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La tendre ménagerie de Satoe Tone

 

Autrice et illustratrice de plus d’une dizaine de livres jeunesse, Satoe Tone séduit les petites et aussi les plus grands par la douceur de ses dessins et par la dimension intime de son travail. Si elle a grandi au Japon, elle vit maintenant à Milan. J’ai eu le plaisir de la rencontrer plusieurs fois sur des salons (vous savez, ce truc qui existait avant). Ses livres m’ont apporté beaucoup d’émotions que j’avais envie de partager avec vous



Trois albums pour rêver

Satoe Tone est publié chez plusieurs éditeurs, notamment Baliverne, une maison indépendante qui apprécie l’imaginaire et la poésie, deux caractéristiques fondatrices de l’œuvre de cette artiste.

 Le livre le plus drôle de ma collection s’intitule La très grande carotte. Une fratrie de six lapins découvre un jour une gigantesque carotte et s’interroge sur les utilisations possibles qui sont d’ailleurs, pour un regard d’adultes rationnels, totalement impossibles ! Les lapins de Satoe Tone, tout en rondeur et douceur, sont une figure récurrente dans ses dessins. Avec une tête à la fois bonhomme et espiègle, je les trouve très attachant. Mon faible pour ces bestioles colore évidemment mon jugement sur cet album.

 

 

 Le plus tendre, Doux rêves de moutons raconte comment ces animaux apportent des rêves aux enfants. Cette caractéristique sera d’ailleurs reprise dans son autre titre Le voyage de Pipo. Le plus jeune frère mouton doit commence son travail pour la première fois, il est en proie aux doutes et craint de ne pas être à la hauteur. Heureusement, il n’est pas seul. Comme dans le livre précédent, on suit l’animal dans une suite de tableaux oniriques aux couleurs pastel, aux formes rondes et mignonnes avec une grande richesse de détails.

Le plus joyeux s’appelle La fanfare des grenouilles et raconte le raz le bol d’un groupe de batraciens alors qu’il pleut sans arrêt. Ils décident de jouer de la musique pour attirer l’attention du soleil et rendre ainsi la météo plus clémente. Des oiseaux viennent leur prêter main forte, en chantant. Le trait caractéristique de l’autrice avec une simplification des animaux stylisés en adorables créatures transmet la joie et l’énergie du récit. Ce titre jouit aussi d’un travail graphique sur la mise en page du texte très dynamique.

Ces trois albums sont assez légers et positifs. Mais Satoe Tone a également écrit et illustrée des histoires avec une palette d’émotion plus complexes et moins joyeuses.

 

Où est mon étoile : appréhender le deuil

Cet album grand format, parut chez Nobi Nobi traite d’un sujet difficile, la perte d’un être cher, avec une approche poétique et très juste. Une petite souris, le cœur lourd cherche son ami disparu, ses proches lui expliquent qu’il n’est pas perdu à tout jamais, mais qu’il est transformé en étoile ; elle se lance alors dans une quête qui pourrait paraître vaine mais qui lui apportera réconfort, compréhension et espoir. Il s’agit du titre le plus bouleversant de j’ai lu de Satoe Tone.

Dans un camaïeu de bleu, on suit la souris, elle grimpe toujours plus haut dans un paysage nocturne, mystérieux et magnifique. Comme dans les autres albums de l’auteur, l’expressivité des animaux, mignons mais jamais mièvres transmet beaucoup d’émotions.

Un autre article sur le sujet :

https://japonpapierrelie.home.blog/2016/04/07/ou-est-mon-etoile



 

 

Le voyage de Pipo

Une grenouille, Pipo a perdu ses rêves. La rencontre avec une brebis, porteuse de songes, est le début d’un grand voyage qui durera plusieurs mois. Au fil de larges doubles pages, on suit les deux comparses, dans des paysages brumeux, du fond des océans aux forêts, les saisons passent. Pipo et la brebis découvrent le monde et une amitié se tisse. Il s’agit de mon titre favori. Un album contemplatif avec une harmonie parfaite entre une impression vaporeuse et des détails soignés. Il a d’ailleurs remporté un prix prestigieux qui aura beaucoup aidé Satoe Tone à gagner en notoriété. Également édité chez Nobi Nobi, comme Où est mon étoile, Le voyage de Pipo bénéficie d’une qualité de fabrication avec un papier épais, mat parfais pour mettre en valeur les illustrations ainsi qu’une sublime couverture avec verni sélectif.

Outre que le protagoniste soit une grenouille, l’ambiance particulière de cet ouvrage m’apaise et en même temps, m’apporte de l’énergie et de l’espoir dans les périodes difficiles. Chaque double page se regarde comme un tableau, avec lenteur et abandon.

 



Une vidéo qui montre le travail de l’artiste sur Le voyage de Pipo :

https://www.youtube.com/watch?v=JCernMAgAsU&feature=emb_logo



 

Cette jeune japonaise née en 1984 qui a fait ses études à Kyoto mais aussi en Angleterre a choisi de vivre en Italie. Elle travaille à la gouache, de façon traditionnelle, avec plusieurs sous-couches qui donne à ses tableaux beaucoup de profondeur. La particularité de son dessin vient de la grande expressivité de son bestiaire qui arrive à transmettre avec peu de mots des émotions fortes. Une nostalgie se dégage de ses livres, elle n’hésite pas à aborder la solitude, le doute, la perte, en filigrane de ses histoires, toujours avec beaucoup de subtilité et d’espoir. Aborder ainsi des expériences perçues comme négative, ou difficile en proposant un voyage pour les sublimer apaise le lecteur. Ses personnages sont souvent un peu perdus, un peu hésitants, parfois, ils se laissent porter, lâche prise et toujours à la fin, ils ont grandi, trouvé du sens, se sont ouverts sur le monde. Satoe Tone est une artiste d’une grande sensibilité, curieuse et avide de découverte. J’espère que cet article vous aura donné envie d’ouvrir ses livres.


Si vous appréciez son travail ou si vous voulez mieux la connaître, la NHK a réalisé une vidéo en 2014. Elle y parle très librement de ses sentiments, de ce qu’elle met dans son travail et de ses raisons intimes de faire des livres.

https://www.youtube.com/watch?v=b56j0l-DHJo





Voici une lecture de Cœur d'étoile faite par Diana, idéal pour découvrir un autre des livres de Satoe Tone :
https://youtu.be/y6Tm0R_sfCg


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L’histoire authentique de Sadako Sasaki et des mille grues

 
 
Savez-vous pourquoi, au Japon, on plie des grues en origami ? Et pourquoi cet animal de papier est devenu après la seconde guerre mondiale un symbole de paix ? Sue DiCicco, sculptrice et autrice américaine raconte la courte vie de Sadako Sasaki, enfant née à Hiroshima, en 1943. Son frère, Masahiro Sasaki toujours vivant, a coécrit l’ouvrage en apportant son témoignage.


En attaquant cette lecture, je savais qu’elle ne serait pas légère. Je connaissais la fin de l’histoire : une fillette qui meurt et laisse une marque d’espoir dans l’Histoire ainsi qu’un poignant message universel. Cependant, j’ignorais tout de sa vie, de son caractère, de sa ténacité. Cette existence recèle une force qui traverse les décennies et inspire, encore aujourd’hui, la défense de la paix.
 



Le livre s’ouvre sur la naissance de Sadako, le 4 janvier 1943 et parle de son quotidien dans un pays dévasté par la guerre mais où les enfants s’adaptent et conservent quand même une certaines insouciance malgré les difficultés. Si le sujet demeure difficile, l’autrice trouve un ton juste, sans misérabilisme. Elle donne de nombreux détails sur la vie de tous les jours qui permettent de comprendre le dénuement de la famille mais aussi les petites joies nichées dans l’énergie d’une reconstruction et d’un avenir qu’on espère plus doux que le présent. Outre la tragédie de la maladie, la situation financière des parents de Sadako rend le récit encore plus poignant. Le coût des soins et les sacrifices qu’ils engendrent résonne avec un écho particulier sous la plume d’une autrice américaine. On suit Sadako dans son combat contre la maladie, un mal encore mystérieux mais que déjà les médecins diagnostiquent comme une conséquence de la bombe atomique. On découvre une enfant charismatique, pleine d’empathie et de ressources, très consciente de ce qui se déroule autour d’elle, alors même qu’elle est de plus en plus confinée à sa chambre d’hôpital. 
 
Lorsqu’elle apprend la signification des guirlandes de grues en origami qu’on offre aux malades, elle décide de se lancer dans le pliage. La légende dit que si on réussit à plier mille grues dans l’année, notre vœu sera exhaussé. Hélas, même si une version populaire sur Internet prétend que Sadako serait décédée avant d’avoir achevé sa tâche, elle est fausse : la fille a non seulement plié ses mille grues sans être guérie, mais elle a persévéré, avec un nouveau vœu, altruiste. À son décès, ses camarades se sont mobilisés. Une statut à son effigie a pu être érigé et le mouvement de solidarité ainsi amorcé perdure encore, liant à tous jamais la vie de cette enfant au terrible drame des irradiés d’Hiroshima et Nagasaki.

 
 
 
L’écriture limpide et illustrée de dessins et photos d’archive s’adresse à un jeune public. La puissance du texte et de son message sur la quête de sens peut aider enfant et adulte à franchir certaines épreuves, surtout en ces temps étranges. D’ailleurs, suite à la rencontre avec l’histoire de Sadako, Sue DiCicco a fondé l’organisation Peace Crane Projet afin de continuer la transmission.
Cependant, je reproche à l’ouvrage son manque de clarté sur l’implication du Japon dans la seconde guerre mondial, sous-entendant une position de victime. Quand on connaît le négationnisme toujours en vigueur aujourd’hui, j’aurais apprécié plus de nuance. Un écueil probablement inévitable, étant donné que l’autrice est elle est américaine et qu’elle a coécrit l’ouvrage avec le frère de la victime. J’émettrai aussi un bémol sur le portrait de Sadako, frôlant parfois le panégyrique. Mais comment écrire la vie d’une môme qui décède à douze ans d’une leucémie en endurant une douleur inimaginable, tout en laissant à ses proches et à ceux qui l’ont croisé sa route un souvenir aussi lumineux ?

Si le ton m’a parfois semblé mélodramatique, c’est l’espoir et la volonté de vivre qui traverse ce texte et se transmettent à son lecteur. L’histoire authentique de Sadako Sasaki et des mille grues a sa place dans les bibliothèques et aussi dans les programmes scolaires, il est un merveilleux outil pour enseigner l’empathie et le courage, en évitant l’écueil du discours moralisateur.

Cet ouvrage a été reçu en service de presse et je remercie l’éditeur Sully Le prunier. 

Sadako, mars 1955
Attention, le contenu de la page wikipedia en français est faux.
  • Interview de Masashiro Sasaki (en anglais) :
https://en.wikipedia.org/wiki/Sadako_Sasakihttps://en.wikipedia.org/wiki/Sadako_Sasaki

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L’amie en bois d’érable, un album jeunesse sur les transmissions invisibles et bénéfiques




Voici un nouvel album écrit par Delphine Roux et illustré par Pascal Moteki, une association de deux sensibilités japonisantes avec une alchimie parfaite. Cette fois, en quelques pages, elles racontent à la fois le destin de Tomoko, une petite fille, et de sa kokeshi, poupée traditionnelle en bois.


 

L’amitié d’une kokeshi


Tomoko reçoit en cadeau de sa tante Nami une jolie poupée en bois d’érable, ornée d’Iris. Très vite, elle partage le quotidien de l’enfant mouvementé et joyeux jusqu’à une après-midi fatidique. Un jour de pluie, Tomoko et sa maman se réfugient dans un salon de thé où elles admirent les jolies céramiques. Mais en chemin, la kokeshi est tombée du sac. La perte affecte la petite fille même si sa tante la réconforte en lui expliquant qu’elle aura été trouvée. Tomoko, grâce à un cours d’initiation à la poterie, découvre sa vocation. 
Les années passent, devenue céramiste, la vie met de nouveau sur son chemin la précieuse kokeshi.


Pascale Moteki et Delphine Roux, le duo de choc !


Les dessins de Pascale Moteki au graphisme à la fois simple, réaliste et élégant, illustrent à la perfection cette histoire. Ils dressent un décor exotique pour ceux qui ignorent tout du Japon et pour ceux qui connaissent le pays, les transportent directement là-bas. Loin des clichés, Pascale Moteki a la justesse de croquer les détails moins glamours comme une dentition imparfaite, de présenter la multitude chaotique des outils de l’artisan, les pâtisseries à l’influence française à la fois familière et étrange. Elle arrive avec des aplats et des formes faussement lisses à donner toute la complexité de la vie. Le texte de Delphine Roux, poétique et facile d’accès pour les enfants, propose un récit d’une grande profondeur. Elle manie l’ellipse temporelle avec talent et réussit le tour de force dans ce court album à parler à la fois d’enfance mais aussi d’avenir, de transmission qu’elle soit par la présence de l’objet kokeshi ou de la rencontre avec un potier.






La vie apportée par l’objet inanimé


Porteuse de l’amour de l’enfant, réalisée en bois et peinte avec soin, la poupée kokeshi devient un objet relais, un lien chaleureux entre des humains. L’objet circule, fabriqué, acheté, donné, perdu, trouvé, transmis. Il se charge d’une force et d’une symbolique de vie, complexe et contradictoire, incorporant à la fois amour, tristesse, joie et espoir. Il porte les souvenirs et prend, à la fin du livre, une dimension de signe providentiel ouvert sur l’avenir.

Cet album est arrivé dans ma boîte aux lettres à une période très particulière pour moi (cf mon précédent article du blog). En transition, ballotée entre l’arrachement d’une perte et le désir d’avancer dans ma vie, j'essaie de surnager. Les rencontres nous façonnent et cette rencontre avec L’amie en bois d’érable m’apporte confiance et espoir. Elle m’aide à clore doucement la porte, à ranger dans mon cœur les souvenirs précieux, tout en me tournant vers l’avenir, et à lâcher prise sur la perte.

Nous avons tous une ou plusieurs choses à faire tant qu’on vit. Personne d’autre que nous peut les faire à notre place, mais les rencontres – avec d’autres humains ou des objets dont les livres – nous aident les découvrir et à grandir. 
Même adulte, même parents ou grand-parents peut-être pour certains d’entre vous, les albums jeunesses nourrissent et apaisent notre enfant intérieur. 

Merci à Pascal et Delphine pour ce précieux cadeau. 




Le site de l'éditeur HongFei


À lire aussi :
- Critique de Télérama


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Animal Totem : un puissant récit initiatique condensé dans un album jeunesse



Animal Totem est un album jeunesse que j'attendais depuis longtemps. Connaissant l'autrice du texte, j'ai suivi son élaboration et ses péripéties avant qu'enfin, il prenne corps dans une édition luxueuse. Un grand format avec des dessins à la gouache réalisés par Clémence Pollet.

Le livre s'ouvre sur une danse, à une époque où hommes et animaux partageaient leur langage. Caché dans les fourrés, le narrateur observe une cérémonie : un jeune garçon vient de trouver son animal totem après trois jours solitaire en forêt.

Notre curieux observateur sent lui aussi cet appel mystique : trouver son animal totem.
Il part donc pour un long voyage ponctué de rencontres avec différents animaux. Corbeau, biche, ours... Si aucun ne semble être le totem destiné, ses échanges l'enrichissent et l'interroge aussi.
Quel est donc son animal totem ?

Cette album est d'une puissance rare.
Le texte flirte avec la poésie, peu surprenant de la part d'une haijin confirmée - et il étonne par sa construction intelligente et son cheminement philosophique. Son souffle le rend très adapté à une lecture à voix haute, idéal pour le plus petit. Il est servi par les magnifiques illustrations de Clemence Pollet, faussement simples, faussement brutes.
L'alchimie mots-images fonctionne et nous voilà sur le chemin, se demandant à chaque fois si enfin, cet animal-ci sera le bon. C'est un récit hors norme et un très bel album de part son format et sa qualité de fabrication : un papier épais et une couleur pantone (le vert) qui sert de fil conducteur visuel à chaque page.

Les auteurs seront en dédicaces au salon du livre jeunesse de Montreuil à la fin novembre.




Liens :
Le blog d'Agnès Domergue : http://agdoalto.blogspot.com
Le blog de Clémence Pollet : https://clemencepollet.wordpress.com


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Appelez-moi Nathan, une BD d'utilité publique




Lila a douze ans. Garçon manqué depuis toujours, ça se corse quand la puberté se pointe. Parce qu'à l'intérieur de Lila, à l'intérieur de ce corps de jeune fille, vit Nathan. Les seins qui poussent, les règles « ça va pas être possible »...

Une fille dehors, un garçon dedans


Ce récit intimiste nous invite à partager un moment de vie fort d'un ado souffrant de dysphorie du genre. Le trait faussement hésitant, doux et pudique de Quentin Zuitton accompagne le scénario de Catherine Castro, journaliste reporter, d'une incroyable justesse. Ado en souffrance, incapable d'exprimer un mal être qui dépasse celui habituel de cette période de transformation, Lila / Nathan est en proie aux railleries, aux incompréhensions, aux craintes de ses parent qui s’inquiètent d'avoir une fille lesbienne. Lila aime les filles, mais comme un garçon. Le chemin de Lila vers Nathan s'effectue par saut, par franchissement de seuil, comme un iceberg qui craque et lentement, de fissure en faille, se détache de la banquise, avant de voguer peinard.

Nathan et les autres : un récit intimiste et pourtant universel


On suit son quotidien de Nathan, avec des flash back sur l'enfance, mais surtout on voit les impacts de ses souffrances sur autrui. La grande force et l'intelligence de ce livre est de ne pas se limiter au point de vu de Nathan. On comprend ainsi la confusion des parents, désemparés face à l'attitude et aux comportements de leur fille. Ils l'aiment, voudraient alléger sa peine, mais il / elle ne dit rien, murée dans sa douleur. La crainte des réactions, la pression sociale, le monde vaste et effrayant. En prenant ce parti de s'extraire du point de vue de Nathan, les auteurs abordent la question de la trans-identité d'un cas singulier dans toute sa complexité et touchent à l'universalité de l'humain.

Les parents de Nathan vont devoir faire le deuil d'une fille pour gagner un fils.
Montrer la douleur, la violence de la situation mais aussi la détermination, le courage et l'amour, voilà un défi réussi avec succès : la trans-identité est une souffrance mais aussi une joie, une libération. Il n'y a pas de solution simple et miraculeuse, mais il y a des possibilités. Le simple fait de parler, d'aborder le sujet sans tergiverser et de se confronter à la différence est un premier pas vers d'autres possibles, vers une autre vie.
Nathan s'apprivoise, pour lui et ses proches. Cette BD raconte une tranche de vie sans dispenser de leçon, pourtant, elle dissipe une illusion qui a la vie dure : La binarité.

 

Un souhait un peu fou

 

J'aimerai qu'Appelez-moi Nathan soit dans les bibliothèques, qu'on en parlent dans les collèges et les lycées ; qu'elle soit accessible à tous les ado. Cette BD est d'utilité publique : elle permet aux cisgenres, aux hétéros, à ceux qui se sentent « normaux » parce qu'ils appartiennent à une majorité, de mieux appréhender les différences, de comprendre la diversité du monde, de cultiver son empathie, de s'enrichir de cette variété. Pour les ado et enfants trans, ce livre est une main tendue, un silence brisé, une promesse de devenir soi-même, quelque ce soit « ce soit-même » dont on est besoin. J'espère sincèrement que cette BD va remporter des prix, qu'elle va être largement diffusée et connue, elle est un outil de communication et de pédagogie formidable.

Si certains chouinent en arguant que les auteurs ne sont pas transgenres, et donc qu'ils ne peuvent pas « comprendre », je répondrai qu'un auteur (illustrateur, scénariste, écrivain...) travaille avec, premièrement, de la documentation et deuxièmement, son humanité qu'il cultive grâce à l'empathie. Écrire sur ce qu'on n'est pas est le propre de la fiction. A mon avis, c'est aussi la plus belle façon de proposer une ouverture sur le monde. Appelez-moi Nathan est inspiré d'une histoire vraie, celle de Lucas. Catherine Castro estime la part de fiction dans cette BD à 60 % (cf lien vidéo ci-dessous).
Une BD à mettre entre toutes les mains.

Interview de Catherine Castro et de Lucas :
https://www.tf1.fr/tmc/quotidien-avec-yann-barthes/videos/invites-lucas-catherine-castro-repondent-appelez-moi-nathan.html

Le blog du dessinateur Quentin Zuttion :
http://petitsmensonges.canalblog.com

Je vous parle de sa première BD Sous le lit:
http://etang-de-kaeru.blogspot.com/2016/02/sous-le-lit-une-bd-sensible-et.html

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Monsieur Milk, facteur : distribution d'amour !



Les albums jeunesses regorgent souvent d'une poésie étrange et tendre qui correspond parfaitement à la vision du monde des petits. Elle charme les adultes et réenchante un peu leur quotidien. Monsieur Milk, facteur de Kijima Seigo (Picquier jeunesse) est ours polaire japonais (oui, c'est possible) qui distribue plus que le courrier.



Le facteur détective



Milk est facteur. 
Il travaille au bureau de poste "Shiro-kuma" (littéralement l'ours blanc). Un jour, il reçoit une carte postale qui lui est spécifiquement adressé avec une demande d'aide désespérée : la progéniture d'un couple de grue a disparu. Serviable et inquiet, Milk se charge donc de rechercher le petit. Alors que les jours passent sans aucun indice, il n'abandonne jamais.
L'histoire a évidement une fin joyeuse !

Les dessins de Kijima Seigo simples et très lisibles, osent marier un graphisme contemporain et dépouillé avec un trait à l'encre dynamique et quasi calligraphié. Le résultat est une illustration à fois esthétique et facile à comprendre pour les enfants. 
 

 

Un album aux traits contemporains et à l'ambiance surannée


J'ai particulièrement apprécié le ton de l'album, à la fois tendre, aimant, sans tomber dans le mièvre surtout grâce à une bonne dose d'humour : Milk commence d'ailleurs son enquête en allant voir les prédateurs pour vérifier que l'oisillon n'a pas été croqué ! 

L'auteur, Kijima Seigo est directeur artistique. Il s'agit de son premier ouvrage solo. Cette histoire est inspirée par un ours polaire qui vit captif dans le zoo de Kushiro (Hokkaido) et qui marche souvent debout sur ses deux pattes arrières, donnant ainsi l'impression étrange d'être face à un homme portant un costume d'ours.
Nulle doute que Milk est plus heureux que le "vrai" ours...


Le début de l'enquête : est-ce que l'oisillon a été mangé ?!

Le quotidien d'un ours facteur !



À la fin du livre, vous trouverez une jolie carte postale et une incitation à l'écriture avec un concours (pour les 100 premiers participants). Voilà de quoi motiver les enfants (et les plus grands) à envoyer plus souvent de leurs nouvelles sur papier. À l’ère du numérique, nous oublions la joie que peut provoquer la réception d'une lettre, le charme du timbre et de son tampon. Monsieur Milk, facteur dans son contraste - un dessin résolument moderne avec une histoire tournée vers la tradition épistolaire et l’absence de technologie pour les communications - résume bien la culture japonaise. Si l'album s'adresse à tous, ceux qui apprécient le Japon auront un petit plaisir supplémentaire !

Monsieur Milk, facteur de Kijima Seigo (traduit par Anaïs Koechlin)
Album de 40 pages, chez Picquier Jeunesse : 13,50 euro


Un autre avis sur un super blog spécialisé lecture japonaise :


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Album jeunesse "Baku, le mangeurs de rêves" pour dormir sur ses deux oreilles




À l'orphelinat, Toyo, un petit garçon, est poursuivit par un grand squelette grimaçant. Quel horrible cauchemar ! Réveillé par un bruit, il aperçoit par la fenêtre une immense forme chutant depuis le toit. C'est Baku, un yôkai qui ne fait qu'une bouchée des mauvais rêves. Il n'est pas très à l'aise en ville, surtout entouré d'une foule agressive. Il prend peur et s'enfuit...


Baku raconte l'histoire de la rencontre entre Toyo et Baku, à la frontière entre rêve et réalité. L'absence de Baku cause bien des déboires dans le monde des humains, ignorant de l'existence des yôkai qu'ils prennent pour des fables et des superstitions. La persévérance de Toyo pour retrouver Baku, mais aussi sa curiosité, sa bravoure et sa gentillesse, vont aider tout les habitants de la ville.

Voici un bien joli conte qui utilise le folklore japonais sans tomber dans le stéréotype ou le travers de l'énumération façon bestiaire. En suivant ce garçonnet, l'auteur, Fabien Doulut, nous plonge dans le quotidien d'un Japon contemporain très attachant. Ceux qui connaissent le pays retrouverons sa couleur, son parfum et son ambiance si particulière. Les autres en auront un aperçu sensible et très juste. 






Les monstres de Fabien Doulut, même les plus repoussants, ne font jamais vraiment peur. Il arrive à adoucir par son travail graphique toute leur agressivité et transforme ainsi les yôkai antipathiques voire effrayants en être étranges, certes, mais jamais terrifiants pour un jeune lecteur. Son dessin est riche sans être fouillis. Il a cette manie que j'adore chez certains : parsemer ses dessins de petits détails drôles ou qui se font échos. Cela encourage à être très attentif et à longuement regarder chaque page. La narration très dynamique utilise à bon escient le détourages et le hors-case, comme dans la BD, pour happer littéralement le lecteur.

Un album dépaysant et pourtant très accessible en raison de l'universalité de son récit. On peut y discerne un propos très engagé et actuel sur la peur de la différence. J'ai apprécié le ton poétique du texte et les illustrations, couleurs d'automne, vraiment magnifiques. Le choix d'un matin mat pour l'intérieur et velouté pour la couverture correspond parfaitement à l'esprit de l'ouvrage. Il sera en librairie le 20 octobre, aux éditions Picquier Jeunesse, à 16 euros.

Le site de l'auteur : 

Le site de l'éditeur :
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Les étoiles de Miu : quand Agnès Domergue glisse du rêve dans le quotidien




Agnes Domergue, musicienne, auteur jeunesse et illustratrice, attrape dans ses filets la poésie de l'existence et la partager dans ses livres, d'une simplicité touchante. Avec l'album Les étoiles de Miu, elle offre au lecteur un regard tendre et magique sur le monde.



Miu est une petite fille au joues roses qui vit avec son chat. Autour d'elle, des étoiles. Parfois à porté de main, parfois inaccessible. Nous suivons l'enfant dans des historiettes entre album et BD où le merveilleux et la surprise nous attendent toujours au détour d'une case ou d'une page. Je me suis laissé emporter par ces étoiles comme fil conducteur lumineux et j'ai eu encore envie de partir loin de la ville admirer le ciels nocturnes loin de la pollution humaine.

Voici un livre simple qui s'adresse bien sûr aux enfants mais aussi à l'enfant que nous avons été et que certains d'entre nous cultive avec attention. Un livre pour réapprendre à rêver et repeupler le quotidien de merveilleux. Un livre pour accepter que parfois on est triste, pour laisser passer les émotions, savourer la joie, et la richesse de chaque instant.



J'ai adoré la spontanéité du récit, son enthousiasme, sa simplicité de forme avec un dessin épuré et la profondeur de la vie qui se tisse, en arrière plan. Le choix d'un papier à aquarelle épais met en valeur les illustrations ; surtout, cela donne dans la main une sensation de plein, de lourdeur concrète qui contraste avec la dimension quasi-philosophique du récit. Les étoiles de Miu, suspendu entre rêve et réalité, terre et ciel, apporte une bouffée de fraicheur, invite à la contemplation et aussi, à vivre, tout simplement.

Ce livre n'est plus disponible chez l'éditeur, vous pouvez cependant vous le procurer directement au près de l'auteur (ce que j'ai fait) via son blog : https://agdoalto.blogspot.fr (il y a un formulaire de contact dans le colonne de droite).
Agnès Domergue a également collaboré avec Cécile Hudrisier pour une série surprenante de trois album en haiku : conte, mythe grec et fable de la fontaine. 
Critiques à lire ici : 



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Le chat d'Enoshima par Nemiri et Slocome : une belle fable japonaise




Le dessinateur Nicolas Nemiri au trait aussi lâché, vif et coupant qu'une bourrasque, s'associe à Romain Slocombe, romancier et artiste fasciné par le Japon. Le résultat est un magnifique album jeunesse aux éditions du Petit Lézard, aussi soigné qu'un ouvrage d'art, avec plusieurs niveaux de lecture.

Chat, yakusa et petite fille


Tomomi, une petit Japonaise, vit sur la petite île d'Enoshima avec ses parents, sa grand-mère et Haru, son chat. Un jour, son père disparaît en mer. Et puis, tout dérape. Des hommes patibulaires débarquent dans leur maison et menacent les trois femmes. La famille déménage alors pour Tokyo avec précipitation. Un jour, dans la capitale, Haru lui aussi disparaît laissant Tomomi désemparée dans cette ville où elle se sent perdue, regrettant chaque jour la maison d'Enoshima. Un jour, une amie lui souffle la solution...

Le chat d'Enoshima est une fable moderne complexe. Elle aborde les liens d'affection, que ce soit entre les membres d'une même famille ou avec nos animaux de compagnie. Elle parle aussi des choix des adultes et leur conséquences. J'ai adoré la fin heureuse et tendre. Impossible de ne pas être touché par la sincérité de Tomomi et sa force de caractère.




Deux talents pour un album jeunesse profond


Les deux auteurs, très inspirés par le Japon, signent une collaboration intime. Les dessins de Nicolas arrivent à allier ces petits détails particuliers qui transportent immédiatement au Japon, tout en gardant une vigueur, un flou et des espaces de vide où l'émotion l'emporte. On sent bien dans l'alternance des plans la grande virtuosité de l'auteur pour la narration et le découpage. On entend le brouhaha de la cantine, on sent la pression des corps dans les transports en commun, le chant de la mer et du vent, le désarrois du cœur d'une enfant perdue.

J'avoue, au départ, j'étais dubitative en lisant le nom sulfureux de Romain Slocombe, associé pour moi à des ouvrage sur le fétichisme médical. Un grand écart avec un album jeunesse ! Le résultat est un texte d'une grande sensibilité, direct, touchant et littéraire. Les lieux et mots japonais sont dosés avec justesse, assez pour dépayser par trop pour déstabiliser un lecteur novice.



Voici un album superbe : les illustrations sont merveilleuses. Elles peuvent être admirées séparément, comme un recueil d'art. Quant au texte, il s'agit d'une courte nouvelle illustrée qui tient d'ailleurs sans l'image, tant il est rythmé et travaillé. J'ai aussi beaucoup apprécié la maquette, simple et élégante, et la reliure toilée pour un ouvrage au format italien. Même si vous n'êtes pas amateur d'album jeunesse, mais simple lecteur de roman ou de BD, attiré par le Japon, je vous conseille vivement cette perle.
Pour acheter l'ouvrage sur le site de l'éditeur : 
http://shop.lezardnoir.com/fr/petit-lezard/386-le-chat-d-enoshima-9782353480746.html

Le blog de Nicolas Nemiri : http://nemirishop.blogspot.fr


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Petit renard, de Nicolas Gouny, une invitation automnale pour découvrir le monde




Dans la forêt, un petit renard curieux s'éloigne de sa maison et part fureter, histoire de voir ce que le monde lui réserve. Il renifle, il découvre, il rencontre d'autres animaux. Un peu timide, un peu trouillard, petit renard joue et apprend.

Les feuilles mortes comme pinceau



Petit renard est un album réalisé avec un assemblage de dessins, de feuilles mortes et de brindilles séchées. Si tout a été fabriqué en numérique, le résultat est bluffant tant on croirait des illustrations traditionnelles avec des « vrais » collages de feuilles. On retrouve la sincérité parfois maladroite et imprécise d'un dessin touchant par ses imperfections. 

L'histoire tout simple mais pas simpliste, laisse la place à l'imagination. D'ailleurs, la dernière page est une invitation à la création que j'ai beaucoup apprécié. Comme je tends à collectionner cailloux, coquillages et plantes séchées dès que je vadrouille, l'approche du livre ne peut que me séduire ! 
J'ajouterai qu'il est édité chez Balivernes, une petite maison familiale qui fait un travail de fabrication très soignée. 



Nicolas Gouny, l'illustrateur champêtre qui raconte la nature


Le travail de Nicolas Gouny séduit par son style très particulier, naïf, presque enfantin. A l'heure des lignes graphiques épurées à l’extrême et des aplats parfois d'une froideur implacable, Nicolas utilise l'outil informatique pour un rendu chaleureux, hésitant, et terriblement humain. Il y a dans les rondeurs, les angles et les couleurs une poésie intime et une incitation à créer, à inventer.

Petit renard est le premier ouvrage de cet auteur que je chronique ici, pourtant, j'admire ses travaux depuis des années. Il commercialise aussi avec sa compagne des bijoux et de la papeterie illustrés de ses merveilleux personnages, ou fleurs et d'arbres ou de petits animaux. Sa boutique porte le nom évocateur de « la parenthèse enchantée » :
 

Les dessins de Nicolas ont une magie incroyable : ils font du bien, tout simplement. Ils donnent de la joie, de la tranquillité, l'envie de sortir et crapahuter en forêt, dans les champs, dans les arbres, sous les pierres, sous les étoiles. L'envie de regarder de nouveau le monde avec l'enthousiasme d'un enfant. 

Sa bibliographie est longue et je ne doute pas que dans la liste, vous trouverez votre bonheur :







Entretien avec l'auteur au sujet du Petit Renard :
http://livredelire.com/petit-renard-sort-de-sa-taniere-avec-nicolas-gouny-une-interview-exclusive
Un portrait en vidéo : http://la-charte.fr/dans-les-petits-papiers-de/article/nicolas-gouny
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Les petits sentiers d'Obaasan, un album jeunesse pour découvrir le Japon sensible





De retour du Japon, après un séjour à Kyoto, voilà qui m'attend dans ma boite à lettres Les petits sentiers d'Obaasan ». C'est un délicieux album jeunesse, illustré par Pascale Moteki (la co-fondatrice de Madame Mo) et écrit par Delphine Roux (l'auteur de Kokoro), paru chez les éditions Philippe Picquier.

Grandir à Kyoto



Yuki a huit ans. Elle emménage à Kyoto et rencontre Obaasan (grand-mère en japonais), une dame âgée de 70 ans, pleine d'énergie et d'envie de partager ses savoirs, son courage, sa curiosité. Voici des instantanés de vie, révélateurs de qui était Obaasan. Ils sont racontés avec tendresse par Yuki, devenue adulte. Elle n'a jamais oublié le don précieux de cette mamie, son amour et ses conseils.

J'ai retrouvé avec plaisir l'écriture de Delphine Roux, simple, fluide et d'une grande poésie. Les illustrations de Pascal Moteki m'ont surprises par leur réalisme, un travail bien différent de celui qu'elle fait avec Madame Mo. Elle trouve le trait et les couleurs justes, avec une gamme douce. Elle utilise des roses pâle et des verts tendres qui donnent une ambiance surannée sans jamais sombrer dans une nostalgie insipide. 




« Va où va ta joie, ma Yuki, et n'oublie pas les petits sentiers... »


Le livre s'ouvre sur la chanson traditionnelle Sakura Sakura (vidéo ci-dessous) qui condense à elle-seule la sensibilité japonaise. Une invitation à la contemplation du passage des saisons, à profiter des cadeaux éphémères de la nature. Toute l'histoire de Les petits sentiers d'Obaasan sillonne tranquillement au son du koto, sans pour autant s'enferrer dans les stéréotypes d'un Japon traditionnel que ce pays sait si bien vendre. L'originalité et la force de cet album jeunesse est à la fois de saisir la spécificité de la culture japonaise tout en évitant les stéréotypes.
Obaasan, par sa gentillesse, son attachement à l'artisanat, au jardinage, est une grand-mère comme on en croise souvent dans Kyoto. Mais, elle n'est pas habillée d'un élégant Kimono. Elle porte une salopette. Elle a voyagé à l'étranger, elle est ouverte sur le monde et son univers ne se limite pas à l'île où elle est né. Surtout, Obaasan pousse Yuki à déployer ses ailes, au delà des frontières.


Ce Japon que j'aime


Difficile d'exprimer avec des mots les émotions très fortes que cet album a suscité en moi. Déjà, parce qu'en deux pages, il me réexpédie directement à Kyoto, sans passer par la case aéroport. Delphine Roux et Pascale Moteki montre le Japon des petites gens, le Japon tendre et simple, d'une générosité touchante et d'une grande curiosité. Un Japon étonnamment ouvert vers le monde, souvent avec beaucoup de naïveté, un Japon avec une transmission entre les générations. Ce n'est peut-être pas celui qui est le plus visible, mais cependant, quand on sort des sentiers battus, qu'on accepte de se perde, c'est celui qui émeut et transforme, en profondeur.
Lorsque j'avais chroniqué Kokoro dans l'étang, Delphine Roux m'avait gentiment proposer de recevoir son prochain livre. Appréciant sa plume et les dessin de Pascal Moteki, j'étais certaine de passer un moment agréable. Je ne m'attendais pas à être ainsi bousculée.
Le Japon est un pays porteur de nombreux fantasmes et illusions rendus presque solide en raison de son éloignement et de sa langue qui le rend si difficile à appréhender. Il est traité à toutes les sauces, souvent sans finesse, avec une juxtaposition de clichés. Les livres jeunesses qui se contentent d'en égrainer ses spécificités sont légions. Cependant, ceux qui saisissent avec quelques mots, quelques images, la complexité de cette culture et ses contrastes sont rares. Un seul regret, les titres des chapitres sont également noté en japonais (kana et kanji) mais n'ont pas été traduit en romanji. J'ai trouvé cela dommage.

Les petits sentiers d'Obaasan est un merveilleux livre tant pour ceux qui apprécient le Japon que pour ceux qui souhaite s'initier à ses mystères. Quand à moi, je lui dois de prolonger un peu mon voyage...






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Des mythes grecs aux fables de La Fontaine : tout passer à la moulinette "haïku"

Le duo de choc, constitué pas Cécile Hudrisier aux illustrations et Agnes Domergue au texte, récidive après le merveilleux Contes de fées en haku. Voici deux autres albums disponibles chez les éditions Thierry Magnier. Encore une fois, les dessins à la fois minutieux et flou s'allient à des textes ciselés, tantôt drôles tantôt touchants.


Autrefois l'Olympe, mythe en haiku



Vingt des mythes grecs les plus célèbres connaissent ainsi une adaptation minimalistes qui rend à la fois leur tragédie et leur dimension épique. Il est aisé de retrouver derrière chaque illustration le récit ainsi condensé.

A la différence des contes de fée, ce livres s'adresse, à mon avis, à un public un peu plus âgé, simplement en raison des thèmes abordés. C'est une merveilleuse entrée dans la mythologie grecque pour ceux qui ne la connaitraient pas, ou mal (ce qui est mon cas). Elle est souvent présente là où on ne s'y attend pas, dans les films, les romans et même les comics. Elle a infusé notre culture avec des archétypes puissants et il est toujours intéressant de savoir la retrouver, même ré-adaptée. Ce petit livre permet de dépoussiérer ses connaissances tout en se faisant plaisir.




Auprès de la Fontaine, fable en haiku


Le dernier volet de cette trilogie qui revisse les classiques de notre enfance à la moulinette du haiku, s'attaque aux fables de La Fontaine.

A sa lecture, je me suis peu à peu souvenu que je détestais ces textes ; moralisateurs et très cyniques, ils me plongeait, petite, dans un grand malaise. Si je comprends leur dimension sociale, j'avoue qu'ils se focalisent sur un sujet qui me déplait (les défauts et les travers des humains) et surtout, l'approche me dérange. Moi qui tente justement de me défaire du jugement et d'arriver à une perception d'autrui plus tolérante, j'ai eu pas mal de difficultés à passer outre mon malaise.

Pourtant, l'exercice est mené avec toujours autant de talent que pour les deux premiers tome. Plus même en raison de la structure particulière des fables, à mon avis, certainement plus complexe en réduire ainsi en trois phrases poétique. J'ai beaucoup apprécier l'humour et la légèreté des haïku qui donne un ton différent aux propos de l’œuvre original. Quant aux illustrations, elles sont toujours aussi gracieuse et complexes.





Une trilogie d'albums très réussie !


Chacun de ses livres, outre la grande qualité du texte et la délicatesse des illustrations, bénéficie d'une fabrication impeccable : petit format, beau papier avec une une page colorée pour le texte qui fait face à l'illustration sur fond blanc, une reliure avec un dos toilé avec du cachet. Le résultat est un bel album qu'on a envie de ranger dans sa bibliothèque, de préférence, avec ses deux copains.
J'ajouterai que j'ai eu le grand plaisir de rencontrer les deux auteurs à l'automne lors du salon du livre jeunesse de Montreuil. Ces deux jeunes femmes sont adorables et la grande complicité entre-elles explique aussi l'harmonie parfaite entre dessins et poèmes. D'autant qu'Agnes Domergue ne fait pas que manier le haiku, elle est aussi une fée des crayons et de l'archer, puisqu'elle est altiste (presque comme violoniste!). Je vous encourage aussi vivement à découvrir le blog de Cécile Hudrisier qui a illustrée de nombreux livre pour enfant. Très assidus dans son partage des petites choses du quotidien, son univers devraient plaire à tout ceux qui trainent ici.


Les blogs des auteurs :
Critique du premier livre Il était une fois, conte de fées en haïku
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Past and Present : juxtaposer avant et maintenant avec le langage universel du dessin



Dans ce petit album étonnant, des dessins minimalistes se juxtaposent en double page avec à gauche, un objet ou une pratique de notre passé et à droite, son pendant contemporain. La bouteille de lait en verre devient le pack en carton, le vinyle devient le lecteur CD, le chef d'orchestre un DJ... En quelques images fortes, l'auteur, Orith Kolodny raconte ainsi l'évolution de nos sociétés industrialisées, sans jugement, sans nostalgie. 

De la dématérialisation au métissage, en passant par la consommation de masse, Past and Present nous montre par des exemples concrets ce qui change et ce qui perdure. Les émotions sont multiples et oscillent entre une surprise joyeuse mais aussi parfois méfiance ou crainte face à certains progrès.

Ce livre à la couverture toute rose, délicieusement surannée, propose un formidable voyage entre maintenant et avant. 

Je pense aussi qu'il peut offrir de belles discussions avec les enfants. Le passage du temps du XIXe au XXIe siècle est instantané, et pourtant tangible. Avec des dessins très simples, graphiques et immédiatement reconnaissables, Orith Kolodny signe un ouvrage d'une grande force. La qualité de la fabrication est au rendez-vous, une habitude pour l'éditeur Hélium. Derrière la jolie jaquette en papier on découvre une couverture en tissus, à l'ancienne.

Ainsi, l'objet livre lance lui aussi un pont entre l'ancien et le nouveau. 




Le site de l'auteur :
http://www.icomeidea.it
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