Des mythes grecs aux fables de La Fontaine : tout passer à la moulinette "haïku"

Le duo de choc, constitué pas Cécile Hudrisier aux illustrations et Agnes Domergue au texte, récidive après le merveilleux Contes de fées en haku. Voici deux autres albums disponibles chez les éditions Thierry Magnier. Encore une fois, les dessins à la fois minutieux et flou s'allient à des textes ciselés, tantôt drôles tantôt touchants.


Autrefois l'Olympe, mythe en haiku



Vingt des mythes grecs les plus célèbres connaissent ainsi une adaptation minimalistes qui rend à la fois leur tragédie et leur dimension épique. Il est aisé de retrouver derrière chaque illustration le récit ainsi condensé.

A la différence des contes de fée, ce livres s'adresse, à mon avis, à un public un peu plus âgé, simplement en raison des thèmes abordés. C'est une merveilleuse entrée dans la mythologie grecque pour ceux qui ne la connaitraient pas, ou mal (ce qui est mon cas). Elle est souvent présente là où on ne s'y attend pas, dans les films, les romans et même les comics. Elle a infusé notre culture avec des archétypes puissants et il est toujours intéressant de savoir la retrouver, même ré-adaptée. Ce petit livre permet de dépoussiérer ses connaissances tout en se faisant plaisir.




Auprès de la Fontaine, fable en haiku


Le dernier volet de cette trilogie qui revisse les classiques de notre enfance à la moulinette du haiku, s'attaque aux fables de La Fontaine.

A sa lecture, je me suis peu à peu souvenu que je détestais ces textes ; moralisateurs et très cyniques, ils me plongeait, petite, dans un grand malaise. Si je comprends leur dimension sociale, j'avoue qu'ils se focalisent sur un sujet qui me déplait (les défauts et les travers des humains) et surtout, l'approche me dérange. Moi qui tente justement de me défaire du jugement et d'arriver à une perception d'autrui plus tolérante, j'ai eu pas mal de difficultés à passer outre mon malaise.

Pourtant, l'exercice est mené avec toujours autant de talent que pour les deux premiers tome. Plus même en raison de la structure particulière des fables, à mon avis, certainement plus complexe en réduire ainsi en trois phrases poétique. J'ai beaucoup apprécier l'humour et la légèreté des haïku qui donne un ton différent aux propos de l’œuvre original. Quant aux illustrations, elles sont toujours aussi gracieuse et complexes.





Une trilogie d'albums très réussie !


Chacun de ses livres, outre la grande qualité du texte et la délicatesse des illustrations, bénéficie d'une fabrication impeccable : petit format, beau papier avec une une page colorée pour le texte qui fait face à l'illustration sur fond blanc, une reliure avec un dos toilé avec du cachet. Le résultat est un bel album qu'on a envie de ranger dans sa bibliothèque, de préférence, avec ses deux copains.
J'ajouterai que j'ai eu le grand plaisir de rencontrer les deux auteurs à l'automne lors du salon du livre jeunesse de Montreuil. Ces deux jeunes femmes sont adorables et la grande complicité entre-elles explique aussi l'harmonie parfaite entre dessins et poèmes. D'autant qu'Agnes Domergue ne fait pas que manier le haiku, elle est aussi une fée des crayons et de l'archer, puisqu'elle est altiste (presque comme violoniste!). Je vous encourage aussi vivement à découvrir le blog de Cécile Hudrisier qui a illustrée de nombreux livre pour enfant. Très assidus dans son partage des petites choses du quotidien, son univers devraient plaire à tout ceux qui trainent ici.


Les blogs des auteurs :
Critique du premier livre Il était une fois, conte de fées en haïku
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Past and Present : juxtaposer avant et maintenant avec le langage universel du dessin



Dans ce petit album étonnant, des dessins minimalistes se juxtaposent en double page avec à gauche, un objet ou une pratique de notre passé et à droite, son pendant contemporain. La bouteille de lait en verre devient le pack en carton, le vinyle devient le lecteur CD, le chef d'orchestre un DJ... En quelques images fortes, l'auteur, Orith Kolodny raconte ainsi l'évolution de nos sociétés industrialisées, sans jugement, sans nostalgie. 

De la dématérialisation au métissage, en passant par la consommation de masse, Past and Present nous montre par des exemples concrets ce qui change et ce qui perdure. Les émotions sont multiples et oscillent entre une surprise joyeuse mais aussi parfois méfiance ou crainte face à certains progrès.

Ce livre à la couverture toute rose, délicieusement surannée, propose un formidable voyage entre maintenant et avant. 

Je pense aussi qu'il peut offrir de belles discussions avec les enfants. Le passage du temps du XIXe au XXIe siècle est instantané, et pourtant tangible. Avec des dessins très simples, graphiques et immédiatement reconnaissables, Orith Kolodny signe un ouvrage d'une grande force. La qualité de la fabrication est au rendez-vous, une habitude pour l'éditeur Hélium. Derrière la jolie jaquette en papier on découvre une couverture en tissus, à l'ancienne.

Ainsi, l'objet livre lance lui aussi un pont entre l'ancien et le nouveau. 




Le site de l'auteur :
http://www.icomeidea.it
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Laisser couler [Mono no Aware Project #18]



A la surface, une feuille surnage
épuisée de l'automne
grignotée par le temps

Elle hésite à sombrer,
en sa piètre compagnie
Fleurs fanées et lambeau de vie
S'accrochent encore.
Entre deux eaux,
Entre deux temps,
Révolu et suspendu,
Décomposition.


Sous la pellicule argenté
Reflet d'un ciel chagrin.

Laisser couler rose, soucis et pensée.
Laisser les couler.
La fontaine continue son chant discret
Sur l'eau, son écho dessine des cercles infinis





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Rideau - paroles pour le disque Sable Mouvant

Rideau


Je me suis installé
À la terrasse d'un café
Un bouquin à la main
Un vague relent de regret
Je sirote du soleil
À la santé d'une vieille

Je regarde les gens passer
Ces quidams si pressés
Je suis là, tranquille
Avec ce goût d'inachevé
Qui embrasse la ville
Persistant comme une migraine
Érodant comme la Seine

Du monde sur les pavés
Je suis relax, no stress
Trop tard pour une messe
Pourquoi broyer du noir
Autant attendre peinard
Que tout soit terminé

Je me suis installé
Dans ce commerce de quartier
Pour le touriste fatigué
En mal d'authenticité
Et l'habitué désabusé
Prêt à se pochetronner

Je vois la foule bigarrée
En bagnole, à vélo, à pied
Avec ou sans papier
Une masse d'humains mouvante
Non identifiée
Certains sourient
D'autres grommellent
Un spectacle infini
Sans cesse se renouvelle

Du monde sur les pavés
Je me sens philosophe
Prêt pour la catastrophe
Pas besoin de s'en faire
Car c'est juste la terre
Qui s'arrête de tourner

Je me plonge dans ces pages
Aux longues lignes lasses
D'avoir été trop lues
Pas de montre au poignet
Pas de boulet prêt à sonner
Du monde dans les rues
Un café noir
Rien d'autre à me soucier
Circuler, plus rien à voir

Deux trois illuminés
Que personne n'a écoutés
L'avaient pourtant prédit
Avec une clairvoyance
De circonstance
C'est pour aujourd'hui
Dans l'indifférence générale
Pas de scandale

Du monde sur les pavés
Je suis relax, no stress
Trop tard pour une messe
Pourquoi broyer du noir
Autant attendre peinard
Que tout soit terminé

Du monde sur les pavés
Je me sens philosophe
Prêt pour la catastrophe
Pas besoin de s'en faire
Car c'est juste la terre
Qui s'arrête de tourner

Du monde sur les pavés
Résigné, j'attends juste
Un épilogue injuste
Parfois les histoires tristes
S'achèvent à l'improviste
Sur le pavé condamné

Tranquille, je me suis installé
À la terrasse de ce café
Profiter de la dernière lumière
D'une dernière bouffée d'air
Avant la der des ders
La fin du monde

Le site de l'artiste :  http://nicolaspabiot.fr

Pour écouter la musique : 
http://www.deezer.com/fr/artist/4158023 
https://soundcloud.com/nicolas-pabiot

Article sur le sujet :
http://etang-de-kaeru.blogspot.com/2013/09/sable-mouvant-voyage-en-eaux-sombres.html

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Love is in the air, chronique d'un New-York suranné en BD, par Lapone et Gihef




Greenwich Village, au début des années soixante. Une époque mythique qui prend vie de nouveau sous le trait d'Antonio Lapone et le récit pétillant de Gihef. Nous suivons les aventures rocambolesque et romantiques de Norman Oakes, un chroniqueur taciturne dont la vie est chamboulée par sa charmante voisine.

L'attirance des contraires et ses petites complications


Norman aime ses habitudes, le calme et la continuité. Il aime que rien ne bouge ou alors par trop vite. Il n'aime pas le bruit, le changement, la modernité et toutes ses petites révolutions qui bouleversent le quotidien. Alors, quand Bebe Newman, hôtesse de l'air et égérie de la PANAM s'installe dans son immeuble, juste au dessus de chez lui, le train-train de Norman vole en éclat. Fêtarde et insouciante, Bebe est un ouragan. A la fois élégante et sans-gène, naïve et volontaire, elle a le chic pour se mettre dans des situations inextricables. Bientôt, le pauvre Norman se retrouve happée dans les histoires abracadabrantes de la jeune femme pour une cohabitation remuante.

En effet, malgré son caractère bien trempée, Bébé demeure foncièrement gentille. Pour mettre à distance un ancien amant jaloux et envahissant, elle décide de feindre une relation avec Norman. Or, tout le monde sait qu'on ne badine pas avec l'amour.

Gihef nous raconte avec humour et distance le quotidien de Norman mais aussi de tout l'immeuble où il vit, dressant un portrait touchant de ses habitants. Du la concierge faussement taciturne à la maman qui gère seule un mouflet casse-pied, en passant par la mamie cougouar et à l'artiste égocentrique et ours, une galerie haute en couleurs de personnages secondaires donne vie à ce New-York au charme suranné

Pour le plaisir !


Le trait particulier de Lapone très anguleux, à la fois simple pour les visages et les silhouettes, et fouillé pour les décors, correspond parfaitement à l'esprit léger et rafraichissant de cette BD. La mise en couleur Anne-Claire Thibault-Jouvray présente des gammes de demi-teintes jamais criardes ni mollassonnes. Elle donne beaucoup de subtilité aux dessins. La narration, impeccablement maitrisée, emmène le lecteur dans une histoire assez téléphonée où pourtant on se laisse prendre au jeu. Les dialogues, fluides et décapants, s'adaptent parfaitement à l'humour de situation.
Love is in the air est parfaitement conçu pour détendre et divertir, sans tomber dans le travers du produit sans âme. La culture et la politique des années 60 est distillée avec soin, de sorte qu'on a quand même envie de ressortir un livre d’histoire sur la période, juste par curiosité. Là où certaines BD sont « fun » sur le moment et s'estompent vite de notre esprit, ce récit-là perdure, une douceur légère et agréable, une bulle de champagne, qu'on a envie de relire, juste pour le plaisir.

Si Love is in the air est un one shot, ce récit s'intègre dans une série «Greenwich Village » avec déjà prévu trois autres tomes qui se dérouleront dans le même immeuble et où on recroisera certains personnages. Si le premier est une comédie romantique légère, le second lorgnera plutôt vers le polar, le troisième vers le conte de Noël et le quatrième aura une dimension plus politique.
Nouveau venu dans le marcher de la BD, les éditions Kennes, surtout connu pour leur catalogue jeunesse, s'engagent sur la durée pour cette série. Un attitude de plus en plus rare qui mérite d'être soulignée.




Interview d'Antonio Lapone à propos de son travail sur Greenwich Village

Le blog d'Antonio Lapone 
http://laponeart.blogspot.fr


La BD sur le site de l'éditeur
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Ero Guro - paroles pour le disque Sable Mouvant

 

Ero Guro


Une silhouette décharnée
La posture voûtée
Comme un tronc torturé
Par le lierre étouffé
Ses moignons de chair
Tous luisants de glaire
Se tordent comme des gros vers

Un corps noueux, mouvant
Aux appendices aberrants
Qui se déplace en rampant
Trop de membres et pourtant
Incomplet, inachevé
Pire qu'un déchet
Un fœtus mort-né

Freaks and monsters
Alone together
In their own little sphere
Of love pain and fear

Devant un parterre extatique
D'individus fort excentriques
Bandant devant l'être canonique
Tels des pervers fanatiques
De toutes ses excroissances
Il virevolte, il danse
Hallucinante transe

La créature gesticule
Comme un gros testicule
Cette vision vous bouscule
Cette image vous accule
Et ses longs bras pendouillent
Son entrejambe se mouille
Se corrode comme de la rouille

Freaks and monsters
Alone together
In their own little sphere
Of love pain and fear

Soudain ses appendices s'agitent
Avec la grâce érotique
D'un poulpe paraplégique
Qui dans un ballet extatique
Vous dégoûte et séduit presque
Une sensualité grotesque
De cette apparition burlesque

Dans ce cirque macabre
Où brillent mille candélabres
Gît la parodie sans palabre
D'un créateur de marbre
Indécence d'une forme
Que la nature déforme
Une masse informe

On mérite ces parasites
Nos vices s'immiscent
Glissent dans les interstices
D'une société trop lisse
C'est l'espèce endémique
D'un cauchemar cyclique
Elle vous file la trique

C'est l'esthétique
De la panique !



Le site de l'artiste :  http://nicolaspabiot.fr

Pour écouter la musique : 
http://www.deezer.com/fr/artist/4158023 
https://soundcloud.com/nicolas-pabiot

Article sur le sujet :
http://etang-de-kaeru.blogspot.com/2013/09/sable-mouvant-voyage-en-eaux-sombres.html

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Factice - paroles pour le disque Sable Mouvant

Factice


Ton âme meurtrie se délite
Sans faux-semblant
Sans geste aguichant
Comme un aimant parasite
Ton âme-lumière souille
Ton âme-phare rouille
Attire ceux en mal d'amour
En mal d'aimer

Ta fragilité casse la distance
Rend vulnérable la cuirasse
Ramollit la carcasse
Gagne la confiance
S'immisce dans l'intimité
Refuge pour un animal blessé
Abîme le protecteur
Abîme le sauveur

Une image, un reflet
Je tends le doigt
Sous l'illusion factice
L'ombre de toi

Tombé amoureux d'une ombre
Le plus valeureux guerrier
Désarmé par ta sincérité
Dans ton mercure, il sombre
Se noie dans ta pénombre
La source létale du mal
Effilée, cette lame
Transperce cœur et âme

Une image, un reflet
Je tends le doigt
Sous l'illusion factice
L'ombre de toi

À ses blessures béantes
Abreuve son empathie
Lape la souffrance
Son innocence bénie
Pulsation, résonance
Bat la mesure de votre amour
S'abat sur lui comme une fièvre

Désespoir ravageur
Drogué à ta bouche
Maladie honteuse
D'être amoureux d'une ombre

La réalité distordue
D'un être qui n'existe pas
Cache un fantôme malingre
À demi disparu
L'ombre de toi
Dissimulé
En filigrane, perdu

Une image, un reflet
Je tends le doigt
Sous l'illusion factice
L'ombre de toi



Le site de l'artiste :  http://nicolaspabiot.fr

Pour écouter la musique : 
http://www.deezer.com/fr/artist/4158023 
https://soundcloud.com/nicolas-pabiot

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