Monsieur Milk, facteur : distribution d'amour !



Les albums jeunesses regorgent souvent d'une poésie étrange et tendre qui correspond parfaitement à la vision du monde des petits. Elle charme les adultes et réenchante un peu leur quotidien. Monsieur Milk, facteur de Kijima Seigo (Picquier jeunesse) est ours polaire japonais (oui, c'est possible) qui distribue plus que le courrier.



Le facteur détective



Milk est facteur. 
Il travaille au bureau de poste "Shiro-kuma" (littéralement l'ours blanc). Un jour, il reçoit une carte postale qui lui est spécifiquement adressé avec une demande d'aide désespérée : la progéniture d'un couple de grue a disparu. Serviable et inquiet, Milk se charge donc de rechercher le petit. Alors que les jours passent sans aucun indice, il n'abandonne jamais.
L'histoire a évidement une fin joyeuse !

Les dessins de Kijima Seigo simples et très lisibles, osent marier un graphisme contemporain et dépouillé avec un trait à l'encre dynamique et quasi calligraphié. Le résultat est une illustration à fois esthétique et facile à comprendre pour les enfants. 
 

 

Un album aux traits contemporains et à l'ambiance surannée


J'ai particulièrement apprécié le ton de l'album, à la fois tendre, aimant, sans tomber dans le mièvre surtout grâce à une bonne dose d'humour : Milk commence d'ailleurs son enquête en allant voir les prédateurs pour vérifier que l'oisillon n'a pas été croqué ! 

L'auteur, Kijima Seigo est directeur artistique. Il s'agit de son premier ouvrage solo. Cette histoire est inspirée par un ours polaire qui vit captif dans le zoo de Kushiro (Hokkaido) et qui marche souvent debout sur ses deux pattes arrières, donnant ainsi l'impression étrange d'être face à un homme portant un costume d'ours.
Nulle doute que Milk est plus heureux que le "vrai" ours...


Le début de l'enquête : est-ce que l'oisillon a été mangé ?!

Le quotidien d'un ours facteur !



À la fin du livre, vous trouverez une jolie carte postale et une incitation à l'écriture avec un concours (pour les 100 premiers participants). Voilà de quoi motiver les enfants (et les plus grands) à envoyer plus souvent de leurs nouvelles sur papier. À l’ère du numérique, nous oublions la joie que peut provoquer la réception d'une lettre, le charme du timbre et de son tampon. Monsieur Milk, facteur dans son contraste - un dessin résolument moderne avec une histoire tournée vers la tradition épistolaire et l’absence de technologie pour les communications - résume bien la culture japonaise. Si l'album s'adresse à tous, ceux qui apprécient le Japon auront un petit plaisir supplémentaire !

Monsieur Milk, facteur de Kijima Seigo (traduit par Anaïs Koechlin)
Album de 40 pages, chez Picquier Jeunesse : 13,50 euro


Un autre avis sur un super blog spécialisé lecture japonaise :


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Un coup de peinture fraiche : Raviver les souvenirs et leur rendre leur brillance !


Menton, coincée entre la mer et la montagne, est la dernière ville avant l'Italie. Dans ses rues, sur ses murs, au dos des vielles rabougris, même dans les boutiques attrapes-touristes estampillées couleur locale - jaune citron ou vert olive - tout respire une appartenance méridionale qui brouille les frontières. Parce qu'entre ces villes de la côte d'Azur, serrées sur une étroite bande de terre vaguement constructible, on retrouve une culture commune avec l'Italie si proche. 






Les murs ocres, oranges et bouton d'or. Les ruelles serpentant jusqu'en haut de la colline rocailleuse d’où surplombe le cimetière. Les églises richement décorées dont l'intérieur ressemble à un écrin, une boite à musique baroque où en guise de danseuse, trône une représentation de St Michel ou de la Vierge, peinte de ce bleu profond, sublime avec ses traits d'une finesse surnaturelle.

Menton, petite, discrète, par rapport à Nice, est une ville que j'ai toujours aimé sans retenue. Sans ambiguïté. 




Déjà, parce qu'on y célèbre les agrumes. Depuis ma plus tendre enfance j'ai toujours voué un amour invétérés aux citrons. Je me souviens des chars piqués de fruits, de ma fascination naïve teintée de désespoir face à ce gâchis. Mes parents m'ont toujours assuré qu'il n'y avait pas de perte, que pas une seule orange serait perdue, et qu'elle finissaient toutes en confiture. Rétrospectivement, j'ai des doutes sur la véracité de leur affirmation. Menton, c'est la ville d'Yvette ; une des amies de ma maman. J'aimais rende visite à cette petite dame, rousse ridée comme une pomme, au corps fluet, débordant d'énergie et de gentillesse. Menton, c'est la dernière ville du territoire avant l'Italie. Enfant, la frontière était encore une réalité tangible avec douanier, garde barrière, carte d’identité. Une zone un peu mystérieux et magique, dans mon imaginaire, où quelque chose d'important pouvait subvenir. Je me souviens des voitures arrêtes sur le bas coté, au coffret ouvert.




Menton était comme la dernière ville connue. Après, on ne parlait plus ma langue. Tout pouvait basculer.


Maintenant apaisée, j'avais envie de revoir la ville, et de la partager avec mon amie Anne qui apprécie - beaucoup plus que moi - la côte d'Azur et ses charmes. Nous voilà donc partie, malgré le temps gris d'automne, en train, depuis Nice. Le voyage est court. L'arrivée rocambolesque : hors saison l'office du tourisme ferme entre midi-deux mais le personnel, en train d'éteindre les lumières et verrouiller les portes, a eu la gentillesse de nous donner une carte. Après un pan bagna dévoré au bord de la mer à la barbe - ou plutôt plume - des goélands, nous attaquons le cœur de notre programme : la visite du musée Jean Cocteau






Ouvert en 2011, c'est un bijou d'architecture et de poésie. Outre les œuvres de Cocteau, il présente la collection d'un grand amateur d'art Séverin Wunderman. Au sous-sol, un documentaire réalisé par Cocteau lui même, raconte comment la villa Santo Sospir s'est retrouvée ornée de ses fresques oniriques. Avec magie, sensibilité et une bonne dose d'auto-dérision, l'artiste parle de son travail. Un seul regret, par une seule fois n'est mentionné explicitement son histoire d'amour avec Jean Marais, pourtant un aspect important de sa vie.






Dehors, les nuages s’amoncellent. Nous crapahutons dans les rues escarpées de la veille villes. Cactus, plantes grasses et diverses icônes ornent les façades colorées. La basilique St Michel nous accueille et ses pendouilleriez kitchs, ses dorures, sa piétés, ses croyances ostentatoires qui en deviennent folkloriques.
Puis, sous une pluie hésitante, nous montons jusqu'au cimetière avec vu sur la baie. Les tombes délimitées par du fer forgé rongé de rouille, les gravures en cyrillique, les croix couchées sous la vieillesse, les cyprès vert sombre, un hommage au gris profond des cieux. Le soir tire vite la révérence et à 18h, nous nous réfugions dans une crêperie bretonne pour déguster la spécialité maison : la crème de citron ! Des vacances ne peuvent être qualifié de réussies si je n'ai pas manger au moins une fois des crêpes. 





Par la fenêtre bleu nuit du train qui nous ramène à Nice, la courbe orange de la Prom illuminée. Le périple s’achève, des souvenirs joyeux recouvrent ceux nimbés d'un voile amer. Menton retrouve le goût acide et vitaminé de mes impressions d'enfant. Déjà, nous projetons un prochaine excursion. Un prochain séjour avec une visite à St-Jean Cap Ferrat et la visite de la villa peinte par Cocteau.


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Album jeunesse "Baku, le mangeurs de rêves" pour dormir sur ses deux oreilles




À l'orphelinat, Toyo, un petit garçon, est poursuivit par un grand squelette grimaçant. Quel horrible cauchemar ! Réveillé par un bruit, il aperçoit par la fenêtre une immense forme chutant depuis le toit. C'est Baku, un yôkai qui ne fait qu'une bouchée des mauvais rêves. Il n'est pas très à l'aise en ville, surtout entouré d'une foule agressive. Il prend peur et s'enfuit...


Baku raconte l'histoire de la rencontre entre Toyo et Baku, à la frontière entre rêve et réalité. L'absence de Baku cause bien des déboires dans le monde des humains, ignorant de l'existence des yôkai qu'ils prennent pour des fables et des superstitions. La persévérance de Toyo pour retrouver Baku, mais aussi sa curiosité, sa bravoure et sa gentillesse, vont aider tout les habitants de la ville.

Voici un bien joli conte qui utilise le folklore japonais sans tomber dans le stéréotype ou le travers de l'énumération façon bestiaire. En suivant ce garçonnet, l'auteur, Fabien Doulut, nous plonge dans le quotidien d'un Japon contemporain très attachant. Ceux qui connaissent le pays retrouverons sa couleur, son parfum et son ambiance si particulière. Les autres en auront un aperçu sensible et très juste. 






Les monstres de Fabien Doulut, même les plus repoussants, ne font jamais vraiment peur. Il arrive à adoucir par son travail graphique toute leur agressivité et transforme ainsi les yôkai antipathiques voire effrayants en être étranges, certes, mais jamais terrifiants pour un jeune lecteur. Son dessin est riche sans être fouillis. Il a cette manie que j'adore chez certains : parsemer ses dessins de petits détails drôles ou qui se font échos. Cela encourage à être très attentif et à longuement regarder chaque page. La narration très dynamique utilise à bon escient le détourages et le hors-case, comme dans la BD, pour happer littéralement le lecteur.

Un album dépaysant et pourtant très accessible en raison de l'universalité de son récit. On peut y discerne un propos très engagé et actuel sur la peur de la différence. J'ai apprécié le ton poétique du texte et les illustrations, couleurs d'automne, vraiment magnifiques. Le choix d'un matin mat pour l'intérieur et velouté pour la couverture correspond parfaitement à l'esprit de l'ouvrage. Il sera en librairie le 20 octobre, aux éditions Picquier Jeunesse, à 16 euros.

Le site de l'auteur : 

Le site de l'éditeur :
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La mort des idéaux [Journal#5]




J'étais idéaliste.
Je suis rêveuse.
J'étais perfectionniste.
Je suis lucide.

Ce n'est ni le temps ni les rencontres qui nous abiment, nous usent, nous maturent. C'est que l'on en fait. Bien sûr, si on se laisse porter, passif, dans un flot hoquetant, se noyer durant la crue est un risque majeur. Par contre, si on décide d'être un saumon, de remonter le cours, on fatiguera plus vite. Dans tous les cas, à la fin du voyage, la mort est la même. Ni douce ni meilleure. Juste inéluctable. Nous pouvons aussi apprendre à nager, à éviter les cailloux, les roches coupantes, naviguer dans les rapides, anticiper les tourbillons.
Mieux, on peut apprendre à surfer.
Toujours sur l'eau, toujours en contact, on profite de l'inattendu, on s'adapte, et dans les moments de calme aussi, on profite.

J'essaie d'apprendre à surfer.

Pour ça, j'apprends déjà à regarder mon environnement tel que je le perçois et non tel que j'aimerais qu'il soit. Je sais que ma perception est biaisée, puisque c'est la mienne, avec certains de mes sens défaillants et d'autres exacerbés. Ma perception n'est ni une réalité absolue, ni une Vérité. Elle m'appartient, évolue aussi, avec le flot. Parfois plus lentement que l'extérieur, parfois trop vite, souvent par à-coup, par phénomène de seuil.

J'étais idéaliste. Perfectionniste. Tyrannique dans le travail avec des objectifs souvent inatteignables, incapable de me contenter du résultat. J'étais tyrannique avec moi-même et ceux que j'aime, repoussant les limites, explosant les corps et les cœurs, trop violente dans mes mots, trop brusque, impulsive. L'altruisme et l'empathie ont limité la casse, mais pas toujours.





Je me suis usée vite. Abimée.
Je croyais mes cassures définitives, inéluctable.
Et puis, j'ai appris autrement. J'ai compris autrement.
La logique du corps, sa force, sa capacité de récupération, l'équilibre intérieur entre le cerveau qui bouillonne, le cœur qui palpite à bout de souffle, l'ossature malmenée qui hurle en silence sa peine et sa terreur. J'ai appris à faire taire, faire silence, faire aussi. Équilibrer "dire", "penser", faire" et peu à peu, mes sensations, mes perceptions s’apaisent, trouvent un agencement différent, plus harmonieux.

Je regarde le monde, et il ne me plait pas. Il ne correspondra jamais à mes idéaux. Non, les Hommes ne sont pas muent par l'amour. Leur soif de justice se mêle à la vengeance, à des querelles d'égo, à des guerres petites et étriquées.
Non, les Hommes n'aiment ni le changement ni n'acceptent leur mortalité. 

Je ne vais pas changer l'humanité.
Je ne vais pas changer le monde.
Il ne correspondra jamais à ma réalité intérieure, à mes aspirations, à mes rêves.
Tant pis.
J'ai les mots et les images. L'imagination. Le pouvoir de création, de fabrication. Je n'aime pas les nouvelles du monde et je n'aime pas beaucoup les Hommes non plus, en tant qu'espèce.




Je préfère le rayon de soleil par la fenêtre, la musique silencieuse des particules dansantes, le chat furtif au coin de la rue, la plante revêche qui perce le bitume, un roman aux pages cornées par des doigts avides, le son incongru d'un artiste qui m’émeut, l'odeur des feuilles de thé et de la forêt avant la pluie. Je préfère la terre sous mes pieds, les troupeaux de nuages et le vent sur la plaine. Je préfère me retirer un peu de la foule et de la cohue. Je préfère le chaos involontaire aux intentions de plaire, de gagner plus d'argent, de pouvoir. Je préfère contempler sans juger plutôt que de décrypter les causes des actions des autres, leur motivations-frustrations.

Je préfère ressentir. Prendre le temps de ressentir. Cultiver l'agréable, observer le désagréable, le comprendre, l'apprivoiser et s'il est trop pénible, attendre qu'il passe son chemin. J'ai lâché mes idéaux d'un monde plus juste, égalitaire, équilibré, harmonieux.
Je n'y crois plus.
Bien sûr, j'ouvre régulièrement ma gueule, je manifeste mon mécontentent ou j'agis. Parfois, j'oublie que les idéaux sont morts. Morts et enterrés. Je n'ai plus la foi en une humanité bienheureuse, qui accepterait les différences et l’altérité.

J'ai sorti ma pelle et sonné le glas des idéaux et du perfectionnisme au creux de la vallée, ou peut-être sous un arbre, à moins que ce ne soit enfoui dans une grotte, au bord de mer. Dessus, j'ai mis des pierres rondes, planté quelques fleurs, ou peut-être des coquillages.

Je laisse à d'autres les idéaux, les croyances de paradis et de rétributions futures. Je crois pas qu'on paye, qu'il y ait une justice après la mort. Certains humains commettent les pires méfaits et les pires crimes, et coulent une existence tranquille, peut-être heureuse, peinards. Loin des affres de leurs victimes.
Ça ne me plait pas. C'est ainsi. J'ai beaucoup d'admiration pour ceux qui les traquent, les exposent, se battent sans relâche. J'ai beaucoup d'admiration pour ceux qui sauvent, des vies, des psychés. Ceux qui pansent les plaies des Hommes et de la Terre. Ceux qui ont la foi. Ceux qui ne lâchent rien et jusqu'à leur dernier souffle continuent le combat.
J'ai de l'admiration mais aucune envie.
Je ne suis pas ça et je ne le deviendrai pas.

Ce monde me déplait.
Les hommes me déplaisent.
Tant pis.

Mon seul réel pouvoir de grenouille est celui de changer en moi ce ce qui ne me plait pas. Enterrer mes idéaux et regarder simplement le monde et les autres tels que je les perçois et non tels que je souhaiterais : voici un objectif d'apprentissage quotidien qui devrait m'occuper jusqu'à ce que je passe l'arme à gauche. 



 Photo prise à Nice, au cimetière et ailleurs
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Les étoiles de Miu : quand Agnès Domergue glisse du rêve dans le quotidien




Agnes Domergue, musicienne, auteur jeunesse et illustratrice, attrape dans ses filets la poésie de l'existence et la partager dans ses livres, d'une simplicité touchante. Avec l'album Les étoiles de Miu, elle offre au lecteur un regard tendre et magique sur le monde.



Miu est une petite fille au joues roses qui vit avec son chat. Autour d'elle, des étoiles. Parfois à porté de main, parfois inaccessible. Nous suivons l'enfant dans des historiettes entre album et BD où le merveilleux et la surprise nous attendent toujours au détour d'une case ou d'une page. Je me suis laissé emporter par ces étoiles comme fil conducteur lumineux et j'ai eu encore envie de partir loin de la ville admirer le ciels nocturnes loin de la pollution humaine.

Voici un livre simple qui s'adresse bien sûr aux enfants mais aussi à l'enfant que nous avons été et que certains d'entre nous cultive avec attention. Un livre pour réapprendre à rêver et repeupler le quotidien de merveilleux. Un livre pour accepter que parfois on est triste, pour laisser passer les émotions, savourer la joie, et la richesse de chaque instant.



J'ai adoré la spontanéité du récit, son enthousiasme, sa simplicité de forme avec un dessin épuré et la profondeur de la vie qui se tisse, en arrière plan. Le choix d'un papier à aquarelle épais met en valeur les illustrations ; surtout, cela donne dans la main une sensation de plein, de lourdeur concrète qui contraste avec la dimension quasi-philosophique du récit. Les étoiles de Miu, suspendu entre rêve et réalité, terre et ciel, apporte une bouffée de fraicheur, invite à la contemplation et aussi, à vivre, tout simplement.

Ce livre n'est plus disponible chez l'éditeur, vous pouvez cependant vous le procurer directement au près de l'auteur (ce que j'ai fait) via son blog : https://agdoalto.blogspot.fr (il y a un formulaire de contact dans le colonne de droite).
Agnès Domergue a également collaboré avec Cécile Hudrisier pour une série surprenante de trois album en haiku : conte, mythe grec et fable de la fontaine. 
Critiques à lire ici : 



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Le chat d'Enoshima par Nemiri et Slocome : une belle fable japonaise




Le dessinateur Nicolas Nemiri au trait aussi lâché, vif et coupant qu'une bourrasque, s'associe à Romain Slocombe, romancier et artiste fasciné par le Japon. Le résultat est un magnifique album jeunesse aux éditions du Petit Lézard, aussi soigné qu'un ouvrage d'art, avec plusieurs niveaux de lecture.

Chat, yakusa et petite fille


Tomomi, une petit Japonaise, vit sur la petite île d'Enoshima avec ses parents, sa grand-mère et Haru, son chat. Un jour, son père disparaît en mer. Et puis, tout dérape. Des hommes patibulaires débarquent dans leur maison et menacent les trois femmes. La famille déménage alors pour Tokyo avec précipitation. Un jour, dans la capitale, Haru lui aussi disparaît laissant Tomomi désemparée dans cette ville où elle se sent perdue, regrettant chaque jour la maison d'Enoshima. Un jour, une amie lui souffle la solution...

Le chat d'Enoshima est une fable moderne complexe. Elle aborde les liens d'affection, que ce soit entre les membres d'une même famille ou avec nos animaux de compagnie. Elle parle aussi des choix des adultes et leur conséquences. J'ai adoré la fin heureuse et tendre. Impossible de ne pas être touché par la sincérité de Tomomi et sa force de caractère.




Deux talents pour un album jeunesse profond


Les deux auteurs, très inspirés par le Japon, signent une collaboration intime. Les dessins de Nicolas arrivent à allier ces petits détails particuliers qui transportent immédiatement au Japon, tout en gardant une vigueur, un flou et des espaces de vide où l'émotion l'emporte. On sent bien dans l'alternance des plans la grande virtuosité de l'auteur pour la narration et le découpage. On entend le brouhaha de la cantine, on sent la pression des corps dans les transports en commun, le chant de la mer et du vent, le désarrois du cœur d'une enfant perdue.

J'avoue, au départ, j'étais dubitative en lisant le nom sulfureux de Romain Slocombe, associé pour moi à des ouvrage sur le fétichisme médical. Un grand écart avec un album jeunesse ! Le résultat est un texte d'une grande sensibilité, direct, touchant et littéraire. Les lieux et mots japonais sont dosés avec justesse, assez pour dépayser par trop pour déstabiliser un lecteur novice.



Voici un album superbe : les illustrations sont merveilleuses. Elles peuvent être admirées séparément, comme un recueil d'art. Quant au texte, il s'agit d'une courte nouvelle illustrée qui tient d'ailleurs sans l'image, tant il est rythmé et travaillé. J'ai aussi beaucoup apprécié la maquette, simple et élégante, et la reliure toilée pour un ouvrage au format italien. Même si vous n'êtes pas amateur d'album jeunesse, mais simple lecteur de roman ou de BD, attiré par le Japon, je vous conseille vivement cette perle.
Pour acheter l'ouvrage sur le site de l'éditeur : 
http://shop.lezardnoir.com/fr/petit-lezard/386-le-chat-d-enoshima-9782353480746.html

Le blog de Nicolas Nemiri : http://nemirishop.blogspot.fr


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Dans la jungle de la rentrée !



Septembre se radine déjà. 

Si l'été s'attarde encore, le retour à l'école des enfants du quartier et l'ouverture des volets clos depuis des semaines dans l'immeuble témoignent de la reprise des activités humaines. La saison des inscriptions aux clubs de sports et aux associations diverses s'ouvre avec son lot de résolutions. Comme une répétition générale très en avance pour la nouvelle année.





Je n'échappe pas à la frénésie, avec dans les poches des nouveaux projets, de la motivation pour continuer ceux en cours - plus ou moins retardataires - et surtout l'énergie pour tenir mes multiples engagements qui pâtissent souvent de ma dispersion naturelle. 

Cette année, je suis surtout concentrée sur l'écriture et la photo avec une exposition collective en décembre que je n'ai pas encore préparé. Déjà, je songe à novembre et au NaNoWriMo. Je songe à écluser le contenu fossilisé de mes to do lists.

 Si certains choix impliquent de rester un peu enfermée devant cahier et écran, l'inspiration a besoin pour éclore de se nourrir d'air et de ciel, et surtout, de vert. Alors, malgré les images et les sensations emmagasinées durant mes vacances, j'ai quand même eu le besoin d'aller crapahuter dès mon retour dans un lieu que j'affectionne beaucoup : les grandes serres du Jardin des Plantes. 




Aujourd'hui dans ma grotte, face à l'incommensurable désordre de mon bureau, mes piles de bouquins, de papiers, de documentations qui doivent impérativement être triées, je songe à tous les verts de la jungle miniature des serres. A ces fleurs généreuses, aux poissons curieux, au chant des gouttes, à l'ambiance étouffante de vie. Dans le capharnaüm soigneusement à l’abri sous sa cloche de métal et de verre, s'épanouissent bien des graines et des surprises. Pourtant, les jardiniers veillent à ce que les algues n'étouffent pas le bassin et que les plantes ne colonisent pas le chemin.

A la manière d'un jardin japonais, j'organise ma jungle pour une bonne rentrée...
Et, pour vous, c'est comment ?




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