Passage d'une année à l'autre alors que je piétine, trépigne et traîne mon vague à l'âme depuis un temps qui s'étire. Épuisée d'être moi, las de tristesse et d'espoirs déçus, je lâche.
J'accepte la perte, l'absence et les contraintes imposées par une situation que je ne maîtrise pas.
Mes mots sur la toile, revendiqués, signés sont devenus des armes dans un conflit subi. Cet automne mon ex-compagnon s'est servi de capture d'écran de ce blog contre moi. L'auto censure me cisaillait déjà les entrailles mais, suite à cet épisode assez sordide, le sifflet est coupé.
Alors, après un silence de tourments, je lâche. Je lâche la pression et les efforts constant pour aller mieux, je lâche mes tentatives de mettre en place habitudes et routines dans un quotidien vrillé. Je n'en peux plus du combat contre moi-même, mon état, et cette foutue dépression. Je laisse les pro s'occuper du bazar.
Moi, je lâche la rampe. Je lâche du leste.
Je lâche mon nom et mon identité.
Je commence l'année par clore une porte, celle de cet espace qui a perdu sa liberté, sa raison d'être.
Je reste active sur mon instagram. Pour l'instant, le blog reste en ligne, mais je me réserve la possibilité d'un nettoyage par le vide.
J'ose à peine évoquer l'année nouvelle, car je sais que pour beaucoup, l'espoir a déserté le navire.
Je vous souhaite simplement de trouver des solutions de vous préserver sans abîmer les autres, de vous aimer et prendre soin de vous, cependant sans oublier ceux qui vivent à vos côtés, même ces crétins anonymes que vous croisez dans la rue, sur le quai, dans l’ascenseur.
L'altérité reste la plus belle richesse, des croyances et des pensées. Parfois, elle nous bouscule, elle nous choque, elle nous révolte. Les chemins se divisent, infinis, creusés dans les sables mouvants. Parfois, ils s'éloignent à jamais, parfois, ils se fusionnent un temps, se croisent, s’entremêlent, s'estompent ou se perdent.
Je continue le mien, vacillante certes, avec lenteur, mais toujours en prenant ce plaisir miraculeux de regarder et d'écouter le monde. Je vous souhaite à toutes et tous, de contempler, même si la vie secoue, même si l'angoisse et le brouhaha du monde étouffe vos émotions, contemplez ! Un cailloux, un doigt de pied, un poil, un nuage, un file d'huile d'olive, une plume, une tache de rouille, une croûte, une pellicule, un grain, une graine... contemplez.
Six mois exactement, une demi-année de silence ici, de mots étouffés par
la crainte qu'ils soient volés, détournés… Si je n’ai pas de contrôle sur les émotions
que mes propos suscitent, leurs conséquences bien concrètes m’ont conduite à me
taire, dans les circonstances actuelles de ma vie.
Ce blog va prendre une
direction un peu différente, moins personnelle, tant que je ne me sentirai pas
libre de m’exprimer. J’espère que ce recul nécessaire n’aura pas conduit à une
désertion totale de mon maigre lectorat.
Merci à celles et ceux qui continuent
de passer par ici.
Sur le marbre les vivants déposent leurs chrysanthèmes,
tandis que sous la terre dorment les graines du printemps
Rien n’est plus intime et subjectif qu’une fin
du monde. S’il y a parmi vous des lecteurs de Card Captor Sakura,
ils comprendront mon propos. Probablement que des philosophes
l’expliquent aussi avec talent, mais ma culture dans ce domaine
reste maigre.
Pour beaucoup d’entre nous, cette année s’ouvre
dans une atmosphère d’attente, dans la fatigue de mois d’angoisses
et de craintes sourdes. Santé mais aussi économie et survie simple
hantent nos nuits, ces préoccupations se glissent dans les
discussions, tendent les relations alors même que la proximité
devient une menace. Difficile de garder sa joie de vivre, sa
légèreté, son enthousiasme… Ma soupape de sécurité, c’est
visiter des musées.
Pour d’autres, il s’agit d’aller se faire
une toile, ou un concert, ou bien encore un resto entre amis, ou
juste se poser seul au café et regarder les gens.
Quand l’essentiel se réduit à survivre ou à
vivre avec peu de plaisirs, les turpitudes enflent, la dépression
guette, l’agressivité fait son nid.
Et parfois, alors que notre monde prend fin, et on
constate, un peu groggy, qu’on est toujours en vie.
Surpris, sonnée, abîmé, mais toujours vivant.
Et le plus incroyable, au milieu de bordel, de ces émotions en
pagaille qu’on peine à nommer tant leurs chocs incessants nous
assourdissent, est cette zone blanche, calme et claire. Un petit
morceau d’espoir à la dérive dans un océan acide et glacé.
Un radeau de fortune qui résiste à tout, ou
presque, et nous soutient encore. Et un jour, on réalise qu’après
la fin du monde, il y a simplement, un autre monde. Pas mieux, pas
pire, mais différent. Ou peut-être pire, ou peut-être mieux. Là,
comme pour toute histoire subjective, nous avons la capacité de
choisir comment on l’appréhende. L’unique chose qu’on maîtrise
est la posture que l’on décide d’adopter face aux événements,
aux actions d’autrui et à nos émotions.
Après ma fin du monde, en 2020, j’ai décidé
que 2021 serait un monde différent, plus ouvert, plus apaisé,
rempli d’amour et d’amitié, de découvertes, de ratés,
d’échecs, d’impasses et de retournements, de labyrinthes et de
chemins sinueux, de trésors enfouis, de doutes cultivés avec soin,
de tentatives, d’essais, d’expérimentations et surtout,
d’autonomie et de liberté. Je ne regrette rien de 2020, depuis des
années, je m’applique à abandonner ma colère et mon ressentiment
au bord de la route.
Je préfère trimballer dans mes poches cailloux,
coquillages, fleurs et feuilles.
Je vous souhaite à tous une très belle et
heureuse nouvelle année, et surtout la force de garder l’espoir et
de demander aide et soutient à vos proches, en cas de besoin.
Après le solstice, un équilibre étrange fige la
nuit. Au premier janvier, la lumière n’aura grignoté que cinq
minutes. Dix jours pour cinq minutes. Un funambule sur la ligne
d’horizon, avance à pas feutré, étouffant ses désirs de
cabriole, dans la crainte de retomber dans les ténèbres. L’année
agonise doucement, traînant son lot de chagrins et de chocs, de
naissances et de joies. Certains l’ont qualifiée, à tort, de pireannée de l’humanité.
Je n’ai perdu personne de la pandémie, j’ai
perdu d’autre chose, et surtout d’autres personnes. Je ne
regretterai pas 2020. Regretter n’est pas dans ma nature. Et je
m’astreins à en arracher les racines de mes veines, une hygiène
souvent douloureuse mais salutaire.
La nuit s’étire. Si j’aime son calme, sa
tranquille torpeur, son cocon de mystère, elle noie le paysage,
grise et floute les plans, brouille l’essentiel, ombre les
émotions, tamise l’enthousiasme en une poudre soluble dans la peur
et l’angoisse. La longue nuit use les âmes.
L’hiver, trop doux, lui aussi manque de vitalité
et son pouvoir de réduire au silence les nuisibles s’amenuise avec
les années. Tout le monde s’épuise. Même les saisons.
Autour de moi, tant d’amis souffrent,
s’inquiètent d’un avenir branlant, de revenus qui s’évaporent,
de l’impossibilité de se nourrir de ces choses non-essentielles
qui séparent la survie de la vie. Ces choses et ces expériences qui
nous lient, nous subliment, nous apaisent, nous violentent aussi
parfois, nous secouent, nous agacent, nous transforment, nous
emplissent de joie, d’amour, nous enchantent.
Autour de moi, le monde me rebute, et je m’y
cogne toujours, avec de moins en moins de force, de moins en moins
d’envie. Je limite les contacts, les sollicitations, je tisse une
toile de taille plus modeste mais à la maille plus fine, plus
solide, chaude et moelleuse.
Paris, bruyante, dense, sous les illuminations des
fêtes, se précipitent dans les heures du jour avec la pression
sourde du couvre-feu, des contrôles, et du risque invisible. La
campagne boueuse me manque. Crépuscule de feu, bleu glacé des
matins, givre et nuée, odeur d’humus et de fumée, tout me manque
ici. Les rires du foyer et les pépiements dans les cimes raisonnent
encore dans le silence feutré d’un appartement trop grand. Vide.
Passer l’hiver, dit le dicton populaire. Passer
l’hiver, dit le recueil de nouvelles douces-amères d’Olivier
Adam. Passer l’hiver, cette année, me paraît l’unique
résolution possible pour l’année en gestation.
Pas à pas, heure par heure, cœur à cœur,
passer l’hiver.
En déclarant ma participation au NaNoWriMo cetteannée, j’espérais trouver l’énergie pour écrire 50 K mot
sur plusieurs fronts : d’abord des articles de blog, ensuite,
un texte de non fiction, très personnel. Le défi sur ce plan m’aura
permis de m’apaiser, même si le résultat ressemble plus à un
champ de mines qu’à un quelconque texte vaguement publiable. Même
pas un brouillon, juste un truc vomi, à la granulométrie variable,
à la dureté fluctuante et à la viscosité pâteuse.
L’introspection souvent pénible imposée par l’exercice m’a
laissé plusieurs fois exsangue, dans un contexte d’absence de
repère particulier, ou plus exactement, un contexte de repères qui
n’étaient pas les miens.
Durant tout le mois, j’ai partagé le quotidien
et le rythme d’une famille avec un emploi du temps chargé, alors
que de mon côté, ma vie tient du pont suspendu au-dessus du vide,
dans un paysage nimbé de brouillard. Je ne vois plus d’où je
viens et je ne sais plus trop où je vais. Je me contente d’avancer,
pas à pas, sur des planches parfois vermoulues, souvent je suis
prise de panique par les interstices vertigineux. Les mains agrippées
au cordage usé, une prière sans conviction pour garder de l’espoir.
Avancer. Mais je pourrais tout aussi bien poser mon cul et balancer
mes jambes, un temps infini, jusqu’à ce que les muscles fondent,
que mes membres s’atrophient et que j’en perde mes chaussures.
Je vis mal cet échec. Il s’amoncelle sur le tas
toujours plus haut des déceptions alors que je tourne résolument le
dos à celui des accomplissements et de réussites, refusant de
comptabiliser le positif. Crétin de cerveau.
Joyeux biais de focalisation sur les trucs ratés,
pourris, qui font mal. Je le sais, mais pour l’instant, je le
laisse planter ses crocs dans mes mollets. Essayer d’avancer sur un
foutu pont brinquebalant avec des kilos de tristesse et de
désillusions, quel exercice à la con !
Alors, la quantité de mot n’est pas au
rendez-vous cette année. Pourtant j’ai pissé de la ligne, tous
types d’écriture confondus, sans trop me relire ni corriger.
Malgré cela, je n’ai pas tenu la distance.
Si je regarde le chemin accompli, j’ai mis à
jour mon blog avec quelques articles perso et surtout, l’un assez conséquent, au sujet de l’apprentissage du japonais. D’ailleurs,
une partie de la raison de mon échec du NaNoWriMo cette année tient
au temps passé à dépoussiérer de façon compulsive mes
connaissances, surtout pour les kanji. En un mois, j’en ai
réappris bien 150 et si j’intègre ceux en cours, je monte à plus
de 200. Pour le vocabulaire, il y a encore du boulot. Je n’ai pas
non plus pris le temps de réviser la grammaire, avec de l’écoute
quotidienne de 30 min à deux heures de podcast en japonais,
certaines structures reviennent doucement. Je ne pensais pas
m’impliquer autant, j’avais prévu d’autres activité manuelles
pour ce mois de novembre, dans
la campagne belge : apprendre les
bases du crochet qui s’est avéré problématique en raison de la
laine conseillée par la vendeuse de la mercerie (il est impossible
de défaire mes ouvrages), et dessiner. Une activité qui demande
trop de concentration et laisse trop d’espace de silence dans mon
crâne. Mes pensées et mes ruminations gambadent alors et jouent à
saute-mouton.
Oui, j’avais un peu chargé le programme de
novembre, surtout avec un moral au plus bas et une procédure de
divorce en cours. Cependant, je croyais sincèrement réussir, cette
année, à produire cette quantité de mots, à atteindre les 50 K.
En travaillant sur soi, sans écrire une histoire, mais son histoire,
en imaginant et s’imprégnant non d’une ambiance mais de son état
intérieur, le flux a été irrégulier et souvent, malgré l’envie
et l’attente, un maigre filet de mot a jailli, à peine un
pissouillou, pas de quoi remplir une citerne. Ce texte-ci compose en
quantité les 2/3 de ce que j’ai pondu, à savoir 44 K mots.
Et je ne sais que faire avec, à part continuer le
travail.
La bonne surprise du NaNoWriMo s’est produit sur
les derniers jours. Un auteur que j’apprécie beaucoup, Nicolas
Pages, a partagé un appel à texte de son éditeur lyonnais – une
incitation forte vu mon souhait de relocation – réservé
uniquement à des autrices. J’ai gardé l’info dans un coin de
mon crâne, et un bout d’idée s’est agrégé à un autre, à des
réflexions et inquiétudes, et hop, un bout de machin qui pourrait
être un nouveau texte a pointé son nez. Obéissant à la loi du
NaNoWriMo qui consiste à balancer pêle-mêle les phrases qui te
passe par la tête, je me suis lancé, encore une fois sans filet,
dans une fiction. J’ai des projets qui attendent que je passe à
l’acte. Ils sont structurés, documenté, bien rangés. Et, aussi,
ancré dans le naufrage de mon ancienne vie. Trop teintés de perte
pour l’instant. Alors voilà, je m’embarque dans un machin sans
rien connaître, j’ai une vague trame, une idée de fin et deux
personnages. Je verrai où ce truc me conduit, que se soit un court
roman qui rentrerait dans les clous de l’appel à texte, ou une
nouvelle ou novella, qui ira grossir le tiroir des machins finis et
non publiés.
Cette année, le NaNoWriMo est un échec puisque
je n’ai pas franchi la ligne d’arrivée visée. Le défi m’aura
aidé à écrire, au quotidien, et par mon implication sur le blog, à
partager mon expérience sur l’apprentissage du Japonais. J’ai à
ce sujet un second article en préparation.
Par rapport au deux dernières années, novembre
aura été un mois relativement productif et épanouissant sur le
plan créatif et surtout, pour ma remise en cause perso, qui tient
plus de l’intervention d’une garnison armée de pelleteuse que
d’un d’un travail méticuleuse, réfléchis et constructif. À
force de tout foutre en l’air, je suis au moins dans l’air du
temps, de la déconstruction du moi et de la culture acquise, hétéro
cisgenre, colonialiste, patriarcale et tutti quanti. Émancipation me
voilà (ou juste chaos et destruction).
Ce blog a dix ans aujourd'hui. Il vivote, avec des hauts et des bas, en fonction de mon aspiration et mon inconstance. Pourtant, il existe toujours, comme moi.
Certains qui me suivent sur les réseaux sociaux savent que ma vie perso tremble et se fissure. Mon compagnon et époux me quitte, après une belle histoire de 21 ans. L’amour et la volonté ne suffisent pas. Les dysfonctionnements virent au toxique et une collègue prend la relève.
Je perds mon amour, je perds le foyer idyllique acheté il y a deux ans.
Je perds un avenir que je pensais solide.
Patatras.
Je perds aussi un cocon devenu prison.
Mon égo se prend un coup de pelle. La personne qu’il décrit me paraît bien peu aimable, pour ne pas dire abominable. Je ne suis pas une nana facile. J’oscille entre hypersensibilité avec empathie débordante à froideur extrême avec zéro émotion et analyse purement factuelle d’une situation. Invivable.
Ces deux pôles contradictoires tendent à s’affirmer avec le temps. Je navigue dans ces eaux étranges sans connaitre les courants et parfois, je m’échoue un temps, oublie le monde, avant de sortir la tête de l’écume, étonné de voir autour de moi d’autres humains.
Dix ans de blog.
Une rupture, une déchirure, un arrachement.
Je vais quitter Paris.
Le territoire trop chargé ne me laissera pas m’envoler. Je ne peux plus contempler la ville sans risquer d’être prise en embuscade par une tristesse trop grande. À chaque coin de rue, autant de souvenirs heureux soudain virent au aigre ou l’amer, autant de marque sur le cœur.
Je vis à Paris depuis l’été de mes 18 ans. J’aurai 45 ans à l’automne.
Une amie m’a dit « ho, une deuxième vie ! »
Une autre me dit « 10 ans, les noces d’étain. Tu éteins ton ancienne vie pour en allumer une nouvelle, si possible dans la ville qui fête ses lumières » (Coucou Leslie)
Je prévois en effet de partir pour Lyon.
J’ai tellement de chance d’avoir vécu un bel amour. J’ai tellement de chance d’avoir autant d’humains qui veillent, parfois de très loin.
C’est si difficile d’encaisser, de lâcher. Mais, au milieu de ce bordel, j’ai la certitude de savoir ce que je fous sur cette terre, pourquoi je suis là. Écrire. Même maladroitement. Même si vous êtes une poignée à me lire ici. Même si cela ne va pas me faire bouffer (bon, en ce moment, je ne graille pas des masses).
Ça va aller.
Photos prise le 9 novembre 2019, au Japon, au temple Kôzen-ji, Komagane
La Terre achève son tour de manège et les humains allègres, blasés ou juste dépassés, fêtent l'évènement à sa surface en s'agitant. Même si je ne souhaite pas faire le bilan de l'année qui s'achève, les cailloux sur lesquels j'ai buté, les flaques où je me suis noyée, me hantent comme autant d'échecs ridicules. Je leur tourne le dos, espérant que feindre le dédain dissipera leurs échos amers.
Le cahier entamé il y a un an est vide au deux tiers. Des pages et des pages lignées patientes et indifférentes à mes élucubrations. J'ai tout lâché en 2019. Lâché le cours de dessin, la photo, le rattrapage de mes lectures, les amis, les projets d'écritures perso, la marche, les expo… Seules quelques obligations et engagements ont phagocyté temps et plaisir au détriment de ma santé et pour la plus grande joie sauvage de mes angoisses avides.
Pour janvier, j'ai acheté un nouvel agenda, plus simple que le précédent. J'ai aussi rangé et vider un peu maison et bureau.
Et enfin, je rouvre le cahier avec comme intention de laisser retomber la poussière avant de m'élancer sur le chemin des mots. Si contrainte, je n'ai d'autre choix que de me lancer dans une tempête, je suis résolue à me protéger nez et bouche des scories irritants et parfois toxiques.
Résolution, révolution.
Deux retours à des états précédents et pourtant différents. Une boucle ou jamais on ne reviendrait sur nos pas car la route change constamment. Modifications subtiles ou radicales, la perte demeure, le soulagement aussi d'un oubli qui allège méthodiquement l'âme et les mémoires.
Arrêter de figer la douleur, de la graver à la plume sur la cellulose blanchie. Voilà peut-être mon unique résolution, par la négative, pour cette année nouvelle et cette nouvelle décennie.
Embrasser l'oubli. Affronter la tempête, profiter des accalmies, et oublier. Archiver sciemment dans une mémoire sélective, où telle une boîte aux trésors, je ne conserve que le brillant, le sacré, le doux et le fragile. J'accumule les coquillages rond et lisses, les graines mystérieuses séchées et pourtant toujours avec leur potentiel de vie, à l'abri, sous la coque, les bout d’écorces burinées et odorantes, les verres polis qui ont perdu leur transparence et racontent une vie d'usure contre leurs congénères de silice.
Embrasser mes lacunes, mes failles, ma faiblesse. Renoncer à être celle fantasmée. Accepter l'inadéquation profonde et cesser de s'efforcer de contenter le monde, la société, les parents, les amis et ce moi qui n'existe pas.
Révolution circulaire, solide, immuable, sans violence ni à-coup. Révolution mouvante dans l'axe invisible du temps, de incompréhensible miracle de l'existence. 365 jours d'écriture possible. Peut-être que cette fois, ce gros cahier sera rempli et achevé.
Révolution de l'inutile, de la vacuité d'une vie et pourtant, à chaque passage sur le plan de l’écliptique, une peinture évanescente colore quelques instants la réalité. Résolution de cette image, autant de points, d'individus qui composent cette immense fresque. Parfois serrés, jointifs où même superposés, parfois très éloignés. Elle couvre le monde et tend aux étoiles, et je la vois, de cet œil qui n'est pas un œil, conquérir les espaces inertes, gonfler et croitre, et dans son sillage, les points morts laissent un vide dans la trame. Autant de micro trous noirs. Persistance rétinienne. Ceux qui ne sont plus sont encore là. Sont notre avenir.
À vous qui suivez - ou non - mes délires cosmiques et approximatifs, je vous souhaite une décennie de vie. Cela me parait bien suffisant déjà pour occuper notre humanité vacillante.
Tardivement, avec ma procrastination légendaire, je vous souhaite une très bonne et heureuse année 2019 !
Nous sommes encore en janvier, alors je m'autorise ce délais.
Ces derniers mois, dans du coton, j'avance à tâtons, un jour après l'autre. J'écris peu, juste dans un journal, et je dessine régulièrement, pour les cours des ateliers des beaux arts. Rien d'extraordinaire. C'est assez difficile de se confronter à ses limites, à ses ambitions et à ses possibilités.
Frustrant mais aussi heureux, lorsqu'on lâche ladite ambition pour se concentrer sur le plaisir simple du trait. Qu'on abadonne le fantasme pour le "faire". Qu'on sort de sa tête pour être ses mains, ses doigts.
J'apprends à regarder.
A écouter aussi.
A me forcer, quand ma torpeur grandit et que l'envie de fuite dépasse ma capacité à anticiper le plaisir.
Je profite de ce nouveau lieu, chaud et lumineux. J'ai jeté à la poubelle la majorité de mes objectifs. Les résolutions de cette année se résument à prendre soin de moi, et de mes proches. Me centrer. Tenir sur mes deux jambes. Tenir sans me dissoudre dans les chagrins et névroses d'autrui. Tendre encore la main, mais uniquement si j'en ai l'énergie.
Je vais être très égoïste en 2019. Cela tient de la survie psychique.
Cela ne m'empêche pas de zieuter et suivre ce que font les copains, mais de plus loin.
Je vous souhaite à tous, assidus ou visiteurs de passage, de prendre bien soin de vous pour cette année. Et si vous avez l'impression d'être happé dans le rythme endiablé du quotidien, accro aux infos, aux réseaux, aux regards, aux demandes, aux attentes, aux retours, aux encouragements et approbations, j'espère que vous aurez la fortitude de faire un petit pas de coté.
Sortir du flot.
Toucher la rive.
Peut-être même vous extraire du courant, pour souffler un peu sur la berge.
Qui-sais, vous m'y retrouverez peut-être, gribouillant (et pestant en termes fleuris sur mes maigres compétences).
Lundi 15 octobre, alors que je rentrais chez moi, peu après 19h, j'ai été agressée. Je vais bien. Une grosse frayeur. Juste une grosse frayeur. Un an après l'affaire Weinstein et le mouvement #metoo, je prends mon courage à deux mains. Je sors du silence ici.
J'arrête de considérer que ces actes ne sont pas graves, pas importants, ne méritent pas d'être mentionnés.
Rien de grave
L'an passé, j'ai découvert avec une horreur grandissante le nombre de mes amies et connaissances qui avaient subi des agressions sexuelles et des viols. Moi je n'ai pas été violée. Jamais. Ni tapée.
Insultée, attrapée, pelotée, touchée, menacée de viol, menacée de mort, coursée, oui. Alors, sur l'échelle de l'atroce, je me situe dans le supportable. Dans l'acceptable. Parce que j'ai une image de moi pas très reluisante, que j'ai un problème de limites sur ce que je peux encaisser, je n'ai jamais considéré que ce que j'avais subi était vraiment grave.
Anormal. Injuste. Oui.
Dangereux, oui.
Mais rien de dramatique. Rien de grave.
Je ne suis plus la gamine de dix-huit ans qui débarquait, naïve, de sa ville bourgeoise où il y avait trois barres de HLM jugées « craignos » et où le principal soucis venait de la jeunesse d'extrême droite et des mômes friqués qui se poudraient le nez. La misère affective ne dépend pas du compte en banque, même si l'accès à la culture et à l'éducation reste le meilleur moyen pour s'en sortir, à mon avis.
Je sais que nous vivons dans une société patriarcale, où les droits entre hommes et femmes ne sont pas encore égaux, malgré la révolution sexuelle, malgré les mouvements féministes. Il y a encore du boulot. On évalue bien l'état de sagesse et d'humanisme d'une société à la façon dont elle traite ses minorités : le discours sur les migrants, la situation des LGBT, la persistance de la clause de « conscience » chez les toubibs à propos de l'IVG sont autant d'indices sur ses dysfonctionnements. Oui, il y a du boulot.
Je tergiverse.
Je n'ai pas envie de rentrer dans le vif du sujet.
C'est long, 400 mètres
Lundi. Une journée avec un moral en demi-teinte. Je me secoue. Un passage à Leroy Merlin. Une visite à Pompidou où je dessine dans l'atelier de Brancusi. Puis, plusieurs expos. Je rentre fatiguée, je traîne les pieds. La nuit s'installe quand je retrouve l'air libre, à la station Alexandre Dumas, sur le boulevard Charonne. Je ne sors pas là, d'habitude, je continue jusqu'à Avron. Mais, dans un accès de courage, je décide de passer faire quelques courses au super marché.
Je ne regarde pas les hommes qui zonent devant la bouche de métro.
Je traverse, la tête occupée par un milliard de trucs. Certains triviaux - comme la liste de courses - d'autres plus artistiques - ce que je viens de voir - et le prochain texte que je veux écrire. Je finis par percuter à rebours que le « mademoiselle » insistant m'est adressé. Je l'ignore.
Le type persiste, accélère, remonte à mon niveau. Je marche vite. Pas un regard, pas de pause, je trace. Je sais que le magasin est proche. Je passe devant et hop, je fais un crochet inopiné. Manœuvre d'esquive. Il ne me suit pas.
Quand je ressors, une vingtaine de minutes plus tard, mon sac à dos est encore alourdi. Je trimballais déjà matos à dessins, appareil photo et bouquins. Dans mes bras, un paquet d'essuie-tout, le comble de la sexitude. Sur le trottoir, je constate que cette fois, la nuit ne rigole pas. L'éclairage du boulevard tente timidement de repousser les ombres. Les arbres pas encore déplumés s'allient à la nuit. Plus de ténèbres.
Je vérifie quand même. Je ne vois pas le type. Il y a toujours des mecs qui traînent sur le terre-plein central. Habituel. La faune du coin, interlope, ne me rassure pas. Je traverse, et là « mademoiselle ».
Le retour.
Puis « je veux te causer ». En boucle.
Ça me saoule. Je ne me retourne pas. Je ne réponds pas. Le type vient à mon niveau. Je traverse. Il ne lâche pas. J’accélère. Il est toujours là. Je re-traverse. Je suis fatiguée. Il y a presque personne. Je passe une enseigne de Kebab. Que des hommes. J’accélère au point où je sais que c'est ridicule. Dans mes bras, je serre les essuies-tout comme un doudou. Un bouclier. Dans ma tête, la longueur sombre et solitaire du boulevard se déroule. Je commence vraiment à flipper. C'est loin jusqu'à la maison.
Je pile. Le type pile aussi. Je craque. Je lui parle.
Non. Non je ne veux pas te causer. NON. Je suis pas disponible. Laisse moi.
Clair. Pas d’ambiguïté.
Sauf qu'il ne me lâche pas, que je continue mon manège à traverser entre les rares bagnoles au mépris de la sécurité, que je m’essouffle et que le type est toujours là. Qu'il me colle franchement. Je ne sais pas quand je suis passée en mode panique. Peut-être dès que j'ai réalisé qu'il m'avait attendu. Je sors mon mobile du fond de mon sac (sans perde mes essuies-tout) et tente de joindre La Moustache. C'est idiot ; il ne pourra rien faire. J'ai juste besoin d'être rassurée. Ça va aller. Il doit être 19h30. Pourquoi tu as autant la trouille. C'est idiot ! J'entends le type qui me demande qui j'appelle. Il parle, parle. Je traverse, encore. Simule un conversation avec le répondeur. Je me sens très ridicule. Très conne. Très peureuse. Le mec me rattrape et exige que je lui parle, exige que je vienne. A ses pieds. Comme un clebs.
Je commence à comprendre que j'ai un très gros soucis.
Il n'y a personne. Juste moi et un taré qui n'entends pas NON, qui me dont la voie et l'attitude se chargent de menaces.
J'hésite. Y'a un coin de mon crâne qui hurle. Appelle les flics. Tu es en danger. Y'a un autre coin, le petit censeur interne, qui tempère. Ne te fais pas de film. Tu flippes pour rien. Accélère. Sauf que je suis à bout.
Je me suis engagée dans la rue Alexandre Dumas. Totalement déserte. Elle monte un peu. Je passe devant l'église Saint Jean Bosco, je vois de la lumière au rez-de-chaussée. Le type est à coté de moi. Je n'entends plus vraiment ce qu'il me dit. La solution est là. Je rentre dans le bâtiment. La porte se referme. Grincement. Chants religieux. Il y a une sorte d'anti-chambre et derrière, une chapelle où est célébrée une messe. Une bonne vingtaine de personnes chantent. Je m'adosse au mur, pose sac à dos et les essuies-tout.
Sueur et cœur tambour. Le mec n'est pas rentré. Sécurité. Sécurité dans un lieu où je me sens intruse. Mon athéisme en bandoulière. Tu n'as rien à faire ici. Tu devrais sortir.
Et là, tremblante, je panique pour de bon. Je réalise que je ne PEUX pas sortir. Jambes coupées. J'entends un bruit de clef et de porte. S'il revenait ? J'attrape mon sac. Je tombe nez à nez avec un homme d'une quarantaine d'année, « en civil » qui semble chez lui. Je fonds en larme (heureusement, j'ai deux rouleaux d'essuies-tout).
Je m'excuse. Lui demande s'il peut ressortir avec moi. Je me sens comme une gosse. Je suis furieuse. Reconnaissante. Coupable d'être là. Toujours terrifiée. Mon amour-propre se mange une grand claque.
Finalement, le prêtre, très gentil, me raccompagne jusqu'à l'entrée de mon impasse. Lui aussi vient d'emménager. On discute. Il me rassure.
Le type avait disparu. Il me restait à rassurer La Moustache.
Le lendemain matin, je pars pour Lyon. Il est 5h30. Les rues désertes, autant de terrains hostiles. De fantômes.
Je n'ai rien eu. Pas tapée. Pas violée
Juste suivie. Sur 400 mètres.
Il y a deux semaines, toujours sur le boulevard Charonne, un type m'a suivi dans sa voiture. Arrivée rue des Vignolles, les trottoirs animés devant les cafés l'ont dissuadé de poursuivre son monologue. Sur le coup, ça m'avait juste soulé.
Mais, les deux évènements s'additionnent. Peur exponentielle.
Alors, pourquoi l'ouvrir ? Pourquoi prendre la parole ?
L'an passé, je n'ai pas partagé mes expériences de harcèlements et d'agressions que j'avais subi. Comme je le disais en préambule, une partie de moi n'arrive pas à les considérer comme graves. Objectivement, certaines l'étaient. Subjectivement, elles sont loin.
Et puis, parler d'un truc pénible rentre pour moi dans un processus thérapeutique. Sur le sujet, ce n’est pas pas moi qui ai un soucis. Donc je tends à fonctionner avec l'oubli. Dans la vague des émissions radio et articles qui s’interrogent sur les impacts du mouvement #metoo, ce que j'ai vécu dépasse l'expérience personnelle.
Je vis à Paris depuis mes 18 ans. J'ai habité au Halles, à Barbes. Je suis assez imperméable aux commentaires désobligeants. Pourtant, voici quelques réflexions qui m'ont conduit à écrire cet articles :
- la réflexion que je me fais, quand on m’emmerde est d'analyser comme je suis vêtue. Là, j'ai listé mentalement : pas de talon, pas de jupe, pas de mini-short, un gros sac à dos, un sweater. Rien de sexy.
Comme si l'habillement était une justification pour se faire emmerder. Comme si, quand on est fringué comme un mec, on est à l'abri. Se surprendre avec ses réflexions, quand on est féministe, est affligeant. Cela montre à quelle point j'ai intériorisé une certaine misogynie fataliste. Ça me fout en rage.
- je connais les moyens de me défendre, je sais utiliser l'ironie, la dérision, dérouter, dégoûter. Mais là, j'étais vulnérable. Tout a vrillé très vite dans ma tête. Si vous ne savez pas ce qu'est le procédé de sidération, je vous invite à lire sur la question. Parfois, dans une situation d’extrême tension et de panique, le cerveau se met en pause.
- je pars du principe que de se faire emmerder, ce n'est pas grave. Encore une fois, pas tapée, pas violée. Hors, une petite lecture du site harcèlement de rue m'a remise les pendules à l'heure : quand l'individu vous suit et / ou devient menaçant, téléphoner au 17 ou au 112.
- j'ai peur de déranger, peur de demander de l'aide. Non que je veuille m'en sortir seule. Ce n'est pas une question d'égo : je ne VEUX pas déranger. C'est con. Mais je ne dois pas être la seule à avoir incorporer que les exigences masculines sont pénibles mais pas GRAVES.
Le plus dingue : je suis entourée d'hommes féministes, respectueux, qui s’interrogent et refusent cet état de fait.
- j'ai appris à écouter mon intuition même quand elle va à l'encontre des codes sociaux. Quand un individu me donne l'impression que je suis une proie, alors, je fuis. Les conventions, les politesses, la crainte de froisser, ça ne sauve pas les miches. Tant pis pour la honte. Ça se gère après.
Mon conseil : si vous vous sentez en danger, protéger-vous. On s'en fout d'être ridicules, incorrectes. Mieux vaut se tromper, s'excuser, qu'être agressée.
Évidement, il risque de s'écouler beaucoup de temps avant que je marche cette section du boulevard de Charonne seule, de nuit. Mes amis LGBT flippent de se faire casser la gueule. L'espace public n'est pas pour tout le monde. Même au XXIe siècle, en plein Paris.
Une triste constatation.
Merci à tous ceux qui m'ont déjà témoigné leur amitié et leur soutien.
Cet article ne changera en rien les agresseurs.
S'il permet ne serai-ce qu'à une seule victime potentielle de fuir ou demander de l'aide, ou à un seul témoin d'agir ou d’appeler à l'aide, il ne sera pas vain.
Une piste de défense (merci Jo !) avec des cours accessible aux femmes qui ne font aucun sport : http://lsdparis.com
L'absence de mouvement ici signifie étrangement
de grands mouvements ailleurs, dans mon quotidien, dans mon cœur,
dans mon crâne.
Voilà des mois de rédactions épisodiques
d'articles alternées avec de silences prolongés puis des tentatives
de jeter quelques poèmes et quelques photos avant de sombrer dans
une lente disparition. Un sursaut cet été, depuis les bords d'une
piscine, les yeux brûlés par les reflets aléatoires. Trop de
mouvements. Trop de lumière. Une dernière poussée, une main qui
s'agite mollement. Je suis encore là. Je ne lâche pas.
J'ai croisé sur la toile des interrogations sur
l'avenir même du média « blog », son existence et sa
visibilité noyée par le flux ininterrompu des réseaux sociaux, de
leur suprématie. Je n'ai jamais eu ici de réel impact. Mes
ambitions de toucher le monde, d'y imprimer une marque, même
microscopique, se dissolvent avec l'âge.
Je continue mon chemin.
Moins ici.
Plus sur le papier, dans les piles de cahier et
les fichiers de travail en vrac. Plus dans les forêts, celles de
terre et celles d’œuvres d'art. Celles d'eau, d'image et de
musique étranges.
Flemmarde, j'ai délaissé l'étang trop accaparée
par l'écriture et surtout, un projet de migration.Il nous aura
fallut une année pleine pour trouver LE lieu. Enfin, déménager
après plus de quatorze ans dans la grotte que je partage avec La
Moustache. Enfin, un nouveau nid, perché, planqué. Un nid encore en
construction, mais déjà accueillant.
J'ai maintenant ma pièce, une chambre à moi.
Par les fenêtres, une source intarissable de
bien-être, de vitamine, d'inspiration.
Peut-être que cette rentrée sera aussi un
renouveau de l'étang ?
Après des mois d'inactivité du blog pour cause de suractivité de la grenouille, voici un petit message pour vous informer qu'enfin... je ne fais vraiment rien !
Je viens de partir en vacances !
L'étang reprendra vit en septembre.
En attendant, vous pouvez toujours me retrouver sur les réseaux sociaux notamment sur la page fb du blog et mon compte Instagram.
En janvier, je me suis astreinte au défi proposé par David Meulemans pour les utilisateurs de « DraftQuest » : écrire quinze minutes par jour et voir où cela nous mène, quelle fiction serait engendrée.
J'ai détourné l'affaire, me contentant de remplir deux pages par jour d'un cahier (en respectant le temps imposé). Si au début j'ai choisi de travailler à partir de couleurs, pour m'inspirer, le projet a évolué vers un travail de journal de création de mon texte en cours.
La lecture de « Comment naît un roman (ou pas) » de Marie-Aude Murail où elle raconte le processus de fabrication de son ouvrage « Le tueur à la cravate » m'a fortement influencé vers cette voie.
Voici le dernier texte du mois de janvier. Je souhaite continuer l’exercice au moins jusqu'à ce que ce mon projet en cours soit achevé.
31 janvier, marron
Marron clair et verdâtre.
La couleur de la Seine en crue qui embarque tout sur les berges, et rappelle dans son étalement qu'il est nécessaire de lui laisser la plaine. Plaine alluviale n'appartient à personne d'autre que l'eau. Rivières et fleuves encadrés, bétonnés, délimités par les hommes imposent leur nature. Indépendante. Impétueuse.
Les débordements se font réguliers.
Pourtant, notre faculté d'oublie n'a de cesse de me surprendre.
Les limons charriés n'enrichissent plus la terre. Les engrais viennent d'ailleurs. Des hommes. De leur artificialité empoissonnée.
La Seine commence sa décrue. Dans son sillage, la boue demeure, riche et nourricière. Des arbres morts, branchages et détritus. Canettes. Sacs poubelles. Le grand nettoyage du lit s'achève en une lit marron inesthétique. Murs et pavés de la villes doivent maintenant être récurés. Paradoxe.
L’hygiénique vision de l'homme du XXIe s’accommode mal des hoquets des forces naturelles. Pourtant, à la fin, ces dernières gagnent toujours.
Laissons donc en prévision, un peu de place à l'eau si l'on souhaite éviter les inondations répétés. Les inondations qui s'infiltrent dans les murs, sapent les fondations, usent les barrières, et toujours causent des ravages dont nous sommes les seuls responsables. Vanités et arrogances humaines ensevelies sous l'étendue marron. Lissées.
Ce que nous imposons à la Terre, nous l'imposons à nos cœurs.
Se blinder. Se murer. Contenir ses émotions. Colmater les brèches pour prévenir l'inondation. Se retenir. Se restreindre. Respecter les cadres sociaux. Bétonner l'intérieur. Suivre le cours balisé, passer sous le pont, s'adapter au tuyau sous-terrain du canal.
Un jour, la crue, l'inondation.
Le barrage qui cède. Le pont emporté.
Un désastre d'eau. Parfois de sang.
La revanche du liquide.
À refuser de méandrer tranquille sur la plaine, de dépenser son trop plein d'énergie et d'émotions, l'homme fabrique les conditions de l'inondation. Laissons les plaines aux forêts, aux rizières, aux cultures inondables amies de l'eau et des limons. Profitons des crues pour monter sur les hauteurs. Observons le spectacle de l'eau vive libre.
Acception l’infiltration. Les débordements.
L'eau, elle, trouve toujours son chemin.
Photos de la Seine prises à paris le dimanche 28 janvier 2018.
Plus elles s'empilent et plus je suis satisfaite du chemin parcouru. Certes, le monde qui m'entoure, surtout la société des hommes me déplait profondément. Je n'ai que peu de pouvoir dessus, pas la peine donc de m'en inquiéter. Résolument, j’observe la lisière argenté des nuages d'orage, comme dans l'idiome américain. Le monde est vaste, surprenant, poétique pour qui prend le temps de l'observer. Cruel et beau, violent et tendre.
Je vous souhaite, lecteurs de passages, inconnus perdus et amis fidèles, une nouvelle année riche et vivante, les pieds dans la terre, la tête dans les étoiles et le cœur vulnérable aux rencontres.
Je m'essaye depuis quelques temps à l'aquarelle et à divers patouillage aqueux. Je bosse beaucoup d'après mes photos du Japon, un moyen de raviver le bonheur du voyage. Pour ce début d'année je peuple donc l'étang de quelques visiteurs chatoyants.
Au début du mois, je suis partie pour une escapade en Moselle. Il a neigé. Je vous souhaite à tous de passer une agréable fin d'années et de joyeux fêtes.
Je vous laisse en compagnie d'un petit texte dont l'écriture accompagne mon thé surprise découvert dans le calendrier de l'Avent.
J'ai marché dans la neige. Je l'ai écouté étouffer, avide, chaque son autre que le sien.
La neige, tyran de l'uniformisation par l'absence. Égalitariste par excellence. Elle tire sa ligne molle d'horizon identique depuis les toits jusqu'aux sommets des arbres. Nivelle trottoirs et rues. Elle attendrit le paysage, éclaire de sa pâleur spectrale le sol et le bas tandis qu’en haut, elle voile le soleil, relégué ampoule faiblarde.
Crissement sous les semelles. Nez et yeux brûlants, j'observe ses doux dégâts en ce dimanche matin de décembre, dans une petite ville de l'est sinistrée, sous perfusion en provenance du Luxembourg. Riches et pauvres, face à la neige et ses glissements dangereux, nous marchons tous d'un même pas précautionneux.
Le temps de quelques heures, elle gagne.
Tout converge, blanchit, se mouille, puis de nouveau, les différences reprennent ses droits en niveau de gris, semant la zizanie bouilleuse.
Parce que je n'ai pas trop envie de parler de septembre, des attentes et des frustrations, parce que je n'ai pas encore la motivation pour effectuer la « rentrée » je prolonge un peu la langueur des vacances.
Voici quelques photos de la ville d'Arles, où se tient ses Rencontres
photographiques de grande qualité. Entre les expositions, sous un soleil
de plomb et un thermomètre flirtant avec le quarante, j'ai glané
quelques impressions urbaines.
La lumière rouleau compresseur, la sueur dans le dos, la peau qui grille.
Les ocres chauffés à blancs.
Succulentes au paradis et leur copines défraichies.
Répandu à l'ombre, un chat.
Un autre, en planque dans les ténèbres, guette le voyageur égaré dans les ruelles piétonnes.
Écrire est, depuis quelque mois, un acte en suspens. Nécessaire, et pourtant, parasité par le bordel émotionnel de ma vie. Mettre l'écriture en pause ajoute à mon sentiment de malaise et surtout, nourrit mes doutes. Alors, j'ai décidé d'attaquer le problème de biais : en participant à un atelier d'écriture.
Se jeter dans l'encre
Sur la question, j'ai lu dans des ouvrages sur l'écriture, les plus grandes louanges et aussi des critiques féroces. J'étais moi-même assez dubitative. La structure Le labo de l'édition organise périodiquement des ateliers gratuits en partenariat avec des bénévoles motivés (cf liens). L'un deux, David Meulemans, est le papa des éditions indé Aux forges de Vulcain et l'initiateur de DraftQuest : une plate forme numérique dont l'objectif hautement enthousiaste est, ni plus ni moins, que de vaincre l'angoisse de la page blanche ! J'apprécie le bonhomme, pédagogue, cultivé et avec une auto-dérision redoutable. J'ai suivi son MOOC sur l'écriture et si l'utilisation de DraftQuest s'est avérée pour trop déroutante, j'ai beaucoup appris des vidéos. Alors, pour une première tentative, les conditions me semblaient idéales.
DraftQuest : le dispositif pour se lancer (et voir si on sait nager après...)
David a commencé par la présentation DraftQuest, une application web qui permet d'écrire quotidiennement et de casser définitivement le mythe de l'inspiration toute puissante. Elle propose à l'aspirant écrivain de fonctionner avec une campagne, où il s'engage à écrire chaque jour. Il fixe alors :
- la durée de la campagne
- la durée minimale de la plage d'écriture appelée "épisode", idéalement courte, de 5 à 15 minutes. Commencer petit aide à ne pas lâcher et on peut toujours écrire plus !
- un verrouillage du paragraphe (épisode) ainsi rédigé afin d'éviter de sans cesser le retoucher.
Le troisième point est ce qui a été rédhibitoire pour moi. Dysorthographique, ne pas me relire et surtout ne pas pouvoir me corriger, implique de laisser plein de fautes puantes.
Sauf que David a prononcé le mot magique en expliquant que DraftQuest était avant tout un dispositif. Comme en art. La contrainte qu'il impose est raisonnée, utile. Ce n'est pas un outil, comme un logiciel d'aide à l'écriture. L'implication est ailleurs. DraftQuest permet de fabriquer des premiers jets, de nourrir sa créativité, de lancer la machine à histoire. D'arrêter de flipper et de passer à l'acte.
Je vais essayer d'utiliser la plate-forme pour un prochain projet, avec une campagne courte.
L'image et le mot
Lorsqu'on crée une campagne sur DraftQuest, on choisit aussi un deck d'images d'inspiration, selon un thème qui nous correspond. Travailler à partir d'images aide aussi à s'y coller même quand on n'a aucune idée. David nous en a fait la démonstration avec un petit exercice simple : on a tiré neuf dés avec les faces ornées de pictogrammes (Story cubes, trouvables en magasin de jeux) . Chacune des personnes présentes avait cinq minutes pour rédiger une histoire complète, avec un début et une fin, incluant tout ou partie des représentations tirées au sort. Le résultat fut très surprenant avec un panel de textes variés, étonnement riches en genres et en tons.
J'ai adoré l'exercice ! Si au départ, j'ai fonctionné quasi en écriture automatique, en collant littéralement aux images, rapidement, des sujets intimes se sont radinés pour prendre possession du récit (mon texte est à la fin de l'article, si vous êtes curieux). C'est assez grisant de constater qu'en cinq minutes de concentration, avec une invitation extérieure et l'image comme support, on peut « fabriquer » une histoire.
De la micro-fiction au roman, des structures communes
Là où l'affaire devient fascinante, c'est que cette micro-fiction peut servir d'architecture à une histoire plus longue, une nouvelle ou même un roman. David nous a ainsi expliqué, par l'exemple, comment découper, transformer chaque portion en épisode et ainsi, tisser la trame d'un texte complexe. Si la narration reste linéaire, il ne s'agit là encore qu'un mode de fabrication pour un premier jet. Il a également mentionné la structure narrative du monomythe (développée par Joseph Campbell) assez adaptée pour les récits de transformations et quêtes initiatiques.
Le second exercice était la création d'une histoire collaborative. Chacun jette deux dés et suit une injonction (avec un temps limité) avec dans l'ordre :
- donner le lieu de l'action (trois informations)
- créer trois personnages
- expliquer ce qu'ils font (avec une situation normale)
- donner un incident
- décrire ses conséquences
- moralité
Ce type d’exercice me plait moins, cependant, la perte de contrôle qu'il induit est très formatrice.
Enfin, l'atelier s'est conclu avec deux conseils pratiques :
- attention aux ellipses, sauter trop d'étapes dans le récit tend à perdre les lecteurs
- ne pas oublier que le texte se construit comme une fractale : le roman est une histoire, mais chaque chapitre est aussi une histoire, ainsi que chaque paragraphe. L'objectif étant de retenir l'attention du lecteur.
En conclusion, j'ai passé un moment à la fois studieux, motivant et très joyeux. Outre les conseils pratiques, je suis repartie avec de l'énergie et l'envie de m'y recoller. Boucler mon roman en cours pour attaquer ceux qui poussent derrière. Si lire sur le sujet de l'écriture reste mon moyen de prédilection pour apprendre, participer physiquement à un atelier permet de sortir du mental et de passer dans le concret, dans le faire. J'ai d'ailleurs envie de tester DraftQuest pour un projet jeunesse qui moisit dans son coin.
Une histoire de princesse... écrite en cinq minutes
"Du haute de la tour, elle contemple les étoiles. Suspendues dans la fontaine, en contrebas. L'eau calme. Pas une ride. Soudain, un bruit. Une grosse tortue émerge, pataude. Et lentement, elle avance vers le bord. Suivie d'un poisson, puis d'un autre. Des fantômes des habitants passés des douves et des lacs.
Quand le comté était encore une zone de paix.
Quand les paysans cultivaient encore les terres.
Quand les princesses en haut de leur tour servaient plus à la déco qu'à la guerre.
Le vent se lève. Les étoiles s'éteignent.
Elle fixe les feux sur la plaine. Dans le lointain, un hululement sauvage. Elle tend l'oreille. Pas un oiseau de nuit. Autre chose de plus sinistre. Vite, elle quitte son poste, attrape la torche et s’engouffre dans l'escalier de pierre. L'ennemi est proche.
Si elle survit, peut-être, demain, elle contemplera de nouveau les étoiles, dans le ciel ou dans l'eau."