Il fallait avoir la foi pour décider d'ériger un oratoire sur ce
cailloux. À une époque où les miracles, les commandements divins et les
hallucinations prophétiques étaient presque monnaie courante pour peu
qu'on ait la motivation ou le rang pour se faire entendre, un évêque
part en croisade contre les éléments.
L'abbaye du mont Saint-Michel,
entre ciel et mer, est un de ces lieux que j'ai longtemps rêvé de
visitée. J'y suis allé pour la première fois il y a quatre ans et
j'avais très envie d'y retourner.
C'est un lieu habité.
Et
pas seulement par des myriades de touristes. Hors saison, la digue
battue par les vents n'est parcouru que par quelques courageux.
En cette
fin de mois de mars morose à la température automnale, je voulais venir
ici, respirer les embruns, regarder le gris du grès narguer le gris des
cieux et le gris du sable quand la mer s'est carapatée.
Une gamme de gris infinie.
Chaque
élément du décor semble s'accorder avec cette couleur indéfinissable.
Entre gris
et ocre. Solide et liquide.
Tout s'harmonise.
Le plus étrange sont les
touches de végétation. Quelques mousses et lichens, quelques plantes
rabougries, une fougère, tentent de survivre dans cet environnement de
sel et de vent.
Pas grand chose à se mettre sous la dent.
Pourtant, elles survivent, ces plantes courageuses, et ornent de leur touche de fantaisie la litanie interrompue du minéral et des eaux.
Aujourd'hui l'eau est là haut.
La fine vapeur d'un
voile de nuage diffuse la lumière et grise le paysage pour apporter sa
touche à cette symphonie achrome.
Si en été le soleil doit
cogner, violent et sans pitié, sur les remparts, il en encore timide en
ce-jour.
Voilé, dissimulé.
Les os transis et les articulations raidies,
nous arpentons la ville. Dans l'abbaye, l'humidité glacée transforme le
lieu de culte en tombeau.
Une crypte immobile où des centaines, des milliers de moines
peut-être ont, en silence, foulé ces marches, usé le sol, en quête d'un
salut hypothétique.
Étaient-ils heureux, dans ce lieu
inhospitalier ? Étaient-ils serein ? Face à l'immensité de la lande et
des eaux, l'homme ne peux que se sentir minuscule, s'oublier même.
Plutôt reposant.
Et puis, il y a la merveille.
Ce cloître magique, un jardin
intérieur fait de petit carré comme les jardins des simples, entouré de
fines colonnes. Au cœur de la pierre, des gris et des sables, un îlot
de verdure, au milieu de ce promontoire rocheux.
Un lieu incroyable.
Une
invitation silencieuse à la contemplation.
Je crois que c'est juste pour ce cloître que je veux encore retourner là-bas.
La visite s'achève dans d'immense salle aux dalles nues, aux murs érodés par les regards profonds des moines copistes, des pèlerins et des curieux. Les sons raisonnent presque timides dans tout ce vide trop sérieux.
Tant d'âmes sont venues ici. Tant d'humains différents, de tout les pays du monde. Pourtant, sous les voûtes gothiques, personne. Dans le long couloir de pénombre, personne. Plus un bruit. Juste mes pas et cette vibration que j'emprisonne dans mon cœur pour la transformer en un souvenir cher.
Vous avez appréciez la visite ?
Je posterai encore d'autres photos !