Affichage des articles dont le libellé est Photo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Photo. Afficher tous les articles

Joli mois de mai ?

 

Tête courbée et pieds nus,

Caressé par la pluie de mai

Un brin de muguet



Dans la jardinière délaissée

Pile à l'heure pour le premier

Le bouton se fendille



Résonne encore 

Le glas de l'an passée

Printemps amer



Les clochettes retardataires

Sous l'orage chantent des vies

Futures



Merci à toi lecteur curieux d'être passé dans ce désert.







/ /
Commentaires : 1 commentaire

|Journal] Passer l'hiver

 

 Après le solstice, un équilibre étrange fige la nuit. Au premier janvier, la lumière n’aura grignoté que cinq minutes. Dix jours pour cinq minutes. Un funambule sur la ligne d’horizon, avance à pas feutré, étouffant ses désirs de cabriole, dans la crainte de retomber dans les ténèbres. L’année agonise doucement, traînant son lot de chagrins et de chocs, de naissances et de joies. Certains l’ont qualifiée, à tort, de pireannée de l’humanité.

Je n’ai perdu personne de la pandémie, j’ai perdu d’autre chose, et surtout d’autres personnes. Je ne regretterai pas 2020. Regretter n’est pas dans ma nature. Et je m’astreins à en arracher les racines de mes veines, une hygiène souvent douloureuse mais salutaire.


La nuit s’étire. Si j’aime son calme, sa tranquille torpeur, son cocon de mystère, elle noie le paysage, grise et floute les plans, brouille l’essentiel, ombre les émotions, tamise l’enthousiasme en une poudre soluble dans la peur et l’angoisse. La longue nuit use les âmes.

L’hiver, trop doux, lui aussi manque de vitalité et son pouvoir de réduire au silence les nuisibles s’amenuise avec les années. Tout le monde s’épuise. Même les saisons.


Autour de moi, tant d’amis souffrent, s’inquiètent d’un avenir branlant, de revenus qui s’évaporent, de l’impossibilité de se nourrir de ces choses non-essentielles qui séparent la survie de la vie. Ces choses et ces expériences qui nous lient, nous subliment, nous apaisent, nous violentent aussi parfois, nous secouent, nous agacent, nous transforment, nous emplissent de joie, d’amour, nous enchantent.

Autour de moi, le monde me rebute, et je m’y cogne toujours, avec de moins en moins de force, de moins en moins d’envie. Je limite les contacts, les sollicitations, je tisse une toile de taille plus modeste mais à la maille plus fine, plus solide, chaude et moelleuse.


Paris, bruyante, dense, sous les illuminations des fêtes, se précipitent dans les heures du jour avec la pression sourde du couvre-feu, des contrôles, et du risque invisible. La campagne boueuse me manque. Crépuscule de feu, bleu glacé des matins, givre et nuée, odeur d’humus et de fumée, tout me manque ici. Les rires du foyer et les pépiements dans les cimes raisonnent encore dans le silence feutré d’un appartement trop grand. Vide.


Passer l’hiver, dit le dicton populaire. Passer l’hiver, dit le recueil de nouvelles douces-amères d’Olivier Adam. Passer l’hiver, cette année, me paraît l’unique résolution possible pour l’année en gestation.

Pas à pas, heure par heure, cœur à cœur, passer l’hiver.

 





 


/ / / /
Commentaires : 1 commentaire

NaNoWriMo 2020 : bilan en demi-teinte



En déclarant ma participation au NaNoWriMo cetteannée, j’espérais trouver l’énergie pour écrire 50 K mot sur plusieurs fronts : d’abord des articles de blog, ensuite, un texte de non fiction, très personnel. Le défi sur ce plan m’aura permis de m’apaiser, même si le résultat ressemble plus à un champ de mines qu’à un quelconque texte vaguement publiable. Même pas un brouillon, juste un truc vomi, à la granulométrie variable, à la dureté fluctuante et à la viscosité pâteuse. L’introspection souvent pénible imposée par l’exercice m’a laissé plusieurs fois exsangue, dans un contexte d’absence de repère particulier, ou plus exactement, un contexte de repères qui n’étaient pas les miens.

Durant tout le mois, j’ai partagé le quotidien et le rythme d’une famille avec un emploi du temps chargé, alors que de mon côté, ma vie tient du pont suspendu au-dessus du vide, dans un paysage nimbé de brouillard. Je ne vois plus d’où je viens et je ne sais plus trop où je vais. Je me contente d’avancer, pas à pas, sur des planches parfois vermoulues, souvent je suis prise de panique par les interstices vertigineux. Les mains agrippées au cordage usé, une prière sans conviction pour garder de l’espoir. Avancer. Mais je pourrais tout aussi bien poser mon cul et balancer mes jambes, un temps infini, jusqu’à ce que les muscles fondent, que mes membres s’atrophient et que j’en perde mes chaussures.

Je vis mal cet échec. Il s’amoncelle sur le tas toujours plus haut des déceptions alors que je tourne résolument le dos à celui des accomplissements et de réussites, refusant de comptabiliser le positif. Crétin de cerveau.

Joyeux biais de focalisation sur les trucs ratés, pourris, qui font mal. Je le sais, mais pour l’instant, je le laisse planter ses crocs dans mes mollets. Essayer d’avancer sur un foutu pont brinquebalant avec des kilos de tristesse et de désillusions, quel exercice à la con !

Alors, la quantité de mot n’est pas au rendez-vous cette année. Pourtant j’ai pissé de la ligne, tous types d’écriture confondus, sans trop me relire ni corriger. Malgré cela, je n’ai pas tenu la distance.

 


 

Si je regarde le chemin accompli, j’ai mis à jour mon blog avec quelques articles perso et surtout, l’un assez conséquent, au sujet de l’apprentissage du japonais. D’ailleurs, une partie de la raison de mon échec du NaNoWriMo cette année tient au temps passé à dépoussiérer de façon compulsive mes connaissances, surtout pour les kanji. En un mois, j’en ai réappris bien 150 et si j’intègre ceux en cours, je monte à plus de 200. Pour le vocabulaire, il y a encore du boulot. Je n’ai pas non plus pris le temps de réviser la grammaire, avec de l’écoute quotidienne de 30 min à deux heures de podcast en japonais, certaines structures reviennent doucement. Je ne pensais pas m’impliquer autant, j’avais prévu d’autres activité manuelles pour ce mois de novembre, dans


la campagne belge : apprendre les bases du crochet qui s’est avéré problématique en raison de la laine conseillée par la vendeuse de la mercerie (il est impossible de défaire mes ouvrages), et dessiner. Une activité qui demande trop de concentration et laisse trop d’espace de silence dans mon crâne. Mes pensées et mes ruminations gambadent alors et jouent à saute-mouton.

Oui, j’avais un peu chargé le programme de novembre, surtout avec un moral au plus bas et une procédure de divorce en cours. Cependant, je croyais sincèrement réussir, cette année, à produire cette quantité de mots, à atteindre les 50 K. En travaillant sur soi, sans écrire une histoire, mais son histoire, en imaginant et s’imprégnant non d’une ambiance mais de son état intérieur, le flux a été irrégulier et souvent, malgré l’envie et l’attente, un maigre filet de mot a jailli, à peine un pissouillou, pas de quoi remplir une citerne. Ce texte-ci compose en quantité les 2/3 de ce que j’ai pondu, à savoir 44 K mots.

Et je ne sais que faire avec, à part continuer le travail.

 


 

La bonne surprise du NaNoWriMo s’est produit sur les derniers jours. Un auteur que j’apprécie beaucoup, Nicolas Pages, a partagé un appel à texte de son éditeur lyonnais – une incitation forte vu mon souhait de relocation – réservé uniquement à des autrices. J’ai gardé l’info dans un coin de mon crâne, et un bout d’idée s’est agrégé à un autre, à des réflexions et inquiétudes, et hop, un bout de machin qui pourrait être un nouveau texte a pointé son nez. Obéissant à la loi du NaNoWriMo qui consiste à balancer pêle-mêle les phrases qui te passe par la tête, je me suis lancé, encore une fois sans filet, dans une fiction. J’ai des projets qui attendent que je passe à l’acte. Ils sont structurés, documenté, bien rangés. Et, aussi, ancré dans le naufrage de mon ancienne vie. Trop teintés de perte pour l’instant. Alors voilà, je m’embarque dans un machin sans rien connaître, j’ai une vague trame, une idée de fin et deux personnages. Je verrai où ce truc me conduit, que se soit un court roman qui rentrerait dans les clous de l’appel à texte, ou une nouvelle ou novella, qui ira grossir le tiroir des machins finis et non publiés.

Cette année, le NaNoWriMo est un échec puisque je n’ai pas franchi la ligne d’arrivée visée. Le défi m’aura aidé à écrire, au quotidien, et par mon implication sur le blog, à partager mon expérience sur l’apprentissage du Japonais. J’ai à ce sujet un second article en préparation.

Par rapport au deux dernières années, novembre aura été un mois relativement productif et épanouissant sur le plan créatif et surtout, pour ma remise en cause perso, qui tient plus de l’intervention d’une garnison armée de pelleteuse que d’un d’un travail méticuleuse, réfléchis et constructif. À force de tout foutre en l’air, je suis au moins dans l’air du temps, de la déconstruction du moi et de la culture acquise, hétéro cisgenre, colonialiste, patriarcale et tutti quanti. Émancipation me voilà (ou juste chaos et destruction).

/ / /
Commentaires : 1 commentaire

[Journal] La Sablière




Du sable sous mes chaussures de rando.

Comme en mars, à Quiberon, juste avant le coup de semonce, rentrez-chez vous, nous sommes en guerre, enfermez-vous, nous sommes en guerre, pas besoin de masque, et bah, le gel hydro-alcoolique, on fera sans… Mais nous sommes en guerre.

Je n’ai pas vu passer l’été, le cœur congelé.

 

 

Du sable comme à Deauville, du sable comme à Dinard et à Dinan, pour nos vingt-ans. Du sable d’escapade, des bribes de vacances et de week-end prolongés, rares. Du sable sous mes chaussures qui résistent. Elles ont pris l’eau après avoir marché dans la prairie détrempée. Un coup de bombe imperméabilisante pour finir de bousiller la couche d’ozone et prolonger un peu la survie du nubuck. Les semelles tiendront encore longtemps. Plus que nous après nos vingt-ans.

Ce sable-là, tu ne le fouleras jamais.

Cet endroit-là, tu ne le connaîtras pas.

Juste une sablière, peut-être encore exploitée, un terrain de jeu pour ados en VTT, chiens en manque de course et bestioles sauvages en manque de terrain pour se dépenser. Novembre aime les jaunes souffreteux et les rouilles résistants, il tolère aussi les cramoisis à la fougue arrogante. Éventrées par les hommes avides, les strates exposent leurs surprenants dégradés colorés et leurs entrailles coulent en ravines. Canyon miniature entre des prairies où paissent des moutons. Au loin, deux ânes braient dans le couchant.

 

 

Sur le sentier, je fixe mes pieds. Je songe à avant. Le sable d’avant toi. Celui du Portugal, de la Corse. Celui de la Baie de fourmis et de Passable porte ta marque. Mémoires souillées, salées. Pas envie d’emporter partout le poids du vide dans ma poitrine. La Corse. Quiberon. Mieux, simplement ce lieu. La Sablière. Bioul-sur-Plage. Au bout du chemin, un petit lac où nagent les arbres, silhouettes déjà presque nues. Une souche rongée se dresse, phallique et sculpturale, architecture étrange ou création contemporaine in-situ pour palier à la mort lente des musées ?

Je flanche, scindée, dissociée.

Éparpillée en grain, je coule, asséchée. Mouillée, je reprends ma cohérence, hélas toujours friable.

Marcher, dans le sable, dans l’herbe, dans la gadoue, sur les feuilles glissantes, dans le sous-bois dévasté par les engins forestiers. J’entasse les grains de souvenirs, les odeurs, les impressions de couchant, les halètements de la chienne, la tension dans les muscles après une grimpette, l’oppression dans la poitrine quand la vie d’avant m’assaille, le japonais qui noie mes oreilles et le vent, distant.

 


S’accrocher. Se remplir.

Il est temps de retourner le sablier.

/ / /
Commentaires : 0 commentaires

Le jardin de Monet à Giverny : entrer dans un tableau


La semaine passée, je suis retournée voir les magnifiques jardins de Claude Monet avec mon amie artiste Fanny Ruelle. Avant, elle habitait Vernon, une petite ville du Vexin, situé à proximité de Giverny. J’ai eu le plaisir de visiter le lieu plusieurs fois en sa compagnie et c’est avec stupéfaction que je réalise ne jamais en avoir parlé ici.

Histoire succincte et conseils pratiques


La maison où s’installe Claude Monet en location quand il avait une quarantaine d’année, en 1883, était bien différente de la merveille actuelle, deuxième lieux touristique de Normandie par sa fréquentation, après le Mont Saint-Michel. Rachat d’un terrain, aménagement complet du jardin avec creusement et détournement d’un bras de l’Epte pour créer un étang… Claude Monet a transformé l’existant en un coin paradisiaque. Le Japon infuse le lieu, des estampes accrochées sur les murs jusqu’au pont en demi-lune et au choix de végétation avec bambou et ginkgo. Au fil des années, avec la renommée, le peintre a acquis l’aisance financière pour achever son projet ambitieux. Le jardin devient une source inépuisable d’inspiration et de sujets. Après le décès du peintre en 1926, le bien périclite, jusqu’à être quasiment abandonné en 47. En 66, après le décès du dernier héritier, il devient la propriété de l’Académie des beaux-arts. Une rénovation très couteuse est nécessaire pour remettre dans l’état jardin et maison. Il faudra attendre 1980 avec la création de la Fondation Claude Monet pour l’ouverture du lieu au public, restauré à peu près à l’identique, même si certaines variétés de plantes ont hélas disparues.



La particularité de ce jardin, pour le visiteur qui y vient la première fois, est l’impression immédiate de familiarité. Monet l’a si souvent représenté qu’il est impossible de ne pas s’y sentir en terrain connu. Quant aux reproductions de Monet qui ornent mugs, torchons et tous objets avec un vague potentiel commercial, il est impossible d’y échapper. Cette foison d’images ne rend d’ailleurs pas justice, à mon avis, à la magie des tableaux, pire, la surexploitation avec les années les ont dévoyé avec arrière goût cheap. Rien ne remplace une visite à Marmottant ou à l’Orangerie pour s’imprégner de l’ambiance des immenses toiles et leurs vibrantes couleurs, de leur flou magique, des traces de pinceau tantôt en épaisseur tantôt si sèches qu’on discerne le passage de chaque poil. En général, après chaque visite à Giverny, j’ai très envie de retourner dans les musées.




Le printemps et l’automne demeurent à mon avis les meilleures saisons pour se rendre au jardin. Les floraisons et les couleurs de l’été me paraissent plus ternes et moins variés, cependant, c’est le moment idéal pour profiter de la vue des fameux nénuphars. Si vous le pouvez, je vous conseille vivement de venir en dehors des week-ends et des vacances scolaires. N’hésitez pas à arriver dès l’ouverture et à prévoir d’y rester la journée pour profiter du village. En ce moment, l’absence des touristes venus de loin est compensée par de nombreux visiteurs locaux et européens. En plus, la réservation est obligatoire et le circuit est à sens unique et les chemins ont été fermés. Notez qu’il est actuellement interdit de dessiner dans les jardins afin d’éviter qu’on y stationne trop longtemps. Nous avons eu droit à une remarque à ce sujet par le personnel alors que nous finissions une aquarelle. Autre détail pratique, la boutique regorge de ces produits de piètre qualités made in China que je mentionnais plus haut. Vous pouvez aussi trouver du matériel de dessin, probablement plus cher que dans des boutiques spécialisées. Si vous avez envie d’un souvenir de qualité, je vous conseille plutôt de vous rendre au musée des Impressionnistes, à quelques minutes à pied. Là, vous trouverez des beaux livres, de la papeterie de qualité, et des bricoles à des prix raisonnables d’un goût plus délicat. Si vous avez la flemme de le visiter, ne ratez par ses jardins (accès gratuit) et le joli bassin aux poissons rouges.



« Mon » Giverny...


Le jardin d’eau et son lac miroir, entouré d’immense arbres comme le saule pleureur ou l’érable du Japon, suscite toujours surprise et admiration. Je les retrouve, de vieux amis hors du temps, que seules les saisons embellissent. La magie s’opère, comme dans Rêve de Kurosawa, j’entre dans la peinture, je me promène dans un lieu si célèbre qu’il est comme teinté par la perception du peintre, pourtant j’oublie la surexploitation des icônes, je laisse derrière les images usées, et je regarde le présent. Je ressens le tremblement les couleurs, leurs vibrations subtiles. Les formes fusent, les teintes se mêlent, coulent, se marient et se choquent. Les fleurs deviennent des points et des tâches, perdent leurs contours pour être une représentation sensible, le regard d’un autre altère le paysage. Si je ferme les yeux, les salles courbes du musée de l’Orangerie se surimposent, les œuvres de Marmottant se fondent et bientôt, une autre réalité m’emporte, douce et silencieuse, faite d’huile et d’eau, de pigments et de végétation. Je bascule dans un rêve éveillé, l’attirance pour la distorsion apportée par la représentation s’affirme, et je sens une envie de prendre mes crayons, de gribouiller maladroitement la scène. Si je suis incapable de tracer et donner forme à ma vision du monde, mes mains malhabiles se débrouillent dans un acte amateur réjouissant. Le résultat me convient car il englobe le plaisir de l’observation, la concentration de l’œil pour tenter de comprendre la structure et l’agencement du paysage.



Giverny, enfant, était un toponyme paradoxal, à la fois source de fantasme mais aussi de disputes parentales. Souvent ma mère en parlait à mon père, lui reprochant que nous ne l’avions vu. Giverny sonnait à mes oreilles comme une promesse de luxe et de joie, un peu amère aussi, inaccessible. Très jeune, comme beaucoup d’enfants qu’on initie à la peinture, je suis tombée amoureuse des tableaux de Monet. L’approche du flou correspondait aussi à ma vision du monde sans lunette, une réalité tangible et aussi solide que celle perçue au travers de mes verres épais. Le monde net était certes plus pratique, moins difficile à naviguer, moins piéger, mais il perdait en poésie, en merveilleux et surtout, en opportunité de cachette. Pré-ado, les parents d’une amie m’ont proposé de les accompagner pour la visite. J’ai un souvenir ému du pique nique sur les bords de Seine dans un lieu sauvage et désert, de la visite d’habitations troglodytes et bien sur, du Jardin de Monet. Rétrospectivement, je crois que la collection d’estampes japonaises a influencé ma sensibilité et l’a courbé, façonné afin d’accueillir des années plus tard la culture de ce pays qui n’était jusqu’alors la terre d’origine de dessins animés que je jugeais violents ou stupides.


En compagnie de Fanny, j’ai redécouvert Giverny avec un regard d’adulte. L’étonnement et la joie ressentie plus jeune sont toujours intacts à chaque visite, même si en vieillissant, la foule me dérange de plus en plus. Cela ne m’empêche pas d’y retourner dès que l’occasion se présente, sans jamais m’en lasser. J’espère que l’article vous aura donner l’envie d’une visite !

Le site de la Fondation Claude Monet : https://fondation-monet.com


/
Commentaires : 0 commentaires

Promenade dans les jardins de Versailles, désert royal




La parenthèse s’étiole. On nous rebat les oreilles sur le monde d’après, tout pareil que celui d’avant, en pas mieux. Fatiguée, je me contente d’écouter une autre musique, celle du vent et des oiseaux, de nouveau assourdie par le retour des bouchons sur le périph. Les frontières sont fermées et le tourisme de masse laisse encore tranquille la capitale ; festive, elle, rattrape avec frénésie les semaines de frustrations. Des masques dans le caniveau, des terrasses bondées et dans les restaurants, une distance de sécurité. Une table sur deux, voilà qui rend les repas plus tranquilles à mon goût. Les musées commencent à rouvrir, sur réservation. Voilà donc une occasion de profiter avec calme de lieux à l’accoutumée si bondé que leur accès est pénible lorsque, comme moi, une foule trop dense, gâche le plaisir jusqu’à l’angoisse. Et puis, je vais quitter Paris.




Comme chacun, j’accumule les « un jour ». Je le visiterai bien « un jour ». J’irai « un jour »… Le décompte est lancé et le sac à « un jour » qu’on aspire tous sans fond, s’amaigrit. Alors, avec une amie, nous avons décidé d’un programme de rattrapage, de faire ces promenades sans cesse repoussées. Nous avons commencé par le Château de Versailles, lieux bling bling où je ne me suis rendue que quelques fois, pour voir de l’art contemporain (comme l’expo Murakami en 2010) ou des spectacles en plein air. Si l’architecture ostentatoire et surchargée me laisse impassible, déambuler dans la galerie des glaces avec une poignée de visiteurs m’a impressionnée. Le faste du lieu prend, dans le calme, une autre ampleur. Les contraintes sociales de la cours et la nécessité d’un décorum rigide me paraissent un carcan bien insupportable. Nous nous arrêtons pour observer les détails de tentures, des tapisseries, les dorures des meubles, les poignées de portes, les pieds des fauteuils. Personne pour nous bousculer ou nous houspiller. Le Grand Trianon, encore moins animé, est un réel plaisir. Là, fini les fresques au plafond et l’omniprésence de l’or. Le contraste entre l’architecture et le mobilier me séduit.








Mais la vraie joie se trouve au jardin.
Certaines parties ne sont pas ouvertes et partout les jardiniers s’affairent, surpris presque de voir déambuler les visiteurs. Lorsque nous nous enfonçons dans le parc, nous marchons, seules dans les allées proprettes d’arbres au carré. Le hameau de la Reine, charmant, et sa ferme de poupée, abrite une basse-cours exotique où poils et plumes resplendissent. Les bestioles nous observent placides. Les chèvres viennent se faire gratte. Les poules se coursent. Les lapins mastiquent. Il existe un parcours recensent les arbres remarquables. Vieux gardiens du parc, ils ont dû voir défiler de sacrés loustics, entendre complots et remarques idiotes, en toutes les langues sans compter l’activité dans les bosquets.






Marcher, observer écorces et fleurs ; se poser pour gribouiller et boire un jus d’orange fraîchement pressé. Quelques familles, quelques personnes âgées, quelques Anglais. Nous sommes arrivées à 10 h et nous partons à 17 h, fourbues mais joyeuses. De l’or et du vert au fond des prunelles, l’écho de nos échanges tantôt philosophiques tantôt stupides mais si drôles, gonfle nos cœurs. Une plume dans le sac, deux dessins dans mon carnet. C’était une belle journée.

Pour voir des photos de l’intérieur du château, c’est sur en public sur facebook


/ / /
Commentaires : 2 commentaires

2010-2020 - Rupture




Ce blog a dix ans aujourd'hui. Il vivote, avec des hauts et des bas, en fonction de mon aspiration et mon inconstance. Pourtant, il existe toujours, comme moi.

Certains qui me suivent sur les réseaux sociaux savent que ma vie perso tremble et se fissure. Mon compagnon et époux me quitte, après une belle histoire de 21 ans. L’amour et la volonté ne suffisent pas. Les dysfonctionnements virent au toxique et une collègue prend la relève.

Je perds mon amour, je perds le foyer idyllique acheté il y a deux ans.
Je perds un avenir que je pensais solide.
Patatras.
Je perds aussi un cocon devenu prison.

Mon égo se prend un coup de pelle. La personne qu’il décrit me paraît bien peu aimable, pour ne pas dire abominable. Je ne suis pas une nana facile. J’oscille entre hypersensibilité avec empathie débordante à froideur extrême avec zéro émotion et analyse purement factuelle d’une situation. Invivable. Ces deux pôles contradictoires tendent à s’affirmer avec le temps. Je navigue dans ces eaux étranges sans connaitre les courants et parfois, je m’échoue un temps, oublie le monde, avant de sortir la tête de l’écume, étonné de voir autour de moi d’autres humains.



Dix ans de blog.
Une rupture, une déchirure, un arrachement.

Je vais quitter Paris.
Le territoire trop chargé ne me laissera pas m’envoler. Je ne peux plus contempler la ville sans risquer d’être prise en embuscade par une tristesse trop grande. À chaque coin de rue, autant de souvenirs heureux soudain virent au aigre ou l’amer, autant de marque sur le cœur. Je vis à Paris depuis l’été de mes 18 ans. J’aurai 45 ans à l’automne.




Une amie m’a dit « ho, une deuxième vie ! »
Une autre me dit « 10 ans, les noces d’étain. Tu éteins ton ancienne vie pour en allumer une nouvelle, si possible dans la ville qui fête ses lumières » (Coucou Leslie)
Je prévois en effet de partir pour Lyon.
J’ai tellement de chance d’avoir vécu un bel amour. J’ai tellement de chance d’avoir autant d’humains qui veillent, parfois de très loin. C’est si difficile d’encaisser, de lâcher. Mais, au milieu de ce bordel, j’ai la certitude de savoir ce que je fous sur cette terre, pourquoi je suis là. Écrire. Même maladroitement. Même si vous êtes une poignée à me lire ici. Même si cela ne va pas me faire bouffer (bon, en ce moment, je ne graille pas des masses).


Ça va aller.




Photos prise le 9 novembre 2019, au Japon, au temple Kôzen-ji, Komagane
Merci à EM pour votre présence et votre amitié


/ / / /
Commentaires : 2 commentaires

Lignes brisées et courbes






J’ai franchi le périph dans un RER.

Pour la première fois depuis deux mois, j’ai remis les mis dans les transports en commun. Le jeudi matin de l’ascension, les couloirs déserts de Nation avec leur marquage au sol prennent une allure de voyage exotique ou d’un monde d’un œuvre de SF. Il fait chaud. Trente degrés annoncés. Je sais qu’une fois la frontière du tourniquet derrière moi, j’ôterai mon masque. Derrière la vitre, du vert flou, du gris béton et de la pierre de meulière. La banlieue défile et déjà, j’arrive à destination : Le parc de St Maur.







Marcher sur les bords de Marne, observer les mouvements de l’eau. Croiser un chat pas farouche, observer les plantes sauvages qui rivalisent de couleurs, sentir le vent et discuter, en vrai, pas par téléphone. Un échange humain juste réduit à la voix perd en richesse, et deux mois de régime sec ont attisé ma soif, tant pour un peu de campagne, que pour une rencontre tangible, « en vrai ». Je n’ai pas ouvert un livre durant deux mois, et très peu travailler. Tenir un journal, écrire des micro poèmes ne suffit pas. J’ai besoin de plus.





Je regarde le paysage. Je note les piliers, les lignes verticales franches, plantées dans l’eau ou dans la terre. Ces lignes qui tiennent droits, sans soutien, qui ne fléchissent pas. Je regarde les lignes courbes, avec la souplesse et la fluidité du cours de la rivière, ces lignes qui s’adaptent.

Je regarde les lignes brisées, cassées, ruinées ou volontairement interrompues.






Et puis, il y a les escaliers. Parfois à peine un ou deux degrés, parfois une volée de marche. Monter, descendre, changer d’altitude, varier les angles de vues, varier les points de vue. Je sens qu’un message crypté me chatouille l’inconscient sans pour autant le saisir. Le sentiment d’enfermement, de blocage, perdure encore, même une fois l’autorisation de « dé-confinement » officielle donné. Mais, en ce jeudi ensoleillé, il faiblit, amorce un retrait.





/ / /
Commentaires : 0 commentaires

Après l'orage...





Derrière la baie vitrée, un cimetière de pétales blanc et rosée est apparu en une nuit. Les dépouilles gisent par dizaine sur les lattes encore mouillées du bois grisé de la terrasse. Au soleil du matin, tout brille. En contrebas, dans l’impasse, les détritus repoussés par les bourrasques de la nuit s’amoncellent. Les pavés, blasés, ont l’habitude. À chaque coup de vent, c’est la même ritournelle. Les saletés du monde s’entassent ici, sans personne pour oser les ramasser. Je me houspille intérieurement, culpabilise, et pourtant, je n’ai jamais le courage de descendre avec un sac pour collecter. La consolation cependant vient des flaques d’eau sur les pavés. Plus loin, dans la rue où les voitures reprennent le pouvoir, l’orage aura lavé l’odeur d’urine rance. Dans les caniveaux, masques en papier et gants en plastique prennent le relais des mégots, espèce en voie d’extinction depuis plus de cinquante jours.




En attentant que leurs voisins humains ne s’agglutinent au comptoir pour le même rituel, les oiseaux viennent boire leur coup à l’eau débordante des coupelles des jardinières. Pauvres ignorants, bientôt, la ville ne sera plus à vous. Vos concerts journaliers s’éteindront, étouffés dans les klaxons et les pétarade des scooters. Les autres habitants des parcs perdront leur quiétude et l’amour sera, comme à chaque printemps, furtif et risqué. Les nuisibles, comme on les qualifie, retourneront à la nuit et aux interstices.






Après l’orage, le mois de mai jolie s’autorise une grande inspiration.


L’air soudain frais s’alourdit à mesure que le silence s’évapore. De la buée sur mes lentilles de contact et une démangeaison derrière mes oreilles. Je songe aux forêts. Aux déserts. À la liberté de la plume.


J’entame un nouveau cahier, un nouveau projet.



/ /
Commentaires : 2 commentaires