Murakami au château de Versailles : rencontre pétillante

En préambule, je l'avoue : je n'ai aucune affinité pour les arts classiques. Ils ne m'émeuvent pas, au mieux m'amusent au pire m'ennuient. Le château de Versailles était pour moi une de ces curiosités à touriste, un joyau de l'architecture et de l'histoire de France posé dans le paysage, sans vraiment susciter une quelconque attirance de ma part.
La présence des oeuvres de Takashi Murakami a changé la donne. J'apprécie beaucoup le travail de ce monsieur depuis que je l'ai découvert à la Fondation Cartier en 2002. J'aime son art coloré, heureux et un poil subversif. C'était donc l'occasion rêvée pour visiter Versailles !

Tongari-kun

Pour ses contemporains, Versailles était un lieu d'audace, de découverte et souvent de débauche en tout genre malgré la pression morale et religieuse. Cette exposition est donc en accord total avec l'esprit festif du lieu, à sa mégalomanie frisant parfois le ridicule dans les détournements et les reprises des mythes antiques pour élever les rois au rang de héros et de Dieu.
Murakami crée des personnages inspirés de l'histoire japonaise et du quotidien, mêlant culture traditionnelle et mouvement populaire contemporain. Un bel accord avec l'étrange contraste du château de Versailles : dans un cadre baroque et pompeux, on accueillait les artistes et les tendances les plus modernes.
Voilà pourquoi je nie toute raison d'exister à la polémique stérile sur la présence de Murakami dans ce moment classé au patrimoine de l'Humanité. Quant à ceux qui ont crié à la pornographie, qu'ils regardent avec attention les statues des jardins ! Qu'ils se souviennent donc des activités menées dans les nombreux bosquets bien touffus...

Au pays des merveilles

Le château de Versailles ne m'a pas déçu avec son arrogance dorée, sa majesté d'esbroufe. Des pièces immenses, des plafonds qui se prennent pour les cieux, des angelots obèses, des peintures des grands de notre histoire et des grandes victoires. Assénant par l'image et la forme la splendeur du pouvoir et de la cour, Versailles diffuse encore son prestige dans les yeux de chaque curieux.
Au milieu de ces salles, les statues joyeuses et multicolores de Murakami prennent leur aise, animent un peu ces richesses usées et fendues par les siècles. Chaque oeuvre a été choisie en accord avec l'artiste pour faire écho au passé du château, parfois en hommage, souvent en pied de nez.

Kinoko Isu

On sourit devant l'auto-portrait replet de Murakami et son chien, et devant la perruque d'un empereur presque nu aux dimensions « super deformed » dans le style de la caricature manga !

Je regrette quand même l'éclairage pas toujours adapté surtout pour la première statue, Tongari-kun. Autre grief, célébrité de Versailles oblige, il faut subir le flot ininterrompu des touristes en groupe avec leur accompagnateur pas toujours très respectueux des visiteurs solitaires. J'aurai aimé aussi voir plus d’œuvres monumentales, mieux visibles. Cependant, apprécier en vrai, et pas juste en photo, certaines statues devenues cultes comme Miss Ko est une récompense qui vaut largement les doigts de pieds écrabouillés et les cotes meurtries par des coups de coude. J'exagère à peine ! Et nous étions un jour de semaine, hors vacances scolaire...

Superflat Flowers

Plusieurs œuvres ont, elles, été réalisées exprès pour cette exposition. Elle sont conçues pour s'exprimer pleinement dans ce décor d'exception. Dans le salon de la paix, Superflat flowers reprend un thème récurrent dans le travail de Murakami pour jouer de son aura pacifique et bienfaitrice, décuplée par les miroirs et les larges fenêtres.
La visite s'achève par un all-over fleuri avec tableau, lampe et moquette. Une plongée dans l'univers heureux et fous de Murakami. A l'extérieur, une seule statue dorée, éclatante sous le soleil d'octobre. Elle trône, juste dans l'axe des jardins et du grand canal, visible de partout. Un immense Kappa devenu Bouddha, toutes dents dehors d'un coté, et de l'autre, le mystérieux sourire de ceux illuminés. 

Oval Buddha

Et si, la visite du château ne m'a pas donné l'envie de me plonger dans les livres d'histoire, celle des jardins m'a vraiment séduite. Même sans les oeuvres de Murakami, j'ai envie d'y retourner ! Si vous êtes amateur de l'artiste, ou simplement curieux de découvrir son travail et surtout son approche, très japonaise dans son fonctionnement, je vous conseille la lecture du numéro de BeauxArts consacré à l'expo.
Murakami est en effet à la tête d'une entreprise, Kaikai kiki. S'il conçoit ses oeuvres, leur fabrication utilise à la fois des procédés traditionnels – comme la dorure à la feuille d'or – et des techniques extrêmement modernes et pointues. Le coût de réalisation de chaque pièce est élevé ce qui n'empêche pas Murakami de soutenir activement toute une nouvelle génération d'artistes. Dans son sillage, on trouve des peintres de génies comme Aya Takano et Chiho Aoshima.

Une belle exposition, courageuse et magique.

Kawaii - Summer vacation
/ /
Commentaires : 1 commentaire

Tôkyô : trois nouveaux albums photo !


Je viens de mettre en ligne trois albums de photos toujours sur les clichés pris en juin et juillet 2010. Je prends le temps de mettre une légende, des tags, de géolocaliser chaque cliché et de décrire les albums. Cela représente pas mal de réflexion et de temps  !
Alors, n'hésitez par à mettre un petit mot si mon travail vous intéresse ou vous touche. Je me sentirai un peu moins solitaire dans ma démarche...

Album Working
L'économie de Tokyo est déroutante. Bien sûr, le secteur tertiaire est roi avec sa marée quotidienne de salary men et d'office ladies qui se déverse dans les transports en commun. Mais, plus surprenant, on trouve aussi des industries en plein coeur de la ville et dans son immédiate périphérie, un immense marché aux poissons. Des travailleurs en uniformes et de multiples traces de l'activité inondent les rues de leur vie et de leur énergie.

Marché aux poissons

Gazon et fumée

Tôkyô n'est qu'une ville ultra-moderne, anonyme et grouillante. Quand on sort des quartiers branchés, que l'on s'enfonce dans les ruelles sans trottoir des zones résidentielles, on découvre un quotidien ciselé de petites maisons et de commerce de proximité. Entre chaque bâtiment, un espace. Cette précaution anti sismique modèle le paysage urbain et laisse la verdure s'installer dans les interstices. Devant les maisons, sur le bords de la route, sur les escaliers, partout arbres et plantes colonisent la ville. Entretenu avec soin, il donne à Tôkyô un air campagne déroutant et charmant.

Oeil

Proximité
Sous le soleil des mois de juin et juillet, Tokyo brille et devient un miroir à ciel ouvert. Chacun s'amuse des reflets de l'autre. Tours de verre et étendu d'eau sont autant de terrain de jeu pour rayon lumineux facétieux. Et quand la nuit tombe, le divertissement se teinte avec force et orgueil !

rêve

speed
/ / /
Commentaires : 0 commentaires

Sombres destins : Hyde VS Frankenstein


Si vous êtes amateur de la période fin XIX ème siècle avec plus de boue que de rubans et d'anglaises, si les ambiances gothiques et lourdes vous chuchotent des mots doux, alors, je vous suggère une excellente bande-dessinée : Mister Hyde contre Frankenstein dans la collection 1800, chez Soleil.
Le second tome du diptyque intitulé  la chute de la maison Jekyll  est en librairie. Voilà une lecture délicieusement automnale, idéale pour accompagner la fraîche morosité de ce mois de septembre agonisant.

Une histoire de monstres

Attention, Mister Hyde contre Frankenstein présuppose de connaître – ou mieux d'avoir bouquiné - les romans de Stevenson et de Shelley. Cette BD nous propose un destin alternatif du docteur Jekyll.

Dans cette autre vie, il rencontre une femme au passé trouble, Faustine Clerval qui devient sa gouvernante, sa confidente aussi. Elle connaît l'étrangeté de ses recherches et l'assiste sans le juger dans sa quête pour dissocier le bien du mal chez l'humain.
Le silence de son fournisseur en sels et autres composés chimiques, la mystérieuse société Walton, pousse Jekyll hors de sa tanière anglaise. Ses pérégrinations le conduisent aux expérimentations d'un de ses défunts confrères, le docteur Frankenstein. La créature monstrueuse rode. A la fin du tome 1, après la rencontre virile et musclée tant attendue entre les deux protagonistes de légende, les origines familiales de Faustine sont révélées.



La découverte des travaux de Frankenstein attise la soif de connaissance scientifique déjà dévorante de Jekyll. Il veut réussir à tout prix. Il veut la reconnaissance de ses pairs qui le conspuent depuis des années. Son besoin dévorant de résultats tangibles anéantit toute limites. Et Faustine, liée au drame, accompagne le docteur dans sa poursuite d'expériences de plus en plus sauvages.

Chronique d'une chute annoncée

Les personnages sont consumés par un désir de découverte scientifique en dépit de toute déontologie, de toute morale. Il ne reste rien. Leur bonté est incinérée dans cette folie ravageuse, calcinée. Seule la noirceur des âmes perdurent.
Jekyll cède à des pulsions d'une violence gratuite, très humaine dans sa mesquinerie. Celle de Frankenstein, plus animale, plus brute, choque par sa puissance. Cependant elle n'a pas la dimension totalement perverse de Jekyll.
Même le personnage de Faustine est entraîné dans la chute. Témoin passif des activités du docteur, elle suit aussi à ses propres objectifs. Sa curiosité et le désir de comprendre son passé au détriment de la raison lui coûteront cher.



Mister Hyde contre Frankenstein est une oeuvre qui vous ronge le ventre. Sa seule note d'espoir réside dans l'intervention de Freud qui, au coeur de la tourmente, donne une touche plus analytique à toute cette démence. Une once de raison pour expliquer ce tourbillon chaotique.
Les solutions recherchées par Jekyll afin comprendre la nature humaine gisent dans des éprouvettes brisées d'un laboratoire crasseux. Et la monstruosité de l'âme s'exprime dans les visages torturées et déformées.

Le scénario de Dobbs est parfaitement mis en scène. La narration jongle sans confusion entre les lieux et les années. On suit histoire, guidé par le trait fin de Marinetti, tout en ombre et lumière. La couleur de Virginie Blancher, ou plutôt sa quasi absence, est remarquable avec un travail ton sur ton de marrons et de gris. On retrouve le sépia d'une photographie poussiéreuse exempte de nostalgie et de chaleur.

La lecture de cette BD m'a laissé un goût amer persistant. On n'éprouve aucune tendresse pour ces personnages consumés par leur quête folle. Ils courent à leur pertes en pleine possession de leurs facultés intellectuelles et sans aucune remise en cause.
Une BD sans amour, sans foi ni loi.
Une vision effroyablement sombre de la nature humaine.


/
Commentaires : 0 commentaires

Petite rentrée en image

Le mois de septembre a un effet étrangement soporifique.
Je n'ai ni l'envie ni le courage d'écrire.
En ce moment, ce qui m'amuse, c'est prendre des photos. Le résultat est rarement à la hauteur de mes aspirations. Au moins, cela me motive pour continuer de mettre en ligne régulièrement ou presque la montagne de clichés que j'ai pris au Japon cet été. Trois nouveaux albums sont donc disponibles :

Street Life

Des détails de rues japonaises. Des images figées pour capter la vie et l'animation des quartiers grouillants et sautillants de Tokyo et Kyoto.

Road to Akiba

Estivale

Lazy
Parce que parfois, rien ne vaut l'inaction, le repos, la respiration. Parce que parfois, juste observer sans participer apporte de la joie. Parce que parfois, j'ai envie de revendiquer la flemmardise comme une vertu...


Éloge de la lenteur


Les nuées …
Une envie de vide. Une envie de ciel.

Night and light
/ /
Commentaires : 0 commentaires

Artères souterraines : hymne à la transgression !

Avec son premier roman, Artères souterraines (Au Diable Vauvert) le scénariste de comics Waren Ellis, signe là un pamphlet anti-puritain au vitriol, intelligent et irrévérencieux. Jouissif.

Tord-boyau de grande classe

Dans une fin de XXème siècle annonciatrice d'un futur déjanté et craspect tel que décrit dans la BD Transmetropolitan, un détective privé de seconde zone, Mike Mc Gill, se retrouve engagé par le directeur de cabinet du président des États Unis. La raison tordue qui amène cet illustre personnage dans le bureau miteux d'un privé en pleine déchéance : Mike est un "aimant à merde" infaillible.

Le gouvernement a besoin de cette capacité particulière pour retrouver un objet d'une valeur incommensurable, l'unique exemplaire de la seconde constitution des États Unis ! Un bouquin aux propriétés surnaturelles qui permettra au pays de retrouver sa moralité d'antan (sic).

Assisté de Trix, une minette au caractère bien trempé, Mike s'embarque donc dans une quête en saut de puce. Il parcoure les grandes métropoles américaines, rencontrant une faune interlope souvent d'une rare perversité, des marginaux portant avec fierté l'étendard des sous-cultures les plus obscures et étranges mais aussi revendiquant le droit à la différence, à la liberté.

Quand irrévérence devient art


Warren Ellis est célèbre pour son impertinente verve. Avec le passage de la BD au roman, son écriture ne perd rien de son dynamisme, de son ironie mordante avec une touche de vulgarité maîtrisée.

Violent, subversif, terriblement drôle, Artères souterraines est un polar harboiled linéaire, radical et profond. Passé la poilade du "Godzilla bukake" - oui, je pique votre curiosité – des dialogues percutants et des scènes d'actions bien montées, quelque chose de plus fort perdure. Des théories pas si fumeuses et une tendresse inattendue font que ce n'est pas un simple bouquin "baffe dans ta face".

Une onde de choc déviante persiste.
On a même envie de filer un p'tit coup de marteau histoire qu'elle continue encore d'exploser les carcans des préceptes moraux et des élites bien-pensantes... A acheter d'urgence. D'ailleurs, j'ai bien envie de me tenter la version anglaise, juste pour le plaisir.
/
Commentaires : 0 commentaires

Voyage au japon, instantanées de sérénité

Ma moisson photographique japonaise est enfin prête à être montrée ! Des heures de travail, mais cela valait la peine. Je ne voulais pas (trop) encombrer vos mirettes. La sélection est donc drastique !
Le premier album intitulé Serenity est enfin en ligne sur ma galerie Picasa. Une dizaine d'autres suivront dans les prochains jours...

Papillon


Voyage


Kamikakushi


Clairvoyance
/ /
Commentaires : 1 commentaire

Du nouveau dans l'étang : une galerie photo !

Pour Noël de l'année passée, j'ai reçu un appareil photo numérique.
Le mien donnait des signes de vieillesse avec sa batterie agonisante, son encombrement et son poids de dinosaure. Mon voyage au Japon était l'occasion de prendre enfin le temps d'apprivoiser l'animal. Une petite bête compacte, toute rose de chez Panasonic (Lumix DMC FS7 pour les intimes). Un squatteur idéal pour la poche d'un sac, toujours prêt à bondir en cas de besoin, réactif, simple et résistant.
A Tôkyô, j'ai pris plusieurs milliers de photos. Après un mois passé à trier, jeter, ranger, et jeter, retoucher, et encore jeter, j'ai enfin sélectionné plusieurs centaines de clichés. Je pourrais bientôt montrer sans rougir et sans (trop) ennuyer les yeux des curieux...

J'ai toujours aimé prendre des photos. Le numérique facilite la vie, moins onéreux que l'argentique et plus souple dans son utilisation. Le traitement de l'image est aussi relativement aisé. Des vieux souvenir de cours, les conseils des copines avisées, des réminiscences des ateliers vidéo à la MJC et me voilà auto-proclamée photographe amateur, ou plutôt, dilettante. Une compétence dans laquelle j'excelle...


Promenade à St-André de l'Eure

J'apprécie l'image sous toutes ses formes. La photographie n'est qu'un prolongement logique de cette attirance. En un déclic, je fixe l'éphémère magie d'un paysage, l'indicible émotion d'une impression fugace.
Il suffit d'un instant.
Un contraste intrigant, un détail cocasse, une ambiance fragile, une harmonie rare, et les voilà captifs sur une carte mémoire.
Mes prisonniers !

Maintenant, il me reste qu'a partager avec vous ces images, littéralement, mes points de vue. Mon approche est une tentative esthétique, ludique pour attraper ce qui me touche. Le forcer à entrer dans le cadre réduit de l'image. Le cultiver pour le plaisir.
En attendant que j'achève de classer ma foisonnante moisson japonaise, deux albums sont déjà en ligne. Tous vos commentaires et suggestions sont les bienvenus ! Je suis en apprentissage intensif *_*.


Les serres du Jardin des Plantes
/ /
Commentaires : 1 commentaire