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Muguet du premier mai, bien loin des forêts




Le muguet repiqué dans une jardinière a fleuri début avril. Tout sec, il n’inspire guère à la poésie, en ces temps étranges où mon petit plaisir matinal se résume à une sortie sur la terrasse pour observer mes plantes. À la supérette du coin de la rue, où j’ai déjà trouvé des sacs de terreaux, de la farine et de la pâte à pizza (denrées hautement nécessaire à mon bonheur), ils vendent des brins de muguet en pot. Posé fièrement sur l’îlot de la cuisine ouverte, il embaume tout le salon de ses clochettes festives. Si mignonnes, rondes et finement ciselées, leur blancheur lève le nuage qui s’accroche à mon crâne de batracien. 





Mon attente dans la vie réelle se double de celle dans la vie insulaire fantasmé d’Animal Crossing. Comme beaucoup de mes amis, je passe beaucoup (trop) de temps à m’occuper de mon paisible village sur mon bout de terre isolée. Le jeu permet, lorsque la réputation de son île atteint les cinq étoiles, d’obtenir comme nouvelle fleur : le muguet. Mais il faut être patient. En effet, le nombre d’étoiles n’implique pas une apparition immédiate de la plante, à mon grand désarroi. Je vais donc encore ronger mon frein et surveiller les hauteurs de mon bout de paradis en guettant l’apparition du muguet ! 

Entre le muguet précoce de ma terrasse et le muguet tardif virtuel, sa saison se prolonge:) Et mon moral s’en trouve ragaillardit. Je vous souhaite à tous, un joli mois de mai avec l’espoir maigre de pouvoir enfin arpenter la forêt.


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Sinon, mon premier bouquin est publié



Ceux qui me suivent vaguement sur les réseaux sociaux auront eu l’information, j’ai sorti il y a peu un court roman Jane Austen contre le loup-garou. Il fait partie d’une série intitulée la Ligue des écrivaines extraordinaires, édité par Les Saisons de l’étrange. Le concept proposé est simple, efficace et fun : confronter une écrivaine talentueuse et reconnue, à un monstre mythique. Plusieurs autrices ont été contactées, dont moi. Je précise que les autres ont quand même nettement plus de bouteille. J’ai eu la chance de pouvoir choisir Jane Austen, que j’affectionne beaucoup.

Durant presque un an, j’ai planché sur cette histoire.
J’ai maintenant l’objet entre les pattes, et je n’en reviens toujours pas.
D’abord, il y a la couverture de Melchior Ascaride, graphiste bien connu des amateurs de littérature de l’imaginaire pour son travail très reconnaissable, élégant et esthétique. Ensuite il y a le contenu - que je n’ai pas relu - à la fois proche de moi par la thématique sous-jacente et le traitement que j’ai choisie et aussi, très éloigné par le genre et la forme.




Je n’avais jamais écrit de pulp et je suis pas certaine d’avoir rempli le contrat sur ce point, étant toujours incapable de définir ce dont il s’agit, même une fois le texte achevé. Cette expérience a été un défi incroyable. Sortir autant de ma zone de confort et me frotter à une écriture différente de mes habitudes m’aura appris énormément. Ma difficulté à répondre aux contraintes de la commande a été très formatrice et probablement pénible pour ma directrice de collection. Doutes et dérapages de vie perso ont contribué à rendre le travail douloureux et laborieux. Or je fais partie des personnes qui ont besoin d’être bien pour écrire, sinon je tombe une écriture thérapeutique, peu compatible, à mon avis avec la fiction. Là, je n’avais d’autres choix que de rendre le boulot. Et, c’est probablement le boulot qui m’aura évité de sombrer.

Je ne mesure pas encore bien l’impact que ce premier bouquin aura sur mon activité.

Je tâche de reprendre pied ici, sur le blog. Je sais, it’s so 2000. Qui tient encore un blog de nos jours ?! 

Chercher l'intrus !

Mais je persiste, pourtant malgré les mois de silences et les moments de découragement, les envies de repartir à zéro. Avoir écrit une fiction de commande, être aller jusqu’au bout, avoir l’objet entre mes paluches, est une grande satisfaction. Cela m’a aussi rappelé à quel point s’exprimer en toute liberté (minus l’auto-censure) apporte de la joie. J’ai pu mesurer la dimension vertueuse mais aussi inhibitrice des contraintes. Certains mènent de front des activités journalistiques en parallèle à un travail d’écriture personnel et je les admire pour cette capacité à cloisonner. J’en suis incapable. D’autres tiennent un blog d’écrivain où ils dispensent des conseils voire propose des accompagnements. Et ils le font très bien. Pas besoin d’ajouter de pierre à cet édifice.

Je continue donc mon chemin. Actuellement, je fignole un texte en vue de le soumettre pour les Mazarine book day. Si l’événement est annulé, les inscrits peuvent cependant participer par mail. Écrire et être lu (ici ou ailleurs), reste mon objectif.

Pour en savoir sur Jane Austen contre le loup-garou :
- Pour l’acheter (wé ! Des sous sous dans la po-poche)
- Deux entretiens où je cause du texte, chez Chut... maman lit et chez Les histoires de Lullaby


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"Nous sommes légion et nous sommes mignons"



"Nous sommes légion et nous sommes mignons.

Colorés, chatoyants, caquetants, pépiants. Dans la jungle moite, à l'abri des feuillages vernissées, sur les fleurs, au pied des immenses arbres, nous restons immobiles. Nous sommes partout, même au plafond. La pièce est petite, juste une lucarne haute. Ici, ceux qui viennent font leurs affaires puis s'en vont. Certains restent plus longtemps, avec de la lecture, d'autres font des grimaces, ou marmonnent leur liste de course. La durée des visites en général est brève et toujours utilitaire.
Rien de passionnant.
Juste les besoins naturels de ces cousins lointains qui oublient qu'eux aussi, ils sont des animaux.

En été, plusieurs années de suite, il y a cette petite qui change la routine. Le visage mangé par des lunettes trop grandes en plastique rose pâle aux verres épais, les cheveux avec les boucles légères qu'ont les enfants, toujours vagues et mouvantes, comme le vent.
Elle nous fait la conversation.
Tous les jours, plusieurs fois par jours, parfois durant plus d'une heure, jusqu'à l'intervention d'un tiers.

Elle arrive, s'installe sur le trône avec l'agilité propre à son âge, ne doutant pas de sa place dans le monde. Elle ferme la porte, pour plus d'intimité, mais sans jamais tourner le verrou. Et là, de sa voix fluette, elle prend de nos nouvelles, nous raconte ses vacances, la pêche aux coquillages, les rouleaux d'écume piquants, les hortensias en bas du jardin, les araignées et les langoustes chassées par son papa, les glaces à l'eau au citron offerte par sa maman, le sous-sol de la maison de Michel et Josette avec la salle de jeu où elle apprend des masses et des masses sur la vie. Les grandes qui la chouchoutent, lui font peindre des galets, lui monte le grand train électrique avec un circuit compliqué.
Une fois, elle a passé la frontière pour aller en Espagne et a mangà une tortilla directement avec les mains, il n'y avait pas de couverts, juste un grand plat commun pour tout le monde ! Parfois, ils sortent tous sur le voilier. Ce qu'elle préfère, c'est la promenade du soir, après manger (surtout si c'est des moules) sur la grande avenue d'Hendaye que sa maman appelle « Les Champs Élysées ». Il y a plusieurs glaciers...

Puis elle nous raconte aussi la jungle, la vie de monsieur Toucan, celle des Aras bavards et si jolis... Elle caresse du bout des doigts le serpent, les lianes et les troncs. Elle ne s'arrête jamais de blaguer, de rigoler et parfois, de chuchoter un secret jusqu'à ce que, dans la pièce voisine, soudain, la voix de sa mère retentisse :
— Marianne, ma chérie, tu es encore aux cabinets?
— Oui...
— Tu fais pipi ou tu joues ?
— Les deux.
— Ça fait plus d'une demi-heure maintenant. Il faut que tu sortes, nous allons à la plage.
— D'accord.
La petite descend de son perchoir et nous souhaite un bon après-midi. Quand elle reviendra tout à l'heure, elle nous abreuvera encore de ses aventures incroyables. Par la porte entre-baillée, nous entendons encore :
— Maman, maman, tu sais ce que le perroquet m'a dis ? Va-y, devine !"



Ce texte est un exercice pour un MOOC sur l'écriture de fiction. La contrainte était de raconter un souvenir d'enfance selon un point de vu autre que le sien. Le texte devait être rédigé en 30 minutes.
Photo prise au Naturospace de Honfleur 
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