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Après l'orage...





Derrière la baie vitrée, un cimetière de pétales blanc et rosée est apparu en une nuit. Les dépouilles gisent par dizaine sur les lattes encore mouillées du bois grisé de la terrasse. Au soleil du matin, tout brille. En contrebas, dans l’impasse, les détritus repoussés par les bourrasques de la nuit s’amoncellent. Les pavés, blasés, ont l’habitude. À chaque coup de vent, c’est la même ritournelle. Les saletés du monde s’entassent ici, sans personne pour oser les ramasser. Je me houspille intérieurement, culpabilise, et pourtant, je n’ai jamais le courage de descendre avec un sac pour collecter. La consolation cependant vient des flaques d’eau sur les pavés. Plus loin, dans la rue où les voitures reprennent le pouvoir, l’orage aura lavé l’odeur d’urine rance. Dans les caniveaux, masques en papier et gants en plastique prennent le relais des mégots, espèce en voie d’extinction depuis plus de cinquante jours.




En attentant que leurs voisins humains ne s’agglutinent au comptoir pour le même rituel, les oiseaux viennent boire leur coup à l’eau débordante des coupelles des jardinières. Pauvres ignorants, bientôt, la ville ne sera plus à vous. Vos concerts journaliers s’éteindront, étouffés dans les klaxons et les pétarade des scooters. Les autres habitants des parcs perdront leur quiétude et l’amour sera, comme à chaque printemps, furtif et risqué. Les nuisibles, comme on les qualifie, retourneront à la nuit et aux interstices.






Après l’orage, le mois de mai jolie s’autorise une grande inspiration.


L’air soudain frais s’alourdit à mesure que le silence s’évapore. De la buée sur mes lentilles de contact et une démangeaison derrière mes oreilles. Je songe aux forêts. Aux déserts. À la liberté de la plume.


J’entame un nouveau cahier, un nouveau projet.



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Le jour de la Terre où elle eut (un peu) la paix


Plus de 4 milliards d’humain se serait trouvé confinés, à la louche, plus de la moitié de la population mondiale selon un média environnemental. Check news de Libération, en décompte 2 milliards au 30 mars.

La planète souffle.

Économie en suspens, activités polluantes et grouillantes soudain à l’arrêt ; alors que l’humanité semble en apnée, les autres espèces, elles, profitent de la tranquillité. Si la pollution atmosphérique a connu une baisse drastique, la réalité reste moins youpi-yop avec notamment la multiplication de décharge sauvage. Sans personne pour surveiller, il est facile de vider sa merde dans les rivières, dans champs, dans les forets.
Cependant, on peut mesurer durant cette période extraordinaire les impacts de nos vies, y compris dans des domaines surprenants comme l’activité sismique. Les scientifiques collectent des données assez incroyables. Après, nous sommes balèzes pour ne pas les écouter lorsque les conséquences de nos actions impliquent de changer de façon de vivre, de « perdre » du confort, d’abandonner un mode de consommation mais aussi de penser. Trop difficile ; trop pénible. 
On verra plus tard. 
Les prochains se débrouilleront.

Le jour de la Terre, comme la « journée de la femme », me laisse dubitative ; l’existence même de l’évènement donne la dimension du problème. Pour la moitié de l’humanité, une fois par an, on tâche de rappeler qu’elles ont les même droit et que cette égalité est un combat encore difficile. Pour la planète, une fois par an, on pense à ce qui se trouve sous nos pieds, à ce qui passe au-dessus de notre tête. 
Le sol, pas toujours solide, l’air, par toujours transparent.
Menacés par l’infiniment petit, obligés de nous terrer, cette commémoration prend des atours insolites voire franchement ironiques. L’environnement revient sur le devant de la scène, rentré par une porte microscopique, pour nous prouver que nos actions ont des conséquences, souvent très complexes.



Le ciel est dégagé en cette soirée douce du 22 avril.
Pas de nuages. Comme depuis six semaines, je me réjouis d’observer ce morceau quadrillé par les immeubles du 20e, sans qu’il soit haché par les trainés des avions. Les bruits sont limités aux conversations, rires et hurlements d’autres parisiens. Pas de vrombissement lointain. Pas de sirène. Aucun klaxon. Et le crétin en scooter qui fait des tours de quartier se limite à un seul, probablement de crainte de se manger un coup de pelle. 

Sur la terrasse, un pigeon gonfle ses plumes. Il a raté son atterrissage il y a une heure et s’est presque assommé. On le laisse tranquille, en attendant qu’il recouvre assez ses esprits. 

Le crépuscule force les ombres et les arêtes de béton tranche le bleu roi. La température baisse. Bientôt, à la fenêtre, certains applaudiront. Le jour de la Terre s’achèvera, discret 50e anniversaire dans les médias. Le pigeon me regarde et se rapproche de la baie vitrée ouverte. Tant qu’il n’ouvre pas le frigo pour prendre une bière, je le laisse tranquille.

Dans mon pot de compost, les bactéries et les insectes s’en donnent à cœur joie. Si je ne peux pas faire grand chose pour l’état de la Terre, au moins, je peux contribuer à en renouveler, sans majuscule.


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Quinze ans d'attente...


Timidité maladive ou patience infinie ?
Voilà la première fleur du lilas, après des années d'attente.

Si vous êtes curieux, je vous raconte son histoire ici.


Deux branches portent des inflorescences. La plus vaillante vise le ciel et commence à éclore. L'autre, plus rétive, ferme encore les yeux sous les assauts du soleil d'avril, hésitante à s'offrir.

La morphologie de la plante n'inspirera aucun élan au poétique. De guingois, mal taillé, l'arbuste n'a ni l'élégance de l'érable qui lui fait de l'ombre ni la rectitude touffue des althéas voisins. Mais il fleurit. Une récompense alors que j'avais perdu espoir.


En ce printemps borné par une attestation de sortie, par l'horizon bouché d'immeubles et la crainte soude de l'avenir, deux fleurs et un parfum, quel trésor ! Merci lilas.









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Méditer à l'Unesco avec Ando Tadao


A l'occasion d'un salon autour du Japon, il était possible d'accéder au bâtiment de L’UNESCO et surtout au jardin japonais sans réservation.


Ce dernier date de 1958 et a été conçu par Noguchi Isamu. La fontaine monumentale en granit vaut le détour. Le cailloux pèse 7.8 tonnes ! En 93, Ando a crée une maison de thé temporaire pour une manifestation. J'aurai adoré la visiter. En 95, l'architecte japonais réalise un espace de méditation. La particularité de la construction en béton de forme cylindrique très brute, est d'être implanté au cœur d'un bassin en gratin irradié (mais préalablement décontaminé) provenant d'Hiroshima. Le propos d'Ando est qu'il voulait « exprimer le néant et créer un espace dans lequel, une fois à l'intérieur, les gens perçoivent à quel point il est absurde de se battre les uns contre les autres ».











Je suis sensible à cette architecture minimaliste de béton et de pierre, où la forme d'une grande simplicité et d'un vide absolu nous invite à tourner notre regard vers l'intérieur. Pas l'absence de fioriture et de décoration, chaque strie, chaque objet prend une importance capitale. Juste quelque chaises en métal disposées là.
Le lieu m'a impressionné.
Je suis sensible aux courants tels que Bauhauss et au brutalisme qui s'accorde bien avec mon attirante pour des formes très dépouillées. Le jardin japonais, aux couleurs de l'automne et sous la douceur d'un été indien persistant, était aussi une découverte charmante. De l'eau, des feuilles noyées, de la pierre. Une recette magique pour la contemplation.




Liens :
Actuellement, il y a une exposition sur Ando Tadao au centre Pompidou (jusqu'au 31/12)
https://www.centrepompidou.fr
Sur la maison de thé temporaire de 93 :
http://un-voyage-au-japon.over-blog.fr/article-31372485.html
Sur Isamu Noguchi :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Isamu_Noguchi
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La couleur et la forme : l'atelier Brancusi et la fontaine Stravinsky

Sur l'esplanade du centre Pompidou, en accès libre et gratuit, il y a une reconstitution fidèle du sculpteur Brancusi. Il aura fallut que sa visite figure dans les « devoirs » des mes cours des ateliers des beaux-arts pour qu'enfin, je le visite. Ayant vécu des années juste à proximité, je n'ai vraiment aucune excuse à ce manque de curiosité. Même sans trop apprécier le travail de l'artiste, le lieu mérite de le détour

Rentrer dans l'intimité d'un atelier, dans son organisation, dans son esthétique, révèle beaucoup sur la personnalité et la sensibilité de la personne. Celui de Brancusi surprend pas l'agencement méticuleux de chaque œuvre, le soin apporter l'équilibre des formes. Horizontalité, verticalité et rondeur. Homogénéité de couleur avec juste des rehauts de métal, comme une dorure à la feuille d'or subtile sur une œuvre d'une grande retenue.
Assise dans la tranquillité du lieu, j'ai pris beaucoup de plaisir à y dessiner.




Le second volet de ma promenade m'a conduit à la fontaine Stravinsky et son cirque mouvant. À l'époque où j'habitais rue St-Martin, je la détestais cordialement. Ses couleurs criarde, ses formes obèses, monstrueuses, ses machines mouvantes qui pourtant ne vont nulle part. Puis, j'ai découvert la vie et l’œuvre de Niky de Saint Phalle. Une révélation. Un choc. De la catharsis à la sublimation. Mon regard sur les œuvres de cette femme a radicalement changé. J'y vois une jouissance assumée, une joie de vivre sensuelle, incarnée et une ode lumineuse qui s'émancipe des lois et des préjugés. L'esthétique, la beauté, autant de notion engluées dans des carcans sociaux et culturels dont il est possible de se libérer.









Deux dessins contrastés, selon la contrainte fourni par le prof, qui pourtant raconte la même chose : une cécité, une incompréhension sans aucun fatalisme. Celle que je suis aujourd'hui différent beaucoup de celle que j'étais à dix-ans, lorsque je suis arrivée à Paris.
Dimanche j'aurai quarante-trois ans.
Et je suis assez fière de celle que je deviens. Même si, comme l'atteste mes crobars, j'ai une belle marge de progression !





Liens pour les curieux :

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L'article que je ne voulais pas écrire #metoo



Lundi 15 octobre, alors que je rentrais chez moi, peu après 19h, j'ai été agressée. Je vais bien. Une grosse frayeur. Juste une grosse frayeur. Un an après l'affaire Weinstein et le mouvement #metoo, je prends mon courage à deux mains. Je sors du silence ici. 
J'arrête de considérer que ces actes ne sont pas graves, pas importants, ne méritent pas d'être mentionnés.

Rien de grave


L'an passé, j'ai découvert avec une horreur grandissante le nombre de mes amies et connaissances qui avaient subi des agressions sexuelles et des viols. Moi je n'ai pas été violée. Jamais. Ni tapée.
Insultée, attrapée, pelotée, touchée, menacée de viol, menacée de mort, coursée, oui. Alors, sur l'échelle de l'atroce, je me situe dans le supportable. Dans l'acceptable. Parce que j'ai une image de moi pas très reluisante, que j'ai un problème de limites sur ce que je peux encaisser, je n'ai jamais considéré que ce que j'avais subi était vraiment grave.
Anormal. Injuste. Oui.
Dangereux, oui.
Mais rien de dramatique. Rien de grave.

Je ne suis plus la gamine de dix-huit ans qui débarquait, naïve, de sa ville bourgeoise où il y avait trois barres de HLM jugées « craignos » et où le principal soucis venait de la jeunesse d'extrême droite et des mômes friqués qui se poudraient le nez. La misère affective ne dépend pas du compte en banque, même si l'accès à la culture et à l'éducation reste le meilleur moyen pour s'en sortir, à mon avis.
Je sais que nous vivons dans une société patriarcale, où les droits entre hommes et femmes ne sont pas encore égaux, malgré la révolution sexuelle, malgré les mouvements féministes. Il y a encore du boulot. On évalue bien l'état de sagesse et d'humanisme d'une société à la façon dont elle traite ses minorités : le discours sur les migrants, la situation des LGBT, la persistance de la clause de « conscience » chez les toubibs à propos de l'IVG sont autant d'indices sur ses dysfonctionnements. Oui, il y a du boulot.

Je tergiverse.
Je n'ai pas envie de rentrer dans le vif du sujet.

C'est long, 400 mètres


Lundi. Une journée avec un moral en demi-teinte. Je me secoue. Un passage à Leroy Merlin. Une visite à Pompidou où je dessine dans l'atelier de Brancusi. Puis, plusieurs expos. Je rentre fatiguée, je traîne les pieds. La nuit s'installe quand je retrouve l'air libre, à la station Alexandre Dumas, sur le boulevard Charonne. Je ne sors pas là, d'habitude, je continue jusqu'à Avron. Mais, dans un accès de courage, je décide de passer faire quelques courses au super marché.
Je ne regarde pas les hommes qui zonent devant la bouche de métro.
Je traverse, la tête occupée par un milliard de trucs. Certains triviaux - comme la liste de courses - d'autres plus artistiques - ce que je viens de voir - et le prochain texte que je veux écrire. Je finis par percuter à rebours que le « mademoiselle » insistant m'est adressé. Je l'ignore.
Le type persiste, accélère, remonte à mon niveau. Je marche vite. Pas un regard, pas de pause, je trace. Je sais que le magasin est proche. Je passe devant et hop, je fais un crochet inopiné. Manœuvre d'esquive. Il ne me suit pas.
Quand je ressors, une vingtaine de minutes plus tard, mon sac à dos est encore alourdi. Je trimballais déjà matos à dessins, appareil photo et bouquins. Dans mes bras, un paquet d'essuie-tout, le comble de la sexitude. Sur le trottoir, je constate que cette fois, la nuit ne rigole pas. L'éclairage du boulevard tente timidement de repousser les ombres. Les arbres pas encore déplumés s'allient à la nuit. Plus de ténèbres.
Je vérifie quand même. Je ne vois pas le type. Il y a toujours des mecs qui traînent sur le terre-plein central. Habituel. La faune du coin, interlope, ne me rassure pas. Je traverse, et là « mademoiselle ».
Le retour.
Puis « je veux te causer ». En boucle.
Ça me saoule. Je ne me retourne pas. Je ne réponds pas. Le type vient à mon niveau. Je traverse. Il ne lâche pas. J’accélère. Il est toujours là. Je re-traverse. Je suis fatiguée. Il y a presque personne. Je passe une enseigne de Kebab. Que des hommes. J’accélère au point où je sais que c'est ridicule. Dans mes bras, je serre les essuies-tout comme un doudou. Un bouclier. Dans ma tête, la longueur sombre et solitaire du boulevard se déroule. Je commence vraiment à flipper. C'est loin jusqu'à la maison.
Je pile. Le type pile aussi. Je craque. Je lui parle.
Non. Non je ne veux pas te causer. NON. Je suis pas disponible. Laisse moi.
Clair. Pas d’ambiguïté.

Sauf qu'il ne me lâche pas, que je continue mon manège à traverser entre les rares bagnoles au mépris de la sécurité, que je m’essouffle et que le type est toujours là. Qu'il me colle franchement. Je ne sais pas quand je suis passée en mode panique. Peut-être dès que j'ai réalisé qu'il m'avait attendu. Je sors mon mobile du fond de mon sac (sans perde mes essuies-tout) et tente de joindre La Moustache. C'est idiot ; il ne pourra rien faire. J'ai juste besoin d'être rassurée. Ça va aller. Il doit être 19h30. Pourquoi tu as autant la trouille. C'est idiot ! J'entends le type qui me demande qui j'appelle. Il parle, parle. Je traverse, encore. Simule un conversation avec le répondeur. Je me sens très ridicule. Très conne. Très peureuse. Le mec me rattrape et exige que je lui parle, exige que je vienne. A ses pieds. Comme un clebs.

Je commence à comprendre que j'ai un très gros soucis.
Il n'y a personne. Juste moi et un taré qui n'entends pas NON, qui me dont la voie et l'attitude se chargent de menaces.
J'hésite. Y'a un coin de mon crâne qui hurle. Appelle les flics. Tu es en danger. Y'a un autre coin, le petit censeur interne, qui tempère. Ne te fais pas de film. Tu flippes pour rien. Accélère. Sauf que je suis à bout.
Je me suis engagée dans la rue Alexandre Dumas. Totalement déserte. Elle monte un peu. Je passe devant l'église Saint Jean Bosco, je vois de la lumière au rez-de-chaussée. Le type est à coté de moi. Je n'entends plus vraiment ce qu'il me dit. La solution est là. Je rentre dans le bâtiment. La porte se referme. Grincement. Chants religieux. Il y a une sorte d'anti-chambre et derrière, une chapelle où est célébrée une messe. Une bonne vingtaine de personnes chantent. Je m'adosse au mur, pose sac à dos et les essuies-tout.
Sueur et cœur tambour. Le mec n'est pas rentré. Sécurité. Sécurité dans un lieu où je me sens intruse. Mon athéisme en bandoulière. Tu n'as rien à faire ici. Tu devrais sortir.

Et là, tremblante, je panique pour de bon. Je réalise que je ne PEUX pas sortir. Jambes coupées. J'entends un bruit de clef et de porte. S'il revenait ? J'attrape mon sac. Je tombe nez à nez avec un homme d'une quarantaine d'année, « en civil » qui semble chez lui. Je fonds en larme (heureusement, j'ai deux rouleaux d'essuies-tout).
Je m'excuse. Lui demande s'il peut ressortir avec moi. Je me sens comme une gosse. Je suis furieuse. Reconnaissante. Coupable d'être là. Toujours terrifiée. Mon amour-propre se mange une grand claque.

Finalement, le prêtre, très gentil, me raccompagne jusqu'à l'entrée de mon impasse. Lui aussi vient d'emménager. On discute. Il me rassure.

Le type avait disparu. Il me restait à rassurer La Moustache.
Le lendemain matin, je pars pour Lyon. Il est 5h30. Les rues désertes, autant de terrains hostiles. De fantômes.
Je n'ai rien eu. Pas tapée. Pas violée
Juste suivie. Sur 400 mètres.

Il y a deux semaines, toujours sur le boulevard Charonne, un type m'a suivi dans sa voiture. Arrivée rue des Vignolles, les trottoirs animés devant les cafés l'ont dissuadé de poursuivre son monologue. Sur le coup, ça m'avait juste soulé.
Mais, les deux évènements s'additionnent. Peur exponentielle.






Alors, pourquoi l'ouvrir ? Pourquoi prendre la parole ?


L'an passé, je n'ai pas partagé mes expériences de harcèlements et d'agressions que j'avais subi. Comme je le disais en préambule, une partie de moi n'arrive pas à les considérer comme graves. Objectivement, certaines l'étaient. Subjectivement, elles sont loin.
Et puis, parler d'un truc pénible rentre pour moi dans un processus thérapeutique. Sur le sujet, ce n’est pas pas moi qui ai un soucis. Donc je tends à fonctionner avec l'oubli. Dans la vague des émissions radio et articles qui s’interrogent sur les impacts du mouvement #metoo, ce que j'ai vécu dépasse l'expérience personnelle.

Je vis à Paris depuis mes 18 ans. J'ai habité au Halles, à Barbes. Je suis assez imperméable aux commentaires désobligeants. Pourtant, voici quelques réflexions qui m'ont conduit à écrire cet articles :
- la réflexion que je me fais, quand on m’emmerde est d'analyser comme je suis vêtue. Là, j'ai listé mentalement : pas de talon, pas de jupe, pas de mini-short, un gros sac à dos, un sweater. Rien de sexy.
Comme si l'habillement était une justification pour se faire emmerder. Comme si, quand on est fringué comme un mec, on est à l'abri. Se surprendre avec ses réflexions, quand on est féministe, est affligeant. Cela montre à quelle point j'ai intériorisé une certaine misogynie fataliste. Ça me fout en rage.

- je connais les moyens de me défendre, je sais utiliser l'ironie, la dérision, dérouter, dégoûter. Mais là, j'étais vulnérable. Tout a vrillé très vite dans ma tête. Si vous ne savez pas ce qu'est le procédé de sidération, je vous invite à lire sur la question. Parfois, dans une situation d’extrême tension et de panique, le cerveau se met en pause.
Même si je n'en étais pas à ce stade, rétrospectivement, je pense que mes réactions n'étaient plus rationnelles : http://www.madmoizelle.com/sideration-dissociation-viol-survie-888909

- je pars du principe que de se faire emmerder, ce n'est pas grave. Encore une fois, pas tapée, pas violée. Hors, une petite lecture du site harcèlement de rue m'a remise les pendules à l'heure : quand l'individu vous suit et / ou devient menaçant, téléphoner au 17 ou au 112.

- j'ai peur de déranger, peur de demander de l'aide. Non que je veuille m'en sortir seule. Ce n'est pas une question d'égo : je ne VEUX pas déranger. C'est con. Mais je ne dois pas être la seule à avoir incorporer que les exigences masculines sont pénibles mais pas GRAVES.
Le plus dingue : je suis entourée d'hommes féministes, respectueux, qui s’interrogent et refusent cet état de fait.

- j'ai appris à écouter mon intuition même quand elle va à l'encontre des codes sociaux. Quand un individu me donne l'impression que je suis une proie, alors, je fuis. Les conventions, les politesses, la crainte de froisser, ça ne sauve pas les miches. Tant pis pour la honte. Ça se gère après.
Mon conseil : si vous vous sentez en danger, protéger-vous. On s'en fout d'être ridicules, incorrectes. Mieux vaut se tromper, s'excuser, qu'être agressée.

Évidement, il risque de s'écouler beaucoup de temps avant que je marche cette section du boulevard de Charonne seule, de nuit. Mes amis LGBT flippent de se faire casser la gueule. L'espace public n'est pas pour tout le monde. Même au XXIe siècle, en plein Paris.
Une triste constatation.

Merci à tous ceux qui m'ont déjà témoigné leur amitié et leur soutien.
Cet article ne changera en rien les agresseurs.
S'il permet ne serai-ce qu'à une seule victime potentielle de fuir ou demander de l'aide, ou à un seul témoin d'agir ou d’appeler à l'aide, il ne sera pas vain.

Une piste de défense (merci Jo !) avec des cours accessible aux femmes qui ne font aucun sport :
http://lsdparis.com

Un podcast que je vous conseille : 
https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/culturesmonde-du-lundi-08-octobre-2018



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Place des Abbesses, ciment armé et mosaïque



Sur la place, il y a l'église Saint-Jean de Montmartre. Je la connais bien pour avoir vécu à proximité, dans le 18e. Je la connais aussi pour avoir assisté au mariage de la sœur d'une amie, alors que j'étais ado. Ma première rencontre avec cet étrange édifice de brique rouge qui dissimule une structure en béton armée. 

La première construite de cette façon, entre 1894 et 1904, par l'architecte Anatole de Baudot. Une fracture architecturale à la charnière des siècles. Aujourd'hui encore, elle intrigue, tant par sa physionomie que sa localisation, à cheval sur la butte, en gradin et escaliers. Je serai curieuse d'en visiter les entrailles, sous la partie ouverte au public, celle qu'on aperçoit en contournant le bâtiment.

Toujours dans le cadre des cours des Ateliers des Beaux Arts, j'ai réalisés photos et croquis. Une promenade dans mes souvenirs, de la sortie de la station Abbesse jusqu'à la nef.













Pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Jean_de_Montmartre


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Visite au Petit Palais 2/2



Un espace tropical incongru cerné d'une rangée de colonnes néoclassiques bien sous tout rapport. Une originalité, un contraste architectural et paysager sous un rayon de soleil automnal. Je pourrais vous parler de la séduction du bananier, de la grâce des graminée, de l’aérienne esthétique des fleurs de yucca. Je préfère vous y inviter en quelques clichés choisis. 

Le mystère de l'eau verte fluo reste entier. 
Si vous avez une explication, je suis preneuse !












Article sur le même sujet, avec mes gribouilles : http://etang-de-kaeru.blogspot.com/2018/10/visite-au-petit-palais-12.html
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Visite au Petit Palais 1/2



Cette semaine, j'ai été voir la magnifique exposition du peintre Jakuchu (jusqu'au 14 octobre) qui était au programme de mon cours de dessin. Je vous la conseille vivement ainsi que le catalogue. Voici les dessins réalisés dans le joli jardin de la cours intérieure. Le professeur souhaitait que l'on s'inspire du travail et de la vision du monde de Jakuchu. Je n'avais ni le matériel, ni le temps ni les compétences pour me prêter à l’excise que j'ai donc adapté à mes possibilités (restreintes). Dans le prochain article, je vous mettrai quelques photos de ce lieu que j'apprécie beaucoup et donc l'ambiance presque sauvage contraste avec l'architecture académique de style Napoléon III.

Bananier et cerisier



Brouhaha dans le dos,
vent frais sur la nuque
Les reins froids. Les fesses gelées. Parfois une apparition éclair du soleil.
Brouhaha encore, presque celui joyeux d'une cours d'école
Mais pour les vieux
Indisciplinés et heureux, attablés à la cafétéria
Bruits de mastication, tintement des couverts
Le jardin du Petit Palais, un havre pour les affamés

Difficile de se concentrer le ventre vide
De raviver la magie du peintre médiéval observateur de la vie.
Incapable d'adopter son point de vue, j'assouplis la contrainte.




Encrier d'automne

Quand les pauvres feuilles, plus malades que fatiguées de la saison hésitante, jonchent l'herbe en un tapis brunâtre et craquent, desséchées, sous les affres de leur agonie écourtée par la semelle, le salut réside dans le duvet tendre d'une plume.
Bogues éclatées et marrons lisses, fiers et luisant de bruine, ils surveillent l’hécatombe. Les arbres des contre-allées, bien mal en point, racontent l'été trop chaud, la sécheresse, la pollution.
Personne ne prend la plume pour conter leur vicissitudes.




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