujours nourri malgré la pauvreté. Le héros fait aussi preuve d'une grande humanité. S'il a visiblement "raté" sa vie au près de sa famille lorsqu'il menait une existence à l'abri des problèmes matériels, il s'ouvre aux autres quand il a lui-même tout perdu.

La seconde partie apporte une note d'optimiste et un sens nouveau à la mort de cet homme et son chien. Elles n'ont été ni vaines, ni tragiques et surtout, elles donnent à un autre un espoir de changement, un espoir de quitter la solitude et de tisser des liens.

Et pourtant, elles brillent...

Le chien gardien d'étoiles a entre ses pages toute la poésie promise par son titre. Servi par une narration fluide, un découpage intelligent, le récit poursuit sa route tranquille, à son rythme, sans jamais ennuyer.
L'émotion gagne peu à peu. L'auteur prend le temps juste, nous laisse entre-voir la tristesse pour qu'elle ne soit pas trop difficile, pour ne pas sombrer dans le mélo. Il nous donne aussi les graines d'un futur heureux.

Ce manga dépasse largement son cadre fictionnel en brossant le portrait d'un homme très représentatif d'une génération. Alors qu'on s'interroge souvent sur les mutation brutales de la société japonaise, sur les modes des jeunes et de leur désarroi, on tend à oublier ceux qui ont vu les transformations arrivées, les ont subies sans être acteur. Ceux qui, pris dans la tourmante économique d'une fin de siècle, ont été bien incapables d'entrer dans le 21 ème. Ceux qui ont perdu jusqu'à leur dignité...


Sans misérabilisme, avec amour et tendresse, Murakami signe un livre d'une qualité rare, intime et bouleversant. Le titre vient d'une expression sur les personnes qui regardent trop les étoiles, et rêvent à des choses qu'elles ne peuvent atteindre.
Murakami nous rappelle qu'on a le droit de rêver, même si on sait qu'il s'agit de l'inatteignable, de l'impossible. Dans notre société matérialiste où l'humain se quantifie, se formate et se range dans des petites boites bien séparées et imperméables, la lecture est un merveilleux moyen de s'échapper, de réfléchir sans prise de tête, et d'ouvrir son esprit aux différences. Le tout, avec un grand plaisir et une vague d'émotion !

Ce livre a été chroniquée dans le cadre du défi lecture "Image du Japon" organisé ici même, dans l'étang. 

Le récap de janvier va bientôt arrivé.
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Au temps de l'amour : la délicatesse et l'absurdité de la vie, en manga

Au temps de l'amour est un de ces titres qui vous remue. Un manga en un tome qui raconte une tranche de vie particulièrement difficile ; d'ailleurs, l'ouvrage flirte même avec le thriller. Une œuvre sensible et amère racontée avec le talent subtil de Yamane Ebine, une de mes auteures favorites.


Quand la vie passe par là...


Une étudiante en art, Shiori, au tempérament discret, remarque un jeune homme séduisant lors d'une exposition, Kageyama. Plusieurs fois, au gré du hasard, elle le croise à la terrasse d'un café, au bord d'un rivière... Irrésistiblement attirée par ce garçon, curieuse de savoir ce qui se cache derrière son visage impassible, elle décide un jour de se rendre de nouveau sur les berges désertes. Mais une autre rencontre se produit et altère radicalement son quotidien. Un drame qui pourtant la conduit à se rapprocher de Kageyama.
Bientôt, naît une étrange amitié entre deux êtres blessés par la vie, deux artistes à la sensibilité à fleur de peau qui s'interrogent sur leur avenir. L'histoire se déroule à la période charnière de la fin des études, quand le stress de la rédaction d'un mémoire s'additionne au grand chamboulement de l'entrée dans la vie active.



Touchée par la grâce


Parmi les auteurs de Josei, ou Lady's comic (un genre de manga qui s'adresse particulièrement aux jeunes femmes), Yamaji Ebine a un style graphique aisément reconnaissable. Épurée à l'extrême, elle dessine souvent des jeunes femmes fines et presque androgynes dans leur apparence. Pourtant, l'extrême sensualité de ses héroïnes, d'une grâce timide, me touche toujours beaucoup.

Avec Au temps de l'amour elle signe un livre bouleversant sur l'absurdité de l'existence, sur la folie et le désir. Des doutes et des vieilles douleurs s'accumulent, menacent de noyer les personnages, alors que toujours jaillissent des espoirs et de la tendresse, du soutien.
S'il y a peu de texte, les images d'une grande force suffisent à rendre les émotions et les conflits, les dialogues sont pourtant centraux. La communication et son absence régit le devenir des personnages. Quant à la fin du récit, ils apprivoisent enfin les mots et arrivent à communiquer entre eux, les blessures cessent de saigner.

Sans oublier l'expression artistique qui sous-tend la vie des protagonistes, tous des êtres à la sensibilité exacerbée. Sans jamais tomber dans le pathos, Ebine aborde des thèmes délicats et même sordides. Elle accompagne Shiori et Kageyama dans leurs turpitudes, avec pudeur et compassion. Et quand on referme le livre, le cœur serré, on se dit que même si la vie n'épargne pas, elle est quand même merveilleuse.

La couverture japonaise


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Mes voisins les Yamada : sept ans de bonheur


Mes voisins les Yamada est une bd humoriste japonaise en quatre cases (yonkoma) parue dans la presse. Ishii Hisaichi raconte le quotidien d'une famille lambda qui s'attaque, avec motivation et bonne humeur, aux petits tracas de la vie. En France, nous avons eu l'excellente adaptation cinématographique réalisée par Takahata pour le studio Ghibli. En 2009, Delcourt a édité trois recueils regroupant sept ans de dessins.

Chronique d'une normalité animée


Pas besoin d'être calé sur le Japon pour apprécier l'humour franc et bon enfant de Mes voisins les Yamada. Une joyeuse cacophonie humaine règne dans cette famille typique avec Matsuko, la mère au foyer tête en l'air et paresseuse, Shige, la mamie râleuse et encore bien vaillante, Takashi, le père, salaryman débordé et un poil indolent.
Et bien sûr, il y a les enfants : Noboru, le fils aîné médiocre à l'école, préoccupé par sa puberté et Nonoko la benjamine espiègle en mode tornade, toujours prête à faire les quatre cent coups.

En quatre cases, l'auteur croque la vie de tous les jours, la vie normale et même banale. Avec talent, il met en exergue ces petits riens qui gâchent une journée où l'ensoleillent. Avec les Yamada, tout devient un combat, tout devient un défi ! La moindre mésaventure prend des proportions délirantes et pourtant, tout se règle toujours, avec légèreté et rire.
Pas de grand drame, pas de grande réflexion sur l'actualité ni de dénonciation. Pourtant cette BD philosophe sur les aberrations de notre monde moderne, sur les fêlures de la société japonaise et aussi sur ses valeurs et ses fondements.

Alors, prêt pour l'aventure ?

A chaque histoire, on sourit des situations à la fois si habituelles et si cocasses. On est touché par des personnages englués dans leur tracas qui arrivent toujours par une pirouette à se sortir des soucis. Au fil des pages, on s'attache, on apprend à les connaître. Et, on dévore sans sourciller l'intégralité des trois tomes qui comptabilise quand même plus de 1 000 pages !

La série est parue dans la collection shampoing, réservée au coup de cœur de Lewis Trondheim. Cette heureuse initiative empêche Mes voisins les Yamada d'être étiquetée “manga”, un genre qui décourage encore certains amateurs de BD.

Pourtant, le sens de lecture japonais est scrupuleusement respecté. Le lettrage et la traduction de qualité nous livre une lecture fluide. Le choix des notes de bas de page pour éviter une adaptation trop  française conserve ainsi tout la saveur originale du livre. Si Mes voisins les Yamada est un concentré de Japon, il est aisé de suivre avec affection ces aventuriers du quotidien.

L'humour tendre d'Ishii dépasse les frontières et nous reconnaissons tous un collègue, un voisin, la fille d'un copain dans ses protagonistes haut en couleurs ! Une série optimiste pour illuminer vos longues soirées d'hivers !
Un dossier de qualité sur le film chez Buta-connection :
http://www.buta-connection.net/films/yamada.php
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Body and Soul : manuel de survie pour femmes en milieu hostile

Le mois de novembre est la période idéale pour se chouchouter un peu. Voici la BD qu'il vous faut !
Sans baston, ni histoire d'amour à l'eau de rose, sans midinettes pré-pubères, ni héroïnes justicières avec des gros calibres à la ceinture.
La BD japonaise est d'une diversité souvent insoupçonnée si on s'éloigne des produits bien calibrés installés sur les tables nouveautés. En fouinant on découvre des titres hors-normes, sensibles, intelligents et drôles.
Alors, même si le manga vous rebute, je vous encourage quand même à ouvrir la série en deux tomes de Body and Soul.

 
Allier l'utile à l'agréable


Miku, une jeune employée dans le secteur de la pub, jongle entre ses horaires de boulots élastiques et une vie de couple incertaine avec un copain immature. Miku a toujours enchaîné les relations bancales. Son mode de vie urbain hyper-actif l'épuise.
Des migraines récurrentes lui rappellent qu'elle a aussi un corps. Comme elle continue de l'ignorer, ses manifestations deviennent plus violente. Elles révèlent l'évidence : Miku détériore sa santé et son moral.
Alors que la jeune femme semble vaciller, une rencontre avec un séduisant "magicien" (chiropracteur dans la vraie vie) va l'aider à se remettre sur pied. Petit à petit, elle comprend et accepte son corps de femme.


Ce manga est le fruit d'une collaboration entre Erika Sakurazawa, une talentueuse dessinatrice de josei (manga pour jeune femme) et de Takumi Terakado, un chiropracteur. Attention, rien à voir avec un désosseur professionnel qui fait craquer les articulations. Des textes écrits en tête de chaque chapitre donnent des conseils pratiques et faciles pour entretenir son corps, en douceur et avec respect.
Le dessin aérien et sensuel de Sakurazawa ne s'encombre pas d'effets superflus. L'utilisation des trames est limitée au nécessaire. La narration ne rechigne pas à l'ellipse, rendant le récit à la fois dense en événements et étrangement calme et serein.

Se retrouver...

Body and soul est avant tout une histoire d'amour, celle d’une femme et de son propre corps qu'elle maltraite. Parce que pour aimer autrui, il faut déjà être capable de prendre soin de soi-même. Un principe simple, évident. Pourtant, combien sommes-nous à être débordées par le travail, notre homme, les enfants, le quotidien, ou même par un célibat forcé qui nous mine ? Prise dans le flot d'une vie qui cultive le stress, la performance, l'apparence, il est aisé de se perdre.

Body and Soul nous rappelle qu'il est toujours possible de faire une pause. On a le droit de changer de vie, de plaquer un mec qu'on n’aime plus, de quitter un emploi devenu insupportable. On a le droit d'être fatiguée. Par contre, ce n'est pas une fatalité. Avec des conseils à appliquer au quotidien, distillés avec pédagogie dans le récit, Terakado nous réconcilie avec nous-mêmes. Il ne s'agit nullement d'un manuel didactique et encore moins d'un bouquin de self-help mais bien d'une fiction touchante et tendre.


La relation entre Miku et le chiropracteur est délicieusement ambiguë. Aimer, c'est donner mais aussi prendre des risques. Et Miku, malgré sa vie à cent à l'heure, ses repas sur le pouce et ses excès, a un comportement très casanier dans ses relations.
Ce qui la terrifie plus que tout, c'est d'être seule.
Elle est prête à sacrifier sa santé pour séduire, être aimée. Pourtant, petit à petit, elle évolue et découvre en elle une source pure. La force d'être indépendante, forte et heureuse. Un message positif doublé des explications concrètes pour trouver aussi notre chemin et être une femme épanouie.

Cette article a été déjà été publié pour super webzine tout nouveau So Busy Girl
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