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L’etegami, quand le dessin maladroit devient une expression artistique épanouissante



Comme je vous le confiais il y a peu, je n’ai pas fait grand-chose de créatif durant ces longues semaines de confinement. L’échappée légère est venue du dessin et de la peinture. Je me suis mise tardivement à suivre les séances d’etegami, littéralement « image message » en japonais, organisée par la peintre Valérie Eguchi.

J’ai déjà parlé de cette pratique très simple sur le blog, notamment dans cet article.

En gros, l’etegami consiste à peindre maladroitement sur un format carte postale le contenu du bac à légume (ou pour les plus chanceux, celui du jardin) et d’y ajouter une phase drôle ou d’encouragement puis de l’envoyer à un proche ou même un inconnu. Cette pratique peut être adaptée assez facilement en fonction du matériel que vous avez sous la patte et elle ne demande qu’une seule capacité : l’observation. Pas besoin de savoir dessiner, pas besoin d’être poète, il suffit de sortir un légume de son frigo et de le regarder. 




L’etegami est avant tout une pratique de la lenteur avec un trait volontairement maladroit, enfantin ; parfait lorsqu’ on ne maîtrise plus rien ou, qu’au contraire, on tend à trop vouloir contrôler sa vie. La séance de deux heures débute par une vingtaine de minutes d’exercices d’échauffement, semblables à ceux d’une séance de calligraphie avec cependant un objectif opposé : trembloter, vibrer dans son trait au lieu d’atteindre la parfaite rectitude. D’abord on trace très lentement des lignes pour faire une grille, et enfin, une spirale. Le pinceau doit être perpendiculaire à la feuille et le bras reste horizontal. La position, fatigante, à moins d’être un assidu de la salle de gym, épuise rapidement les muscles. Naturellement, notre membre va se mettre à trembler sous l’effort.




Ensuite, on se concentre sur son légume ou sa fleur. La particularité est qu’on doit faire sortir le sujet de la feuille. On commence toujours très lentement par tracer les contours, de préférence à l’encre de chine. Ensuite, on met de la couleur, en tache, sans chercher à tout remplir. Enfin, on écrit un message et on appose son sceau ou sa signature.

J’ai la chance d’avoir du matériel adéquat (encre de chine, facilement trouvable, et encre couleur japonaise gansai) mais il est aussi possible de travailler à la gouache ou au feutre. Le seul point important est de veiller à ce que le média utiliser pour le contour ne bave pas. Pour le papier, j’ai utilisé un bloc de brouillon pour sumi-e très (trop absorbant). Résultat : le papier a bu toute l’encre et mon pinceau était presque sec à la fin. J’avoue ne pas être très satisfaite du résultat, mes traits sont trop raides, trop linéaires, je trouve que les angles choisis pour les sujets ne sont pas assez dynamiques. Cependant, j’ai passé un moment de concentration salutaire lors de deux séances auxquelles j’ai participé.



L’etegami a, selon moi, une certaine proximité, avec le haïku. Il s’agit d’une pratique à la fois simple mais avec un cadre contraignant, qui apprend l’observation, se focalise sur la saison, sur l’instant présent. Elle est accessible à tous, assez facile car ne demande pas de matériel onéreux ou spécifique, mais elle apprend la rigueur et aide à développer son attention, à s’extraire du bazar extérieur. Elle nous offre un autre regard sur le monde (ou plus modestement, le contenu du frigo ou du panier à fruit).
Et puis, elle se partage.

D’ailleurs, je vais envoyer mes etegami à ceux qui le souhaitent, il suffit de me laisser un commentaire. Merci de préciser si vous avez un sujet de prédilection (radis, asperges ou muguet) et envoyer moi par mail votre adresse : marianne@etang-de-karu.net

La prochaine séance est demain, samedi 9 mai à 17h, si vous êtes intéressé, vous pouvez contacter Valérie : valerie.eguchi@sfr.fr. Les créations de l'atelier sont visibles ici (mais il faut un compte facebook).






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Initiation à la calligraphie japonaise, shodô : retour sur expérience.

Résultats peu glorieux d'une initiation réussie !


Pour la première fois, j'ai participé à un cours de calligraphie avec l'association Quartier Japon. Il s'agissait d'un cadeau (merci Aristophanis) ; seule je ne suis par certaine que j'aurai pris l'initiative de m'inscrire. La discipline demandée par la calligraphie me rebute. Sans cette opportunité, je n'aurai pas vécu cette expérience enrichissante !

J'avoue, je m'attendais à une initiation un peu bateau, le genre de truc sympa où tu passes un moment agréable puis tu repars avec ta feuille exhibée fièrement, et au bout du compte, tu apprends assez peu.
Ah, les préjugés !
Non seulement le professeur, Hideki Kawasaki, s'est avéré pédagogue mais aussi très honnête, dissipant les illusions de grandeurs artistiques, souvent « vendues » aux amateurs de culture japonaise au rabais. Le cours accueillait des personnes de niveaux disparates dont des novices absolues (moi) sans que cela soit problématique, au contraire.
Je n'avais jamais tenu un pinceau pour de la calligraphie, cependant j'avais testé le sumi-e (peinture à l'encre de chine avec beaucoup d'eau) et j'avais assisté à des démonstrations de calligraphe japonaise lors de happenings parfois impressionnants. Il suffit de regarder des vidéos pour être touché par la fluidité et l'agilité du geste. Son apparente facilité masque des années d'étude et d'effort. Les arts et artisanats japonais présentent souvent une simplicité et rapidité d’exécution trompeuse. La virtuosité du geste s'acquière par une vie d'apprentissage qu'on oublie aisément lorsqu'on est spectateur, un peu comme lors d'une représentation de danse classique.

Participer à ce cours m'a permis appréhender la réalité de la calligraphie.
Je n'avais pas conscience avant de l'expérimenter, de sa dimension physique. Comme tout acte de peinture, elle génère une connexion particulière entre le cerveau et la main. Elle demande de réfléchir, de se servir de sa main, comme l'écriture, mais aussi de son poignet, de son bras, de son épaule et de l'autre main, pour se stabiliser. La calligraphie, à la différence de notre écriture, sollicite le corps dans sa globalité. Le pinceau se tient à la perpendiculaire de la feuille de papier, et plutôt en hauteur, sans trop serrer, avec souplesse. Le bras n'est donc pas posé mais en suspend. Ça fait bosser les biscottos (qui n'ont pas l'habitude) ! L'équilibre et vient de l'autre main, posée à plat, et de tout le reste du corps.



Le pinceau, étonnamment rigide et très fourni, doit être écrasé dans l'encre pour être parfaitement imbibé, puis il faut l’égoutter avec soin. Il s'agit d'un pinceau rond mais non biseauté, la pointe s’obtient en l’essuyant doucement sur le récipient. Pour le cours, il s'agissait de plastique et non d'une pierre à encre, onéreuse, mais dont le poids garantit qu'elle ne vadrouille pas lors des manipulations. Quant à la feuille, du papier journal absorbant parfait pour les exercices, elle doit être lestée. Nous avons travailler à partir d'encre de chine déjà liquide alors que la calligraphie traditionnelle se fait avec des bâtons secs. Les pigments adhèrent grâce à de la colle animale. L'encre s'obtient en mettant un peu d'eau dans la pierre à encre et en frottant doucement le bâton. Sa particularité est la grande profondeur de son noir, très couvrant, qui colore tout ce qu'il touche. Voilà pourquoi le professeur était drapé de nuit. Le noir c'est classe. Moins quand il s'agit d'une grosse tâche sur sa chemise.

Une fois en position, je me lance
Pour arriver à un trait qui ne tremble pas - les miens me font redouter d'être atteinte d'un Parkinson soudain - il faut à la fois contrôler son mouvement et lâcher prise sur sa crispation. Le geste doit être précis, direct, à la bonne vitesse, ni précipité, ni trop lent. Et je comprends pourquoi la répétition est nécessaire. Elle seule peut apporter la justesse et la souplesse après des centaines voire des milliers de fois, à tracer sans se lasser les kanji, les caractères japonais. Avant d'improviser, avant d’acquérir un style personnel, il faut apprivoiser et intégrer le tracé orthodoxe, qu'il devienne naturel, instinctif. 


Cet apprentissage nous ramène au long labeur de l'enfance lorsque nous couvrions les lignes de nos cahier d'un alphabet hésitant. Nos 26 minuscules et majuscules font pale figure face au 1945 kanji officiels à connaître (et à tous les autres !). Heureusement, il y a quand même quelques règles (avec leurs exceptions). 

Ichi !


Après avoir fait des exercices divers de tracé de lignes, verticales, horizontales, courbes, voilà venu le temps de calligraphie le plus simple des kanji, ichi. Caractère qui signifie le chiffre un, et qui ressemble à un tiret cadratin, on le retrouve dans la majorité des autres kanji. Il s'agit donc de la base incontournable.
Il faut d'abord poser le pinceau sur la feuille de façon à obtenir un début de trait qui soit oblique, à 45°. Cette orientation des poils sur le papier doit être conservée durant tout le tracé du « tiret ». Le mouvement s’interrompt lors qu'on s'approche de la fin et là, ça se corse. Il faut faire un « petit pas », une sorte de point qui implique de soulever puis reposer le pinceau. Ensuite, on revient légèrement en arrière afin d'orner le trait jusqu'alors censément horizontal d'un léger monticule sur le haut. La ligne du bas, elle, ne doit pas descendre mais rester bien droite. Le résultat attendu est donc une sorte de parallélépipède qui s'achève avec un patatoïde plus ou moins maitrisé.

Peindre cet unique caractère m'a demandé une concentration et une énergie incroyable pour un résultat, je dois l'avouer, assez piteux. J'ai compris qu'il me faudrait des dizaines d'heures, en étant optimiste, avant d'arriver à obtenir quelque chose qui puisse être qualifié sans honte de « calligraphie ».
Voilà qui rend cet art encore plus admirable et impressionnant !

Si vous voulez essayer, toutes les informations sont disponibles sur le site de Quartier Japon. Le cours de deux heures est à un tarif très abordable (26 euros pour les adultes). Même si, comme moi, vous n'avez pas le courage de vous lancer dans cette activité, je vous recommande vivement de tenter l'expérience. Elle permet, en appréhendant la calligraphie avec son corps, de mieux l'apprécier. Je serai curieuse d'avoir vos impressions !

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Visite en photos au musée Gustave Moreau



Je me suis inscrite cette année à un cours d'architecture et de dessin des ateliers des beaux-arts. Chaque semaine, une promenade ou une visite dans Paris est imposée avec trois dessins thématiques à réaliser, si possible, in-situ.
Le choix du premier cours a porté sur le musée Gustave Moreau, niché dans le quartier de La Nouvelle Athènes où je me suis souvent promené avec La Moustache, très friand de cette ambiance.

Je n'avais jamais mis les pieds dans ce musée et connaissais très peu ce peintre néo-classique, romantique, figure d'un 19e bourgeois et pourtant moins conservateur qu'on pourrait le croire. S'il n'a pas l'étrangeté et l'audace de Redon, que j'adore, j'ai été très surprise par son travail et surtout, j'ai trouvé le lieu merveilleux.

Cet hôtel particulier, apparentant aux parents du peintre, est devenu son atelier puis, de son vivant, il a aménagé comme un musée, en prévision de sa propre mort. Cela en dit beaucoup sur l'état d'esprit particulier de l'artiste. Les appartements sont des mausolées à la mémoires de ceux qu'il a aimé et vu disparaître au fil de sa vie. L'atelier, dans les étages supérieure, est une magnifique galerie surchargée de tableau où le visiteur est happé dans un monde à la fois poétique et terrifiant. Les influences bibliques et antiques se mêlent en une quête spirituelle étonnamment désincarnée. J'ai particulièrement appréciée la façon dont le peintre dessine sur des tâches de couleurs, des motifs floraux, créant dans la tourmente de très grands formats magistraux, des petits havres botaniques heureux et précis.

Je partage avec vous quelques photos, mon regard sur ce lieu. J'espère, cela vous incitera à la découverte (liens utiles plus bas). Dans mon prochain article, vous aurez droit à mes gribouillis, et des petits textes associés.

















Liens :
Pour découvrir le quartier de la Nouvelle Athènes :
Le site du musée Gustave Moreau :
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J'ai été modèle pour « Souvenirs de Paris » : la série photo de Chloé Vollmer-Lo !



Non, malgré mon physique de rêve et ma fraicheur, je ne vais pas entamer une carrière mondiale de batracien top-modèle. Par contre, pour la première fois, j'ai été prise en photo par une pro, Chloé Vollmer-Lo. Elle travaille sur une série intitulée Souvenirs de Paris où elle associe un lieu de la capitale à une personne qui a vécu ou ressenti quelque choses de fort, à un moment précis. Je partage avec vous cette expérience originale et intime.

Le premier janvier 2010


Je ne me rappelle plus du temps. L'almanach atteste qu'il faisait froid, gris. Pourtant, avec La Moustache, nous sommes parti en balade, main dans la main. C'est notre anniversaire, nous sommes en couple depuis onze ans. Nous déambulons dans Paris et nos pas nous amènent dans le quatrième, là où je vivais quand j'étais étudiante, quand nous nous sommes rencontrés. Nous passons derrières l’église Saint-Gervais, dans une petite allée pavée que j'affectionne. La rue des Barres.
Entre les immeubles se serre un petit square avec un cerisier du Japon que je viens admirer au printemps. Ce premier jour de l'année, la surprise est là, rose, incroyable ; dans ma main glacée, celle de Franck, chaude et vivante. Sous nos yeux ébahis, l'arbre, en fleur. En fleur un premier janvier !
Je n'en reviens pas.
Comme un miracle, un pied de nez de la végétation à la saison, à la ville. À la norme. À ce qu'on attend d'elle.
Je pense au Japon où je me suis rendue l'an passé pour la première fois et où je dois retourner encore, dans quelques mois pour un séjour plus long...
Il est vieux, ce cerisier au tronc noueux et aux branches tordus. Vieux et encore vert. Gracieux. Je regrette de ne pas avoir pris mon appareil photo pour capturer ce moment. Je le stocke dans mon cœur, précieusement.


Le 2 mars 2011


Je suis en vadrouille, seule, dans le centre de paris. Et me voilà, de nouveaux pas loin de la rue des Barres. Je fais le détour et il est toujours là. Moins en avance que l'an passé, mais toujours là. En fleur, encore une fois. Tout me revient. Le moment avec Franck, et le mois à Tokyo en été. L'impression d'immensité du monde, l'envie de découvrir, doucement, avec lenteur et précaution. L'envie de contempler jusqu'à user mes yeux, jusqu'à ce que les mots débordent, que les émotions se transforment en histoires, en poèmes. J'ai cette envie presque féroce de retourner au Japon, encore. Cette envie aussi de partager le voyage avec Franck, réticent sur le sujet.
Et puis, quelques jours plus tard, tout bascule, tout se fissure.

Les mois et les années s'écoulent. Les pavés toujours là. L'église et le monastère toujours là.
Comme un écho funeste, le vieux cerisier est abattu.

Le 8 juin 2016


Je rencontre Chloé pour la première fois en vrai. J'aime beaucoup son travail photographique. Sa sensibilité me parle, son regard m'intrigue, à la fois par sa proximité et sa différence. Je suis heureuse de prendre part à son nouveau projet artistique Souvenirs de Paris.
Je vis à Paris depuis plus de vingt ans. Nombreux sont les endroits rangés dans ma mémoires. Mais, quand je lui propose ma participation, je sais celui que je vais choisir. Une évidence. Cette année, un souhait s'est réalisé.
Un souhait que j'avais noué à un bambou, le 7 juillet 2010, au crépuscule, dans un temple à Tokyo, au Zenkoku-ji.
Retourner au Japon, et cette fois, être accompagnée de Franck.
Après le 11 mars, rien n'est plus pareil. Pourtant, avec le recul, ce souhait lui a perduré, intact dans la douleur et le désenchantement.

Le fantôme du cerisier me salue, une présence bienveillante dans mes souvenirs. Dans le square, aucune trace. Les émotions passent, furtives, pourtant, l'après est subtilement différent de l'avant. Petit à petit, invisibles, elles nous modèlent, s’imprègnent dans les lieux et j'aime à croire qu'elles les teintent doucement de nos espoirs et de nos rêves.


Je vous invite à regarder Paris sous l'angle de la mémoire d'inconnu, d'un moment capturé par l’œil vif de Chloé : http://chloevollmerlo.net/photo/perso/souvenirs-de-paris/
Je vous conseille aussi vivement de regarder le reste de travail perso :

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Nouvelle exposition pour la Grenouille : venez nombreux !

 


Du 19 décembre au 7 janvier je participe à une exposition collective Un seul grain de riz  à la Galerie Metanoïa, à Paris, sur le thème "Ange". Si vous passez par là, vous pourrez voir une série composée d'une photo et trois collages photo réalisée pour l'occasion.


Démarche artistique


Le mot "ange" vient du grec àggelos (ἄγγελος) qui signifie messager, un intermédiaire entre les hommes et le divin ou le spirituel. J'ai choisi de traiter cette contrainte thématique en partant de cet angle étymologique.

Mon approche consiste à s'interroger sur la nature possible à la fois du message et du messager : transcendance spirituelle, incarnation inscrite dans nos gènes comme une sorte de mémoire collective propre à l'Humain, une provenance encore plus mystérieuse et lointaine... Après tout, nos connaissances de la complexité de l'univers restent parcellaires et laissent la place aux spéculations les plus folles.

Mon caractère indépendant et ma soif de liberté s’accommodent mal d'un système de représentation du monde avec la foi ou la croyance comme seul fondement. Si je suis ouverte à l'inconnu, à l'ombre, à ce qui échappe au tangible illusoire et restreint de nos perceptions, je reste allergique à toute tentative de suivre une doctrine. Surtout quand d'autres humains s'arrogent le droit de juger de la bonne obéissance de la-dite doctrine.

J'ai donc délaissé le divin et la signification religieuse de l'ange pour une approche plus pragmatique, sans exclure une part d'inconnu. Je considère l'ange comme un trait d'union, un pointillé chargé d'un propos qui parfois nous échappe car codé ou brouillé, entre notre conscient et notre inconscient. Savoir l'écouter nous donne accès à une part souterraine et bouillonnante de notre être, une part de notre être capable elle-même, de saisir d'autre messages, encore moins accessibles, encore plus cryptiques, dont on ignore l'origine.




Mon travail ne porte pas tant sur la source du message - une part de nous même qui existe même si on la nie - que sur notre capacité à l'écouter, l'apprivoiser, le comprendre parfois, l’interpréter si nécessaire et surtout, à l'exprimer. Le messager se nomme alors intuition, inspiration. 
J'ai souhaité représenter des instantanés de l'évolution d'un sujet qui passe de la surdité à l'apprentissage de l'écoute, du décryptage et enfin à la compréhension du message. Le temps, dans la série, est volontairement suspendu, comme la fulgurance d'une révélation qui se niche entre les secondes. De l'extérieur, rien n'a changé. Le sujet est le même. De l'intérieur, sa perception de soi et du monde est ébranlée.

Pour représenter le paradoxe du message, à la fois simple et complexe, j'ai travaillé à la fois avec des couleurs froides et chaudes, des éléments figuratifs linéaires très nets et des éléments plus abstraits, flous. Les fragments de photo avec des branches m'évoquent une calligraphie d'un alphabet étrange.
Pour le dernier collage, la juxtaposition de bandes d'ambiance très différentes - urbaines et sauvages - traduit une harmonie momentanée, lorsque le message est reçu.



 

La tambouille de la grenouille


Je travaille à partir de tirages de mes photos que je sélectionne surtout en fonction des ambiances de couleurs et lumières plus que du sujet. En fonction de ce que je veux exprimer, j'affine encore ma sélection et me limite volontairement à un nombre restreint de clichés. 

L'acte - découpage, agencement, collage - par sa tangibilité me renvoie au moment exact de la prise de vue, son instantanéité et surtout son impossibilité à être reproduite. Si une photo numérique peut être tirée à l'infini, le moment où elle est prise, tout comme le collage, est unique, terminé. L'acte du collage contient une mort, une finalité. Ce qui j'exprime avec les collages est différent, peut-être pour moi, plus concret, que ce que je peux exprimer avec la photo. Pour cette série, j'ai mêlé photo et collage photo car justement, j'avais besoin de ces deux médiums pour réussir à transmettre le changement et une certaine nécessité.




Liste des œuvres présentées :
               
Silence - photographie, tirage sur papier lustré
Ouverture - collage de tirages photographiques
Dissonance - collage de tirages photographiques
Accord - collage de tirages photographiques

Travail réalisé en septembre 2016
Format avec cadre inclus : 15 x 20 cm
Tarif : 150 euro, encadré
Contact à la galerie : marc.higonnet@galerie-metanoia.fr

Le vernissage aura lieu le mercredi 21 décembre à 18h à la galerie Métanoïa : 56 rue Quincampoix, Paris


 
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Rikuzentakata : le livre photo sur la ville qui n'est plus




Le photographe japonais Naoya Hatakeyama avait signé en 2013 un ouvrage bouleversant, Kesengawa, où il juxtaposait des clichés de sa région natale avant et après le tsunami. Il revient une nouvelle fois sur la tragédie avec Rikuzentakata, nom de sa ville natale, détruite en 2011 et actuellement en cours de reconstruction.

Reconstruire mais pas renaître...

Après Fukushima, après la colère et l'immense gâchis humain, l'incommensurable douleur était tellement insupportable que je me suis un temps détournée du Japon. J'y suis retournée ce printemps, pour me gorger d'art (avec le festival de Setouchi) et de paysages. J'y suis partie sans aucune attente, juste dans l'acceptation du pays tel qu'il est, tel qu'il devient.
Lorsqu'on est un étranger, simplement fasciné par cette culture, mettre à distance la douleur est plus aisé car nous n'y sommes pas confrontés en permanence, dans notre quotidien et dans notre chair. Pour ceux qui ont là-bas leurs racines, celles qu'on ne peut jamais oublier ni déterrer, la souffrance demeure, tapie, toujours là. Pourtant, la vie ne s'arrête jamais.
Hatakeyama, lui non plus, n'a cessé d'évoluer, de travailler, de s'exprimer par les mots et l'image. Si Kesengawa est un ouvrage réalisé à chaud, issu de l'effarement lié  à un cataclysme trop vaste pour être appréhendé d’emblée  par un humain, Rikuzentakata, cinq ans plus tard, se tourne vers l'avenir, la reconstruction en cours de la ville, déplacée en partie sur les hauteurs.


Retour sur Kesengawa


Pour saisir la dimension du travail de Hatakeyama, je veux d'abord vous parler de Kesengawa. Récit intime et pudique de la catastrophe, le titre provient de la rivière Kesen qui traverse la ville de Rikuzentakata. Une ville côtière, dans la préfecture d'Iwate, construite sur la plaine littorale, pour profiter des richesses de la mer mais aussi à la merci de ses fluctuations et de ses colères. Ce livre raconte avec textes et photos, l'avant et après 11 mars 2011. Juste après le séisme, Hatakeyama, qui était à Tokyo, traverse à moto le paysage dévasté, parti en quête de nouvelles de sa famille. Il juxtapose ses réflexions au fil de son voyage avec des photos d'avant la catastrophe. Des photos personnelles qu'il n'avait jamais imaginé montrer un jour.
L'avant joyeux côtoie l'indicible, le traumatisme trop grand pour être contenu dans des mots. Hatakeyama a perdu sa mère dans la catastrophe. Avant le 11 mars, il travaillait déjà sur la notion de paysage (surtout urbain), notion géographique complexe d'interaction entre l'homme et la nature.
Depuis, il n'a pas cessé. Cependant, les transformations qu'il observait, progressives et parfois insidieuses, ont connu une rupture tant dans leur rythme que leur échelle. La catastrophe a littéralement rayé de la carte des quartiers, des villes, fait table rase du paysage pour repartir de zéro. Ou pas tout à fait, car la menace invisible des radiations est là, et comme beaucoup de Japonais, Hatakeyama en a pleinement conscience.



Participez à l'aventure de Rikuzentakata !


Son nouvel ouvrage, Rikuzentakata, aborde encore le thème du changement, de la modification des paysages. Cette fois, il suit les étapes de la reconstruction de la ville, la lente tentative pour déblayer, recommencer, après une fracture terrible dans l'histoire, aux conséquences difficiles à appréhender. Hatakeyama observe, propose son regard d'artiste qui a toujours saisi le point de jonction entre l'humain et la nature, là où se fabrique le paysage.


Le livre Rikuzentakata sortira en octobre, aux éditions Light Motiv. C'est une petite maison spécialisée dans les ouvrages photographiques de grande qualité alliant images et textes. Elle passe par une plate-forme collaborative pour s'assurer un seuil de financement, notamment grâce aux pré-commandes. La fabrication d'un bel ouvrage a un coût souvent difficile à porter pour des éditeurs modestes. Acheter en avance son exemplaire offre au lecteur le plaisir de participer activement à l'aventure et à l'éditeur une bouffée d'oxygène bien venue.
Light Motiv propose d’ailleurs un achat groupé de Rikuzentakata et Kesengawa à un tarif préférentiel de 59 euros, disponible uniquement durant la campagne de financement. La filiation forte entre les deux livres justifie cette offre avantageuse pour saisir toute la profondeur du travail d'Hatakeyama et son évolution. Vous aurez deviné, c'est la contribution que j'ai choisi !


Il ne vous reste que quelques jours pour pré-commander ce magnifique ouvrage photo. La traduction des textes de Hatakeyama est assurée par Corinne Quentin et l'ouvrage est préfacé par l'écrivain Eric Reinhardt. Il comptera 130 pages et sera au format 25 cm par 30.


Si le projet vous touche, parlez-en autour de vous et partagez le sur les réseaux sociaux, c'est aussi un moyen efficace de le soutenir !





Pour feuilleter le livre Kesengawa (désactivé votre adblock !) :

Un article sur Rikuzentakata et un entretien avec Eric Le Brun, le responsable des édition Light Motiv :

Deux articles passionnants sur Kesengawa :

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Estampe Japonaise : découvrir ses secrets de fabrication à Japan Expo !



La Japan Expo, l'évènement à ne pas rater pour tous les curieux de cette culture, se tiendra la semaine prochaine du 7 au 10 juillet 2016. A cette occasion, vous pourrez découvrir comment se réalise une estampe de façon simple et concrète. Un amateur éclairé, Fred Miane, fera des démonstrations sur le stand de l'association Pigments et arts du monde (U200, Hall 5 A) qui promeut les arts et les technique picturales asiatiques traditionnelles tels que le nihonga, etegami...


Petite définition de l'estampe


L'estampe est une image imprimée par xylographie : résultant d'un travail de gravure sur bois. Le mode reproduction laisse la place au hasard et ne permet pas une duplication parfaite de l'image, ce qui en fait sa richesse et son charme. Deux estampes ne sont jamais totalement identiques.

Une estampe c'est :
- une image qu'on veut reproduire
- plusieurs plaques (matrices) en bois tendre (cerisier ou catalpa), qui seront gravées en fonction de l'image de départ
- de l'encre qui sera appliquée (une couleur par matrice)
- une impression sur papier successive de chaque matrice en prenant garde de bien caler la feuille.

Les outils pour graver, en provenance du Japon
 
Les encres pour l'impression


C'est en regardant travailler le graveur que j'ai saisi toute la technicité mais aussi le savoir-faire et l'intuition artistique nécessaire à transformer un dessin ou une photographie en estampe. Au départ, il y a une image qui va être reproduite. Fred n'est ni peintre, ni dessinateur. Il travaille donc à partir de l’œuvre d'autrui. Il se qualifie plus d’artisan qu'artiste. Pourtant, ses choix ont une influence capitale sur ce qui va devenir un nouvelle interprétation de l'image originale.
En effet, le graveur détermine plusieurs choses cruciales : d'abord le nombre de couleurs qui détermine le nombre de plaque qu'il va graver, quel contour va-t-il tracer, leur épaisseur... Le graveur propose ainsi sa vision de l'image, en fonction de sa sensibilité et de son talent.

La naissance d'une estampe

L'année passée, sur les quatre jours de Japan Expo, j'ai pu voir des estampes être créées de A à Z. Une expérience enrichissante ! D'abord, la peintre Valérie Eguchi a dessiné plusieurs etegami, comme base. Ensuite, Fred a commencé son travail de gravure. Cela nécessite à la fois de la force physique, de la minutie ainsi que beaucoup de patience car il faut plusieurs heures pour évider les plaques et ne laisser en relief que la partie qui sera imprimée sur le papier. En cas d'erreur ou de geste malheureux, tout est refaire. À la force du poignet, petit à petit, j'ai vu apparaître en relief des courbes et un motif souvent difficile à rattacher avec l'image de départ. Seule la planche de trait, qui sert au contours du sujet, est aisée à reconnaître.


Le graveur à l’œuvre


Minutie et rigueur !


La plaque de trait encrée

Résultat de l'impression


Une fois les plaques de bois prêtes, Fred passe à l'impression. Il enduit de couleur avant d'appuyer fortement la matrice sur le papier, en s'aidant d'une espèce de gros tampon, le baren (mot japonais). Il permet que le transfert de couleur soit le plus homogène possible. La encore, il faut une certaine force ! J'ai tenté l’exercice et avec mes muscles de grenouille, le résultat fut assez pitoyable !



Fred Miane encre et imprime la planche de trait


Si vous aussi, vous souhaitez assister "en vrai" à la naissance d'une estampe, venez donc sur le stand U200, Hall 5, à Japan Expo. Plusieurs démonstrations d'estampe auront lieu durant le salon. Vous verrez aussi les outils nécessaires à la gravure et à l'impression.
J'avais déjà, lors d'exposition au Musée Guimet ou à la MCJP, vu des documentaires ou même des matrices. Cependant, assister au spectacle du graveur qui taille et cisèle le bois à la main avec ses outils puis imprimer ensuite sur papier le résultat de son labeur, est une expérience inoubliable. On prend alors la mesure de l'effort, de sa dimension physique, de son énergie et de sa concentration. On porte un regard différent sur l’œuvre finale, qui devient plus qu'une simple reproduction. Si l'estampe vous intéresse, je vous encourage vraiment à passer !

Le résultat final !


Un très bon article qui détaille la fabrication de l'estampe japonaise :
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Hudros de Patrick Rimond, photos de béton et d'eau




Je vous parle aujourd'hui d'une pépite de bleu, de vert et d'ocre : un livre de photographie au format paysage. Il nous fait voyager dans des paysages étranges, totalement déroutants. Pourtant, il s'agit de clichés pris dans le sud de la France !

L'exotique du paysage commun


Sous le titre mystérieux d'Hudros sont assemblées trente photographies de Patrick Rimond sur un projet particulier. Il a travaillé pendant plusieurs mois avec comme sujet les canaux qui partent de la Durance et du Verdon pour alimenter les villes de Marseille et Toulon. Il propose sa vision, onirique et abstraite, de ces lieux d'eau, de béton et de pierre, noyés sous un soleil écrasant. La lumière crue découpe les arrêtes vives des édifices et trace des ombres tranchées. La couleur de l'eau oscille entre un gris laiteux et un bleu-vert transparent, presque tropical. Parfois impénétrable, solide, d'autre fois si claire que sa profondeur semble nous purifier, elle change sans cesse alors que le paysage, lui, demeure parfaitement figé dans la rigueur utilitaire d'une construction humaine.



Hudros est mot grec désigne l'hydre, le serpent mythologique avec sept têtes qui se régénèrent et se multiplient une fois tranchées. Ici, c'est la seule lame est de lumière. Elle découpe les bords des canaux dans des compositions toutes en rectitudes et en lignes droites, tantôt brisées pour tracer une géométrie mystérieuse, tantôt infinies, fuyantes à l'extérieure du cadre. Le serpent d'eau dans un camaïeux de bleu se faufile de page en page. Parfois, une courbe se glisse dans une image, pour casser le rythme. Elle évite la monotonie et éveille l’œil dès qu'il commence à s'habituer, à lire des récurrences. Entre les ocres, les gris et les bleus, des touches de vert-jaune d'une végétation méditerranée apporte une touche de vie à ce minéral.

Poésie de l'image et rencontre avec le regard de l'autre


Patrick Rimond propose un voyage dans un quotidien qui pourrait paraître inintéressant et morne. Son regard le sublime, le transforme en un ailleurs exotique, aux dimensions multiples, fantastiques. Il invite à une contemplation où on perçoit en contre-point du silence, le chant discret de l'eau et son mouvement fluide.


Voici un livre de très belle facture, édité par la petite maison Iki que j'apprécie déjà pour sa collection du Pont Rouge. Les livres de photographies sont, comme la poésie, souvent boudés par les lecteurs. Pourtant, quand il s'agit d'un ouvrage qui correspond à notre sensibilité, on peut sans cesse y revenir au fil des années. Intemporel, ils sont autant de fenêtre à la fois sur l'extérieur à travers les yeux d'autrui mais aussi sur notre monde intérieur. Quand un tel bouquin me plait, j'ai l'étrange impression qu'il rentre en résonance avec une partie de moi, qu'il m'invite à prendre aussi mon appareil photo et ma plume, qu'il m'invite à épanouir ma créativité, à affuter mon regard et à me tendre vers l'autre pour rencontrer sa différence. 




En feuilletant pour la première fois Hudros, j'ai immédiatement été séduite par sa proposition artistique, sa façon de montrer ce paysage, les angles choisis, le travail de couleur, entre uniformité et contraste.
Vous laisserez-vous séduire ?

Site de l'auteur :
http://patrickrimond.com/hudros.html
Information sur le livre (feuillable) :
http://lepontrouge.net/?page_id=15
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David Vong, le dompteur d'arbres


David Vong en action : https://vimeo.com/123281701



Au hasard des rues de Paris, j'ai découvert une galerie qui expose pour une courte période (jusqu'au 19 juin) les œuvres de David Vong, jeune artiste dessinateur, peintre et aussi plasticien. En vitrine, des peintures et sculptures d'arbres. Un sujet qui me fascine toujours.

Les racines de l'émotion


David Vong devant "Duel"
En poussant la porte de la galerie Gare de Marlon j'ai été saisie par la force de cette multitude de dessins soigneusement alignés sur le mur. Durant un an, entre 2012 et 2013, chaque jour, David a croquer un arbre ou plus exactement, sa vision d'un arbre. Une représentation souvent abstraite mêlant inspiration, humeur du moment, et contexte. Il se dégage de ce classement chronologique des séries non intentionnelles, révélatrices d'instants marquant de la vie du jeune homme. 

Autant d'images qui renferment ses souvenirs et ses émotions. Un dessin très particulier a été retiré pour être affiché à part, dans une autre salle. Ce blanc, ce trou dans l'assemblage a une signification : ce jour-là David a appris que sa compagne était enceinte. Alors, l'arbre née de cette nouvelle est tout petit, tout rond, un peu perdu au centre de sa feuille. Une promesse de vie à venir et aussi un constat : face à cette annonce, l'artiste se sent minuscule.
Si l'observateur, lui, lit d'autres histoires, d'autres inspirations, d'autres émotions aussi, quelque chose se transmet dans la sincérité du travail et aussi dans la grande force de la constance de l'acte. Dessiner, chaque jour, une année durant, sans jamais faillir, demande une motivation impressionnante. 



David Vong : Harmonie

 

La forêt infinie


Si des récurrences apparaissent, j'ai été époustouflée par la diversité de l'approche. David explore toute les dimensions, tout les thèmes : il y a des arbres fleuve, des arbres fleurs, des arbres oiseaux en lévitation, des arbres méduses, des arbres architectures, des arbres design... Toutes les formes possibles et impossibles se côtoient, l'une contre l'autre, en un grand panneaux immense. Une proposition où humour, poésie et surréalisme dialoguent, se chamaillent et se réconcilient. 

David dessine et trace avec des traits précis l'infinie diversité des arbres de son imaginaire. Il peint aussi des grands formats à l'huile ou l'acrylique. Toujours des arbres mais cette fois, avec un travail de couleur merveilleux et doux.

Alors, vous aussi, vous souhaitez adopter un arbre de papier ?
Galerie Gare de Marlon : 19 rue de la Verrerie, Paris


Site de David Vong :
http://www.davidvong.com
http://arbredujour.tumblr.com



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