Automne : un peu de Japon dans les arbres



Jamais je n'ai vu les érables rouge du Japon pleurer leur couleur carmine et teinter de leur feu les sols nus de novembre.

Jamais je n'ai vu la brume napper les étangs sacrés et les lacs, coulée des montagne où dorment les kami, puis s'engouffrer dans les sombres vallées.

Jamais je n'ai écouté les histoires silencieux que se racontent marrons et glands dans les sous-bois.

Jamais je n'ai écouté la plainte des sugi sempervirents. On admire pour leur majesté en toute saison mais en automne, les érables attirent les foules. Combien de promeneurs s'arrêtent en chemin, séduits par la forme gracieuse de leur feuille et le rouge violent de leur robe ?


A l'automne, au Japon, l'érable est un roi temporaire qui cède facilement son règne quand l'hiver prends ses quartiers. Il sait avec la certitude infaillible des arbres, que l'année prochaine, encore une fois, il sera couronné de rubis.

Jamais au Japon je n'ai vu les érables briller dans la lueur timide de novembre.




Mais je sais regarder.
Ici aussi, les érables du Japon se laissent admirer.
Alors, en attendant le jour où les momiji incandescents brûleront ma rétine, je contemple ceux d'ici...



Ces photos ont été prise dans le merveilleux jardin de Fanny.
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1Q84 : ouverture de la trilogie de Murakami

Grâce à l'opération Les Matchs de la rentrée littéraire organisée par le site Priceminister, j'ai eu le grand plaisir de recevoir un exemplaire du dernier roman de Murakami Haruki, 1Q84 tome 1. Sans rien connaître de l'histoire, j'ai attaqué ma lecture, avide de découvrir quelles surprises étranges l'auteur réservait. Et le livre dépasse toute mes espérances...

L'étrangeté, une graine précieuse

J'aime attaqué une lecture vierge de toute opinion. Sans lire de résumé (j'ai eu quelques déboires avec des quatrièmes de couverture trop révélatrice), en ignorant les critiques. Cette fois, pas évident d'être sourde au battage médiatique. Un succès avant même d'être sorti. Comme j'aime énormément l'auteur, j'ai bravement fermé mes oreilles et ouvert mes mirettes.
Le plaisir est au rendez-vous !
Le titre, en forme d'hommage au 1984 d'Orwel, joue sur l'homophonie entre le chiffre neuf, qui se prononce kyû ou ku en japonais et la lettre Q prononcé à l'anglaise. 1Q c'est aussi 1 quarter, un trimestre en anglais, or le premier tome sous-titré avril-juin s'étend justement sur trois mois. En français le titre perd de sa saveur mais gagne en mystère.

Regards croisés

1Q84 alterne le point de vue de deux personnages, Aomamé et Tengo.

Aomamé est une jeune femme dynamique, saine et vigoureuse qui travaille comme coach de sport et professeur d'art-martiaux dans un club sélect. En parallèle à son emploi, elle rempli ponctuellement des missions d'un genre très particulier. Aomané complexe sur son nom ridicule (littéralement haricot de soja vert) et sa poitrine trop petite. Pourtant, la vraie fêlure est plus profonde, plus injuste.

Quand à Tengo, professeur de mathématique au physique avantageux d'ancien judoka, il s'entraîne avec assiduité à devenir écrivain. Si le style et la technique lui sont acquis, il manque d'un je-ne-sais quoi essentiel. Cette lacune pourrait bien être comblée quand une de ses veilles connaissances, un éditeur, lui propose un travail hors-norme à la légalité douteuse.

On suit Aomamé et Tengo dans leur quotidien, dans leur dilemme et leur engagement. On s'interroge sur leurs similitudes. Ses deux êtres partagent plus qu'une vie solitaire, faussement simple, faussement vide. On a envie qu'ils se croisent enfin, qu'ils se rencontrent...

Ni toute à fait la même, ni tout à fait un autre

Le roman s'ouvre en 1984 avec une reconstitution minutieuse de la période pour glisser doucement vers une réalité alternative. Le long d'un escalier métallique inusité, la perception d'Aomamé se modifie, la normalité établie et l'histoire se torde vers quelques chose de similaire et pourtant différent. La jeune femme le temps d'une décente périlleuse bascule de 1984 vers 1Q84 et nous entraîne dans cette autre réalité. Pas de Big Brother, pas de totalitarisme mais quelques événements ourdissent un présent subtilement différent, distillent un malaise croissant.

Cette impression est d'autant vive que Murakami rend ses personnages très réalistes, les ancre dans le quotidien. Les éléments capitaux de la vie comme le sommeil, les repas et le désir sexuel sont multiples. Aomamé et Tengo s'animent, prennent vie. Pourtant on sait peu de chose quant à leur aspirations. Il faut attendre patiemment que leur passé se dévoile pour mieux les comprendre. Murakami garde toujours une distance polie avec ses protagonistes. Quand les scènes sont crues, il manie une pudeur subtile. Et pourtant, on s'attache. Aomamé et Tengo se solidifie au fil des pages. Si leur essence reste insaisissable, on croit à leur existence. On est touché par leur vie.



Sur un souffle d'air

Murakami réussit la gageure de créer des protagonistes réalistes dans une réalité légèrement altérée. Il réussit aussi à captiver le lecteur, à lui faire croire à ce monde. Lorsqu'il aborde dans son récit des thèmes sérieux et douloureux, la réflexion qu'il suscite n'est pas superficielle. Il allie un talent de conteur formidable à celui d'un agitateur de matière grise, un humain intelligent qui s'interroge sur le monde et l'humanité.
IQ84 parle pêle-mêle de dérives sectaires, de passage de l'utopie au totalitarisme, de maltraitances faites aux femmes (de la plus petite remarque misogyne aux violences les plus perverses infligées à des enfants), de solitude d'une vie urbaine, du rapport au corps qui devient un simple vaisseau de chair entretenue pour l'hygiène mais vide d'émotion...

Ces thèmes profonds ne sont pourtant jamais traités en frontal. Toujours de biais, avec discrétion et humilité. Cette approche fine est aussi celles choisie pour incorporer les références culturelles et la documentation probablement impressionnante que l'auteur a dû rassembler pour cet ouvrage.
Murakami est précis, mais jamais pédant.
Son ton reste facile, léger presque.
Un roman étonnamment rapide à lire et captivant. D'ailleurs, je cours m'offrir le second tome !



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Défi Nuancier : le brun de l'octobre


Chez Libelul, l'octobre se pare de brun pour fêter l'automne.

De mes promenades dans la campagne charentaise, j'ai rapporté des photos, beaucoup de photos. Voilà donc une sélection qui obéit aux règles du nuancier.

A l'honneur, le marron et ses déclinaisons. Feuilles, écorce et terre. Un camaïeux de brun, juste pour vous !






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Photo 52 : flou

Flou. Un mot doux et tendre, onirique et mystérieux.
Flou, c'est le monde quand je retire mes lunettes. Une perception simple, naturelle. Voir flou, ressentir du flou. Un état instinctif pour moi, aussi nécessaire et inconscient que respirer.

Le thème du projet 52 de la semaine était donc pour moi d'une facilité déconcertante. Le travail était différent : canaliser son inspiration débordante et surtout sélectionner les photos. D'ailleurs, heureusement que ma cop's Viny m'a aidé !!!
Pourtant, il reste encore beaucoup de cliché. Votre aide me sera précieuse pour déterminer l'élue de la semaine !


La première série : du flou floral




La seconde série : du flou au vent




La troisième série : du flou graphique




La quatrième série : du flou piquant




 La cinquième et dernière : du flou flou




Alors, quelle série préférez-vous ?


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Tuer le père : illusion sous acide


les matchs de la rentrée littéraire
J'apprécie Amélie Nothomb. J'aime l'écrivain et la femme publique avec son grain de folie, sa distance qui frôle l'arrogance et sa perversité, cultivée avec finesse. J'aime la façon dont elle se met en scène et brouille les limites entre fiction et réalité. Pour son dernier roman, Tuer le père, elle nous raconte un histoire censément vrai, comme pour Une forme de vie. Mais cette fois, Amélie n'est pas un actant, juste un auditoire attentionné qui prête l'oreille à une aventure rocambolesque et tordue.

Entre Végas et les grands-espaces...

Lors d'une soirée où sont réunis les plus grands magiciens du monde, Amélie (ou une narratrice déguisée habilement en Amélie Nothomb), fine observatrice, remarque la tension entre deux des invités. Le plus jeune, Joe Whip, est une célébrité. Alors que ses tours monopolisent les regards de l'assistance, un homme plus âgé l'ignore avec superbe et ostentation.
Curieuse, Amélie se renseigne et nous livre un conte moderne, l'histoire de ces deux hommes aux doigt agiles.

Joe Whip a eu une enfance malheureuse. Élevé par sa mère, une femme aux moeurs légères, il se retrouve livré à lui même à 15 ans. Or, il habite à Réno, petite ville où se trouve aussi Norman Terence, le meilleur magicien du monde. Il vit avec Christina, une jeune femme douce, une artiste d'un genre particulier.
Joe débarque chez le couple, en quête d'un maître. Une relation étrange se met en place entre ses trois êtres : Joe en quête de savoir, Norman qui se sent investi d'un devoir paternel, et Christina, femme idéale, incarnation de la beauté souple et sensuelle.  


Famille recomposée, décomposée

En un roman court aux phrases légères et percutantes, l'auteur excentrique narre l'histoire de deux vies, de leur destinée. L'originalité de ce titre est d'abord de mettre en scène les relations entre des personnages masculins.
Joe n'a jamais eu de père et les hommes que sa mère a fréquenté n'ont jamais pu satisfaire sa quête d'une image d'autorité et de modèle. Norman n'a jamais eu d'enfant et quand Jo arrive sur le pas de sa porte, il prend très au sérieux sa responsabilité de professeur. Il veut lui transmettre plus qu'un savoir-faire et des connaissances sur la magie. Morale et éthique du magicien sont au programme.

L'intrigue s'esquisse. Tout les éléments sont en place pour que le manque d'amour de Joe soit comblé et l'éveil d'un amour paternel chez Norman trouve un sujet d'affection. Il y a Christina.
La jeune femme, jongleuse avec des bolas enflammées, est si parfaite en amante et amie qu'elle m'a parut étrangement lointaine. Un mouvement, la grâce, quelque chose de sauvage apprivoisé. Elle est un catalyseur. A son contact Joe s'éveille au désir sexuel et le mécanisme bien huilé d'un complexe d'oedipe se met en branle. Mais est-ce vraiment ce qui se trame ?


Brelan truqué pour un bluff

J'avoue, j'ai lu le début du roman d'un oeil distrait, pas vraiment emballé par l'histoire. Forcément, la question des relations père-fil ne me touche pas. D'autant que la présence de Christina est étrangement évanescente. Pourtant, peu à peu, je me suis laissée avoir. Des petits détails, la bonté de Norman, son intelligence, l'ambiguité de Joe, la droiture de Christina... Me voilà donc dévorant les pages. Pour une fois, je me suis faite avoir en beauté.
Amélie Nothomb tend à structurer ses romans toujours de la même façon, un tic d'écrivain peut-être. Par conséquence, je suis rarement surprise. Je sens arriver les retournements et souvent, non seulement je les anticipe mais je devine même leur teneur. Là, j'ai été totalement bluffée. Je crois que cet inattendu a contribué à me faire aimer ce livre.

Après tout, les magiciens sont les rois de l'illusion mais surtout de la manipulation. Et Amélie aussi a un talent certain dans ce domaine. J'extrapolerais même qu'elle nous a mijoté avec Tuer le père une mise en abîme pas piquer des hannetons, un livre léger et drôle, avec une pointe de folie clinique.
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Soleil levant, soleil mouvant




Au son du piano qui coule, l'automne court à ma fenêtre.

Les cieux rougis par la fraîcheur matinale embrassent une brume furtive. L'automne s'élève de la terre, comme la nuit. L'automne s'arrache des champs, elle nait dans le sous-bois. La pointe des fougères se crispe et se dessèche. Des volutes humides se tendent, se tendent et bientôt un lac calme de brouillard nappe les champs
Les nuages rubis s'enfuient, laissant le bleu trop bleu s'entendre à l'infini. Quelques lignes moutonnent encore. Résistance inutile à la mer cobalt.

Les cordes se mêlent au piano, une symphonie contemporaine et absurde. Tout n'est que poésie.
Poésie et colère.
Poésie et tourment.
Le rosé devient rose lumineux, rose orange. Il déchiquette l'horizon, hache la forêt et donne au miroir des eaux ses trésors de mystère. La musique s'adoucit, ralentit. De nouveau le piano attaque et s'impose au devant de la scène.
Comme le bleu trop bleu de ce matin d'octobre où je quitte Paris.




Découpé des arbres. Des bouts de ce bleu. L'automne court à ma fenêtre, grandiose, remarquable. Très loin là bas, au delà des villages et des près encore verts, une pointe carmine. Il est huit heures passée.

Le soleil est levé.

J'ai souvent l'impression que ma vie s'oriente, se courbe, dans les trains. En quelques heures je vois à ma fenêtre plus de paysage, de variété de formes et de couleurs, que durant des semaines, des mois. Et si le minuscule me fascine, je me nourris pourtant d'espace et d'horizon.

Un océan suspendu scintille en lévitation juste au dessus de la pointe rougeoyante de grenat.


Je comprend que l'on puisse préférer être démuni de tout que de vivre enfermé, déraciné. Dans la lueur déjà aveuglante du soleil levant, je comprend que les œuvres des hommes sont peu de choses pourtant, poésie des mots, des sons et des images vivent en harmonie avec notre planète. Sans le piano, la magie serait plus terne, sans le stylo, l'émotion moins profonde.

Aujourd'hui j'ai regardé un dieu ancien s'agripper à l'horizon. Face à cette immensité rassurante, je contemple ma vie.
Je suis heureuse d'être ici.
Dans ce mouvement. J'appartiens au monde. Et même si parfois, on ne se comprend pas toujours, le monde et moi, je suis fière d'être arrivée jusqu'ici, jusqu'à maintenant.
Fière d'avoir mon souffle, ma poésie. Dans quelques jours j'aurai 36 ans. C'est moins que beaucoup, c'est beaucoup plus que certains. Beaucoup plus que tous ces enfants...
Est-ce que les enfants de Fukushima auront aussi un jour le bonheur d'avoir 36 ans ?

Déjà, le bleu s'assagit. Il blanchit.

Le jour s'est levé. 


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"Après le tremblement de terre" : quand les esprits dansent

Après plusieurs semaines sans lecture, pour cause de surmenage intensif, j'ai dévoré un trop maigre recueil de nouvelles Après le tremblement de terre de Haruki Murakami, un auteur que j'affectionne particulièrement. Six courtes nouvelles composent l'ouvrage, avec comme fil rouge, l'ombre du tremblent de terre qui a meurtrit la ville de Kobe en 1995.

Des bouts de vie et de solitude

Si l'écriture de Murakami reste toujours aussi fluide et souple, les récits sont plus denses que dans ses romans. En un nombre très restreint de pages, Murakami réussi à croquer des personnages vivants, complexes. Il dévoile leurs failles, leur fragilité.
Une porte s'entre-ouvre sur le coeur des protagonistes, tous des êtres en rupture penchés au bord d'un précipice. Ils vont accomplir un grand saut vers l'inconnu, qu'il soit salutaire ou révélateur.

J'ai particulièrement aimé la seconde nouvelle réchauffé par un feu de camps au milieu de la nuit, et la dernière, où un écrivain ami des ours voit sa constance enfin récompensée. J'avoue, la présence dans le livre d'une grenouille géante qui sauve Tokô a également contribué à mon plaisir de lecture...


Un peu à l'étroit...

Si vous aimer déjà l'auteur, Après le tremblement de Terre vous plaira sans aucun doute ; vous retrouver la pointe de mystère, la touche spirituelle et décalée qui le caractérise. Cependant, pour découvrir Murakami, je conseillerai plutôt un de ses romans. Le passage de la nuit est mon favori pour une initiation.
Je trouve que ces nouvelles malgré leur poésie ont comme un goût d'inachevé. Là ou Yoko Ogawa maîtrise le genre avec virtuosité, Murakami pêche peut-être par une trop grande complexité des personnages, trop de thèmes se tamponnent. Il me semble que cet écrivain est plus à l'aise quand les pages sont plus nombreuses. Il arrive à ne jamais céder au remplissage, aucune longueur dans Kafka sur le rivage qui court pourtant sur plus de 500 pages.
L'intérêt principal, d'après mon amie Anne, dans la lecture des nouvelles, est d'y trouver l'ébauche de certains de ces romans. C'est son ressentit à propos du recueil Saules aveugles, femmes endormies qui se trouve donc maintenant dans ma PAL.
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