La tendre ménagerie de Satoe Tone

 

Autrice et illustratrice de plus d’une dizaine de livres jeunesse, Satoe Tone séduit les petites et aussi les plus grands par la douceur de ses dessins et par la dimension intime de son travail. Si elle a grandi au Japon, elle vit maintenant à Milan. J’ai eu le plaisir de la rencontrer plusieurs fois sur des salons (vous savez, ce truc qui existait avant). Ses livres m’ont apporté beaucoup d’émotions que j’avais envie de partager avec vous



Trois albums pour rêver

Satoe Tone est publié chez plusieurs éditeurs, notamment Baliverne, une maison indépendante qui apprécie l’imaginaire et la poésie, deux caractéristiques fondatrices de l’œuvre de cette artiste.

 Le livre le plus drôle de ma collection s’intitule La très grande carotte. Une fratrie de six lapins découvre un jour une gigantesque carotte et s’interroge sur les utilisations possibles qui sont d’ailleurs, pour un regard d’adultes rationnels, totalement impossibles ! Les lapins de Satoe Tone, tout en rondeur et douceur, sont une figure récurrente dans ses dessins. Avec une tête à la fois bonhomme et espiègle, je les trouve très attachant. Mon faible pour ces bestioles colore évidemment mon jugement sur cet album.

 

 

 Le plus tendre, Doux rêves de moutons raconte comment ces animaux apportent des rêves aux enfants. Cette caractéristique sera d’ailleurs reprise dans son autre titre Le voyage de Pipo. Le plus jeune frère mouton doit commence son travail pour la première fois, il est en proie aux doutes et craint de ne pas être à la hauteur. Heureusement, il n’est pas seul. Comme dans le livre précédent, on suit l’animal dans une suite de tableaux oniriques aux couleurs pastel, aux formes rondes et mignonnes avec une grande richesse de détails.

Le plus joyeux s’appelle La fanfare des grenouilles et raconte le raz le bol d’un groupe de batraciens alors qu’il pleut sans arrêt. Ils décident de jouer de la musique pour attirer l’attention du soleil et rendre ainsi la météo plus clémente. Des oiseaux viennent leur prêter main forte, en chantant. Le trait caractéristique de l’autrice avec une simplification des animaux stylisés en adorables créatures transmet la joie et l’énergie du récit. Ce titre jouit aussi d’un travail graphique sur la mise en page du texte très dynamique.

Ces trois albums sont assez légers et positifs. Mais Satoe Tone a également écrit et illustrée des histoires avec une palette d’émotion plus complexes et moins joyeuses.

 

Où est mon étoile : appréhender le deuil

Cet album grand format, parut chez Nobi Nobi traite d’un sujet difficile, la perte d’un être cher, avec une approche poétique et très juste. Une petite souris, le cœur lourd cherche son ami disparu, ses proches lui expliquent qu’il n’est pas perdu à tout jamais, mais qu’il est transformé en étoile ; elle se lance alors dans une quête qui pourrait paraître vaine mais qui lui apportera réconfort, compréhension et espoir. Il s’agit du titre le plus bouleversant de j’ai lu de Satoe Tone.

Dans un camaïeu de bleu, on suit la souris, elle grimpe toujours plus haut dans un paysage nocturne, mystérieux et magnifique. Comme dans les autres albums de l’auteur, l’expressivité des animaux, mignons mais jamais mièvres transmet beaucoup d’émotions.

Un autre article sur le sujet :

https://japonpapierrelie.home.blog/2016/04/07/ou-est-mon-etoile



 

 

Le voyage de Pipo

Une grenouille, Pipo a perdu ses rêves. La rencontre avec une brebis, porteuse de songes, est le début d’un grand voyage qui durera plusieurs mois. Au fil de larges doubles pages, on suit les deux comparses, dans des paysages brumeux, du fond des océans aux forêts, les saisons passent. Pipo et la brebis découvrent le monde et une amitié se tisse. Il s’agit de mon titre favori. Un album contemplatif avec une harmonie parfaite entre une impression vaporeuse et des détails soignés. Il a d’ailleurs remporté un prix prestigieux qui aura beaucoup aidé Satoe Tone à gagner en notoriété. Également édité chez Nobi Nobi, comme Où est mon étoile, Le voyage de Pipo bénéficie d’une qualité de fabrication avec un papier épais, mat parfais pour mettre en valeur les illustrations ainsi qu’une sublime couverture avec verni sélectif.

Outre que le protagoniste soit une grenouille, l’ambiance particulière de cet ouvrage m’apaise et en même temps, m’apporte de l’énergie et de l’espoir dans les périodes difficiles. Chaque double page se regarde comme un tableau, avec lenteur et abandon.

 



Une vidéo qui montre le travail de l’artiste sur Le voyage de Pipo :

https://www.youtube.com/watch?v=JCernMAgAsU&feature=emb_logo



 

Cette jeune japonaise née en 1984 qui a fait ses études à Kyoto mais aussi en Angleterre a choisi de vivre en Italie. Elle travaille à la gouache, de façon traditionnelle, avec plusieurs sous-couches qui donne à ses tableaux beaucoup de profondeur. La particularité de son dessin vient de la grande expressivité de son bestiaire qui arrive à transmettre avec peu de mots des émotions fortes. Une nostalgie se dégage de ses livres, elle n’hésite pas à aborder la solitude, le doute, la perte, en filigrane de ses histoires, toujours avec beaucoup de subtilité et d’espoir. Aborder ainsi des expériences perçues comme négative, ou difficile en proposant un voyage pour les sublimer apaise le lecteur. Ses personnages sont souvent un peu perdus, un peu hésitants, parfois, ils se laissent porter, lâche prise et toujours à la fin, ils ont grandi, trouvé du sens, se sont ouverts sur le monde. Satoe Tone est une artiste d’une grande sensibilité, curieuse et avide de découverte. J’espère que cet article vous aura donné envie d’ouvrir ses livres.


Si vous appréciez son travail ou si vous voulez mieux la connaître, la NHK a réalisé une vidéo en 2014. Elle y parle très librement de ses sentiments, de ce qu’elle met dans son travail et de ses raisons intimes de faire des livres.

https://www.youtube.com/watch?v=b56j0l-DHJo





Voici une lecture de Cœur d'étoile faite par Diana, idéal pour découvrir un autre des livres de Satoe Tone :
https://youtu.be/y6Tm0R_sfCg


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L’histoire authentique de Sadako Sasaki et des mille grues

 
 
Savez-vous pourquoi, au Japon, on plie des grues en origami ? Et pourquoi cet animal de papier est devenu après la seconde guerre mondiale un symbole de paix ? Sue DiCicco, sculptrice et autrice américaine raconte la courte vie de Sadako Sasaki, enfant née à Hiroshima, en 1943. Son frère, Masahiro Sasaki toujours vivant, a coécrit l’ouvrage en apportant son témoignage.


En attaquant cette lecture, je savais qu’elle ne serait pas légère. Je connaissais la fin de l’histoire : une fillette qui meurt et laisse une marque d’espoir dans l’Histoire ainsi qu’un poignant message universel. Cependant, j’ignorais tout de sa vie, de son caractère, de sa ténacité. Cette existence recèle une force qui traverse les décennies et inspire, encore aujourd’hui, la défense de la paix.
 



Le livre s’ouvre sur la naissance de Sadako, le 4 janvier 1943 et parle de son quotidien dans un pays dévasté par la guerre mais où les enfants s’adaptent et conservent quand même une certaines insouciance malgré les difficultés. Si le sujet demeure difficile, l’autrice trouve un ton juste, sans misérabilisme. Elle donne de nombreux détails sur la vie de tous les jours qui permettent de comprendre le dénuement de la famille mais aussi les petites joies nichées dans l’énergie d’une reconstruction et d’un avenir qu’on espère plus doux que le présent. Outre la tragédie de la maladie, la situation financière des parents de Sadako rend le récit encore plus poignant. Le coût des soins et les sacrifices qu’ils engendrent résonne avec un écho particulier sous la plume d’une autrice américaine. On suit Sadako dans son combat contre la maladie, un mal encore mystérieux mais que déjà les médecins diagnostiquent comme une conséquence de la bombe atomique. On découvre une enfant charismatique, pleine d’empathie et de ressources, très consciente de ce qui se déroule autour d’elle, alors même qu’elle est de plus en plus confinée à sa chambre d’hôpital. 
 
Lorsqu’elle apprend la signification des guirlandes de grues en origami qu’on offre aux malades, elle décide de se lancer dans le pliage. La légende dit que si on réussit à plier mille grues dans l’année, notre vœu sera exhaussé. Hélas, même si une version populaire sur Internet prétend que Sadako serait décédée avant d’avoir achevé sa tâche, elle est fausse : la fille a non seulement plié ses mille grues sans être guérie, mais elle a persévéré, avec un nouveau vœu, altruiste. À son décès, ses camarades se sont mobilisés. Une statut à son effigie a pu être érigé et le mouvement de solidarité ainsi amorcé perdure encore, liant à tous jamais la vie de cette enfant au terrible drame des irradiés d’Hiroshima et Nagasaki.

 
 
 
L’écriture limpide et illustrée de dessins et photos d’archive s’adresse à un jeune public. La puissance du texte et de son message sur la quête de sens peut aider enfant et adulte à franchir certaines épreuves, surtout en ces temps étranges. D’ailleurs, suite à la rencontre avec l’histoire de Sadako, Sue DiCicco a fondé l’organisation Peace Crane Projet afin de continuer la transmission.
Cependant, je reproche à l’ouvrage son manque de clarté sur l’implication du Japon dans la seconde guerre mondial, sous-entendant une position de victime. Quand on connaît le négationnisme toujours en vigueur aujourd’hui, j’aurais apprécié plus de nuance. Un écueil probablement inévitable, étant donné que l’autrice est elle est américaine et qu’elle a coécrit l’ouvrage avec le frère de la victime. J’émettrai aussi un bémol sur le portrait de Sadako, frôlant parfois le panégyrique. Mais comment écrire la vie d’une môme qui décède à douze ans d’une leucémie en endurant une douleur inimaginable, tout en laissant à ses proches et à ceux qui l’ont croisé sa route un souvenir aussi lumineux ?

Si le ton m’a parfois semblé mélodramatique, c’est l’espoir et la volonté de vivre qui traverse ce texte et se transmettent à son lecteur. L’histoire authentique de Sadako Sasaki et des mille grues a sa place dans les bibliothèques et aussi dans les programmes scolaires, il est un merveilleux outil pour enseigner l’empathie et le courage, en évitant l’écueil du discours moralisateur.

Cet ouvrage a été reçu en service de presse et je remercie l’éditeur Sully Le prunier. 

Sadako, mars 1955
Attention, le contenu de la page wikipedia en français est faux.
  • Interview de Masashiro Sasaki (en anglais) :
https://en.wikipedia.org/wiki/Sadako_Sasakihttps://en.wikipedia.org/wiki/Sadako_Sasaki

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Quelques podcasts pour apprendre le japonais


Tout d’abord, l’intérêt des podcasts n’est pas de comprendre tout mais d’écouter, chaque jour, du Japonais. Lorsqu’on apprend une langue sans être en immersion, cela demande des stratégies pour s’y exposer le plus possible. 

Comme je l’indiquais dans mon article précédent sur le sujet, la régularité est la clef de l’apprentissage. Certains de ces podcasts sont enregistrés quotidiennement, un sacré défi puisqu’ils sont en écoute gratuite. Je vous conseille de ré-écouter plusieurs fois les épisodes, par exemple dans les transports, en faisant votre ménage, en vous promenant (ou en jouant à Animal Crossing). Les podcasts que je vous recommande ont commencé leur diffusion assez récemment et continuent toujours. Je vous présente des podcasts exclusivement en japonais, sans aucune traduction dans une autre langue, afin de favoriser l’immersion.



Nihongo con Teppei

Pour commencer, le plus accessible pour les débutants, c’est Nihongo con Teppei. Un prof de japonais sémillant qui enregistre des podcasts pour débutants, très courts, de quatre minutes, et pour intermédiaire. Les premiers sont très courts, quatre à cinq minutes, les seconds font entre 10 et 15 minutes. Il n’y a pas de scripts. Chaque épisode aborde un sujet simple et très restreint qui permet de limiter le vocabulaire, avec beaucoup de répétitions et un contexte bien défini qui facilite la compréhension. J’apprécie l’humour et l’esprit enjoué du professeur, qui a un grand sens de l’auto-dérision. Il s’exprime en articulant, et avec lenteur tout en restant naturel.

Version débutant :

http://nihongoconteppei.com/

Version intermédiaire :

http://teppeisensei.com

 

Japanese with Noriko

Il s’agit de podcast court sur la vie quotidienne d’une Japonaise expatriée en Irlande et marié à un Péruvien. Elle a commencé sa diffusion en début d’année. Les scripts sont disponibles sur son site. Sa diction est bonne, son ton est enjoué et j’apprécie la densité de chaque épisode, qui restent simples et accessibles pour un débutant avec quelques notions. Elle parle de son quotidien et le lien avec des éléments de la culture japonaise. C’est une approche très ouverte, curieuse du monde. Elle fait aussi des vidéos sur sa chaine YouTube

https://www.japanesewithnoriko.com/


Il existe un podcast joint entre Noriko et Teppei Sensei, sous forme d’un dialogue informel, là encore avec un ton léger :

https://teppeinorikojapanese.com


Let’s talk in Japanese

Voici autre podcast de niveau intermédiaire que j’apprécie beaucoup. Son auteur, Tomo, a commencé en juin 2019, il vit au Japon et il est professeur. Plus sérieux que Teppei, il parle à la fois de son quotidien et réponds aussi à des propositions de sujet, autour du Japon : https://anchor.fm/LetsTalkinJapanese

Les scripts sont disponibles ici : http://ruby-s.net/script/

La durée est de 10 à 15 min et les niveaux du JLPT sont indiqués (N1 étant le plus difficile et N5 pour débutants)


Haru non nihongo

Un podcast à mon avis plus difficile, car les épisodes assez longs. Il parle de culture japonaise et de vie quotidienne. Si vous connaissez un peu le Japon, il est probable que les sujets abordés vous soient déjà connus. Dans mon cas, l’avantage est que je comprends plus facilement, car j’ai déjà quelques éléments. J’ai l’impression qu’il s’adresse à un public plus jeune.

https://www.haru-no-nihongo.com


Nihongo Switch

Niveau intermédiaire. Je vous conseille de regarder la chaîne YouTube car les vidéos sont en fait les textes sen japonais.

Cours donné par Yamamoto Iku, une Japonaise vivant à Los Angeles. Podcast axé sur les saisons au japon, voix très agréable avec une musique jazzi. Il faut avoir déjà de bonnes bases. Cependant, j’avoue que je trouve la diction et la voix tellement agréable que je l’écoute même si je suis larguée. Les scripts sont dispo gratuitement à condition de s’inscrire à la mailing list. C’est plus intéressant de regarder les vidéo (juste quelques photos et le texte).

https://nihongoswitch.com/


Small talk in Japanese

Deux jeunes étudiantes japonaise à l’université qui vivent à Londres se sont lancées dans un podcast. Il n’y a pas de script mais une liste de vocabulaire (japonaisanglais) disponible pour chaque épisode. Je n’ai écouté que les premiers et derniers épisodes, je pense qu’il cible un niveau intermédiaire et un public branché pop culture.

https://smalltalkinjapanese.hatenablog.com



Dans tous les cas, la méthode efficace consiste à écouter plusieurs fois le même podcast. Il vaut mieux favoriser des podcasts très courts pour commencer. Écouter en boucle nous familiarise avec l’accent tonique et permet d’identifier les mots qu’on ne comprend pas. Pour être plus efficace, on peut écouter tout en lisant les transcrits lorsqu’ils sont disponibles. Une technique qui m’a été recommandée est le shadowing il s’agit de répéter dans la foulée les phases prononcées, même sans les comprendre, afin d’acquérir la musique de la langue. Le shadowing, sorte de karaoke, permet aussi de « parler ». 

L’autre difficulté dans l’apprentissage d’une langue lorsqu’on est loin de son pays d’origine est d’équilibrer les entrées (ce qu’on apprend) des sorties (ce qu’on exprime). Souvent on ne parle pas par crainte de se tromper, de ne pas savoir exprimer correctement ce qu’on veut. Un des points commun des podcasts sus-cité est que leurs auteurs encouragent les étudiants à parler et à les contacter via commentaire ou mail, même très mal, même avec peu de vocabulaire et une syntaxe branlante. Une langue reste un moyen de communiquer, apprendre à la comprendre ne suffit pas pour progresser. Il est nécessaire d’effectuer un travail de « sortie » des connaissances acquises, quel que soit votre niveau. En cela, le shadowing a le double mérite de travailler l’accent et aussi l’habitude de la prononciation.



Si vous connaissez d’autres podcasts ou si vous avez d’autres recommandations, n’hésitez pas à mettre votre grain de sel en commentaire.

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2021, après la fin du monde

 


Rien n’est plus intime et subjectif qu’une fin du monde. S’il y a parmi vous des lecteurs de Card Captor Sakura, ils comprendront mon propos. Probablement que des philosophes l’expliquent aussi avec talent, mais ma culture dans ce domaine reste maigre.

Pour beaucoup d’entre nous, cette année s’ouvre dans une atmosphère d’attente, dans la fatigue de mois d’angoisses et de craintes sourdes. Santé mais aussi économie et survie simple hantent nos nuits, ces préoccupations se glissent dans les discussions, tendent les relations alors même que la proximité devient une menace. Difficile de garder sa joie de vivre, sa légèreté, son enthousiasme… Ma soupape de sécurité, c’est visiter des musées.

Pour d’autres, il s’agit d’aller se faire une toile, ou un concert, ou bien encore un resto entre amis, ou juste se poser seul au café et regarder les gens.

Quand l’essentiel se réduit à survivre ou à vivre avec peu de plaisirs, les turpitudes enflent, la dépression guette, l’agressivité fait son nid.

Et parfois, alors que notre monde prend fin, et on constate, un peu groggy, qu’on est toujours en vie.

Surpris, sonnée, abîmé, mais toujours vivant. Et le plus incroyable, au milieu de bordel, de ces émotions en pagaille qu’on peine à nommer tant leurs chocs incessants nous assourdissent, est cette zone blanche, calme et claire. Un petit morceau d’espoir à la dérive dans un océan acide et glacé.

Un radeau de fortune qui résiste à tout, ou presque, et nous soutient encore. Et un jour, on réalise qu’après la fin du monde, il y a simplement, un autre monde. Pas mieux, pas pire, mais différent. Ou peut-être pire, ou peut-être mieux. Là, comme pour toute histoire subjective, nous avons la capacité de choisir comment on l’appréhende. L’unique chose qu’on maîtrise est la posture que l’on décide d’adopter face aux événements, aux actions d’autrui et à nos émotions.

Après ma fin du monde, en 2020, j’ai décidé que 2021 serait un monde différent, plus ouvert, plus apaisé, rempli d’amour et d’amitié, de découvertes, de ratés, d’échecs, d’impasses et de retournements, de labyrinthes et de chemins sinueux, de trésors enfouis, de doutes cultivés avec soin, de tentatives, d’essais, d’expérimentations et surtout, d’autonomie et de liberté. Je ne regrette rien de 2020, depuis des années, je m’applique à abandonner ma colère et mon ressentiment au bord de la route.

Je préfère trimballer dans mes poches cailloux, coquillages, fleurs et feuilles.

Je vous souhaite à tous une très belle et heureuse nouvelle année, et surtout la force de garder l’espoir et de demander aide et soutient à vos proches, en cas de besoin.

 

 

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|Journal] Passer l'hiver

 

 Après le solstice, un équilibre étrange fige la nuit. Au premier janvier, la lumière n’aura grignoté que cinq minutes. Dix jours pour cinq minutes. Un funambule sur la ligne d’horizon, avance à pas feutré, étouffant ses désirs de cabriole, dans la crainte de retomber dans les ténèbres. L’année agonise doucement, traînant son lot de chagrins et de chocs, de naissances et de joies. Certains l’ont qualifiée, à tort, de pireannée de l’humanité.

Je n’ai perdu personne de la pandémie, j’ai perdu d’autre chose, et surtout d’autres personnes. Je ne regretterai pas 2020. Regretter n’est pas dans ma nature. Et je m’astreins à en arracher les racines de mes veines, une hygiène souvent douloureuse mais salutaire.


La nuit s’étire. Si j’aime son calme, sa tranquille torpeur, son cocon de mystère, elle noie le paysage, grise et floute les plans, brouille l’essentiel, ombre les émotions, tamise l’enthousiasme en une poudre soluble dans la peur et l’angoisse. La longue nuit use les âmes.

L’hiver, trop doux, lui aussi manque de vitalité et son pouvoir de réduire au silence les nuisibles s’amenuise avec les années. Tout le monde s’épuise. Même les saisons.


Autour de moi, tant d’amis souffrent, s’inquiètent d’un avenir branlant, de revenus qui s’évaporent, de l’impossibilité de se nourrir de ces choses non-essentielles qui séparent la survie de la vie. Ces choses et ces expériences qui nous lient, nous subliment, nous apaisent, nous violentent aussi parfois, nous secouent, nous agacent, nous transforment, nous emplissent de joie, d’amour, nous enchantent.

Autour de moi, le monde me rebute, et je m’y cogne toujours, avec de moins en moins de force, de moins en moins d’envie. Je limite les contacts, les sollicitations, je tisse une toile de taille plus modeste mais à la maille plus fine, plus solide, chaude et moelleuse.


Paris, bruyante, dense, sous les illuminations des fêtes, se précipitent dans les heures du jour avec la pression sourde du couvre-feu, des contrôles, et du risque invisible. La campagne boueuse me manque. Crépuscule de feu, bleu glacé des matins, givre et nuée, odeur d’humus et de fumée, tout me manque ici. Les rires du foyer et les pépiements dans les cimes raisonnent encore dans le silence feutré d’un appartement trop grand. Vide.


Passer l’hiver, dit le dicton populaire. Passer l’hiver, dit le recueil de nouvelles douces-amères d’Olivier Adam. Passer l’hiver, cette année, me paraît l’unique résolution possible pour l’année en gestation.

Pas à pas, heure par heure, cœur à cœur, passer l’hiver.

 





 


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NaNoWriMo 2020 : bilan en demi-teinte



En déclarant ma participation au NaNoWriMo cetteannée, j’espérais trouver l’énergie pour écrire 50 K mot sur plusieurs fronts : d’abord des articles de blog, ensuite, un texte de non fiction, très personnel. Le défi sur ce plan m’aura permis de m’apaiser, même si le résultat ressemble plus à un champ de mines qu’à un quelconque texte vaguement publiable. Même pas un brouillon, juste un truc vomi, à la granulométrie variable, à la dureté fluctuante et à la viscosité pâteuse. L’introspection souvent pénible imposée par l’exercice m’a laissé plusieurs fois exsangue, dans un contexte d’absence de repère particulier, ou plus exactement, un contexte de repères qui n’étaient pas les miens.

Durant tout le mois, j’ai partagé le quotidien et le rythme d’une famille avec un emploi du temps chargé, alors que de mon côté, ma vie tient du pont suspendu au-dessus du vide, dans un paysage nimbé de brouillard. Je ne vois plus d’où je viens et je ne sais plus trop où je vais. Je me contente d’avancer, pas à pas, sur des planches parfois vermoulues, souvent je suis prise de panique par les interstices vertigineux. Les mains agrippées au cordage usé, une prière sans conviction pour garder de l’espoir. Avancer. Mais je pourrais tout aussi bien poser mon cul et balancer mes jambes, un temps infini, jusqu’à ce que les muscles fondent, que mes membres s’atrophient et que j’en perde mes chaussures.

Je vis mal cet échec. Il s’amoncelle sur le tas toujours plus haut des déceptions alors que je tourne résolument le dos à celui des accomplissements et de réussites, refusant de comptabiliser le positif. Crétin de cerveau.

Joyeux biais de focalisation sur les trucs ratés, pourris, qui font mal. Je le sais, mais pour l’instant, je le laisse planter ses crocs dans mes mollets. Essayer d’avancer sur un foutu pont brinquebalant avec des kilos de tristesse et de désillusions, quel exercice à la con !

Alors, la quantité de mot n’est pas au rendez-vous cette année. Pourtant j’ai pissé de la ligne, tous types d’écriture confondus, sans trop me relire ni corriger. Malgré cela, je n’ai pas tenu la distance.

 


 

Si je regarde le chemin accompli, j’ai mis à jour mon blog avec quelques articles perso et surtout, l’un assez conséquent, au sujet de l’apprentissage du japonais. D’ailleurs, une partie de la raison de mon échec du NaNoWriMo cette année tient au temps passé à dépoussiérer de façon compulsive mes connaissances, surtout pour les kanji. En un mois, j’en ai réappris bien 150 et si j’intègre ceux en cours, je monte à plus de 200. Pour le vocabulaire, il y a encore du boulot. Je n’ai pas non plus pris le temps de réviser la grammaire, avec de l’écoute quotidienne de 30 min à deux heures de podcast en japonais, certaines structures reviennent doucement. Je ne pensais pas m’impliquer autant, j’avais prévu d’autres activité manuelles pour ce mois de novembre, dans


la campagne belge : apprendre les bases du crochet qui s’est avéré problématique en raison de la laine conseillée par la vendeuse de la mercerie (il est impossible de défaire mes ouvrages), et dessiner. Une activité qui demande trop de concentration et laisse trop d’espace de silence dans mon crâne. Mes pensées et mes ruminations gambadent alors et jouent à saute-mouton.

Oui, j’avais un peu chargé le programme de novembre, surtout avec un moral au plus bas et une procédure de divorce en cours. Cependant, je croyais sincèrement réussir, cette année, à produire cette quantité de mots, à atteindre les 50 K. En travaillant sur soi, sans écrire une histoire, mais son histoire, en imaginant et s’imprégnant non d’une ambiance mais de son état intérieur, le flux a été irrégulier et souvent, malgré l’envie et l’attente, un maigre filet de mot a jailli, à peine un pissouillou, pas de quoi remplir une citerne. Ce texte-ci compose en quantité les 2/3 de ce que j’ai pondu, à savoir 44 K mots.

Et je ne sais que faire avec, à part continuer le travail.

 


 

La bonne surprise du NaNoWriMo s’est produit sur les derniers jours. Un auteur que j’apprécie beaucoup, Nicolas Pages, a partagé un appel à texte de son éditeur lyonnais – une incitation forte vu mon souhait de relocation – réservé uniquement à des autrices. J’ai gardé l’info dans un coin de mon crâne, et un bout d’idée s’est agrégé à un autre, à des réflexions et inquiétudes, et hop, un bout de machin qui pourrait être un nouveau texte a pointé son nez. Obéissant à la loi du NaNoWriMo qui consiste à balancer pêle-mêle les phrases qui te passe par la tête, je me suis lancé, encore une fois sans filet, dans une fiction. J’ai des projets qui attendent que je passe à l’acte. Ils sont structurés, documenté, bien rangés. Et, aussi, ancré dans le naufrage de mon ancienne vie. Trop teintés de perte pour l’instant. Alors voilà, je m’embarque dans un machin sans rien connaître, j’ai une vague trame, une idée de fin et deux personnages. Je verrai où ce truc me conduit, que se soit un court roman qui rentrerait dans les clous de l’appel à texte, ou une nouvelle ou novella, qui ira grossir le tiroir des machins finis et non publiés.

Cette année, le NaNoWriMo est un échec puisque je n’ai pas franchi la ligne d’arrivée visée. Le défi m’aura aidé à écrire, au quotidien, et par mon implication sur le blog, à partager mon expérience sur l’apprentissage du Japonais. J’ai à ce sujet un second article en préparation.

Par rapport au deux dernières années, novembre aura été un mois relativement productif et épanouissant sur le plan créatif et surtout, pour ma remise en cause perso, qui tient plus de l’intervention d’une garnison armée de pelleteuse que d’un d’un travail méticuleuse, réfléchis et constructif. À force de tout foutre en l’air, je suis au moins dans l’air du temps, de la déconstruction du moi et de la culture acquise, hétéro cisgenre, colonialiste, patriarcale et tutti quanti. Émancipation me voilà (ou juste chaos et destruction).

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Et si on apprenait le japonais pour de vrai ?


 

Ces dernières années, les méthodes d’apprentissage ont beaucoup évolué. Applications sur smartphone, podcasts, chaînes de vidéo à la demande comme Netflix où on peut mettre les sous-titres dans la langue de son choix… L’accès aux langues étrangères devient plus aisé et surtout moins onéreux. Il est temps pour moi de dépoussiérer ma façon d’apprendre !

 

Bloquée à un niveau débutant depuis trop longtemps !

J’ai commencé mon apprentissage du japonais il y a des lustres par un semestre à la fac de Jussieu, alors que je travaillais à plein temps. J’ai validé un semestre puis, j’ai lâché l’affaire, incapable de mener de front boulot et études. Plusieurs fois, j’ai repris et même retrouvé mon niveau, progressé, avant d’arrêter, et tout oublier ou presque. L’évaluation de mes connaissances est déjà un problème en soi.

Il y a un an, avant mon voyage au Japon, je me suis remise à dépoussiérer mon japonais dans l’optique de me débrouiller sur place. Nous allions dans un coin pas très touristique. J’ai découvert avec l’application Duolingo (qui ne propose pour l’instant que des cours de japonais pour les anglophones) une approche ludique novatrice, bien éloignée de mon expérience très scolaire. Le chaos de ces derniers mois a mis en pause mon implication et mon envie. J’ai aujourd’hui du temps, beaucoup de temps, mais peu de concentration. Je cherche donc des moyens de recouvrer le goût de l’effort sans m’épuiser ni me décourager. En plus, parler japonais me paraît un atout utile si je veux y rester quelques semaines ou mois.

Que vous soyez grands débutants, que vous aussi ayez connu des tentatives d’apprentissage malheureuse ou intermittente, voici quelques réflexions, liens et outils qui peuvent vous aider si vous souhaitez parler et lire le japonais.


Avant toute chose : pourquoi voulez-vous apprendre la langue ?

Cette raison détermine en partie quel type d’enseignement mais aussi d’investissement (temps, financier, énergie) vous êtes prêt à mettre. Voulez-vous étudier la langue pour vivre au Japon ? Si oui, avez-vous d’autres compétences professionnelles ? Voulez-vous étudier la langue pour l’enseigner ? Pour être bilingue ou juste vous débrouiller ? Êtes-vous curieux de la culture et de l’histoire ou juste fan de pop culture ? Connaître les raisons et aussi les motivations nous aide à évaluer leur force et leur priorité dans notre vie. Cela a une conséquence directe dans le choix de la méthode d’apprentissage.

Souvent, on ne prend pas le temps de se demander « pourquoi » et on passe directement au « comment ».

Attention, le Japon a la cote et en naviguant sur le web, j’ai repéré des trucs douteux qui jouent sur la soi-disant très grande difficulté de l’apprentissage de la langue, de l’impossible mémorisation des kanji à moins d’avoir THE méthode inventée par le super formateur… Quand quelqu’un dit révolutionner l’apprentissage d’une langue qui est pourtant maîtrisée depuis un siècle et demi, je me méfie. Donc avant de casser votre tirelire, vérifiez le sérieux de l’école, du prof ou du bouquin. Et surtout, essayez déjà ce qui est gratuit ou très abordable.

Pour ceux qui souhaitent consacrer leurs études aux Japonais, les universités françaises ou l’INALCO, ou  restent les solutions évidentes. L’apprentissage de l’histoire, de la culture, de la linguistique sont compris dans le cursus, pas toujours funky mais à la qualité éprouvée. De plus, depuis mon passage sur les bancs de la fac, l’enseignement a évolué avec par exemple des cours de culture populaire du XX ème siècle. L’image d’austère et d’élitisme qui  perdure ne correspond donc plus à la réalité. Les débouchés sont cependant restreints à certains champs, si vous n’avez pas d’autres compétences : enseignement, recherche, traduction, interprétariat… Il s’agit d’apprendre un Japonais parlé mais aussi littéraire.

Il existe aussi des cours du soir diplômant dispensés par l’université de Paris, accessibles pour ceux ayant une activité professionnelle. Avec quatre heures de langue par semaine et une heure et demie de civilisation, cela demande de l’implication. Je n’ai pas fait les calculs, mais si vous êtes sérieux et engagé, le coût sera très probablement nettement inférieur à celui des écoles privées.

Si vous voulez apprendre le japonais pour « parler » simplement avec des gens, ou que seule la culture pop vous branche, un cursus académique avec une progression assez lente risque de vous décourager. Il existe d’autres méthodes d’apprentissage peut-être plus en adéquation avec vos besoins et vos objectifs. Une fois que vous avez déterminé « pourquoi » vous voulez apprendre le japonais, il sera aisé de trouver « comment ».

Dans mon cas, l’apprentissage de la langue, outre l’intérêt de communiquer, et aussi de mieux appréhender la culture du Japon. En effet, la structure même de la langue influe sur notre rapport aux autres et au monde.

 

Un parcours d'apprentissage très chaotique

Dans mon cas, la motivation première venait de mon boulot de pigiste manga et puis, parce que des copains s’étaient inscrits à l’université, je les ai suivis !

J’ai commencé à la fac, avec une méthode adulée par certains et mise au feu par d’autres, le Minna no nihongo. A priori, elle fonctionne bien à condition d’être dans un cadre d’un cours et pas en autodidacte. J’ai ainsi appris les bases de la grammaire, un socle qui me reste toujours. J’ai aussi fait des stages intensifs chez Tenri (avec plusieurs heures de cours de soir durant quelques semaines). Pour commencer, si vous êtes très motivé, et que vous avez un peu de temps de cerveau disponible (par exemple durant les vacances) cela peut être un moyen de commencer sur des chapeaux de roue et d’être très vite capable de vous débrouiller. J’ai aussi suivi les cours de la Mairie de Paris, pas cher mais avec des profs japonais pas toujours très qualifiés pour enseigner, et surtout avec une progression très lente.

Attention (bis) un natif qui donne des cours n’a pas toujours les compétences pour enseigner. En France, si on veut donner des cours de français à des étrangers, il existe une formation (FLE) avec une pédagogie adéquate. Beaucoup de Japonaises (ce sont souvent des femmes) donnent des cours alors qu’elles parlent très mal notre langue, sont incapables de répondre à des questions précises de grammaire… Les répétitrices engagées dans les universités doivent avoir obtenu le Japanese Language Teaching Competency Test. 

Une personne qui a appris la langue adulte et parfois mieux à même de l’enseigner que celle qui l’a intégrée doucement en étant enfant. Cependant, les cours de conversation avec un ou une native sont parfaits pour pratiquer. Aujourd’hui, il est possible de trouver des solutions gratuites via des applications, notamment Tandem (que je n’ai pas testé).

D’ailleurs, j’ai moi aussi suivi des cours avec une prof japonaise qui intégrait à nos échanges les notions de grammaire que je connaissais déjà, tout en en ajoutant des nouvelles au fil des semaines. Hélas, elle est subitement repartie au Japon. Cela avait coupé mon élan car j’avais eu de réelles difficultés à trouver une personne prête à me « remettre à niveau » sans me faire acheter un énième manuel, et à un tarif tout à fait raisonnable.

Après mon voyage de l’automne dernier – dans une autre vie – j’ai de nouveau lâché pendant quelques mois. Cette fois, m’y remettre me semble plus facile. Comme préconisé plus haut, je travaille tous les jours. J’ai du temps, j’y consacre donc plusieurs heures, mais sans « bachoter » et en multipliant les approches (révision par répétition espacée, lecture de la grammaire, écoute, visionnage de vidéo et toujours, des séances de lignes).


Quelques pistes pour commencer, reprendre où se perfectionner

En préambule, le conseil le plus important : en faire TOUS les jours.

D’abord, si vous voulez parler la langue, il faut se retrouver en immersion. Sans être dans le pays, il y a aujourd’hui des solutions grâce aux outils numériques. L’important est de ne pas se décourager et de tenir sur la durée. Pour cela, l’économie de sa volonté facilite grandement les choses. Plutôt que de procrastiner, de se dire « qu’il faut s’y mettre » et négocier chaque fois âprement avec soi-même quand on flanche, il existe un truc simple : faire de l’apprentissage de la langue une habitude aussi solide que se lever le matin. Cela implique de travailler tous les jours, au moins 30 minutes. Tout le monde peut le faire avec les podcasts et les applications : dans les transports, en marchant (à moins d’un km de chez soi et avec son attestation en poche), en nettoyant son foyer… Si le japonais est une priorité pour vous, vous trouverez le moyen de gagner du temps.

Encore une fois, savoir pourquoi on veut apprendre donne la motivation, après il faut déterminer quelle méthode nous convient pour ne pas se décourager.


Conseil numéro 1 

Apprendre en intensif hiragana et katakana  rapidement afin de ne PAS PASSER par le rômaji (alphabet latin). Il est absurde d’apprendre le japonais sans son système d’écriture. Deux à quatre semaines est la durée idéale, définie par l’université et aussi préconisée par d’autres enseignants. Si des appli gratuites peuvent vous aider, je vous déconseille d’investir dans cette étape basique. Elle demande un réel effort et permet de mesurer votre motivation à apprendre la langue.

Pour les débutants qui aiment les applications ludiques, Duolingo reste pour l’apprentissage du vocabulaire de base et la révision des kana un outil fun. Après, je trouve qu’elle est rapidement limitée lorsqu’on veut progresser rapidement.

Je n’ai pas essayé, mais les vidéos de Julien Fontanier plaisent beaucoup. Ses cours sont gratuits, très structurés. Par choix de vulgarisation, il utilise ses propres termes pour expliquer la grammaire qui peuvent être différents de ceux qu’on trouve dans les manuels.

Pour ceux qui ont besoin d’un support papier ou qui ont envie de progresser à leur rythme (et non à celui imposé par la vidéo) j’ai beaucoup utilisé Le Japonais en manga (ne faites pas attention aux dessins tout moches). Les nombreux tableaux récapitulatifs pour la grammaire et la conjugaison sont des aides précieuses. Seul bémol : la présence de rômaji, que je trouve désagréable, et pire, ne vous motivera pas à apprendre les syllabaires rapidement.


Conseil numéro 2

Apprendre en parallèle les bases de la grammaire et les kanji (surtout ne pas laisser les kanji à plus tard. Il y a beaucoup d’homophones en japonais).

J’ai commencé comme beaucoup à apprendre avec le Kanji to Kana. Les kanji dans la tête  est une référence récente souvent citée : plutôt que de classer les idéogrammes par ordre de fréquence, il fonctionne par clef et par regroupement visuel. Cependant il n’y a pas les lectures (prononciation), ce qui est pour moi rédhibitoire.. Dans le même style, le Manuel de Kanji Usuel, chez l’Asiathèque est bien meilleur, mais hélas épuisé. Ce type d’ouvrage coûte assez cher, une quarantaine d’euros. Attention, vous pouvez trouver des manuels moins chers comme Kanji Kakitai ! Cependant il ne compte que 600 des 2 141 kanji officiels.

Pour le début, vous commencerez en apprenant par exemple tous les kanji listés à la fin du manuel le Japonais en manga. Cependant, investir dans un manuel de kanji sera nécessaire. Je vous conseille aussi l’application kanji study (en français malgré son nom). Non seulement elle est très complète mais permet d’adapter l’ordre d’apprentissage en fonction de la méthode que vous suivez.

En effet, apprendre les kanji au fur et à mesure de leur introduction reste le plus simple et le plus facile pour les associer à du vocabulaire et surtout, les utiliser ! Si vous êtes autodidacte, comme repère de temps, en première année de fac, il y avait 370 kanji à apprendre sur 22 leçons (une par semaine), ce qui est raisonnable en masse de travail.


Conseil numéro 3

En faire TOUS les jours (oui, c’est le même que le conseil de préambule). Il est facile d’utiliser Duolingo chaque jour puisque l’application est conçue ainsi, avec des défis, une ligue, des bidules à débloquer. Si on commence ainsi, on prend l’habitude d’étudier un peu chaque jour. Par contre, rapidement, vous allez sentir ses limites.

L’écoute est importante. J’ai commencé par des animés et des films. Cependant, aujourd’hui, j’ai besoin d’une écoute plus dense. Je suis donc passée au podcast, entièrement en langue japonaise. Les scripts sont en général disponibles sur un site, ou il peut y avoir des vidéos du texte. Essayez de trouver un podcast avec un sujet et une voix qui vous plaît.

Une langue est faite pour communiquer, comprendre l’autre. C’est con, mais quand on étudie, parfois on oublie cette évidence. Si on a envie de comprendre ce qui est raconté, l’attention nous coûtera moins d’effort et à la fin, le plaisir l’emportera. Ce sera plus facile de mettre en place une habitude si on éprouve la fierté d’avoir compris, la saine frustration d’avoir raté un truc qu’on sent juste à porter, la curiosité et la joie de découvrir la culture, ou même de suivre un podcast avec du suspens !

Pour l’apprentissage des kanji et du vocabulaire, la technique de répétition espacée a fait ses preuves. L’application Anki (libre sous Android, payante sous iPhone) est la solution idéale. Elle n’est pas super intuitive (pour moi en tout cas), mais des tutoriels sur YouTube vous expliquent son utilisation. Pour ceux qui utilisent la méthode Minna no Nihongo, l’application Minna no Flashcards propose une révision rapide et simple. Je pense d’ailleurs qu’elle peut aider tous les débutants, car le vocabulaire est basique et utile.

Si vous regardez le temps passer sur les réseaux sociaux, dégager une demi-heure ou même une heure par jour pour bosser le japonais est raisonnable. En combinant par exemple Duolingo le matin durant dix minutes, Anki à midi durant vingt minutes, et un podcast ou un animé de 20 à 30 min, vous varierez les plaisirs. Il faut aussi se caler des sessions plus costaudes, au moins une ou deux fois par semaine, pour apprendre la grammaire et la conjugaison.

Dès que vous vous sentez vaguement prêt à baragouiner, il est possible de trouver des correspondants pour des échanges de langue. Je n’ai pas encore testé l’application Tandem, mais elle est plébiscitée.


Conseil numéro 4  

Tenez bon, mais si vous abandonnez, comme moi, sachez qu’il est plus facile d’apprendre une seconde fois ce qu’on a déjà appris et oublié. Cela permet de « lâcher » un peu la pression. Même si, dans mon cas, je suis lasse de toujours tenter de retrouver un niveau intermédiaire que je n’ai, pour l’instant, pas réussi à récupérer. On verra si, mi-décembre, j’ai réussi à tenir mon défi.

Bon courage à tous et surtout, n’hésitez-pas à laisser en commentaire les livres que vous appréciez, ou ceux qui vous ont déçu. Je vais dans un prochain article vous donnerais une recommandation de podcast que j’apprécie.

Mise à jour : voici une liste de podcasts qui pourraient vous aider que vous soyez débutant ou intermédiaire.


Conseil numéro 5  

Excepté pour Duolinguo, je ne vous donne que des références en français. À moins d’être bilingue ou d’avoir une connaissance approfondie de la grammaire, conjugaison et syntaxe d’une autre langue, il me paraît important d’apprendre le japonais à partir de sa langue maternelle. De la même manière qu’une personne native sans compétence adéquate n’est pas la mieux placée pour enseigner la structure du japonais, passer par une langue tierce, comme l’anglais, risque de rendre les choses plus difficiles et pire, d’induire des erreurs. Par contre pour les kanji et le vocabulaire qui demandent de la mémorisation plus que de la compréhension, le passage par l’anglais ne me paraît pas problématique.


Un article du blog

http://etang-de-kaeru.blogspot.com/2021/01/quelques-podcasts-pour-apprendre-le.html


Récapitulatif des applis utiles :


  • Duolingo(version gratuite avec nombre de vie limitée, ou abonnement mensuel)
Je vous conseille comme mot clef pour chercher le pour les decks « Japonais » « JLPT ».
  •  Kanji Study (version gratuite avec 80 kanji, la version complète coûte 10 €, très raisonnable à mon avis, traduite partiellement en français)
  •  Tandem : pour trouver des correspondants et faire de l’échange de langue


D’autres ressources :

  • Lire les news avec un Japonais accessible et des furiganas (qui indiquent la prononciation des kanji) :
https://www3.nhk.or.jp/news/easy

  • Manuel de kanji “The New Nelson Japanese-English Character Dictionary, conseillé par un ami prof de japonais. Pour lui, les manuels de grammaire en anglais ont une pédagogie hélas inégalée dans les manuels disponibles en français. 

  • Les kanjis dans la tête, de Yves Maniette. Les avis sont mitigés, le livre ne propose pas les prononciations et la mémorisation subjective ne fonctionne pour tous.

 

Des articles sur l’apprentissage :


Liens sur l’intérêt de l’apprentissage au quotidien :

Add-on "Rikachan" ou "Rikaichamp" traduction des kanjis dans votre navigateur :

    https://addons.mozilla.org/fr/firefox/addon/rikaichamp


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