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L’etegami, quand le dessin maladroit devient une expression artistique épanouissante



Comme je vous le confiais il y a peu, je n’ai pas fait grand-chose de créatif durant ces longues semaines de confinement. L’échappée légère est venue du dessin et de la peinture. Je me suis mise tardivement à suivre les séances d’etegami, littéralement « image message » en japonais, organisée par la peintre Valérie Eguchi.

J’ai déjà parlé de cette pratique très simple sur le blog, notamment dans cet article.

En gros, l’etegami consiste à peindre maladroitement sur un format carte postale le contenu du bac à légume (ou pour les plus chanceux, celui du jardin) et d’y ajouter une phase drôle ou d’encouragement puis de l’envoyer à un proche ou même un inconnu. Cette pratique peut être adaptée assez facilement en fonction du matériel que vous avez sous la patte et elle ne demande qu’une seule capacité : l’observation. Pas besoin de savoir dessiner, pas besoin d’être poète, il suffit de sortir un légume de son frigo et de le regarder. 




L’etegami est avant tout une pratique de la lenteur avec un trait volontairement maladroit, enfantin ; parfait lorsqu’ on ne maîtrise plus rien ou, qu’au contraire, on tend à trop vouloir contrôler sa vie. La séance de deux heures débute par une vingtaine de minutes d’exercices d’échauffement, semblables à ceux d’une séance de calligraphie avec cependant un objectif opposé : trembloter, vibrer dans son trait au lieu d’atteindre la parfaite rectitude. D’abord on trace très lentement des lignes pour faire une grille, et enfin, une spirale. Le pinceau doit être perpendiculaire à la feuille et le bras reste horizontal. La position, fatigante, à moins d’être un assidu de la salle de gym, épuise rapidement les muscles. Naturellement, notre membre va se mettre à trembler sous l’effort.




Ensuite, on se concentre sur son légume ou sa fleur. La particularité est qu’on doit faire sortir le sujet de la feuille. On commence toujours très lentement par tracer les contours, de préférence à l’encre de chine. Ensuite, on met de la couleur, en tache, sans chercher à tout remplir. Enfin, on écrit un message et on appose son sceau ou sa signature.

J’ai la chance d’avoir du matériel adéquat (encre de chine, facilement trouvable, et encre couleur japonaise gansai) mais il est aussi possible de travailler à la gouache ou au feutre. Le seul point important est de veiller à ce que le média utiliser pour le contour ne bave pas. Pour le papier, j’ai utilisé un bloc de brouillon pour sumi-e très (trop absorbant). Résultat : le papier a bu toute l’encre et mon pinceau était presque sec à la fin. J’avoue ne pas être très satisfaite du résultat, mes traits sont trop raides, trop linéaires, je trouve que les angles choisis pour les sujets ne sont pas assez dynamiques. Cependant, j’ai passé un moment de concentration salutaire lors de deux séances auxquelles j’ai participé.



L’etegami a, selon moi, une certaine proximité, avec le haïku. Il s’agit d’une pratique à la fois simple mais avec un cadre contraignant, qui apprend l’observation, se focalise sur la saison, sur l’instant présent. Elle est accessible à tous, assez facile car ne demande pas de matériel onéreux ou spécifique, mais elle apprend la rigueur et aide à développer son attention, à s’extraire du bazar extérieur. Elle nous offre un autre regard sur le monde (ou plus modestement, le contenu du frigo ou du panier à fruit).
Et puis, elle se partage.

D’ailleurs, je vais envoyer mes etegami à ceux qui le souhaitent, il suffit de me laisser un commentaire. Merci de préciser si vous avez un sujet de prédilection (radis, asperges ou muguet) et envoyer moi par mail votre adresse : marianne@etang-de-karu.net

La prochaine séance est demain, samedi 9 mai à 17h, si vous êtes intéressé, vous pouvez contacter Valérie : valerie.eguchi@sfr.fr. Les créations de l'atelier sont visibles ici (mais il faut un compte facebook).






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Dessiner des yôkai pour se changer les idées



Sur les réseaux sociaux, les défis et appels en tous genres pour un confinement créatif fleurissent depuis des semaines. Moi, je n’ai même pas ouvert un bouquin. Je suis incapable de me concentrer. Je gribouille un peu, je tiens vaguement un journal, mais je suis très loin de l’orgie de lecture ou d’activités à laquelle certains s’adonnent. Entre apathie gluante et culpabilité, mon état oscille lentement du vide au rien. Je jalouse les actifs, les créatifs du confinement qui organisent leurs journées et « rentabilisent leur temps ». Moi, ma survie psychique tient à ma Switch, à l’alcool, et aux plantes sur la terrassasse. 
Pas vraiment glorieux...

La seule motivation qui m’a sortie de ma boue intellectuelle est venue de mon amie Virginie Blancher. Lors d’une vidéo en direct sur Instagram organisée par la librairie Le Renard Doré, elle a donné ue heure de cours de dessin à distance, simple, pédagogique, avec une approche souple, destiné à des débutants. J’ai suivi l’affaire par pure solidarité, pour montrer à ma pote que j’étais là, derrière l’écran. Je n’avais rien préparé, et lorsque ça a commencé, prise d’une certaine frénésie, j’ai sorti papier, crayons et aquarelles, soudain bien décidée à moi aussi, dessiner mon Amabie.


Amabie qui danse :)

En effet, illustratrice pro et amatrice éclairée de culture Japonaise, Virginie a proposée pour ce premier live de dessiner un yokai, une créature du folklore japonais, devenue célèbre ces derniers mois : Amabie (prononcer Amabié). Sorte de sirène à trois pattes dotée d’un bec, elle n’est pas d’une esthétique séduisante, pourtant, la bestiole a enflammé les cœurs des artistes en herbe en raison de sa mythologie particulière : montrer son image permettrait de guérir les maladies infectieuses. Forcément, vu les circonstances, on se dit qu’on a pas grand chose à perdre.
Pour en savoir plus, je vous renvoie à la page Wikipedia
 

Nekomata joyeux
 
Cette première expérience de cours à distance a été bénéfique. Déjà, je suis resté concentrée, et puis le résultat m’a satisfait. En plus, il y a avait une ambiance d’encouragement sympathique. Mikael, le libraire devenu médiateur a veillé à ce que les questions du public soient relayées. Tout le monde a pu ainsi réussir à suivre. D’ailleurs, un autre cours a eu lieu sur un autre yokai, le Nekomata (sorte de chat avec une queue bifide). Il est possible qu’un troisième soit mis en place. Le cours est en accès libre, il suffit d’avoir un compte Instagram. Une initiative d’autant plus généreuse qu’elle demande du travail bénévole de la part de deux professions lourdement impactées par la situation.

Les initiatives de ce type se comptent par centaines. Avant celle-là aucune n’a réussi à me tenir, à insuffler l’envie nécessaire. L’amitié est une sacrée motivation !

Si vous être intéressés, je vous encourage à suivre les comptes Instagram de Virginie et du Renard Doré qui diffuse un live chaque soirs à 18h. Demain, ce sera Agnès Domergue et ses haiku ! J'y serai.


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Place des Abbesses, ciment armé et mosaïque



Sur la place, il y a l'église Saint-Jean de Montmartre. Je la connais bien pour avoir vécu à proximité, dans le 18e. Je la connais aussi pour avoir assisté au mariage de la sœur d'une amie, alors que j'étais ado. Ma première rencontre avec cet étrange édifice de brique rouge qui dissimule une structure en béton armée. 

La première construite de cette façon, entre 1894 et 1904, par l'architecte Anatole de Baudot. Une fracture architecturale à la charnière des siècles. Aujourd'hui encore, elle intrigue, tant par sa physionomie que sa localisation, à cheval sur la butte, en gradin et escaliers. Je serai curieuse d'en visiter les entrailles, sous la partie ouverte au public, celle qu'on aperçoit en contournant le bâtiment.

Toujours dans le cadre des cours des Ateliers des Beaux Arts, j'ai réalisés photos et croquis. Une promenade dans mes souvenirs, de la sortie de la station Abbesse jusqu'à la nef.













Pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Jean_de_Montmartre


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Dans le train & dans le sac [inktober #02 & #03]


Tu prends un train.
 Te voilà arrivé au Fushimi Inari, 
le sanctuaire aux dix mille torii.





Dans ton sac, 
un thermos d'eau glacée, deux onigiri à la prune salée et aux algues,
 ton appareil photo, 
ton carnet de voyage, 
où tu consignes anecdotes et impressions et où parfois tu griffonnes un croquis, 
quelques stylos et crayons à mine de plomb,
 une petite serviette éponge avec brodée une adorable créature issue d'un dessin-animé de Miyazaki, 
ta carte de transport valable sur les lignes de la JR
 et bien sûr le passeport avec ta trombine austère.








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C'est partie pour un mois de gribouille d'inspiration Japon [Inktober #01]


Comme l'an passé, je me prête pour ce mois d'octobre à l’exercice créatif d'Inktober pour la deuxième fois. Je me suis fixé un objectif simple : illustrer ma nouvelle Inari parue dans le recueil Malpertuis VIII.


J'ai pris un cahier tout petit, pour ne pas avoir beaucoup d'espace à remplir. Si je suis inspirée et motivée, je pourrais toujours faire plusieurs dessins. J'ai aussi décidé de faire une mise en couleur de type aquarelle avec mes encres pour le sumi-e. Comme elles sont au nombre de six (plus un doré et un argenté), je ne risque pas de me perdre dans une palette infini.

Je vais tâcher de mettre mon avancée ici, mais vous pouvez aussi me suivre sur instagram pour voir les versions avant mise en couleur.



  
Tu ne raconteras pas cette rencontre.
Ou peut-être, un jour, au crépuscule de ta vie, soudain tu auras l'irrépressible besoin de partager ta vision.



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Tout au milieu du monde : roman graphique à la racine des maux





Un village sur la falaise, dans un temps éloigné. Un chaman s'inquiète de la relique, une dent de géant, qui pourrit inlassablement. La prospérité et la sécurité de la communauté se trouve menacée. Une seule solution : remplacer la dent par une nouvelle, saine, en provenance du lointain cimetière. Le chaman, son apprenti et une guerrière partent en quête de salut.

 

Trois couleurs pour trois auteurs



Voici un court roman graphique, ovni tant pour sa forme que le fond, édité aux Moutons Électriques qui ne lésinent jamais sur la qualité de leurs ouvrages. Écrit à quatre mains par Mathieu Rivero et Julien Bétan, il s'ouvre comme un texte fantastique proto-historique, illustré avec audace. Peu à peu, nous basculons dans un ouvrage très expérimental avec un travail graphique époustouflant et culotté. Les dessins ne se limitent plus à accompagner le texte mais le complètent et finissent par le supplanter.
Blanc, rouge et noir, trois couleurs maniées avec talent par Melchior Ascaride, très inspiré par les arts pariétal et primitifs. Le texte est sec, direct, et pourtant littéraire avec un vocabulaire précis et économe. Comme l'image, il s’apparente plus à une ossature aux ruptures cassantes, avec un minium de chair et beaucoup de tripes palpitantes, cachées en son sein.



Préhistoire, fantastique et mystique


L'histoire procède sur le même étrange chemin que la forme de l'ouvrage. La quête initiatique pour une nouvelle dent se transforme en une lutte plus vaste, où rêve et réalité s'entre-mêlent et brouillent les frontières jusqu'à conduire le lecteur surpris aux confins d'un monde, à moins que cela ne soit son centre.
Si les personnages, à peine esquissés, évoluent dans un cadre à la simplicité trompeuse, les auteurs se servent de ces archétypes pour nous faire glisser dans un imaginaire débridé, une transe chamanique changeante, où la subjectivité de la perception éclate les faits. Pour comprendre, il faut lire et regarder, l'esprit ouvert, se laisser conduire sur une voie chaotique, puis faire l'effort de synthétiser les visions, reconstruire le puzzle à partir des fragments. Ce sont les images qui détiennent la résolution finale, quand les mots se sont effacés. Comme l'oralité nos ancêtres, perdue à jamais. Les seules traces qui demeurent sont celles, fragiles, tracées sur les parois des grottes.

Tout au milieu du monde nous emmène en voyage à travers le temps et l'espace, un retour vers un âge de croyance, de rites et de magie. Nous partons de la mer vers l'intérieur des terres et de soi-même, à la rencontre avec le mystique. Pourtant d'autres thèmes plus s'enracinent aussi dans le livre : la relation du maitre au disciple, la transformation du monde, le nomadisme opposé à la sédentarisation, et toujours, la juxtaposition de jeunesse et de la vieillesse , la fertilité de la vie et la décrépitude vers la mort, la lumière et les ténèbres...

Un ovni, de sang, de cendre et de poésie.




Un autre article sur le point :
Le site de l'éditeur (avec un diaporama du livre) :
Le site de Melchior Ascaride :


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L'ordre d'Avalon : Polar manga au Mont Saint-Michel



Je ne vais pas à la plage : le sable gratte et le soleil me crame. Pourtant, voici une lecture parfaite pour l'été, légère, policière, et qui propose en prime, un voyage au Mont Saint-Michel !

Da Vinci Code au Mont St Michel

Nicolas Quintin, écrivain historien, en séance de dédicace au Mont Saint-Michel, attend en vain son collaborateur, Ryo Tachibana, un archéologue médiatique. Hélas, le corps de se dernier est retrouvé dans une salle de l’abbaye, assassiné. Clotilde Dumont, lieutenante de police au caractère bien trempé, s'immisce dans l’enquête par amitié pour Nicolas et le défunt Ryo. Ce crime se déroule juste avant les élections régionales alors que la tension entre les politiques et notables locaux est à son comble. Or, Ryo s'était lié avec la représentante locale d'un parti écologique. Dumont et Quinquin tentent de démêler l'imbroglio où d'étranges indices donnent à leur enquête une orientation très mystérieuse. Pourquoi sur le cadavre de Ryo a-t-on retrouver un pendentif celtique ? Qu'avait donc découvert l'archéologue pour se faire tuer ?




French touch : pari réussi !


Manga de commande fait en partenariat entre les éditions Glénat et le Centre des monuments nationaux afin de promouvoir le Mont Saint Michel, je m'attendais à une lecture au mieux insipide au pire indigeste ; et le résultat m'a surpris par sa qualité ! L'ordre d'Avalon est un sympathique one-shot, efficace et distrayante.
Les dessins sont réalisés par Morgil, dont j'adore le travail, et qui a pour l'occasion épuré son trait, même si son style très marqué reste reconnaissable. Les décors, très réalistes, offrent une visite étonnante du mont et de ses alentours. Si vous connaissez les lieux, vous n'aurez aucun mal à vous situer dans l'abbaye. 



L'histoire de Izu (Guillaume Dorison) est bien ficelée. Malgré un parti-pris de départ assez capillotracté, on se laisse séduire. Les dialogues percutants, teintés d'un humour intelligents, entrainent rapidement le lecteur dans l'intrigue. Le résultat donne un manga à la française, de bonne facture. Le scénariste réussit à injecter à la fois de la profondeur et une pointe de critique sociale à une histoire assez stéréotypée.
Je regrette quand même le choix du sens de lecture japonais, probablement imposé. Il me parait sacrément aberrant pour une dessinatrice de culture visuelle occidentale qui n'a pas été nourrie exclusivement au manga. Sa première BD Entre Chien et Loup était d'un format classique et elle travaille actuellement sur un excellent comics d'inspiration nordique, Le Dévoreur de Temps.
 
Le résultat est un manga fun, avec un bon suspens et agrémenté d'un supplément passionnant sur l'histoire du mont, signé l'érudit Alex Nikolavitch (dont je vous conseille la lecture hilarante de son blog War Zone). J'ai de nouveau envie de retourner au mont Saint-Michel

Voyage en photos et mots au  Saint-Michel  :
- http://etang-de-kaeru.blogspot.fr/2013/04/le-mont-saint-michel-de-pierre-de-metal.html
- http://etang-de-kaeru.blogspot.fr/2013/04/le-mont-saint-michel-libre-ou-reclu.html

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Petit renard, de Nicolas Gouny, une invitation automnale pour découvrir le monde




Dans la forêt, un petit renard curieux s'éloigne de sa maison et part fureter, histoire de voir ce que le monde lui réserve. Il renifle, il découvre, il rencontre d'autres animaux. Un peu timide, un peu trouillard, petit renard joue et apprend.

Les feuilles mortes comme pinceau



Petit renard est un album réalisé avec un assemblage de dessins, de feuilles mortes et de brindilles séchées. Si tout a été fabriqué en numérique, le résultat est bluffant tant on croirait des illustrations traditionnelles avec des « vrais » collages de feuilles. On retrouve la sincérité parfois maladroite et imprécise d'un dessin touchant par ses imperfections. 

L'histoire tout simple mais pas simpliste, laisse la place à l'imagination. D'ailleurs, la dernière page est une invitation à la création que j'ai beaucoup apprécié. Comme je tends à collectionner cailloux, coquillages et plantes séchées dès que je vadrouille, l'approche du livre ne peut que me séduire ! 
J'ajouterai qu'il est édité chez Balivernes, une petite maison familiale qui fait un travail de fabrication très soignée. 



Nicolas Gouny, l'illustrateur champêtre qui raconte la nature


Le travail de Nicolas Gouny séduit par son style très particulier, naïf, presque enfantin. A l'heure des lignes graphiques épurées à l’extrême et des aplats parfois d'une froideur implacable, Nicolas utilise l'outil informatique pour un rendu chaleureux, hésitant, et terriblement humain. Il y a dans les rondeurs, les angles et les couleurs une poésie intime et une incitation à créer, à inventer.

Petit renard est le premier ouvrage de cet auteur que je chronique ici, pourtant, j'admire ses travaux depuis des années. Il commercialise aussi avec sa compagne des bijoux et de la papeterie illustrés de ses merveilleux personnages, ou fleurs et d'arbres ou de petits animaux. Sa boutique porte le nom évocateur de « la parenthèse enchantée » :
 

Les dessins de Nicolas ont une magie incroyable : ils font du bien, tout simplement. Ils donnent de la joie, de la tranquillité, l'envie de sortir et crapahuter en forêt, dans les champs, dans les arbres, sous les pierres, sous les étoiles. L'envie de regarder de nouveau le monde avec l'enthousiasme d'un enfant. 

Sa bibliographie est longue et je ne doute pas que dans la liste, vous trouverez votre bonheur :







Entretien avec l'auteur au sujet du Petit Renard :
http://livredelire.com/petit-renard-sort-de-sa-taniere-avec-nicolas-gouny-une-interview-exclusive
Un portrait en vidéo : http://la-charte.fr/dans-les-petits-papiers-de/article/nicolas-gouny
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Les petits sentiers d'Obaasan, un album jeunesse pour découvrir le Japon sensible





De retour du Japon, après un séjour à Kyoto, voilà qui m'attend dans ma boite à lettres Les petits sentiers d'Obaasan ». C'est un délicieux album jeunesse, illustré par Pascale Moteki (la co-fondatrice de Madame Mo) et écrit par Delphine Roux (l'auteur de Kokoro), paru chez les éditions Philippe Picquier.

Grandir à Kyoto



Yuki a huit ans. Elle emménage à Kyoto et rencontre Obaasan (grand-mère en japonais), une dame âgée de 70 ans, pleine d'énergie et d'envie de partager ses savoirs, son courage, sa curiosité. Voici des instantanés de vie, révélateurs de qui était Obaasan. Ils sont racontés avec tendresse par Yuki, devenue adulte. Elle n'a jamais oublié le don précieux de cette mamie, son amour et ses conseils.

J'ai retrouvé avec plaisir l'écriture de Delphine Roux, simple, fluide et d'une grande poésie. Les illustrations de Pascal Moteki m'ont surprises par leur réalisme, un travail bien différent de celui qu'elle fait avec Madame Mo. Elle trouve le trait et les couleurs justes, avec une gamme douce. Elle utilise des roses pâle et des verts tendres qui donnent une ambiance surannée sans jamais sombrer dans une nostalgie insipide. 




« Va où va ta joie, ma Yuki, et n'oublie pas les petits sentiers... »


Le livre s'ouvre sur la chanson traditionnelle Sakura Sakura (vidéo ci-dessous) qui condense à elle-seule la sensibilité japonaise. Une invitation à la contemplation du passage des saisons, à profiter des cadeaux éphémères de la nature. Toute l'histoire de Les petits sentiers d'Obaasan sillonne tranquillement au son du koto, sans pour autant s'enferrer dans les stéréotypes d'un Japon traditionnel que ce pays sait si bien vendre. L'originalité et la force de cet album jeunesse est à la fois de saisir la spécificité de la culture japonaise tout en évitant les stéréotypes.
Obaasan, par sa gentillesse, son attachement à l'artisanat, au jardinage, est une grand-mère comme on en croise souvent dans Kyoto. Mais, elle n'est pas habillée d'un élégant Kimono. Elle porte une salopette. Elle a voyagé à l'étranger, elle est ouverte sur le monde et son univers ne se limite pas à l'île où elle est né. Surtout, Obaasan pousse Yuki à déployer ses ailes, au delà des frontières.


Ce Japon que j'aime


Difficile d'exprimer avec des mots les émotions très fortes que cet album a suscité en moi. Déjà, parce qu'en deux pages, il me réexpédie directement à Kyoto, sans passer par la case aéroport. Delphine Roux et Pascale Moteki montre le Japon des petites gens, le Japon tendre et simple, d'une générosité touchante et d'une grande curiosité. Un Japon étonnamment ouvert vers le monde, souvent avec beaucoup de naïveté, un Japon avec une transmission entre les générations. Ce n'est peut-être pas celui qui est le plus visible, mais cependant, quand on sort des sentiers battus, qu'on accepte de se perde, c'est celui qui émeut et transforme, en profondeur.
Lorsque j'avais chroniqué Kokoro dans l'étang, Delphine Roux m'avait gentiment proposer de recevoir son prochain livre. Appréciant sa plume et les dessin de Pascal Moteki, j'étais certaine de passer un moment agréable. Je ne m'attendais pas à être ainsi bousculée.
Le Japon est un pays porteur de nombreux fantasmes et illusions rendus presque solide en raison de son éloignement et de sa langue qui le rend si difficile à appréhender. Il est traité à toutes les sauces, souvent sans finesse, avec une juxtaposition de clichés. Les livres jeunesses qui se contentent d'en égrainer ses spécificités sont légions. Cependant, ceux qui saisissent avec quelques mots, quelques images, la complexité de cette culture et ses contrastes sont rares. Un seul regret, les titres des chapitres sont également noté en japonais (kana et kanji) mais n'ont pas été traduit en romanji. J'ai trouvé cela dommage.

Les petits sentiers d'Obaasan est un merveilleux livre tant pour ceux qui apprécient le Japon que pour ceux qui souhaite s'initier à ses mystères. Quand à moi, je lui dois de prolonger un peu mon voyage...






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Des mythes grecs aux fables de La Fontaine : tout passer à la moulinette "haïku"

Le duo de choc, constitué pas Cécile Hudrisier aux illustrations et Agnes Domergue au texte, récidive après le merveilleux Contes de fées en haku. Voici deux autres albums disponibles chez les éditions Thierry Magnier. Encore une fois, les dessins à la fois minutieux et flou s'allient à des textes ciselés, tantôt drôles tantôt touchants.


Autrefois l'Olympe, mythe en haiku



Vingt des mythes grecs les plus célèbres connaissent ainsi une adaptation minimalistes qui rend à la fois leur tragédie et leur dimension épique. Il est aisé de retrouver derrière chaque illustration le récit ainsi condensé.

A la différence des contes de fée, ce livres s'adresse, à mon avis, à un public un peu plus âgé, simplement en raison des thèmes abordés. C'est une merveilleuse entrée dans la mythologie grecque pour ceux qui ne la connaitraient pas, ou mal (ce qui est mon cas). Elle est souvent présente là où on ne s'y attend pas, dans les films, les romans et même les comics. Elle a infusé notre culture avec des archétypes puissants et il est toujours intéressant de savoir la retrouver, même ré-adaptée. Ce petit livre permet de dépoussiérer ses connaissances tout en se faisant plaisir.




Auprès de la Fontaine, fable en haiku


Le dernier volet de cette trilogie qui revisse les classiques de notre enfance à la moulinette du haiku, s'attaque aux fables de La Fontaine.

A sa lecture, je me suis peu à peu souvenu que je détestais ces textes ; moralisateurs et très cyniques, ils me plongeait, petite, dans un grand malaise. Si je comprends leur dimension sociale, j'avoue qu'ils se focalisent sur un sujet qui me déplait (les défauts et les travers des humains) et surtout, l'approche me dérange. Moi qui tente justement de me défaire du jugement et d'arriver à une perception d'autrui plus tolérante, j'ai eu pas mal de difficultés à passer outre mon malaise.

Pourtant, l'exercice est mené avec toujours autant de talent que pour les deux premiers tome. Plus même en raison de la structure particulière des fables, à mon avis, certainement plus complexe en réduire ainsi en trois phrases poétique. J'ai beaucoup apprécier l'humour et la légèreté des haïku qui donne un ton différent aux propos de l’œuvre original. Quant aux illustrations, elles sont toujours aussi gracieuse et complexes.





Une trilogie d'albums très réussie !


Chacun de ses livres, outre la grande qualité du texte et la délicatesse des illustrations, bénéficie d'une fabrication impeccable : petit format, beau papier avec une une page colorée pour le texte qui fait face à l'illustration sur fond blanc, une reliure avec un dos toilé avec du cachet. Le résultat est un bel album qu'on a envie de ranger dans sa bibliothèque, de préférence, avec ses deux copains.
J'ajouterai que j'ai eu le grand plaisir de rencontrer les deux auteurs à l'automne lors du salon du livre jeunesse de Montreuil. Ces deux jeunes femmes sont adorables et la grande complicité entre-elles explique aussi l'harmonie parfaite entre dessins et poèmes. D'autant qu'Agnes Domergue ne fait pas que manier le haiku, elle est aussi une fée des crayons et de l'archer, puisqu'elle est altiste (presque comme violoniste!). Je vous encourage aussi vivement à découvrir le blog de Cécile Hudrisier qui a illustrée de nombreux livre pour enfant. Très assidus dans son partage des petites choses du quotidien, son univers devraient plaire à tout ceux qui trainent ici.


Les blogs des auteurs :
Critique du premier livre Il était une fois, conte de fées en haïku
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Past and Present : juxtaposer avant et maintenant avec le langage universel du dessin



Dans ce petit album étonnant, des dessins minimalistes se juxtaposent en double page avec à gauche, un objet ou une pratique de notre passé et à droite, son pendant contemporain. La bouteille de lait en verre devient le pack en carton, le vinyle devient le lecteur CD, le chef d'orchestre un DJ... En quelques images fortes, l'auteur, Orith Kolodny raconte ainsi l'évolution de nos sociétés industrialisées, sans jugement, sans nostalgie. 

De la dématérialisation au métissage, en passant par la consommation de masse, Past and Present nous montre par des exemples concrets ce qui change et ce qui perdure. Les émotions sont multiples et oscillent entre une surprise joyeuse mais aussi parfois méfiance ou crainte face à certains progrès.

Ce livre à la couverture toute rose, délicieusement surannée, propose un formidable voyage entre maintenant et avant. 

Je pense aussi qu'il peut offrir de belles discussions avec les enfants. Le passage du temps du XIXe au XXIe siècle est instantané, et pourtant tangible. Avec des dessins très simples, graphiques et immédiatement reconnaissables, Orith Kolodny signe un ouvrage d'une grande force. La qualité de la fabrication est au rendez-vous, une habitude pour l'éditeur Hélium. Derrière la jolie jaquette en papier on découvre une couverture en tissus, à l'ancienne.

Ainsi, l'objet livre lance lui aussi un pont entre l'ancien et le nouveau. 




Le site de l'auteur :
http://www.icomeidea.it
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Love is in the air, chronique d'un New-York suranné en BD, par Lapone et Gihef




Greenwich Village, au début des années soixante. Une époque mythique qui prend vie de nouveau sous le trait d'Antonio Lapone et le récit pétillant de Gihef. Nous suivons les aventures rocambolesque et romantiques de Norman Oakes, un chroniqueur taciturne dont la vie est chamboulée par sa charmante voisine.

L'attirance des contraires et ses petites complications


Norman aime ses habitudes, le calme et la continuité. Il aime que rien ne bouge ou alors par trop vite. Il n'aime pas le bruit, le changement, la modernité et toutes ses petites révolutions qui bouleversent le quotidien. Alors, quand Bebe Newman, hôtesse de l'air et égérie de la PANAM s'installe dans son immeuble, juste au dessus de chez lui, le train-train de Norman vole en éclat. Fêtarde et insouciante, Bebe est un ouragan. A la fois élégante et sans-gène, naïve et volontaire, elle a le chic pour se mettre dans des situations inextricables. Bientôt, le pauvre Norman se retrouve happée dans les histoires abracadabrantes de la jeune femme pour une cohabitation remuante.

En effet, malgré son caractère bien trempée, Bébé demeure foncièrement gentille. Pour mettre à distance un ancien amant jaloux et envahissant, elle décide de feindre une relation avec Norman. Or, tout le monde sait qu'on ne badine pas avec l'amour.

Gihef nous raconte avec humour et distance le quotidien de Norman mais aussi de tout l'immeuble où il vit, dressant un portrait touchant de ses habitants. Du la concierge faussement taciturne à la maman qui gère seule un mouflet casse-pied, en passant par la mamie cougouar et à l'artiste égocentrique et ours, une galerie haute en couleurs de personnages secondaires donne vie à ce New-York au charme suranné

Pour le plaisir !


Le trait particulier de Lapone très anguleux, à la fois simple pour les visages et les silhouettes, et fouillé pour les décors, correspond parfaitement à l'esprit léger et rafraichissant de cette BD. La mise en couleur Anne-Claire Thibault-Jouvray présente des gammes de demi-teintes jamais criardes ni mollassonnes. Elle donne beaucoup de subtilité aux dessins. La narration, impeccablement maitrisée, emmène le lecteur dans une histoire assez téléphonée où pourtant on se laisse prendre au jeu. Les dialogues, fluides et décapants, s'adaptent parfaitement à l'humour de situation.
Love is in the air est parfaitement conçu pour détendre et divertir, sans tomber dans le travers du produit sans âme. La culture et la politique des années 60 est distillée avec soin, de sorte qu'on a quand même envie de ressortir un livre d’histoire sur la période, juste par curiosité. Là où certaines BD sont « fun » sur le moment et s'estompent vite de notre esprit, ce récit-là perdure, une douceur légère et agréable, une bulle de champagne, qu'on a envie de relire, juste pour le plaisir.

Si Love is in the air est un one shot, ce récit s'intègre dans une série «Greenwich Village » avec déjà prévu trois autres tomes qui se dérouleront dans le même immeuble et où on recroisera certains personnages. Si le premier est une comédie romantique légère, le second lorgnera plutôt vers le polar, le troisième vers le conte de Noël et le quatrième aura une dimension plus politique.
Nouveau venu dans le marcher de la BD, les éditions Kennes, surtout connu pour leur catalogue jeunesse, s'engagent sur la durée pour cette série. Un attitude de plus en plus rare qui mérite d'être soulignée.




Interview d'Antonio Lapone à propos de son travail sur Greenwich Village

Le blog d'Antonio Lapone 
http://laponeart.blogspot.fr


La BD sur le site de l'éditeur
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