K comme kyrielle



Kyrielle, d'après le Petit Larousse Illustré 2006 : n.f. (de Kyrie). Longue suite ininterrompue.



Réveillée depuis 4h20 du matin. Contempler le plafond dans le noir avec des kyrielles de mots en farandole qui s'agitent dans mon crâne de batracien.
Autant se lever et écrire...

D'abord, se faire un thé. Observer les feuilles aiguilles du kukicha. Elles tombent en pluie de la cuillère de bambou dans la boule à thé en silicone bleu. Régler le timer. Quand le bip-bip amical retentit, verser le liquide dans mon bol vert du Japon. Celui taché par la théine, incrusté dans l'émail tellement je l'utilise. Des marques d'amour et de respect.

Nourrir le lapin. Régler comme du papier à musique, la bestiole ! Dès qu'elle me voit, elle attend sa pitance et une gratouille sur le museau. Opération réussie sans me faire arracher une phalange. C'est un lapin vorpale.
Il y a des risques.

Toujours, dans ma tête, les mots s'agitent, s'animent, dansent et s'accouplent en phrases bâtardes, tordues. A force de les laisser dans leur chaos allègre, de les observer, comme les feuilles du thé, je discerne des formes, des récurrences. Les phrases me paraissent soudain sibyllines. Elle s'enchaînent, une suite ininterrompue.

Une kyrielle jolie, structurée.
Parfois une spirale, parfois, quelques aller-retour, un flash-back. Parfois un ralenti quand elles s'allongent en circonlocutions compliquées. Parfois une accélération. Des phrases courtes, puis juste des mots mitraillettes. Je fais confiance, je suis le mouvement.



Et cette longue kyrielle colorée, joyeuse comme des lampions flottants sur une rivière pour un matsuri d'été, amène dans son sillage, mon histoire. Le récit se déplie, se déroule, suit le flot. La narration s'emmêle, fluide. Tout me paraît facile. J'oublie les heures à chercher de la documentation. J'oublie les heures de cogitation à agencer des pièces d'un puzzle qui refusent obstinément de s'emboîter. Des heures à contempler les trous béants du dit puzzle en cherchant à les glisser à la périphérie, pour ne pas nuire au tableau.
J'oublie les digressions, j'oublie le casse-tête de modéliser dans ma modeste cervelle un champs des possibles infini. Quantique. Des milliers d'arbres immenses avec autant de racines entrelacées que de branches enchevêtrées.

J'oublie les angoisses fébriles, l'envie dévorante.

Moi aussi, je suis le flot de la kyrielle de mots. Elle me guide, amicale, lumineuse, nourricière.


La journée commence bien !

Le projet Japonisme est en collaboration avec mes supers copines Anne et Viny.
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Deux ans dans l'étang !!!


Voilà, déjà deux ans que je livre sur la toile images et mots, impressions de Japon et d'ailleurs.

Si ma présence est parfois erratique, j'essaye quand même de me tenir à la discipline d'au moins un message par semaine. Et, c'est toujours avec surprise et joie que je constate que, même dans les période de creux, vous êtes nombreux à venir dans mon étang.

Alors, merci à tous les fidèles, tout les visiteurs de passage, les curieux épisodiques !
Merci.
Écrire, photographie me rend heureuse.
Savoir que derrière l'écran, le virtuel du blog, il y a la chair et la vie, les yeux et les émotions des lecteur, est chaque jour une motivation, un soutien précieux.
Merci.

Une fois n'est pas coutume, voici une image de moi, sous le crayon inspiré de mon amie Anne. Elle m'a croqué en train de photographier !

©Anne Jacques

Regard fasciné
Le monde dans l'objectif
Nuque brûlante

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Japonisme : さすらい - sasurai - errance



Cette semaine, le thème du projet photo Japonisme, est une promesse d'abandon de notre vie matérialiste et douillette :
さすらい, sasurai est un mot littéraire qui exprime les notions d'errance, vagabondage, nomade.


Laisser dernière soi ses attaches, et partir.
Sac à dos ou balluchon, seul allié pour parcourir le monde, découvrir des horizons.
Voir du pays.
Voir des pays.

Enfant, quand la situation à la maison était tendu, quand mes parents me grondait, j'allais dans ma chambre pour préparer un mon balluchon.
Adulte, je sais que je ne ferai jamais le tour du monde à pied, chargée simplement d'un sac de voyage ; j'aime trop mon confort et ma santé ne me le permet pas.
Mais je suis du genre à voyager léger.



Surtout, on peut vagabonder sur terre, dans notre réalité, ou vagabonder ailleurs, la tête dans les étoiles. Sans cesse, découvrir, de nouveaux mots, de nouvelles images, de nouvelles couleurs, de nouvelles saveurs. Des musiques inconnues pour des paysages impossibles.
Nomade des romans et des arts.
 Une âme nomade ne se dompte jamais, elle s'apprivoise parfois.
 Un oiseau posée sur une branche, prêt à s'envoler au moins souffle du vent.
 Au moins geste brusque.



Si j'ai un foyer, des attaches solides en amitiés, en idéaux et convictions, dans ma tête, tout n'est que liberté. Une imagination sans limite, sans tabou, exploratrice de tout les territoires, étranges, dangereux. Rien n'arrête les ailes d'un nomade des autres mondes.

Il suffit juste d'un sac à dos, d'un balluchon, d'une coquille.
Un réceptacle pour le stricte minimum vital...
La liberté.


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J comme juste milieu



Milieu, d'après le Petit Larousse illustré 2006 n.m. (de mi- et lieu) : Lieu également éloigné de tous les points du pourtour ou des extrémités de quelque chose.
Juste milieu : position modérée entre deux partis extrêmes.


Voici un mot du projet photo abécédaire qui m'a donné du fil à retordre. Compromis, modération, équilibre, tempérance, autant de mots qui surgissent avec le concept de juste milieu. Et après de longues hésitations, j'ai opté pour une approche simple et, je l'avoue facile : la macro de plante !!!





Le projet Abécédaire c'est aussi chez Viny ! Et merci à Anne, notre "trouveuse" de mots.
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Japonisme : 木の陰 - ki no kage - ombre des arbres



Ma vie en ce moment s'enracine profondément, se nourrit de la terre et de l'eau pure enfouie sous les horizons stériles de pierres, de sédiments. J'apprends à tenir debout.

Comme un arbre.

Ma présence dans l'étang se fait discrète, occupée que je suis à me renforcer. Le projet Japonisme est là, un écho étrangement sibyllin, une voix donnée par une autre, qui résonne à l'intérieur
Alors, avec une semaine de retard, je vous présente des photos sur le thème de 木の陰 ki no kage, l'ombre des arbres.





Mon cœur à besoin de forêt.
De son ambiance douce, de son équilibre. La forêt nous garantit une fraîcheur estivale sous les frondaisons et une douceur hivernale ; comme la mer, les forêts régulent, ondulent. L'ombre des arbres étend ses ténèbres. L'ombre des arbres assourdit le sous-bois, elle donne à l'intime une nouvelle dimension.

En hiver, l'ombre nue des branches dessine des tableaux abstraits, des calligraphies élégantes et noueuses. L'ombre des arbres hache l'horizon, décore le ciel. Au printemps, elle fleurit, s'épanouit, et descend le long des troncs, à mesure que les bourgeons se transforment. Bientôt, elle courre au sol.

L'été, l'ombre des arbres devient une amie, elle filtre le soleil trop agressif. Au moindre souffle, elle chante, virevolte et change l'humus en une scène de spectacle pour un son et lumière sans cesse renouvelé. Puis, l'automne et ses champignons enflamment le paysage. L'ombre se durcit à mesure que les jours déclinent, que les feuilles rougissent et chutent.



L'ombre des arbres tourne, joue, au rythme des saisons. La ronde d'un artiste un peu ivre, un peu incertain. L'ombre suit la course de notre étoile, s'allonge et s'amenuise, se courbe, s'épuise et enfin, fusionne avec la nuit.



L'ombre des arbres est aussi une amie. Elle protège et dissimule fleurs de sous-bois, amoureux éconduits, poètes égarés, enfants perdus... et les kami, tapis dans la mousse, les vieilles souches..
Renard à la silhouette gracieuse, hiboux rondouillard, chouette hululant. L'ombre des arbres est l'abri, le refuge.



Le dernier sanctuaire.


Japonisme est un projet commun avec Anne, la chercheuse de mot, et Viny, magicienne des pinceaux, stylos, crayons...
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I comme impasse


 Impasse, d'après Le petit Larousse illustré 2006 n.f. (de in- privatif et passer). 1. Rue, ruelle sans issue. 2. Fig. Situation ne présentant pas d'issue favorable.







Une impasse impassible adossé à un square,
un peu miteux.
Une fin de matinée sous un ciel chagrin.
Un habitant rôde avec la majesté des dupes
croyant posséder rues et ville
Port altier, marche avec entrain.
Illusion de grandeur dissoute
dans la loupe d'une goutte.
Flagrance désagréable d'une glycine
avec comme engrais, gasoil et eau croupie.




Un espace vacant.
Seul issue : changer de point de vue.
Devenir un témoin mouvant
profiter des reflets, de l'incongru
Supporter l'absence d'ouverture,
juste quelques instants.
Enfin, porter le regard vers les nuages crénelé.
Simplifier sa vie, rebrousser chemin,
et emporter les souvenirs d'une perte de temps,
salutaire.





Et au sol, avant de partir,
trouver une étoile, décrochée, abandonnée
un peu tachée, mais toujours étincelante.




Bye bye !



Le projet photo Abécédaire est en collaboration avec Anne et Viny. Toutes mes photos sont à retrouver sur mon album Picasa. 
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Ma vie d'adulte : grandir sans renier l'enfant que nous sommes...


Ma vie d'adulte est une BD intimiste, presque en forme de journal, qui narre le quotidien de Lisa. On l'accompagne un bout sur la route semée d'embûches de sa vie, sa quête du bonheur, absolument pas épique, absolument pas dramatique, et pourtant tellement essentielle et vraie.


Marre de vivre comme une gamine !


Lisa arrive à l'age où la société, les conventions, attendent d'une femme qu'elle soit « adulte », indépendante, responsable. Qu'elle rentre dans le moule avec un travail, un compagnon, éventuellement un ou deux mouflets. Une image stéréotypée et lisse du bonheur qui ne convient pas à Lisa. Alors, elle cherche un itinéraire bis, une voix alternative...

Marre des boulots alimentaires ! Marre d'un quotidien qui ressemble à celui d'un étudiant ! Marre du carpe-diem ! Lisa veut quelque chose de plus fort, quelque chose qui la fasse vibrer. Alors, elle décide de sortir de ses habitudes, de réfléchir à ce qu'elle a envie d'exercer comme métier. Elle se donne le temps de se pauser pour rebondir non pas mécaniquement vers la première opportunité de boulot, mais vers un poste qui correspondra à ses attentes.

Sur cette route, Lisa n'est pas seule.
Il y a Paul à ses cotés. Une relation amoureuse encore en rodage qui pourtant s'ancre dans des sentiments forts, un désir d'échange, de compréhension. Paul est un homme stable, rassurant. Ni paternel, ni envahissant, il apporte à Lisa le soutien matériel pour calmer ses angoisses mais reste en retrait afin qu'elle fasse ses choix, prenne ses décisions en conscience. Une jolie histoire d'amour sans passion dévorante mais avec une profondeur touchante.



L'accord parfait



Ce qu'il y a de super, avec une amie coloriste, c'est qu'on se retrouve avec des BD entre les pattes qu'on n'aurait pas découvert seule. Le graphisme de « Ma vie d'aldulte » ne correspond pas à mes goûts graphiques. Et les histoires de trentenaires mal dans leur peau avec de grandes interrogations existentielles, ben, très peu pour moi. 1) j'ai assez des miennes. 2) je me retrouve plus dans la sensibilité japonaise des josei tels que Body and Soul.
Donc, rien ne me prédisposait à lire ce bouquin, sauf que Viny avait fait les couleurs. J'ai donc suivi pendant quelques mois l'avancée d'une collaboration parfaitement rodée.
Et je remercie encore Viny pour cette découverte  ! Sans elle, je serai passée à coté d'une histoire intimiste, intelligente, certes pas d'une originalité transcendantale, mais avec une âme positive et très humaniste. Une BD que l'on pause, que l'on relit, que l'on prête aux cop(a)in(e)s et surtout, qu'on fait lire à son compagnon !


Le dessin de Michel-Yves Schmitt, un trait simple et direct, assez graphique, sert à la perfection l'histoire écrite par Isabelle Bauthian. Le travail de gammes de couleur de Virginie Blancher renforce les ambiances, donne cette touche tantôt nostalgique, tantôt drôle ou angoissante.

Lisa a le verbe haut et acide, toujours à propos. Les dialogues, de grande qualité, coulent naturellement. Bauthian trouve l'équilibre entre les silences et les phylactères bien remplis. Le découpage général très classique sert une narration totalement lisible. Les flash-back sont inclus sans fioriture.

C'est avec grand plaisir qu'on suit les pérégrinations de Lisa. Le scénario fluide s'articule autour de personnages croqués avec un réalisme surprenant : des copines qu'on oublie dès qu'on ne les côtoient plus, aux parents et leurs attentes  étouffantes, les collègues pas bêtes mais résolument décidés à ne pas vous comprendre, les autres comme nous que l'on croise et qui reconnaissent aussi ce je-ne-sais-quoi différent. Des personnages qui irrésistiblement nous rappellent des êtres de chair et de sang, que l'on connait.
Le talent de Beauthian réside dans la justesse des petites choses, attendrissantes, proches de nous. Si Lisa elle est un poil marginale, ce n'est ni une rebelle, ni une écorchée vive. Elle reste une jeune femme assez commune, facile à s'identifier. Elle a juste envie d'être heureuse...


Un album d'apparence donc sombre, en final, presque passe-partout. Au milieu de bouquins et de blogs BD qui présentent les femmes de 30 ans comme des accro au shopping et au maquillage, avec une sensibilité de machine à laver, et où l’on mesure la superficialité au nombre de couches de vernis à ongle, Ma vie d’adulte prouve qu’on peut parler de quotidien sans raser, aborder la grande question du sens de la vie sans arrogance.

Sous ses atours banals, Ma vie d’adulte dissimule toute la complexité d'une vie, juste un peu en dehors des clous. Une vie qui déborde du moule, et touche les autres, par sa richesse, son énergie.
Une vie heureuse.
Cette BD m'a touchée par surprise, séduite par inadvertance comme un écho à ma propre existence. Et il me semble que vous serez nombreux et nombreuses – surtout si vous aimez bien tremper vos orteils dans mon étang – à apprécier ce livre.

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